PREMIÈRE CATÉCHÈSE
1. Combien est délicieuse et attrayante pour nous cette réunionde jeunes frères ! je vous donne le nom de frères avant votrenaissance à la grâce, je vous salue comme des parents, vousqui n'êtes pas encore membres de la famille chrétienne. C'estque je sais, oui, je sais parfaitement à quelle haute dignité,à quel honneur vous êtes sur le point d'être élevés.Or on a coutume de rendre ses hommages à ceux qui vont êtreinvestis d'une charge importante, et cela même avant qu'ils soiententrés en fonction, afin de s'attirer, par cette marque de déférence,leur bienveillance pour l'avenir, et les avantages qui en découlent.C'est ce que je fais; car vous allez être élevés nonà une charge ordinaire, mais à la dignité de rois,non d'un royaume vulgaire, mais du royaume des cieux. Aussi, je vous conjureet vous supplie de vous souvenir de moi lorsque vous y serez parvenus.Ce que Joseph disait au (132) grand échanson: Souvenez-vous de moiquand vous serez heureux (Gen. XI, 14), je vous le dis maintenant : Oui,souvenez-vous de moi quand vous serez heureux. Je ne demande pas commeJoseph une récompense pour l'interprétation d'un songe; jene suis pas venu vers vous pour interpréter des songes, mais pourvous parler des choses du ciel, pour vous annoncer ces biens que loeil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, que le coeur del'homme n'a point compris. (I Cor. II, 9.) Car tels sont les biens queDieu a préparés à ceux qu'il aime.
Joseph disait au grand échanson : Encore trois jours, et Pharaonvous rétablira dans votre charge. (Gen. XL, 12, 15.) Pour moi jene vous dis pas : Encore trois jours et vous deviendrez les officiers d'ungrand roi; mais je vous dis encore trente jours et vous serez introduitsnon par Pharaon, mais par le Roi des cieux dans cette patrie qui est en-haut,dans cette cité du ciel, dans cette Jérusalem où l'onjouit de la vraie liberté. Joseph disait : Vous présenterezla coupe à Pharaon (Ibid) ; mais moi je vous dis : Le roi lui-mêmevous présentera ce calice redoutable, rempli d'une vertu divineet l'emportant infiniment sur tout objet créé. Ceux qui sontinitiés connaissent la vertu de ce calice; vous, vous la connaîtrezbientôt. Souvenez-vous donc de moi quand vous serez dans ce royaume,quand vous aurez reçu le manteau royal, revêtu la robe empourpréedu sang du Seigneur, et ceint le diadème dont le splendide rayonnementefface la lumière du soleil. Car tels sont les dons du, célesteEpoux, supérieurs aux mérites des hommes, mais proportionnésà sa royale munificence.
C'estpourquoi je vous félicite avant même que vous soyez introduitsdans cette demeure sacrée, je vous félicite et tout ensemblej'applaudis à votre généreuse ardeur, car vous nevenez pas, comme certains négligents, recevoir le baptêmeà la dernière extrémité; au contraire, semblablesà des serviteurs zélés, qui se sentent pressésd'obéir à leur maître, vous placez votre vie sous ladiscipline du Christ avec une pieuse impatience, vous prenez ce joug sidoux, ce fardeau si léger. A la vérité, ceux qui sontbaptisés à la fin de leurs jours reçoivent la mêmegrâce que vous, mais le généreux empressement de labonne volonté, l'appareil des saintes cérémonies,ils ne l'ont pas. Ils reçoivent le baptême sur leur lit, etvous c'est dans le sein de l'Eglise notre mère commune ; ils lereçoivent au milieu des larmes, et vous dans la joie et l'allégresse;ils le reçoivent en gémissant, et vous avec mille actionsde grâces; eux, ils sont dévorés par la fièvre,vous, remplis de l'abondance d'une joie toute spirituelle. Voilàpourquoi ici tout est en rapport avec la grâce que vous recevez;là, quel contraste étrange ! ceux qui reçoivent lebaptême pleurent et gémissent; autour d'eux sont des enfantsen larmes, une épouse désolée, des amis attristés,des serviteurs abattus; tout l'aspect de la maison est sombre comme unjour d'hiver enveloppé de brouillards. Et le malade ! si vous pénétrezdans le fond de son coeur, il est plus triste encore que tout ce que jeviens de dire; de même que les vents soufflant avec impétuositédans des directions contraires soulèvent et bouleversent. la mer;ainsi les dangers suspendus sur la tête du malade troublent son âmede mille pensées terribles, de mille soucis contraires qui létiraillent en tous sens. S'il jette les yeux sur ses enfants, il pensequ'ils vont être orphelins; il voit son épouse et d'avance.il pleure son veuvage; la vue de ses serviteurs lui montre le vide affreuxqui va se faire dans sa maison; il jette les yeux sur lui-même; alorsil se rappelle sa vie, cette vie qui lui échappe, et, sous le coupde la séparation, une grande tristesse descend dans son âmecomme un nuage épais. Tel est l'état de celui qui va recevoirle baptême. Au milieu de ce trouble, de cette agitation, entre leprêtre, plus terrible pour le malade que la fièvre même,plus redouté que la mort par les parents du moribond. Oui, la voixdu médecin déclarant que tout espoir de guérison estperdu, cause moins d'effroi que la venue du prêtre, et l'on reçoitcomme un messager de mort celui qui apporte la vie éternelle, Maisje n'ai pas encore parlé du plus grand de tous les malheurs : souventau milieu du trouble causé par une alarme subite, pendant que lesparents, ne sachant quel parti prendre, s'agitent beaucoup sans rien faire,l'âme rompant ses derniers liens quitte le corps qui n'est plus qu'uncadavre. Quelquefois même, l'âme est encore présentedans le corps; mais à quoi bon? le moribond ne reconnaît pluspersonne, il n'entend plus rien, et ces paroles par lesquelles l'hommecontracte son alliance avec son Seigneur, il ne peut plus les articuler;celui que l'on veut rendre participant de la lumière (133)divine est là comme un morceau de bois, ou comme une pierre, ilne diffère pas d'un mort de quoi lui servira l'initiation baptismale?
2. Celui qui va s'approcher des mystères sacrés et redoutables,doit veiller sur lui-même, être exempt de tout souci mondain,tempérant, plein d'un saint empressement, chasser de son esprittoute pensée étrangère et tenir la maison de son âmeparfaitement nette et pure, comme s'il devait recevoir le Roi. Telle estvotre préparation, telles sont vos pensées, telle est ladisposition de votre coeur. Aussi attendez-vous à recevoir de Dieuune récompense digne de cette excellente disposition, de Dieu dontles bienfaits surpassent toujours le mérite de notre obéissance.
Mais il faut donner du sien à ses frères; je vais doncvous faire part de ce qui est à moi, ou plutôt ce que je vaisvous communiquer n'est pas à moi, mais au Seigneur: Car que possédez-vousque vous ne l'ayez reçu ? Or, si vous l'avez reçu, pourquoivous glorifier comme si vous ne l'avez pas reçu ? ( I Cor. IV, 7.)Avant tout, je voulais vous expliquer pourquoi nos pères ont choisice temps de l'année de préférence à tout autrepour donner des enfants à l'Église par la vertu du sacrementde baptême; pourquoi l'instruction qui précède, pourquoil'on ôte ses chaussures, pourquoi l'on ne garde qu'une tunique seulement,pourquoi les prières des exorcismes ? car ce n'est pas en vain etsans réflexion que l'Église a fixé ce temps et déterminéce costume : tout cela a une raison mystérieuse, un sens caché,et je voulais vous en instruire ; mais je vois que d'autres choses plusnécessaires nous appellent; il est en effet nécessaire dedire ce que c'est que le baptême, pourquoi il a étéinstitué, et quels grands biens il nous procure.
