Jean Chrysostome, IVe siècle

Homélie contre ceux qui s'enivrent

Homily Against Those Who Get Drunk / Беседа против пьянствующих

1. Nous avons mis de côté le fardeau du jeûne, maisne mettons pas de côté le fruit du jeûne ; car on peutabandonner le jeûne, et recueillir le fruit du jeûne. Il estpassé le temps des luttes fatigantes, mais il n'est point passéle temps de rechercher avec zèle la perfection ; le jeûneest passé, mais il faut que la piété demeure ; disonsmieux, le jeûne n'est point passé. Toutefois, rassurez-vous: ce que je viens de dire, ce n'est pas pour vous annoncer un second carême,mais pour vous prêcher toujours la même vertu : il est passéle jeûne du corps, mais il n'est point passé le jeûnede l'esprit; et celui-ci est meilleur que l'autre, car cet autre n'a lieuque pour produire le dernier. Quand vous jeûniez, je vous disaisqu'il peut se faire que celui qui jeûne, ne jeûne pas; eh bien! de même je vous dis aujourd'hui, a qu'il peut se faire que celuiqui ne jeûne pas, jeûne. Peut-être cette parole voussemble-t-elle une énigme ; mais je veux joindre la solution àla question : comment se peut-il faire que celui qui jeûne ne jeûnepas ? C'est ce qui arrive, quand on s'abstient de la nourriture, sans s'abstenirdu péché. Comment peut-il se faire que celui qui ne jeûnepas, jeûne ? C'est ce qui (244) arrive, quand on fait usage de lanourriture, sans goûter au péché. Ce jeûne vautmieux que l'autre, et non-seulement il vaut mieux, mais il est aussi plusléger. A propos de cet autre jeûne, un grand nombre de personnesalléguaient la faiblesse de leur tempérament, des démangeaisonsdifficiles à supporter. Je suis plein de choses qui me démangent,dit l'un; je ne peux pas rester sans prendre de bains; je ne peux pas boired'eau, l'eau me fait mal; je ne supporte pas les légumes. J'en aiassez entendu , alors, de ces discours : pour le jeûne de maintenant,on ne peut rien dire de pareil. Prenez des bains, mettez-vous àtable, buvez du vin, modérément, et si vous voulez goûteraux viandes, personne ne vous le défend ; jouissez de toutes choses,seulement abstenez-vous du péché. Comprenez-vous combienil est facile pour tout le monde de jeûner ainsi ? La faiblesse dutempérament ne peut plus être alléguée; la puretéde l'âme suffit à l'accomplissement parfait. Il peut en outrese faire que, sans boire de vin, on s'enivre, et qu'en buvant du vin onse montre sage. Ce qui prouve que l'ivresse peut se produire sans le vin,c'est cette parole du prophète : Malheur à vous qui êtesivres, sans avoir bu de vin ! ( Isai. XXVIII, 1. ) Comment peut-on s'enivrersans vin? Quand on ne mêle pas au vin pur des passions les pieusespensées. Il est possible de boire du vin sans tomber dans l'ivresse: autrement Paul n'aurait pas prescrit l'usage du vin à Timothée,en lui écrivant : Usez d'un peu devin, à cause de votre estomacet de vos fréquentes maladies. (II Tim. V, 23.) C'est que l'ivressen'est pas autre chose qu'un trouble qui dérange la nature des pensées,le bouleversement de la raison, le vide de l'esprit, l'intelligence réduiteà l'indigence. Et ces effets ne résultent pas seulement del'ivresse par le vin, mais aussi de l'ivresse de la colère et despassions déréglées.