Cependant, si vous le voulez, parlons d'abord de la dénominationde cette purification spirituelle; elle ne porte pas rien qu'un nom, maisplusieurs. Elle est appelée le bain de la régénération: Il nous a sauvés, dit l'Apôtre, par l'eau de la régénérationet de la rénovation du Saint-Esprit. (Tit. III, 5.) Elle est encoreappelée illumination; écoutez saint Paul : Rappelez en votremémoire ce premier temps, où après avoir étéilluminés par le baptême, vous avez soutenu le grand combatdes souffrances (Héb. X, 32); et ailleurs : car il est impossibleque ceux qui ont été une fois illuminés, qui ont goûtéle don du ciel , et qui après cela sont tombés, se renouvellentpar la pénitence. (Ibid. VI, 4.) Elle est aussi nommée baptême: Car vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ,vous avez été revêtus de Jésus-Christ. (Gal.III, 27.) Elle est aussi appelée sépulture. Car, dit l'Apôtre,nous avons été enseveli, avec lui par le baptême pourmourir au péché (Rom. VI, 4) ; également circoncision: C'est en lui que vous avez été circoncis d'une circoncisionqui n'est pas faite de main d'homme, mais qui consiste dans le dépouillementdes vices. (Col. II, 11.) Elle est appelée croix : Car notre vieilhomme a été crucifié afin que le corps du péchésoit détruit. ( Rom. VI, 6.) On pourrait encore citer beaucoup d'autresnoms, mais pour ne pas perdre tout notre temps sur ce sujet, revenons àla première dénomination, et son explication terminera cediscours; en attendant reprenons l'instruction d'un peu plus haut.
Il y a une espèce de purification qui est commune à tousles hommes, elle s'opère par le bain qui enlève les souilluresdu corps; les Juifs ont aussi une sorte de purification plus auguste quele bain dont je viens de parler, mais bien inférieure à notrebain spirituel qui confère la grâce; lui aussi enlèveles souillures du corps, et non-seulement celles-là, mais encorecelles de l'âme. Car il y a bien des choses qui par elles-mêmesne sont pas impures, mais qui le deviennent par suite de la faiblesse dela conscience. Ainsi un masque, si difforme qu'il soit, n'est pas réellementterrible; cependant il parait tel aux enfants, à cause de la faiblessede cet âge; il en est de même de certaines actions; par exempletoucher à un cadavre, ce n'est pas en soi une chose impure, maissi on le fait croyant commettre une faute, cet attouchement devient unesouillure. Que cet acte ne soit pas impur par lui-même, Moïsequi a promulgué la loi le montre bien, lui qui emporta le corpsde Joseph, et néanmoins ne fut pas souillé.
Et c'est pourquoi saint Paul, parlant d'une souillure de ce genre quiprovient non de la nature des choses, mais de la faiblesse de la conscience,s'exprime ainsi: Rien n'est impur de soi-même, et une chose n'estimpure qu'à celui qui la croit telle. (Rom. XIV, 14.) Vous le voyez,la souillure vient non de la chose elle-même, mais de la consciencequi est mal formée; et encore : Toutes les viandes sont pures, maisun homme fait mal d'en manger, lorsqu'en le (134) faisant il scandaliseles autres. (Ibid. 20.) Remarquez encore que la souillure est contractéenon par l'action de manger, mais par le scandale qu'elle cause.
3. Or cette souillure, la purification des Juifs l'effaçait;mais le bain qui donne la grâce fait disparaître non cettetache corporelle, mais celle qui, étant une véritable souillure,atteint le corps et l'âme; il purifie non ceux qui touchent des cadavres,mais ceux qui font des oeuvres de mort.
Seriez-vous impudique, seriez-vous fornicateur, idolâtre, auriez-vouscommis n'importe quel crime, seriez-vous couvert de toutes les souilluresqui peuvent flétrir un homme, plongez-vous dans la piscine de ceseaux saintes, et vous en sortez plus pur que les rayons du soleil. Ne croyezpas que j'exagère; écoutez saint Paul parlant de l'efficacitéde ce bain spirituel : Ne vous y trompez pas, ni les idolâtres, niles fornicateurs, ni les adultères, ni les impudiques, ni ceux dontles débauches outragent la nature, ni les avares, ni les intempérants,ni les médisants, ni les ravisseurs du bien d'autrui ne posséderontle royaume de Dieu. (I Cor. VI, 9, 10.) Et en quoi, direz-vous, ces parolestouchent-elles à la question ? Montrez ce dont il s'agit, c'est-à-direque la vertu du baptême efface ces souillures. Ecoutez donc ce quisuit : Vous avez été tout cela, mais vous avez étélavés, sanctifiés, justifiés au nom de Notre-SeigneurJésus-Christ et dans l'Esprit de notre Dieu. (Ibid. V, 11.) Nousnous proposions de vous dire que ceux qui s'approchaient de ce bain spirituelétaient purifiés de toute souillure, et voilà quenos paroles vous prouvent qu'ils sont non-seulement purifiés, ruaisencore sanctifiés et justifiés. Car l'Apôtre ne ditpas seulement: Vous avez été purifiés, mais il ajoute: Vous avez été sanctifiés, vous avez étéjustifiés.
Quoi de plus admirable que de voir la justification produite sans travail,sans peine et sans le secours des bonnes oeuvres ! car telle est la grandeurde ce don divin que sans aucune peine il nous rend justes devant Dieu.Si une simple lettre très-courte signée par l'empereur peutrendre à la liberté des hommes chargés de toutes sortesde crimes et élever quelques-uns de ses sujets aux plus hautes dignités,combien plus lEsprit-Saint, qui est tout-puissant, nous délivrera-t-ilde toute iniquité, établissant en nous le règne dela justice et nous remplissant d'une confiance inébranlable.Voyezcette étincelle tombant dans le gouffre de la mer, aussitôtelle s'éteint, elle disparaît engloutie sous les flots; ainsitoutes les iniquités des hommes, quand elles tombent dans la piscinedu bain sacré, sont anéanties; elles disparaissent plus viteet plus facilement que cette étincelle. Et pourquoi, direz-vous,si ce bain remet tous nos péchés, pourquoi l'appelle-t-onbain de la régénération et non pas bain de la rémissiondes péchés, bain de la purification? c'est parce que non-seulementil nous remet nos péchés, et nous purifie de nos souillures,mais que par lui nous recevons une seconde naissance. Oui, il nous créede nouveau, il nous forme non en nous façonnant une seconde foisavec de la terre, mais en nous faisant sortir d'un autre élémentqui est l'eau; il ne nettoie pas seulement le vase, mais il le refait denouveau tout entier. Les vases que l'on purifie gardent toujours, quelquesprécautions que l'on prenne, des marques de la tache qui a étéenlevée; mais ceux que l'on jette dans le fourneau pour les refondre,renouvelés par la flamme, déposent toute scorie et sortentde là aussi brillants que s'ils étaient entièrementneufs. Si quelqu'un prenait pour la refondre une statue d'or, toute noirciepar le temps, la fumée, la poussière, détérioréepar la rouille, il la rendrait très-pure et très-brillante;ainsi notre nature dégradée par la rouille du péché,obscurcie par nos crimes, comme par une fumée qui en ternit l'éclat,privée de sa beauté première, Dieu la refait pourainsi dire, la plonge dans l'eau comme dans le creuset, la pénètrecomme d'un feu, de la grâce du Saint-Esprit, et de là ellesort toute renouvelée, jetant un éclat qui surpasse la splendeurdes rayons du soleil, car le vieil homme est brisé, et de ses débrissort un homme nouveau et plus brillant.
4. Or c'est à ce brisement mystique, à cette purificationque le Prophète faisait allusion quand il disait : Vous les briserezcomme un vase de potier. (Psal. II, 9.) Que ces paroles s'entendent desfidèles, c'est ce qui est évident par celles qui précèdent;les voici : Tu es mon fils; aujourdhui je t'ai engendré : demande-moi,et je te donnerai les nations pour héritage, et ton empire s'étendrajusquaux extrémités de la terre. (Ibid., VII, 8.)Vous lentendez; il parle de lEglise, assemblée de toutes les nations,du royaume de Jésus-Christ établi partout. Puis il ajoute: Vous les conduirez avec (135) une verge de fer; il ne s'agit pas d'uneautorité insupportable, mais forte : vous les briserez comme unvase de potier.
Ici le bain est pris dans un sens plus mystique; le Psalmiste ne ditpas des vases d'argile cuite, mais des vases de potier. Ici faites attention.Vous brisez un vase d'argile cuite , on ne peut le refaire, parce qu'ilacquiert sous l'action du feu une dureté que rien ne saurait plusdissoudre. Mais les vases de potier, c'est-à-dire qui sont encoredans la main de l'ouvrier, et qui n'ont pas encore subi l'action du feu;ces sortes de vases, un ouvrier habile peut les broyer et leur redonnerleur première forme. Aussi Dieu parlant d'un malheur irréparable,lire sa comparaison non d'un vase de potier, mais d'un vase d'argile cuite.Voulant montrer au prophète et aux juifs qu'il allait livrer laville à une ruine dont elle ne se relèverait pas, il ordonnaau prophète de prendre un vase d'argile cuite et de le briser enprésence de tout le peuple en disant : Ainsi, la ville sera anéantie,brisée. (Jérém. XIX, 11.) Veut-il au contraire luilaisser la douceur de l'espérance, c'est sur le potier qu'il attirel'attention du prophète; il lui met sous les yeux non un vase d'argilecuite , mais un vase de terre échappant à la main de l'ouvrier,et il dit: Si le potier redonné sa première forme àce vase qui vient de tomber, et plus forte raison puis-je, moi, vous releveret vous quérir de votre chute. (Jérém. XVIII, 6.)Oui, Dieu peut, par le bain de la régénération, nouscorriger, nous hommes de boue; bien plus, quand nous avons subi l'actiondu Saint-Esprit, et qu'ensuite nous sommes retombés, il peut, parune sévère pénitence, nous rendre tels que nous étionsavant notre chute.
Mais ce n'est pas le moment de parler de pénitence : Ah ! fassele ciel que jamais vous n'ayez besoin de ces remèdes; puissiez-vousplutôt conserver intacte cette beauté, rester toujours aveccet éclat qui vous appartiendra bientôt ! Or, pour qu'il ensoit ainsi, disons un mot de la manière dont vous devez réglervotre vie. Dans la carrière que vous parcourez actuellement, jeunesathlètes, vos chutes ne sent pas dangereuses; vous vous exercezpour ainsi dire dans la maison, et les coups retombent sur ceux qui vousinstruisent. Mais voici bientôt venir le temps des vrais combatsle stade est ouvert, voilà les spectateurs sur les gradins de l'amphithéâtre,à leur tête est le président des jeux ; alors pointde milieu ou tomber lâchement et se retirer couvert de honte, ouse comporter en brave et obtenir la couronne et le prix; ainsi ces trentejours sont pour vous des jours de lutte, d'apprentissage, d'exercice. Dèsce moment apprenons à vaincre le malin esprit, car une fois baptisés,il faudra descendre dans l'arène, lutter avec lui, le combattreà outrance. Dès maintenant apprenons à connaîtreses stratagèmes, ce qui le rend si méchant, d'où vientque ses coups nous atteignent si facilement, afin que le temps de la luttearrivé, la nouveauté du combat ne déconcerte pas notrecourage, mais que préparés, exercés , instruits desruses de l'adversaire , nous l'abordions avec une entière confiance.
De tous côtés le démon nous tend des piéges,il arme principalement contre nous notre langue et notre bouche. Une languetoujours en mouvement, une bouche qui n'est jamais fermée, c'estlà l'organe dont le démon se sert le plus souvent pour noustromper et nous perdre. De là pour nous la source de beaucoup defautes à l'occasion de péchés graves. Qu'il est facilede pécher par la langue ! écoutez cette sentence : Le glaivefait beaucoup de victimes, la langue davantage encore. (Eccli. XXVIII,22.) La sentence suivante, qui est du même auteur, nous montre combiencette chute est grave Il vaut mieux tomber sur le pavé que de pécherpar la langue. (Eccli. XX, 20.) Ce qui veut dire: il vaut mieux tomberet se briser les membres que de proférer une parole qui puisse perdrenotre âme. Non-seulement l'auteur parle des fautes que l'on peutfaire, mais il nous exhorte à veiller avec le plus grand soin pourne pas nous laisser surprendre : Placez, dit-il, à votre boucheune porte et des verroux. (Eccli. XXVIII, 28.) Ces paroles ne se doiventpas prendre dans le sens littéral, elles signifient que nous devonsavec le plus grand soin interdire à notre langue les paroles inconvenantes.Avec notre effort personnel, et même avant notre effort personnel,nous avons besoin du secours d'en-haut pour pouvoir dompter la bêteféroce que chacun de nous porte au dedans de soi; c'est ce que leProphète nous enseigne en disant: J'élève les mainspour offrir le sacrifice du soir; placez, Seigneur, une garde àma bouche et à mes lèvres une porte qui s'ouvre àpropos. (Psal. CXL, 2-3.) Et celui que je citais tout à l'heuredit encore: Qui placera (136) une garde à ma bouche et sur mes lèvresle sceau de la prudence? (Eccl. XXII, 33.)
Tous, ne le voyez-vous pas, craignent les fautes que la langue faitcommettre, les pleurent, donnent des conseils et recommandent de prendrebeaucoup de précautions. Et pourquoi, direz-vous, si la langue nousexpose à de si grands dangers, pourquoi Dieu nous l'a-t-il donnéeen nous créant? parce qu'elle nous procure aussi de grands avantageset que si nous voulons veiller sur nous, elle nous est utile et nullementpréjudiciable. Ecoutez encore le même auteur : En la puissancede la langue sont la vie et la mort. (Prov. XVIII, 21.) Le Christ dit lamême chose: Vous serez condamné par vos paroles, et vous serezjustifié par vos paroles. (Math. XII, 37.) Ici le mal, làle bien, la langue est comme au milieu: vous êtes le maître.
Ainsi, voilà un glaive: servez-vous-en pour percer l'ennemi,il devient entre vos mains un instrument de salut; si vous vous blessez,ce n'est pas le fer lui-même, mais le mauvais usage que vous en faitesqu'il faut accuser. Il en est de même de la langue: c'est unglaive dont vous pouvez disposer selon votre gré: servez-vous-enpour accuser vos péchés et non pour blesser votre frère.Aussi Dieu l'a-t-il entourée d'une double barrière, les dentset les lèvres, de peur qu'agissant à la légèrevous ne soyez portés trop facilement à dire ce qui ne convientpas. Mettez donc un frein à votre langue. Veut-elle s'en débarrasser?Servez-vous de vos dents pour la châtier, qu'elles remplissent parleurs morsures l'office de bourreau. Il vaut mieux que la langue soit déchiréesur la terre par les morsures, en punition de ses fautes que desséchéedans l'autre vie, réclamant pour se rafraîchir une goutted'eau qui ne lui sera pas accordée. De combien de péchésn'est-elle pas l'instrument? Paroles injurieuses, blasphèmes, proposimpudiques, flatteries, jurements, parjures !
5. Mais pour ne pas accabler vos esprits sous l'abondance excessivedes matières, ne parlons aujourd'hui que de l'obligation d'éviterles jurements. Je vous préviens que jusqu'à ce que vous évitiez,je ne dis pas seulement les parjures mais même les sermentsfaits pour une juste cause, je ne traiterai pas, dautre question; il serait absurde, quand vous navez pas encore bien appris les premierséléments, de vouloir vous pousser plus avant ; ce serait puiser de l'eau avec un tonneau percé : ainsi les maîtresne transmettent à leurs élèves des enseignements nouveauxque quand ils voient les premiers bien gravés dans leur mémoire,
Prenez donc bien la chose à coeur si vous ne voulez pas arrêterle cours de nos instructions. Faire serment, c'est un péchégrave et très-grave; et cela précisément parce qu'ilne paraît pas tel; je le crains, d'autant plus qu'on le craint moins;mal incurable parce qu'on ne croit pas que ce soit un mal. Parce qu'unesimple parole n'est pas un crime, on se figure que le serment n'en estpas un, et sans méfiance on tombe dans cette faute; si quelqu'unen fait l'observation, alors on se moque, on rit aux éclats, nonde ceux qui sont réprimandés , mais de ceux qui prétendentguérir cette maladie.
Aussi je veux m'étendre sur ce sujet; le mal est très-enraciné,je veux l'arracher, le faire disparaître, et je ne parle pas seulementdes parjures, mais des serments faits pour une cause juste.