Car de même que la fièvre est produite par les veilles,produite par les fatigues, produite par le chagrin, produite par des humeursviciées, par des causes différentes, mais que c'est toujoursune seule et même affection maladive, il en est de même dece qui nous occupe: le vin produit l'ivresse, et les passions aussi laproduisent, et de même des humeurs viciées, les causes sontdifférentes, mais c'est toujours une seule et même affection,la même maladie. Abstenons-nous de l'ivresse: je ne dis pas abstenons-nousdu vin, mais abstenons-nous de l'ivresse; ce n'est pas le vin qui produitl'ivresse; car le vin est un ouvrage de Dieu, et un ouvrage de Dieu n'arien en soi de mauvais; c'est une volonté mauvaise qui produit l'ivresse.Voulez-vous entendre dire que l'ivresse n'est pas seulement l'effet duvin, écoutez ce que dit Paul: Ne vous enivrez pas avec le vin (Ephés.V, 18); il montre par là qu'il y a différentes espècesd'ivresse. Ne vous enivrez pas avec le vin, d'où naissent les dissolutions;admirable manière de renfermer dans une expression courte tout cequi accuse l'ivresse. Qu'est-ce à dire? Ne vous enivrez pas avecle vin, d'où naissent les dissolutions. Nous appelons dissolus ceuxd'entre les jeunes gens qui, après avoir reçu leur part del'héritage paternel, gaspillent tout d'un seul coup, sans réfléchirà qui il convient de donner, quand il faut donner, dépensantvêtements, or, argent, indistinctement toutes les richesses reçuesde leurs pères, et les distribuant à des courtisanes, àdes compagnons de débauches. Voilà ce que fait l'ivresse. comme elle prend un jeune homme dissolu, elle saisit la penséede ceux qui sont ivres, réduit la raison en servitude; elle nousforce à répandre étourdiment, sans aucune espècede précaution, tout ce que nous avons dans l'esprit. L'homme ivrene sait ni ce qu'il faut dire, ni ce qu'il faut taire; sa bouche est toujoursune ouverture sans porte , il n'y a ni verrou, ni porte sur ses lèvres;l'homme ivre ne sait ni ménager ses discours avec discernement,ni administrer les richesses de son intelligence, ni mettre en réservetelles ressources, dépenser les autres , il dépense tout,il gaspille tout. L'ivresse est un délire volontaire, une trahisondes pensées ; l'ivresse est un malheur ridicule, une maladie quiattire les sarcasmes, un démon que l'on adopte par choix, l'ivresseest plus funeste que la démence.

2. Voulez-vous la preuve que l'homme ivre est au-dessous du démoniaque? Nous avons tous pitié du démoniaque, mais l'homme ivre,nous le détestons; le démoniaque nous émeut de compassion,l'autre nous irrite et nous indigne; pourquoi? C'est que le premier subitun mal violent, l'autre ne souffre que par sa négligence; celui-làsuccombe sous la perfidie de ses ennemis, celui-ci sous la perfidie deses propres pensées; et, maintenant, voici en quoi le démoniaqueet l'homme ivre se ressemblent : (245) même démarche chancelante,même bouleversement d'esprit, même chute, même égarementdes yeux, même manière de se débattre quand le corpsest renversé par terre; l'écume sort de la bouche, mêmesalive infecte, même insupportable exhalaison. Un homme de cetteespèce est un objet de dégoût pour ses amis, de riséepour ses ennemis, de mépris pour ses serviteurs, d'ennui pour safemme; insupportable à tous, il est plus à charge que lesêtres mêmes dépourvus de raison. Les animaux ne boiventqu'autant qu'ils ont soif, la mesure du besoin règle leurs désirs;celui-ci, dans son intempérance, franchit toute mesure, plus dépourvude raison que les êtres sans raison. Et, ce qu'il y a de plus triste,c'est qu'une maladie qui porte en soi tant de maux, escortée detant de calamités, ne semble pas pouvoir être un sujet d'accusation: au contraire, aux tables des riches, c'est un combat, c'est un concours,en vue de cette ignominie, et l'on rivalise à qui sera plus ostensiblementinfâme, à qui sera plus ridicule, à qui s'énerverale mieux, à qui saura le mieux ruiner ses forces, irriter le Seigneur,notre Maître, notre Dieu, et l'on voit ce stade, cette lutte oùpréside le démon. L'homme qui s'enivre est plus malheureuxque les morts; le mort est gisant, privé de sentiment, incapablede tout bien comme de tout mal; mais celui-ci est prompt à fairetoute action mauvaise, son corps est pour lui comme un tombeau oùil a enseveli son âme, et il promène son corps qui n'est qu'uncadavre. Ne voyez-vous pas comme il est plus malheureux qu'un démoniaque?plus privé de sentiment que les morts ? Voulez-vous que j'ajoutece qui est plus grave, plus triste que tout ce que je viens de dire? L'hommequi s'enivre, ne peut pas entrer dans le royaume des cieux. Qui le dit? Paul. Ne vous y trompez pas : ni les fornicateurs, ni les idolâtres,ni les adultères, ni les impudiques, ni ceux qui pratiquent l'abomination,ni les voleurs, ni les avares, ni les ivrognes, ni les médisants,ni les ravisseurs, ne seront point héritiers dit royaume de Dieu.(I Cor. VI, 9, 10.) Voyez-vous au milieu de quel choeur il met celui quis'enivre ? Avec les impudiques, les fornicateurs, les idolâtres,les adultères , les médisants, les avares, les ravisseurs.Que dit-il? S'enivrer et s'abandonner à l'impudicité , est-cedonc même désordre ? S'enivrer et s'abandonner à l'idolâtrie, ces égarements se ressemblent? Supprime, ô homme, ces objections;je viens de rappeler les lois divines, ne me demande rien de plus. InterrogePaul, c'est lui qui répond? Y a-t-il uniformité ou distinctiondans le châtiment, je ne saurais le dire; mais que celui qui s'enivresoit, comme l'idolâtre, exclu du royaume des cieux, c'est ce queje soutiens en toute assurance ; ce point accordé , à quoibon me demander des explications sur la mesure du péché?S'il est vrai qu'il reste en dehors des portes, qu'il est déchude la royauté céleste, qu'il ne participe point au salut,qu'il est livré à l'éternel supplice, que fais-tu,toi, qui me viens parler de balances et de poids pour les péchés?

Croyez-moi, mes bien-aimés, c'est un grand fléau que l'ivresse, une vraie calamité. Ce n'est pas à vous que je m'adresse: loin de moi cette pensée; je suis bien persuadé que votreâme n'est pas souillée de cette maladie, et ce qui me prouvevotre santé, c'est votre présence ici, votre zèleà vous réunir dans cette enceinte, votre attention àécouter la parole. Car aucun de ceux qui s'enivrent, ne peut désirerd'entendre la parole de Dieu. Ne vous enivrez pas avec le vin, d'oùnaissent les dissolutions, mais remplissez-vous du Saint-Esprit. (Ephés.V, 18.) Voilà l'ivresse qui est belle; assoupissez votre âmesous l'action de l'Esprit pour échapper à l'assoupissementproduit par le vin; hâtez-vous de mettre le Saint-Esprit en possessionde votre intelligence et de vos pensées, afin que le mal honteuxne trouve pas la place vide. Voilà pourquoi l'Apôtre ne ditpas : Participez à l'Esprit, mais : Remplissez-vous de l'Esprit.Votre âme doit être comme une coupe qu'il faut remplir de l'Espritjusqu'aux bords, afin que le démon n'y puisse rien verser. Il nesuffit pas de participer à l'Esprit par ce qui reste d'une âmedéjà plus ou moins pleine d'autres choses, c'est tout entièrequ'il faut la remplir de l'Esprit par ces psaumes, ces hymnes, ces chantsspirituels dont vous êtes remplis aujourd'hui. Voilà pourquoije m'assure en votre tempérance. Nous avons une coupe oùse boit une belle ivresse, l'ivresse de la tempérance, et non dela dissolution. Quelle est-elle cette coupe? C'est la coupe spirituelle,la coupe du breuvage sans mélange, la coupe où se boit lesang du Seigneur. Cette coupe-là ne produit pas la honteuse ivresse,cette coupe-là ne produit pas la dissolution; elle ne ruine pasla force, elle la réveille; elle ne jette pas les nerfs (246) dansl'atonie , elle retrempe la vigueur des nerfs; cette coupe-là donnela sobriété , coupe vénérée des anges,redoutée des démons, honorée des hommes, agréableau Seigneur. Entendez-vous ce que dit David de cette coupe spirituellequ'on vous propose au banquet de ce jour ! Vous avez préparéune table devant moi contre ceux qui me persécutent, vous avez ointma tête avec une huile, et la coupe qui me vient de vous me remplitcomme d'une ivresse excellente. (Psaum. XXII, 5.) Pour que ce mot d'ivressene vous effraye pas, ne vous fasse pas concevoir que cette coupe ait riende débilitant, il ajoute, excellente, ce qui veut dire fortifiante.Ivresse d'un genre nouveau, qui produit la force, qui donne la vigueuret la puissance; c'est qu'elle découle de la source spirituelle; ce n'est pas le bouleversement des pensées, c'est l'abondancedes pensées spirituelles.