Je prévois votre objection : un tel, qui est un homme vertueux,réservé, pieux, un prêtre, ne laisse pas pourtant dejurer.
De grâce ! ne me parlez pas de cet homme modeste, réservé,pieux, honoré du sacerdoce; mais supposez même Pierre, Paul,ou un ange descendu du ciel; oui, supposez cela, tant il s'agit peu icid'une question de personne. Je lis la loi sur le serment, elle émanenon des serviteurs, mais du Seigneur lui-même : or quand c'est lesouverain qui parle, on laisse de côté l'autorité duserviteur. Si vous osez me dire que le Christ a ordonné le sermentou qu'il l'a laissé sans punition, montrez-le-moi et je me soumets.
Mais s'il l'interdit formellement et s'il attache à cette défenseune telle importance qu'il compare celui qui fait des serments au démonlui-même : Or ce qui va au delà de ces paroles oui et non,est du démon (Matth. V, 37), pourquoi venez-vous me parler de l'autoritéde celui-ci ou de celui-là? Dieu rendra sa sentence non d'aprèsla désobéissance de quelques-uns de ses serviteurs, maisd'après les injonctions de ses lois. J'ai ordonné, dira-t-il,il fallait obéir, ne pas mettre en avant l'autorité de celui-ciou de celui-là, ni s'enquérir trop minutieusement des fautesdes autres. David , cet homme si grand, est tombé dans une fautegrave; s'ensuit-il, dites-moi, que nous puissions pécher sans danger? Il faut donc se mettre sur ses gardes et nimiter dans les saints queles bons (137) exemples qu'ils nous ont laissés. Mais si nous rencontronsdans leur vie quelque négligence ou quelque désobéissanceà la loi, nous devons les éviter avec le plus grand soin.Car ce n'est pas aux saints qui sont comme nous d'humbles serviteurs, maisau souverain Maître que nous avons affaire, et c'est à lui-mêmeque nous rendrons compte de toutes les actions de notre vie. Préparons-nousdonc à paraître devant ce tribunal; quelque admirable, quelquegrand que soit celui qui a transgressé cette loi, le châtimentest là pour punir son crime, il le subira Dieu ne fait acceptionde personne.
Commentpourrons-nous éviter ce péché? Il ne suffit pas demontrer que c'est un péché grave, il faut encore indiquerle moyen de ne pas le commettre. Vous avez une épouse, des enfants,un ami, des parents, des voisins, priez. les de veiller sur vous et chargez-lesdu soin de vous reprendre. C'est quelque chose de grave qu'une habitude: il est difficile de la faire disparaitre, difficile de se mettre en gardecontre ses entraînements; elle nous surprend et cela quelquefoismalgré nous. Donc, plus vous connaissez la force de la mauvaisehabitude, plus vous devez redoubler d'efforts pour vous en délivreret pour en contracter une bonne. De même qu'elle a pu devenir plusforte que vous, et que malgré vos soins , vos précautionset votre continuelle vigilance, elle vous fait tomber, de même sivous contractez la bonne habitude de ne plus faire de serments, vous neserez plus entraînés malgré vous lors même quevotre vigilance sera par hasard en défaut. Oui, c'est une grandechose que l'habitude, - c'est une seconde nature : pour ne pas êtreobligés de lutter toujours, prenons une autre habitude. Prions engrâce ceux avec lesquels vous vivez de vous engager à éviterle serment, qu'ils vous y habituent, qu'ils vous reprennent quand vousvous oubliez. Cette vigilance qu'ils exerceront sur vous leur profiteraà eux-mêmes de conseil et d'exhortation pour bien faire; carcelui qui avertit son prochain ne tombera pas aussi facilement lui-mêmedans le précipice qu'il veut faire éviter, Et c'est vraimentun précipice que l'habitude de prêter serment, non-seulementquand il s'agit de choses de peu d'importance, mais même quand ils'agit de choses graves. Pour nous, nous ne saurions, par exemple, acheterdes légumes, soutenir une contestation pour deux oboles, querelleret menacer nos serviteurs sans prendre Dieu à témoin. Pourde pareilles futilités vous n'oseriez pas appeler en témoignagedevant un tribunal un homme de grande naissance ou revêtu de quelquedignité si peu considérable qu'elle soit; et si vous aviezcette audace, vous subiriez le châtiment qu'elle mérite :et le Roi des cieux, le Seigneur des anges, vous ne craignez pas de leprendre à témoin quand il est question de marchandises, d'argent,ou d'autres misères de ce genre ! Est-ce supportable? Comment doncpourrons-nous rompre avec cette mauvaise habitude? en plaçant autourde nous les gardiens dont j'ai déjà parlé, en nousfixant à nous-mêmes un terme pour notre amendement et en nousinfligeant une punition, si, ce temps écoulé, nous ne sommespas corrigés. Mais combien nous faudra-t-il de temps? Pour ceuxqui veillent avec soin et sont animés d'un véritable zèle,je ne crois pas qu'il faille plus de dix jours pour couper le mal jusquedans sa racine. Si après ces dix jours nous sommes surpris en flagrantdélit, imposons-nous une peine plus considérable, un châtimenten rapport avec la grandeur de notre faute.
Ce châtiment, quel sera-t-il? je ne le détermine pas, jevous laisse les maîtres.
Si nous agissons de la sorte pour les choses qui nous concernent, nousnous corrigerons non-seulement de l'habitude de jurer, mais encore de touteautre habitude mauvaise. Fixons-nous un terme, punissons-nous sévèrementsi nous tombons, et purifiés, nous approcherons de notre Dieu; nouséviterons les peines de l'enfer, nous nous présenterons avecconfiance devant le tribunal de Jésus-Christ.
C'est ce que je vous souhaite, par la grâce et la bontéde Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire, dansles siècles des siècles, ainsi qu'à Dieu le Père,en l'unité du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
DEUXIÈME CATÉCHÈSE
1. Il n'y a que peu de jours, mes frères, que je vous ai parlé,et je viens déjà réclamer les fruits de mon instruction.Nous ne parlons pas en effet que pour vos oreilles, mais pour vos esprits,afin qu'ils retiennent nos paroles, et pour que vous nous le fassiez voirpar vos oeuvres, ou plutôt pas à nous, mais à Dieuqui connaît le fond des curs. Aussi appelons-nous notre instructionCatéchèse, parce qu'il faut que même en notre absencel'écho de nos paroles retentisse dans vos âmes. Ne vous étonnezpas, si après un délai de six jours seulement je viens pourréclamer les fruits de la semence que j'ai répandue; en effet,semer et moissonner le même jour dans les âmes n'est pas choseimpossible, par la raison que ce n'est point appuyés sur nos seulesforces, mais sur le secours divin que nous sommes invités aux combatscontre le mal. O vous donc, qui avez reçu nos paroles et les avezmises en pratique, persévérez et avancez ! et vous qui n'avezpoint encore mis la main à l'oeuvre, commencez dès maintenant,et qu'à l'avenir vos efforts vous sauvent de l'accusation de négligence! On peut toujours, si négligent qu'on ait été, onpeut, avec de la diligence, réparer le temps perdu. Ecoutez le Psalmiste: Si aujourd'hui vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos coeurs commeau jour de la colère. (Ps. XCIV, 8.) C'est nous avertir et nousconseiller de ne (139) jamais désespérer, mais, tant quenous sommes en ce inonde, de conserver l'espérance que nous arriveronsau but et que nous obtiendrons la palme de notre glorieuse vocation. Suivonsces conseils, et recherchons les noms de la grâce si précieuseque nous recevrons bientôt. Quand on ignore l'importance d'une fonction,on en tient moins de compte, on la remplit avec plus de négligence;maissi on la connaît, on l'exerce avec plus de zèle et d'intérêt.Pour nous en particulier, à qui Dieu accorde un si grand honneur,ne serait-ce pas une honte et une absurdité d'en ignorer les nomset le sens de ces noms? Mais pourquoi parlé-je de la grâcebaptismale? Notre nom générique lui-même, bien compris,sera pour vous une leçon et un encouragement à la plus hautevertu. Nous ne définissons pas en effet le mot homme, comme lesprofanes, mais comme le veut la sainte Ecriture. N'est pas un homme quiconquea simplement des mains et des pieds d'homme, ou est seulement douéde raison, mais celui qui remplit fidèlement les devoirs de la piétéet de la vertu. Voici comment la sainte Ecriture nous parle de Job. Aprèsces paroles Il y avait en la terre d'Ausitide, un homme, elle ne nous ledépeint pas à la manière païenne, elle ne ditpas qu'il avait deux pieds et de larges ongles. Mais nous retracent lesmarques de sa piété, elle dit : Un homme juste, sincère,honorant Dieu, et s'abstenant de tout mal (Job, I, 1.), nous indiquantainsi ce qui fait l'homme. C'est ce que nous dit aussi l'Ecclésiaste: Craignez Dieu, observez ses commandements, car c'est là tout l'homme.(Eccle. XII, 13.) Mais si ce nom d'homme a tant de force pour exhorterà la vertu, que sera-ce de ce mot fidèle ? Pourquoi, en effet,êtes-vous appelés fidèles ? N'est-ce pas parce quevous croyez eu Dieu, et que vous- gardez fidèlement la justice qu'ilvous a donnée, la sainteté, la pureté de l'âme,votre divine adoption-, le royaume des cieux, tous biens qu'il vous a recommandés?N'est-ce pas parce qu'en retour vous lui avez confié et recommandéd'autres trésors, l'aumône, vos prières, la sagesseet tonte autre vertu. Et que parlé je d'aumône? Si vous luidonnez un verre d'eau froide, vous ne le perdrez même pas, il vousle conservera avec soin pour le grand jour, et il vous le rendra au centuple;ce qu'il y a d'admirable, en effet, c'est qu'il ne conserve pas seulementles dépôts, mais il les multiplie encore par ses largesses.