2. Enivrons-nous de cette ivresse; quant à l'autre, tenons-nous-enbien loin ; ne déshonorons pas la fête de ce jour; car cen'est pas seulement la fête de la terre, mais aussi la fêtedu ciel. Aujourd'hui, joie sur la terre; aujourd'hui, joie dans le ciel;car si pour un seul pécheur qui se repent, il y a joie sur la terreet dans le ciel, aujourd'hui que la terre entière est arrachéeau démon, combien y aura-t-il plus de joie encore dans le ciel !A cette heure les anges tressaillent d'allégresse, à cetteheure la joie inonde les archanges; à cette heure chérubinset séraphins célèbrent avec nous la fête présente;ils ne rougissent pas de nous comme de compagnons d'esclavage, mais ilsse réjouissent avec nous des biens qui nous sont faits. Car si c'està nous que le Seigneur a communiqué ses grâces, notrejoie, nous la partageons avec eux. Et que parlé-je de compagnonsd'esclavage? Le Seigneur lui-même, leur Seigneur et le nôtrene rougit pas de faire avec nous la fête. Et à quoi bon direqu'il ne rougit pas? J’ai désiré, dit-il, d'un ardent désir,de manger cette pâque avec vous. (Luc, XXII, 15.) S'il a désiréde célébrer la pâque avec nous, il est évidentqu'il en est de même pour la résurrection. Donc lorsque lesanges se réjouissent avec les archanges, quand le Seigneur qui commandeà toutes les puissances célestes, aujourd'hui, avec nous,célèbre la fête, quelle raison de découragementnous resterait encore?

Qu'aucun pauvre ne baisse le front, parce qu'il est pauvre ; car cettefête est une fête spirituelle ; qu'aucun riche ne se redresse,fier de ses trésors ; car toutes ses richesses ne lui fournissentrien qu'il puisse apporter à cette fête. C'est que, dans lesfêtes du siècle, l'abondance des vins, des tables remplieset chargées de mets, l'immodestie, les ris, toute la pompe de Satan,font baisser le front au pauvre, et exaltent le riche ; pourquoi ? Parceque le riche dresse une table magnifique, savoure plus de délices;au contraire, le pauvre trouve dans sa pauvreté un obstacle quil'empêche de montrer la même magnificence; nos fêtesà nous, n'ont rien de pareil; une seule et même table réunitle riche et le pauvre, et si riche qu'on soit, on ne peut rien ajouterà la table; et si pauvre qu'on soit, la pauvreté n'empêcheen rien de participer aux mets servis pour tous : car c'est la grâcede Dieu qui les offre, et qu'y a-t-il d'étonnant d'y voir admisle riche et le pauvre? L'empereur même, qui a le diadème aufront, qui est revêtu de la pourpre, qui porte en sa main le sceptrede la terre, cet empereur se met, à côté du pauvre,du mendiant, à la même table. Voilà de quelle naturesont les présents du Seigneur; il ne fait pas acception de digniténi de rang, pour communiquer sa grâce, il ne considère quela volonté, que la pensée.

Quand vous voyez, dans une église, un pauvre à côtéd'un riche, un particulier à côté d'un prince, un hommedu peuple à côté d'un homme puissant, celui qui horsde l'église redoute cette puissance, la côtoyant, sans crainte,dans l'intérieur de l'église, méditez cette parole: Alors on verra le loup paître avec les agneaux. (Isai. XI, 6.)Le loup de l'Ecriture, c'est le riche ; l'agneau, c'est le pauvre. Et d'oùvient que le loup entrera en partage avec l'agneau, comme le riche avecle pauvre? Faites bien attention. Souvent, le riche et le pauvre sont dansl'église; arrive l'heure des divins mystères; on chasse leriche, qui n'est pas initié, et le pauvre est introduit dans lestabernacles célestes, et le riche ne s'indigne pas; il sait qu'ilest étranger aux divins mystères. Voyez, voyez, ô lagrâce de Dieu ! Non seulement tous sont également honorésdans l'église à cause de la divine grâce, mais quandle riche et le pauvre se trouvent ensemble, souvent le pauvre l'emportesur le riche par la piété, et la richesse ne sert de rienà qui n'a pas la piété, et la pauvreté ne causeaucun dommage au fidèle, qui s'approche du sanctuaire avec confiance.Ce que je dis, mes très-chers frères, (247) s'applique auxcatéchumènes, et non simplement aux riches. Considérez,mes bien-aimés, comme le maître se retire de l'église,tandis que le fidèle, quoique n'étant qu'un serviteur, assisteaux mystères; la maîtresse se retire, et la servante reste.Car Dieu n'a point d'égard à la qualité des personnes.(Galates, II, 6.) Il n'y a donc, dans l'église, ni esclave,ni homme libre : l'Ecriture ne reconnaît pour esclave que l'hommeasservi au péché. Car, dit l'Ecriture, celui qui fait lepéché, est esclave du péché (Jean, VIII, 34)et elle reconnaît comme libre celui qui a été délivrépar la grâce divine.

C'est avec la même confiance que l'empereur et le pauvre s'approchentde cette table, avec le même honneur, et souvent même le pauvres'en approche avec plus d'honneur. Pourquoi? C'est que l'empereur, embarrasséde mille affaires, ressemble à un vaisseau sur lequel l'écumedes flots jaillit de toutes parts, et les péchés font surlui des taches nombreuses; mais le pauvre, qui n'a de souci que celui dela nourriture nécessaire, dont la vie, en dehors des affaires, sepasse tranquille, est comme dans un port, et il s'approche avec une grandeassurance de notre table. Voyez encore : dans les fêtes du siècle,le pauvre a le front bas, le- riche resplendit, fier non-seulement de satable, mais de ses vêtements, car et l'aspect de la table et l'aspectdes vêtements produisent même effet. Le pauvre, à lavue du riche recouvert d'une robe d'un grand prix, est frappé detristesse, il se regarde comme le plus infortuné de tous les hommes.Ici, cette indigence disparaît; car tous n'ont qu'un seul et mêmevêtement, le bain qui procure le salut. Car, dit l'Apôtre,vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ,vous avez été revêtus de Jésus-Christ. (Galat.III, 27.) Donc, ne déshonorons pas cette fête par l'ivresse;car Notre-Seigneur a également honoré les riches et les pauvres,les serviteurs et les maîtres; répondons à la bontéque le Seigneur nous a témoignée : la meilleure manièred'y répondre, c'est la pureté dans notre conduite, c'estla tempérance de notre âme. Cette fête, cette assembléepeut se passer de richesse, de frais dispendieux, mais il y faut l'excellencede la volonté, de la pensée. C'est le prix nécessairede ce qui se trouve ici. Rien de corporel n'est ici en vente, qu'y vient-onchercher? les paroles que Dieu fait entendre, les prières des Pères,les bénédictions des prêtres, la concorde, la paix,l'harmonie, présents spirituels, qui se paient avec l'esprit.