Imitez-le donc selon votre pouvoir, et d'après son ordre, danstout ce qu'il vous a confié. Ajoutez à la saintetéque vous avez reçue; faites briller et éclater davantagela justice et la grâce de votre baptême; agissez comme saintPaul qui augmentait chaque jour par ses travaux, par son activitéet son zèle les richesses que Dieu lui avait communiquées.Remarquez ici la suprême sagesse de Dieu. Il ne nous a pas tout donné;il ne nous a pas tout refusé. Il nous a fait des dons, il nous afait des promesses. Mais pourquoi ne vous a-t-il pas tout accordédès ici-bas ? C'est pour que vous prouviez votre confiance en lui,croyant sur sa seule promesse aux faveurs que vous n'avez point encoreobtenues. Et pourquoi d'un autre côté n'a-t-il pas tout réservépour l'autre Nie, mais vous a-t-il fait part des grâces du Saint-Esprit,de la justice et de la sanctification ? C'était pour allégervos peines, et, par ses dons passés, vous établir dans unesolide espérance de ses dons à venir. Aussi doit-on vousappeler un nouvel illuminé. Pour vous, en effet, si vous le voulez;la lumière est toujours nouvelle, et ne s'éteint jamais.Ce jour qui éclaire les yeux de nos corps ne luit pas constamment,et sans prendre nos ordres la nuit vient régulièrement l'interrompre,mais le jour divin, jamais les ténèbres n'ont prévalusur lui. La lumière a brillé dans les ténèbres,et les ténèbres ne l'ont point comprise. (Jean, I, 15.) Lesoleil levant verse moins de rayons sur le monde, que l'Esprit -Saint nerépand de splendeur sur une âme qu'il Inonde de sa grâce.Considérez avec attention ce qui se passe dans la nature. Quandla nuit couvre la terre de ses ombres épaisses , aperçoit-onune corde , souvent on la prend pour un serpent ; si un ami s'approche,on le fuit comme un ennemi; le moindre bruit nous épouvante. Maisdans le jour rien de pareil; les objets nous apparaissent tels qu'ils sont.Voilà ce qui arrive dans notre âme. A peine la grâcel'a-t-elle visitée, a-t-elle chassé les ténèbresde notre esprit, crue nous voyons les choses dans.leur réalité.Alors ce qui nous effrayait auparavant nous paraît méprisable;nous ne craignons plus la mort, le baptême nous a convaincu qu'ellen'est point une mort, mais un repos, un sommeil passager. Et la pauvreté,la maladie, et d'autres semblables misères, pourquoi les redouteraient-ils,ceux qui aspirent à une vie meilleure, sans fin, (140) sans vicissitudes,et exempte de toute inégalité.
2. Ne soupirons donc plus après les biens périssables,après les plaisirs de la table, et la parure des vêtements.N'avez-vous pas en effet l'habit le plus précieux, un festin spirituelet la gloire du ciel? Jésus-Christ ne s'est-il pas fait tout pourvous , et la table et le vêtement, et la demeure, et le chef et laracine? Vous tous qui avez été baptisés en Jésus-Christ,vous avez revêtu Jésus-Christ. (Gal. III, 27.) Le voilàvotre vêtement. Voulez-vous savoir comment il est votre table? Commeje vis pour mon Père, dit-il, ainsi celui qui me mange vivra pourmoi. N'est-il pas aussi votre demeure? Celui qui mange ma chair demeureen moi et je demeure en lui. (Jean, VI, 57, 58.) Puis il est votre racine:Je suis la vigne et vous en êtes les branches. A se nomme égalementvotre frère, votre ami, votre époux. Je ne vous appelleraiplus mes serviteurs, car vous êtes mes amis. (Jean, XV, 5, 15.) Ecoutezsaint Paul: Je vous ai fiancés à votre unique épouxpour vous présenter comme une vierge sans tache à Jésus-Christ.(II Cor. XI, 2.) Et encore : Afin qu'il soit lui-même le premier-néentre beaucoup de frères. (Rom. VIII, 29.) Il n'est pas mêmesatisfait du nom de frères, nous sommes ses petits enfants : Mevoici avec les petits enfants que Dieu m'a donnés. (Isaïe,VIII, 18.) Il va plus loin; nous sommes ses membres et son corps (I Cor.XII, 27) ; et comme si toutes ces grâces ne suffisaient pas pournous convaincre de sa bonté et de son amour,il nous en donne encoreune preuve et plus forte et plus touchante: il s'appelle notre tête.(Ephés. I, 22.)
Connaissez tous les bienfaits de Jésus-Christ et témoignez,mon cher frère, votre reconnaissance à votre bienfaiteurpar une conduite vertueuse; et que la pensée de ce sacrifice sigrand vous porte à honorer les membres de votre corps. Réfléchissezà ce que saisit votre main, et ne la laissez frapper aucun de vosfrères; qu'honorée d'un si noble don, elle ne se déshonorepas par de criminelles blessures. Oui, pensez à ce qu'elle saisit,et gardez-la pure de toute avarice et rapine. Ce n'est pas seulement votremain qui saisit, c'est encore votre bouche qui reçoit les dons duciel, et défendez à votre langue toutes paroles injurieuses,impudiques, blasphématoires, parjures, et autres pareilles iniquités.Quel sacrilège, si une langue qui touche aux plus redoutables mystères,une langue empourprée du sang d'un Dieu, et devenue plus précieuseque l'or, se changeait en une épée meurtrière, eninstrument d'insultes, d'outrages et d'ignobles plaisanteries ! Respectezdonc l'honneur que Dieu lui a fait, et ne la faites point servir au péché.Remarquezencore qu'après la main et la langue c'est le coeur qui reçoitnos augustes mystères: n'ourdissez donc jamais la fraude contrevotre prochain; et que votre âme reste exempte de toute méchanceté.Vous pourrez ainsi préserver et vos oreilles et vos yeux. Combienn'est-il pas inconvenant en effet qu'après cette mystérieusevoix descendue du ciel , et des chérubins, nos oreilles se laissentprofaner par des chants lascifs et efféminés ! ne mérite-t-onpas le dernier châtiment, si de ces yeux, qui ont contemplénos secrets et vénérables mystères, l'on regarde desprostituées, et l'on commet l'adultère dans son, coeur? Vousêtes convié à des noces, mon ami, n'y entrez pas avecune robe souillée ; mais prenez un vêtement digne de la solennité.L'homme le plus pauvre, engagé à des noces mondaines, souventachète ou emprunte un habit convenable, et se présente ainsià ceux qui l'ont invité. Mais vous, vous êtes appeléà un mariage spirituel, à un banquet royal; considérezcombien vous êtes obligé. de vous procurer une robe nuptiale.Mais ne cherchez pas ce vêtement, c'est inutile; Celui qui vous invitevous en donne un gratuitement; vous ne pouvez donc pas vous excuser survotre pauvreté. Mais conservez-le, cet habit, car si vous le perdiez,vous ne pourriez plus en acheter ou en emprunter un autre; ce vêtementprécieux, en effet, ne se vend nulle part. Avez-vous entendu lesgémissements des initiés qui l'avaient perdu, et commentils se frappaient la poitrine , déchirés par les remordsde leur conscience ? Prenez garde, mon cher frère, d'éprouverun jour le même sort. Mais comment l'éviterez-vous si vousne rompez avec vos mauvaises habitudes ? Aussi je l'ai déjàdit, je le dis encore, et toujours je le répéterai : si quelqu'unne corrige pas ses moeurs vicieuses, et ne se rend la vertu facile , qu'ilne reçoive pas le baptême. Le baptême sans doute peuteffacer nos premiers crimes. Mais combien n'est-il pas à craindre,combien n'est-il pas dangereux que nous n'y revenions, et que le remèdene se change en poison ! Plus en effet la grâce a étéabondante, plus terrible est le châtiment pour ceux qui retombent.