Célébrons cette fête, la plus grande de toutes lesfêtes, fête brillante, la résurrection du Seigneur;célébrons-la tous ensemble, avec joie, avec piété: car le Seigneur est ressuscité, et il a ressuscité la terreavec lui. Il est ressuscité, en rompant les liens de la mort. Adama péché, Adam est mort; mais le Christ n'a point péché,et pourtant il est mort. Chose étrange et qui surprend notre esprit: celui-là a péché, il est mort; celui-ci n'a paspéché, et il est mort; pourquoi? C'est afin que celui quiest mort pour avoir péché, pût être affranchipar celui qui, sans avoir péché, mourut de tous les liensde la mort. On voit des faits analogues dans les affaires d'argent. Souventun débiteur insolvable est retenu en prison; un autre, qui ne doitrien, mais qui peut payer, donne de l'argent et délivre le débiteur.C'est ce qui s'est passé à l'occasion d'Adam. Adam étaitdébiteur, le démon le détenait en prison, Adam n'avaitpas de quoi payer; le Christ ni ne devait rien, ni n'était détenupar le démon, mais il pouvait acquitter la dette. Il est venu, ila payé la dette de la mort pour celui qui était détenupar le démon, il a affranchi le débiteur.

4. Comprenez-vous les admirables effets de la résurrection? Nousavions subi une double mort, il nous faut donc attendre une double résurrection.La mort du Christ fut simple, voilà pourquoi sa résurrectiona été simple aussi. Comment cela? Je m'explique : Adam estmort , et par le corps et par l'âme; il est mort et par le péchéet par la nature : Le jour où vous mangerez du fruit de l'arbre,vous mourrez d'une vraie mort. (Gen. II,17.) Toutefois ce n'est pas ence jour qu'Adam a subi la mort par la nature, mais, par le péché,il a été frappé de mort ; cette dernière mort,c'est la mort de l'âme; l'autre est la mort du corps. Mais maintenantces mots, la mort de l'âme, ne veulent pas dire que l'âme meurt,car elle est immortelle; mais la mort de l'âme c'est le péchéet le châtiment éternel. Delà ces paroles du Christ: Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer l'âme;craignez plutôt celui qui peut perdre et l'âme et le corpsdans l'enfer. (Matth. X, 28.) Ce qui est perdu subsiste, mais hors de lavue de celui qui l'a perdu. Donc, je vous disais que notre mort étaitdouble; par conséquent notre résurrection doit êtredouble aussi.

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Quant au Christ, sa mort fut simple; car le Christ n'a point péché;mais même cette mort simple, il ne l'a subie qu'à cause denous; car il n'était pas assujetti à la dette de la mort,lui; car il n'était pas comptable du péché, ni dela mort par conséquent; voilà pourquoi il est ressuscitéde la mort simple; mais nous, frappés d'une mort qui est double,il nous faut une double résurrection. Jusqu'à présent,nous n'avons qu'une seule résurrection, celle qui nous relèvedu péché; car nous avons été ensevelis avecle Christ dans le baptême, et nous nous sommes réveillésavec lui par le baptême. Cette première résurrectionnous a affranchis des péchés; la seconde résurrectionest celle du corps: le Seigneur nous a donné la plus précieuse,attendez aussi celle qui l'est moins; car celle que nous avons déjàest bien plus précieuse que l'autre; c'est une faveur bien plusprécieuse en effet d'être affranchis des péchés,que de voir un corps ressuscité. Le corps est tombé, parle péché; donc si le péché est le principede la chute, le principe de la résurrection, c'est d'êtreaffranchis du péché. Nous sommes dès à présentressuscités par ce qu'il y a de meilleur dans la résurrection,nous avons rejeté loin de nous la mort terrible du péché,nous avons dépouillé le vieux vêtement; donc ne désespéronspas de la résurrection moins précieuse. La premièrenous a ressuscités il y a longtemps, quand nous avons étébaptisés; ceux qui ont été hier soir jugésdignes du baptême , sont devenus des agneaux glorieux. Avant-hier,le Christ a été mis en croix, mais il est ressuscitéla nuit dernière; ces nouveaux baptisés avant-hier étaientdétenus par le péché, mais ils sont ressuscitésavec le Christ. Il est mort, lui, par le corps, et c'est par le corps qu'ilest ressuscité. Quant à eux, ils étaient morts parle péché, et, en ressuscitant, ils ont étédélivrés des péchés. La terre, en ces joursd u printemps, produit les roses, les violettes et les autres fleurs; maisles eaux nous ont montré une plus belle prairie que la terre. Nevous étonnez pas que ce soient les eaux qui aient développéles germes des fleurs; ce n'est pas par la nature qui lui est propre, c'estpar l'ordre du Tout-Puissant que la terre a produit les germes; ce sontles eaux qui ont, dans le principe, fait paraître des animaux quise mouvaient. Dieu dit, que les eaux, produisent des animaux vivants (Gen.I, 20), et son ordre s'accomplit, et cette substance sans âme produisitles êtres vivants avec une âme; disons de même aujourd'hui,que les eaux produisent, non plus des animaux vivants, mais les dons del'Esprit. Les eaux montrèrent, aux premiers jours, des poissonssans raison et sans voix; aujourd'hui, elles ont fait paraître despoissons qu'illuminent la raison et l'esprit d'en-haut, des poissons queles apôtres ont pêchés. Venez, dit le Seigneur, et jeferai de vous des pêcheurs d'hommes. (Matth. IV, 19.) C'est la pêchede ce jour, que le Seigneur désignait alors. Pêche étrange,il faut le dire; les pêcheurs ordinaires font sortir des eaux, nous,au contraire, nous avons plongé dans les eaux, et c'est ainsi quenous avons pêché. Autrefois, les Juifs avaient une piscine;apprenez ce que c'était que cette piscine, si vous voulez comprendrel'indigence des Juifs et la richesse de l'Eglise. C'était une piscined'eau, un ange y descendait et agitait l'eau; quand l'eau avait étéagitée, un malade y entrait, et il était guéri; unseul malade, chaque année, était guéri, et aussitôttoute la vertu d'en-haut était dépensée, non àcause de l'indigence de celui qui la communiquait, mais à causede l'infirmité de ceux qui la recevaient. L'ange descendait doncdans la piscine, et il agitait l'eau et un seul malade était guéri.Le Seigneur des anges est descendu dans le Jourdain, et il a agitél'eau, et la terre, la terre entière a été guérie.Chez les Juifs, après le premier malade, celui qui descendait lesecond dans la piscine, n'était pas guéri; c'est que lesJuifs qui recevaient cette grâce, étaient infirmes, indigents;mais, chez nous, après le premier, le second; après le second,le troisième; après le troisième, le quatrième; et dix, et vingt, et cent, et dix mille, et, si vous voulez, la terreentière plongée dans la piscine, n'en épuise pas lavertu; la grâce ne se perd pas; les eaux ne sont pas souillées.Mode nouveau de purification; c'est que ce n'est pas le corps qui est purifié;en effet, pour ce qui concerne les corps, plus est grand le nombre de ceuxqui se plongent dans les eaux, plus les eaux se chargent de souillures;mais ici, plus il y en a qui se purifient, plus s'accroît leur pureté.