3. Ne retournons donc plus à notre ancien vomissement, dèsaujourd'hui instruisons-nous nous-mêmes. Or, sur la nécessitéd'un repentir antérieur, d'un divorce avec nos précédentesiniquités, pour s'approcher du sacrement, écoutez les parolesde saint Jean-Baptiste et du prince des apôtres à ceux quidevaient être baptisés : Faites de dignes fruits de pénitence,s'écrie le premier, et ne commencez point ci dire: nous avons Abrahampour père. (Luc, II, 8.) Et le second, répondant aux questionsqu'on lui adressait : Faites pénitence, dit-il, et que chacun devous soit baptisé au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ.(Act. II, 38.) Or, celui qui fait une vraie pénitence ne commetplus les fautes dont il s'est repenti. C'est pourquoi l'on nous fait dire:Je renonce à toi, Satan, pour que nous ne retournions plus sousson empire. En ce moment imitons donc les peintres : Ils déploientd'abord leurs toiles, ils les environnent de lignes blanches, ils dessinentdes figures, l'image d'un roi, peut-être; mais avant d'appliquerles couleurs, en toute liberté ils effacent, ils ajoutent, changentet transposent les traits manqués et mal réussis. Mais lescouleurs une fois appliquées, ils ne sont plus libres d'effacerpour recommencer; ils gâteraient leur tableau, ils pécheraientcontre les règles de leur art. Suivez cet exemple, et regardez votreâme comme un portrait que vous avez à peindre. Avant doncque le Saint-Esprit vienne y passer son divin pinceau, effacez vos mauvaiseshabitudes. Ainsi , êtes-vous dans l'habitude de jurer, de mentir,de proférer des paroles outrageantes ou déshonnêtes,ou de vous livrer à des bouffonneries, à toute autre actiondéfendue? hé bien ! détruisez cette habitude, pourne point y revenir après le baptême. L'eau sainte efface lepéché; mais c'est à vous de corriger les coupableshabitudes. Les couleurs sont appliquées, l'image royale resplenditpar l'effet du coloris : n'effacez plus, ne faites ni déchiruresni taches à la beauté que Dieu vous a donnée.
Réprimez donc la colère, éteignez les flammes dela fureur; ou bien si quelqu'un vous injurie et vous outrage, poursuivez-lede vos armes et non de votre indignation; de votre pitié et nonde votre ressentiment; et ne dites pas : Je suis blessé dans monâme. L'injure n'atteint pas notre âme, à moins que nousne nous la fassions à nous-mêmes. En voici la preuve.On adérobé votre bien; vous a-t-on blessé dans votre âme?non, mais dans votre fortune.
En gardez-vous du ressentiment? alors vous blessez vous-même votreâme. Le vol en effet n'a pas nui à votre âme, il luia même été avantageux; mais vous, qui n'oubliez pasvotre colère, vous serez puni pour avoir conservé la mémoirede cette offense. Quelqu'un vous a-t-il indignement méprisé,insulté, quel tort a-t-il fait à votre âme, et mêmeà votre corps? Mais lui avez-vous rendu ses insultes et ses mépris,alors vous avez fait du mal à votre âme, et vos paroles recevrontun jour leur châtiment. Voici une vérité dont je voudraisavant tout bien vous convaincre : c'est que personne, pas même ledémon, ne peut faire tort à un chrétien, àun fidèle dans son âme; et ce qui est admirable, ce n'estpas seulement que Dieu nou&ait rendus supérieurs à toutesles embûches, mais encore qu'il nous ait donné de l'aptitudepour la pratique de toutes les vertus. Pour une bonne volonté, iln'est aucun obstacle, fussions-nous pauvres, faibles, vils, méprisablesou esclaves. Non, ni l'indigence, ni la faiblesse, ni la mutilation, nila servitude, ni aucun autre accident semblable ne peuvent entraver lavertu. Et que parlé je de pauvre, d'esclave, d'homme abject? Leschaînes mêmes ne peuvent nous ôter la facultéd'être vertueux. Par exemple : un de vos compagnons vous a contristé,irrité, pardonnez-lui. Est-ce que la captivité, la pauvreté,l'abjection vous en empêchent? Non; elles vous y aident plutôt,car elles contribuent à la répression de votre orgueil quise révolte. En voyez-vous un autre réussir dans ses affaires? n'en soyez point jaloux; la pauvreté ne s'y oppose pas. S'agit-ilde prier? faites-le avec modestie et recueillement; la pauvretén'y met pas d'obstacle. Soyez obligeant, affable à tous, réservé,honnête; ces vertus n'ont pas besoin de secours étrangers.Et voilà en effet le mérite de la vertu, c'est qu'elle n'apas besoin de richesses, de puissance, ni de gloire, ou de rien de semblable; une âme sanctifiée lui suffit, elle n'en demande pas davantage.Telle est l'opération de la grâce : quelqu'un est-il boiteux,aveugle, mutilé, accablé de la plus extrême infirmité,rien n'empêche la grâce de le visiter. Elle ne demande qu'uneâme qui la reçoive en toute affection, et ne prête aucuneattention aux avantages extérieurs. Ceux qui enrôlent dessoldats dans la milice profane recherchent la beauté de la tailleet la vigueur de la constitution; ces avantages ne suffisent pas pour le(142)
service; il faut encore la liberté : tout esclave est rejeté.Or le roi des cieux ne fait pas ces enquêtes; il admet dans son arméeles esclaves, les vieillards, les invalides, et il n'en rougit point. Peut-onvoir une bonté, une obligeance plus grandes ? Pour nous, on ne nousdemande que ce qui est en notre pouvoir; mais le monde réclame cequi n'est pas à notre disposition. En effet, est-ce que la libertéou l'esclavage dépendent de nous, ainsi que la grandeur ou la brièvetéde la taille, ou la vieillesse, ou tout autre accident pareil? Mais ilne tient qu'à notre volonté de pratiquer la bonté,la douceur, et autres vertus semblables. Dieu n'exige de nous que ce quiest en notre pouvoir, et la raison en est facile à concevoir : cen'est point par intérêt, mais par bonté qu'il nousappelle à la jouissance de sa grâce; les rois de la terre,au contraire, n'attirent à eux que ceux dont le service leur estutile; les guerres auxquelles ils envoient leurs soldats sont des guerresmatérielles et visibles, mais Dieu soumet les siens à l'épreuvedes combats spirituels et invisibles: Les jeux publics nous offriraientaussi un terme de comparaison. Ceux qui se disposent à paraîtresur le théâtre de ces jeux ne sont admis à descendreen lice qu'après qu'un héraut les a promenés toutautour de l'assemblée en disant à haute voix : quelqu'una-t-il un reproche à faire à l'athlète? Comment !il s'agit d'une lutte purement corporelle, et où l'âme n'estpour rien, et il faut, pour y être admis, pouvoir présentercertaines conditions de noblesse ! C'est tout le contraire pour la licedes combats spirituels : ici les luttes n'ont pas lieu par l'entrelacementdes mains; mais la sagesse de l'âme et la vertu du coeur décidentseuls de la victoire, et cependant le juge des jeux n'exige nullement del'athlète qu'il produise ses titres de noblesse; il ne le fait pointconduire sous les yeux des spectateurs, en demandant : quelqu'un a-t-ilquelque chose à reprocher à celui-ci? Mais voici ce qu'ilproclame : Quand tous les hommes, quand tous les démons, leur princeen tête, se lèveraient pour l'accuser et lui reprocher lesdernières hontes, je ne le rejetterai pas, je ne le réprouveraipas; au contraire, je le délivrerai de ses accusateurs, je l'affranchiraide son iniquité, et ensuite je le mènerai au combat. Autredifférence : dans les jeux publics le président n'aide pasles combattants à vaincre, il faut qu'il reste neutre; au contraire,dans l'espèce de combat où Dieu préside, il est l'auxiliairede la vertu, et il prend une part active à la lutte contre le diable.