5. Comprends-tu la grandeur du présent? Conserve la grandeurde ce présent, ô homme. Il ne t'est pas permis de vivre dansl'indifférence; impose-toi à toi-même une loi que tusuivras avec la plus grande attention ; cette vie est une lutte, un combat;celui qui affronte les combats doit toujours savoir se maîtriser.Veux-tu (249) que je te donne une règle excellente, infailliblequi t'assure la vertu? Il y a des choses en apparence indifférentes,qui enfantent les péchés, rejetons-les loin de nous. Parmiles actions, les unes sont des péchés, les autres n'en sontpas, mais sont des causes de péchés ; par exemple, le riren'est pas un péché de sa nature, mais il devient un péché,si on le pousse trop loin; car, du rire, viennent les plaisanteries; desplaisanteries, les mauvaises paroles; des mauvaises paroles, les mauvaisesactions ; des mauvaises actions, les châtiments et les supplices.Commence donc par supprimer la racine, pour supprimer le mal tout entier;car si nous nous tenons sur nos gardes, à propos des actions indifférentes,nous ne tomberons jamais dans les actions qui ne sont pas permises. C'estainsi que regarder les femmes, semble, à beaucoup de personnes,une action indifférente, mais de là viennent les désirsdéréglés ; de ce déréglement, la fornication; de la fornication, le châtiment et les supplices. De mêmevivre dans les délices, ne paraît avoir rien de grave, maisde là vient l'ivresse et les maux sans nombre qui en résultent.Supprimons donc de partout les causes des péchés. C'est pourquoivous jouissez chaque jour, sans interruption, de l'enseignement qui vousest donné; c'est pourquoi, sept jours de suite nous nous réunissons,nous dressons devant vous la table spirituelle, nous vous faisons jouirdes paroles divines, nous versons chaque jour l'huile sur vous, nous vousarmons contre Satan : car maintenant il vous menace avec plus de fureur;plus grand est le don qui vous est fait, plus terrible est la guerre quivous le dispute. Car si dans le paradis un seul homme a étépour lui un spectacle insupportable, comment pourrait-il supporter un sigrand nombre d'hommes dans le ciel, répondez-moi. Vous avez exaspéréle monstre, mais ne craignez rien ; vous avez reçu une force supérieure,un glaive aiguisé ; avec ce glaive, percez le serpent. Si Dieu permetqu'il soit exaspéré contre vous, c'est pour vous ménager,par l'expérience qui vous attend, la conscience de votre force,de votre pouvoir. De même qu'un gymnasiarque excellent qui a reçuun athlète de mauvaise mine, un homme énervé, dédaigné,le frotte d'huile, l'exerce, lui rend de la chair et des muscles, et, dèsce moment, ne lui permet plus l'oisiveté, mais lui commande de seprésenter dans les combats, afin que l'expérience lui prouvequelle force il lui a donnée, ainsi fait le Christ avec nous. Ilpouvait certes exterminer l'ennemi; mais il veut que vous compreniez l'excellencede sa grâce, la grandeur de la force spirituelle que vous avez reçuepar le baptême, et il vous envoie dans les luttes avec le démon,et il vous ménage de nombreuses occasions de mériter lescouronnes. Voilà pourquoi, sept jours de suite, vous jouissez del'enseignement divin; c'est pour apprendre exactement vos exercices. Voyezencore, c'est un mariage spirituel qui s'opère ici : or, dans lesmariages, il y a sept jours de festins. Voilà pourquoi nous aussipendant sept jours nous vous convions, en vertu de nos règles, auxfestins sacrés. Mais voyez la différence : dans le monde,après sept jours, plus de fête; ici, au contraire, si vousvoulez, vous pouvez toujours venir au festin sacré; dans les mariagesdu monde, l'épouse, après le premier ou le second mois, n'estpas aussi chère à l'époux; ici, il n'en est pas demême; plus le temps s'avance, plus brûlants deviennent lesdésirs de l'époux, plus suaves ses embrassements, plus spirituelson commerce, à la la condition pour nous de pratiquer la prudence.Voyez encore; pour ce qui est de notre chair, après la jeunesse,la vieillesse; ici, au contraire, après la vieillesse, la jeunesse,une jeunesse éternelle, cela dépend de nous. Nous avons reçudes grâces qui sont grandes, qui le seront plus encore, cela dépendde nous. Paul était grand quand il fut baptisé; mais il ledevint ensuite beaucoup plus; quand il publiait la vérité,il remplissait les Juifs de confusion; plus tard il fut ravi dans le paradis,il monta jusqu'au troisième ciel. De sorte que nous aussi, celadépend de nous, nous pouvons croître, agrandir la grâcequi nous a été donnée par le baptême; elle s'agranditpar les bonnes oeuvres, et elle devient plus brillante, et elle fait luiresur nous une plus resplendissante lumière. Et si ce bonheur nousarrive, nous irons, en toute confiance, nous réunir dans la chambrede l'Epoux, avec l'époux, et nous jouirons des biens réservésà ceux qui l'aiment; puissions-nous tous obtenir ces biens, parla grâce et par l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ àqui appartient, comme au Père et au Saint-Esprit, la gloire, l'adoration,dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Traduction de M. C. PORTELETTE.

Notes

Les traductions en français sont tirées d'un recueil préparé par des catholiques romains.

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Publié par: Rodion Vlasov
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