4. Voici ce qu'il y a de merveilleux: non-seulement Dieu remet les péchés,mais il ne les révèle pas, il ne les fait pas connaître,il n'oblige pas les coupables à les accuser en public, mais il leurrecommande de n'en rendre compte et de ne les confesser qu'à luiseul. Si un juge de ce monde disait à un voleur pris sur le faitou à un violateur des tombeaux; avoue ton crime, et je te délivrerai;avec quelle joie, sacrifiant la honte à l'amour de la vie, n'accueillerait-ilpas cette parole? Pour nous, rien de pareil. Le péché estremis, et l'on n'est point tenu de le dévoiler devant des assistants.Dieu ne demande qu'une chose, c'est que le pénitent absous comprennela grandeur du bien. fait. Mais quelle absurdité ! Dieu nous comblede faveur et se contente de notre témoignage; et nous, dans leshommages que nous lui rendons, nous voulons d'autres témoins, etnous n'agissons que par ostentation? Ah ! plutôt, pleins d'admirationpour sa bonté, offrons-lui tout ce que nous possédons; etavant tout réprimons la fougue de notre langue, et ne parlons passans cesse: Les longs discours ne seront point exempts de péché.(Prov. X, 49.) Si vous avez quelque chose d'utile à dire, dites-le;si vous n'avez rien de pressant, taisez-vous, cela vaut mieux.
Travaillez-vous des mains ? chantez entravaillant : vous ne voulez pas chanter de bouche? chantez de coeur. Lepsaume est un utile compagnon. Vous n'en souffrirez aucun dommage, et vouspourrez vous trouver dans votre maison comme dans un monastère.Ce n'est point en effet la convenance des lieux, mais la saintetéde la vie qui nous fera jouir de la paix. Paul, exerçant son artdans un atelier, en vaut-il moins? Ne dites donc point : comment,, pauvreartisan que je suis, pourrai-je suivre la perfection chrétienne?C'est précisément ce qui vous donnera plus de facilité.Car la pauvreté est plus favorable à la piétéque les richesses, et la vie occupée plus que l'oisiveté.Si l'on n'y prend garde, en effet, les richesses nous sont un obstacle.Mais faut-il calmer sa colère, étouffer l'envie, réprimerses violences, faire oraison? faut-il se montrer honnête, doux, réservé,charitable? quel empêchement la pauvreté peut. elle y apporter?ce n'est point avec de l'argent que l'on pratique ces vertus, mais avecla (145) bonne volonté. L'aumône sans doute a besoin de richesses,mais la pauvreté la fait briller davantage. Celle en effet qui donnadeux oboles, n'était-elle pas très-pauvre? et cependant elleeut plus de mérite que tous les autres. N'attachons donc pas d'importanceà la for. tune, et ne donnons pas plus de prix à l'or qu'àla boue. La matière n'a pas de valeur par elle-même, maisd'après notre opinion. Pour un homme sérieux, le fer mêmeest bien plus nécessaire que l'or. De quelle utilité en effetest l'or dans les besoins de la vie? au contraire le fer, employédans un grand nombre de professions, nous procure la plupart des chosesindispensables. Mais pourquoi comparer l'or et le fer? Les pierres mêmecommunes sont plus nécessaires que les pierres précieuses.Avec les unes on ne peut rien faire d'utile, mais avec les autres nousconstruisons des maisons, des remparts et des villes. Montrez-moi doncde quel avantage sont ces pierres précieuses, ou plutôt quelpréjudice n'en découle point ! En effet, pour que vous portiezune perle, il faut affamer une foule de pauvres. Quelle excuse présenterez-vous,quelle indulgence obtiendrez-vous donc?
Voulez-vous embellir votre visage? n'employez pas les pierres précieuses,mais la modestie et l'honnêteté, et votre époux voustrouvera plus aimable. Souvent en effet que résulte-t-il de la parure?des soupçons jaloux, des inimitiés, des injures, des luttes.Or est-il rien de plus désagréable qu'un visage suspect?au contraire la beauté de l'aumône et de la chastetéexclut tout soupçon défavorable ; elle attache un mari plusfortement que toutes les chaînes. La nature en effet décoremoins un visage que l'amour de celui qui le contemple; or rien n'attirecet amour comme la réserve et la pudeur. Aussi qu'une femme soitbelle, si son époux est mal disposé à son égard,elle lui paraîtra la plus désagréable du monde; maisserait-elle privée de grâces, si elle lui plaît, illa regardera comme,la plus aimable de toutes. Nos jugements en effet nese forment pas d'après la nature des choses qui nous frappent, maisd'après le sentiment de l'âme qui les voit par les yeux. Parezdonc votre visage, mais que ce soit avec la modestie, l'honnêteté, l'aumône , l'affabilité , la charité, que ce soitavec la tendresse pour votre mari, votre douceur, votre bonté, votrepatience dans les peines; voilà les fleurs de la vertu qui vousgagneront le coeur des anges et non des hommes, et qui vous mériterontles louanges de Dieu même; or, lorsque vous serez agréableà Dieu, il vous donnera tout le coeur de votre époux. Sien effet la sagesse de l'homme illumine son visage, quel éclat nerépandra pas la vertu de la femme? Mais enfin si vous tenez àcette parure, dites-moi, au grand jour, à quoi vous serviront toutesces pierres précieuses? Hé ! pourquoi rappeler ce grand jour?les circonstances présentes ne nous en offrent-elles pas une preuvefrappante? Qu'avons-nous vu en effet lorsque ceux qui avaient outragél'empereur étaient traînés devant les tribunaux etexposés au dernier supplice? Les mères, les épousesse dépouillaient de leurs colliers d'or, de leurs perles, de touteleur parure, de leurs vêtements somptueux; elles prenaient des habitssimples et humbles, se couvraient la tête de cendres, et, se roulantdevant les portes du tribunal, en cet état elles suppliaient leursjuges. Or, si dans ces jugements, les chaînes d'or, les perles, lesriches vêtements sont regardés comme dangereux et perfides;si au contraire la douceur, la bonté, l'humiliation, les larmes,la négligence dans l'habillement, disposent mieux les juges, qu'arrivera-t-ildonc, à plus forte raison, dans cet inévitable et redoutablejugement? Quelle raison pourrez-vous apporter, dites-moi, et quelle excuse,quand Dieu vous reprochera ces pierres précieuses, et fera paraîtreà vos yeux ces pauvres qui ont péri de misère ?
Aussi saint Paul disait-il : Que les femmes ne se parent pas avec descheveux frisés, ni avec l'or, ni avec les pierres précieuses,ni avec des habits précieux. (I Tim. II, 9.) De là naissenten effet des dangers. Et quand nous jouirions de ces avantages toute notrevie, la mort ne nous en séparera-t-elle pas totalement? Mais avecla -vertu, toute sécurité pour nous, aucun changement, etpas de ruine; elle nous donne plus de sûreté en ce monde,et nous accompagne en l'autre. Voulez-vous donc toujours possédervos pierres précieuses, et ne perdre jamais votre opulence? Enleveztoute cette parure, et déposez-la par les mains des pauvres, dansle sein de Jésus-Christ. Il vous conservera toutes ces richesses;et quand, après la résurrection, il aura revêtu votrecorps d'une brillante clarté, alors il l'embellira avec des ajustementsplus riches, avec des ornements préférables à nosvêtements (144) grossiers et ridicules d'ici-bas. Pensez-y en effet;à qui voulez-vous plaire ? et pour qui cette parure.? Pour un cordier,pour un fondeur, pour un courtier ! pour vous en faire regarder et admirer! Quelle confusion ! quelle honte de vous donner en spectacle, de vouslivrer à toutes ces folies devant des gens auxquels vous ne daignezpas même adresser la parole !
Quel moyen donc de mépriser toutes ces frivolités? cesera de vous rappeler cette parole de votre baptême : Je renonceà toi, Satan, à tes pompes et à ton culte; car l'amourinsensé des pierres précieuses tient à la pompe diabolique.Vous avez reçu de l'or, est-ce en effet pour vous enchaînerles membres, ou pour délivrer et nourrir les pauvres? Dites doncfréquemment : Je renonce à toi, Satan; rien de plus sûrque cette parole, si nous la mettons en pratique.
5. O vous, qui allez être baptisés, apprenez-la, je vousen conjure ! c'est la formule de votre pacte avec le Seigneur. Quand nousachetons des esclaves, nous demandons auparavant à ceux qui sontà l'encan : voulez-vous nous servir? Ainsi fait Jésus-Christ.Quand il doit nous prendre à son service, il commence par nous dire: Voulez-vous quitter votre cruel et impitoyable tyran? et il nous admetdans son alliance. Son empire en effet n'est point forcé. Et voyezla bonté de Dieu ! Nous, avant de payer, nous nous informons. auprèsde ceux qui sont en vente, et quand nous sommes certains de leur volonté,alors nous donnons le prix. Jésus-Christ n'agit pas de la sorte:il a livré d'avance pour notre rançon tout son sang précieux: Vous avez été achetés à un grand prix (ICor. VII, 23), dit saint Paul. Et cependant il ne vous oblige pas de leservir malgré vous, et à moins que vous n'ayez la grâceet la volonté de vous engager sous ses lois de vous-mêmeset de votre propre mouvement. Je ne force point, dit-il, je ne contrainspersonne. Pour nous, nous n'achetons pas d'esclaves vicieux, et si celanous arrive quelquefois, c'est par erreur; Jésus-Christ, au contraire,a acheté pour- son service des hommes ingrats et méchants,et il a payé comme pour le meilleur serviteur; il a même payéun prix beaucoup plus élevé, et tellement supérieurque sa grandeur est incompréhensible à la raison et àl'intelligence. A-t-il donné en effet le ciel, la terre et la mer?Non, mais quelque chose qui vaut mieux, son précieux sang; et aprèstous ces sacrifices, il n'exige de nous ni témoins, ni signature;il se contente d'une seule parole; et si vous dites de coeur : Je renonceà toi, Satan, et à tes pompes, votre maître atout ratifié.Disons donc: Je renonce à toi, Satan; et comme au grand jour nousrendrons compte de cette parole, gardons-la avec soin, afin de remettrece dépôt tout entier.
Or, appartiennent aux pompes du démon les théâtres,les jeux du cirque, le péché quel qu'il soit, l'observationdes jours, les enchantements et les présages.
Que sont donc les présages? Souvent un homme au sortir de samaison, voit un borgne, un boiteux, et il en tire un présage; pompesde Satan. Est-ce en effet la vue d'un homme ou la vie passée dansle péché qui rend le jour mauvais? Quand vous sortez, évitezdonc la rencontre du péché, voilà ce qui est funeste,et sans le péché, le démon lui-même ne peutvous faire aucun mal. Mais que dites-vous? Vous apercevez un homme, etvous augurez ! et vous ne découvrez pas le piège de Satan?vous ne voyez pas qu'il vous rend ennemi de qui ne vous fait aucun mal,et que sans aucun motif raisonnable, il vous met en opposition avec votrefrère? Dieu nous ordonne d'aimer même nos ennemis; mais vous,vous prenez en aversion celui qui ne vous a causé aucun tort, età qui vous n'avez rien à reprocher ! Quel travers ridicule,quelle honte, ou plutôt quel péril ! Dévoilerai-jeencore une chose plus ridicule? J'en rougis, j'en suis confus, mais votresalut me force à parler. Si l'on rencontre une vierge, jour perdu,dit-on; mais si c'est une prostituée, jour favorable, heureux, grandcommerce, Vous vous cachez, vous vous frappez le front, vous baissez latête 1 Mais est-ce quand on prononce ces paroles, que l'on en doitrougir, ou quand on les met en pratique? Voyez donc comme le démoncache ici ses ruses ! Il détourne vos regards d'une femme modeste,et il vous inspire des penchants et de l'amour pour une impudique : pourquoi?c'est qu'il a entendu cette sentence de Jésus-Christ: Quiconqueregarde une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère(Matth. V, 28); c'est qu'il a vu bon nombre d'âmes triompher de laluxure; alors voulant les ramener au péché par une autrevoie, il les a portées, au moyen de ce présage , àfixer avec plaisir leur vue sur une femme débauchée.
Mais que dire de ceux qui emploient les (145) enchantements, les ligatures,et qui enveloppent leur tête et leurs pieds des médaillesd'airain d'Alexandre de Macédoine? Dites-moi, après la croixet la mort de Notre-Seigneur, devions-nous nous attendre à ce quenous mettrions l'espoir de notre salut dans l'image d'un roi païen?Ignorez-vous donc l'immense pouvoir de la croix? N'a-t-elle pas détruitla mort, anéanti le péché, dépeuplél'enfer, brisé la puissance du démon? et vous ne la jugeriezpas capable de sauver vos corps? Elle a rassuré tout l'univers,et elle ne serait pas digne de votre confiance? Oh ! quel châtimentne mériteriez-vous pas? Mais outre vos ligatures, vous vous entourezencore d'enchantements, introduisant à cet effet dans vos maisonsde vieilles femmes ivres et chancelantes; et vous n'êtes pas confus,vous n'êtes pas honteux, après nos sublimes enseignements,de vous laisser encore fasciner à ces impostures ? Et ce qui estencore plus funeste que l'erreur même, c'est qu'à nos avertissementspour en détourner, on oppose cette excuse imaginaire, on nous dit: Cette enchanteresse est chrétienne, elle ne profère quele nom de Dieu. Voilà précisément pourquoi je l'aien abomination ! car elle ne prononce le nom divin que pour l'outrager;elle se dit chrétienne, et elle fait les oeuvres des païens.Les démons eux-mêmes ne proféraient-ils pas ce saintnom? et cependant c'étaient des démons; ils disaient, ilest vrai, à Jésus-Christ Nous savons que vous êtesle Saint de Dieu; et néanmoins il les réprimanda et les chassa.Je vous en supplie donc, n'ayez aucune part à ces fourberies, etprenez pour défense la parole de votre baptême. Voudriez-vousdescendre au forum sans chaussures, ni vêtements? Eh bien 1 ne paraissezjamais en public sans cette sainte parole; et avant de franchir le seuilde votre porte, dites : Je renonce à toi, Satan, à tes pompes,à ton culte, et je m'attache à vous, ô Jésus-Christ! Ne sortez jamais sans cette parole : elle sera votre défense,votre bouclier, elle sera pour vous une tour imprenable. Avec cette parole,imprimez la croix sur votre front. Et alors ni la rencontre d'un homme,ni le démon lui-même ne pourra vous nuire grâce àcette armure qui vous couvrira de toutes parts. Désormais instruisez-vousde ces vérités, afin que, quand vous entendrez le signal,vous soyez comme un soldat bien équipé, et que, triomphantdu démon, vous receviez la couronne de justice que je vous souhaiteà tous, par la grâce et la bonté de Notre-SeigneurJésus-Christ, auquel soit la gloire, avec le Père et le Saint-Esprit,dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.