Jean Chrysostome, IVe siècle

Commentaire sur les Psaumes 4

Commentary on the Psalms (Part 4) / Толкование на Псалмы (часть 4)
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EXPLICATION DU PSAUME CXXXV

" LOUEZ LE SEIGNEUR PARCE QU'IL ESTBON, PARCE QUE SA MISÉRICORDE EST ÉTERNELLE. "

1. Après avoir parlé des bienfaits de Dieu envers leshommes, le Psalmiste réfléchit sur la grandeur de sa miséricorde;il ne la mesure pas, ce qui est impossible; mais, jaloux de montrer l'infinide cette grandeur, il invite les hommes à glorifier Dieu, et illes appelle tous à la fois, par ces paroles : " Louez le Seigneur," c'est-à-dire rendez-lui des actions de grâces, bénissez-le" parce que sa miséricorde est éternelle. " Qu'est-ce àdire, Est éternelle? C'est-à-dire qu'on ne le voit pas, unjour, vous accorder un bienfait; un autre jour, se retirer de vous; unjour, vous prendre en pitié; un autre jour, se montrer sans miséricorde.Ces variations se rencontrent chez l'homme, dont l'âme est troubléepar les passions, sans consistance, distraite, embarrassée , offusquéepar divers accidents, gênée dans sa condition. Dieu n'estpas de même; sa miséricorde ne s'interrompt pas; il ne cessejamais de l'exercer, quoiqu'il l'exerce diversement, avec une grande variétéde moyens. Il est toujours miséricordieux, et jamais il ne cessede combler les hommes de bienfaits. Le Psalmiste, après avoir ditque cette miséricorde ne s'interrompt jamais, en montre les preuves,qu'il puise dans les choses visibles. Comme il veut conduire les Israélitesà la vraie religion, voyez ici encore la comparaison qu'il faitde Dieu avec les dieux des Gentils; c'est pour s'accommoder, comme nousl'avons déjà vu, à la portée de ses auditeurs.Car que dit-il : — " Louez le Dieu des dieux, " et, chaque fois, il ajoute: " Parce que sa miséricorde est éternelle (2) ; " et, "louez le Seigneur des seigneurs. " (3.) Dans le psaume précédent,il le montrait supérieur à tous les dieux; ici l'expressionest plus forte, " il est leur maître et leur Seigneur, " soit quevous entendiez par là les idoles, soit que vous pensiez aux démons.En effet, quoique les démons l'aient offensé , malgrél'opprobre, l'ignominie qui les flétrit, ils n'en sont pas moinsses esclaves et ses sujets. Donc, pour cette raison, dit-il, louez, confessezque vous avez le Dieu supérieur à tous; le Dieu àqui nul ne ressemble; qui est le maître de tous, le Seigneur de tous.Mais Dieu s'appelle le Dieu de ceux qui lui plaisent, comme lorsqu'il dit: " Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. " (Exod.III, 6.) Comment donc peut-il dire ici, le dieu des démons? C'estqu'il faut entendre cette parole ici d'une manière, et là,d'une autre manière ; d'une part, elle signifie le lien d'affectionqui attache Dieu (227) à ses serviteurs, et la grandeur de son amourpour eux; d'autre part, elle marque sa supériorité.

" Lui qui fait seul de grands prodiges, parce a que sa miséricordeest éternelle (4). " Le Psalmiste vient d'affirmer que Dieu estle maître et le seigneur des dieux; il prouve ensuite son affirmation; il confirme ce qu'il a dit ; il célèbre la puissance deDieu. Et maintenant le Psalmiste ne dit pas: Quia fait, mais " qui fait," montrant par là, qu'il ne se lasse pas d'accorder des bienfaits,d'accomplir des miracles, au-dessus de toute croyance. Et maintenant, ilétablit ces deux caractères de l'excellence de Dieu, àsavoir qu'il fait, et qu'il fait seul. Et même ou en pourrait comptertrois et jusqu'à quatre, à savoir, qu'il fait, qu'il faitdes miracles, qu'il fait de grands miracles, qu'il est seul à lesfaire. Et maintenant, ces paroles ne sont pas pour rabaisser le Fils, maispour montrer l'intervalle qui sépare Dieu des démons. Etvoyons ces grands miracles, que Dieu fait seul. En commençant, lePsalmiste ne nous parlait pas de sa puissance, mais de son affection pournous et de sa bonté. " Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, "disait-il. Comment donc est-il arrivé à parler maintenantde sa puissance ? c'est que ces miracles ne sont pas seulement des effetsde sa puissance, mais aussi de son affection et de sa bonté. Pourmontrer ces miracles, le Psalmiste ajoute : " Qui a fait les cieux, avecune souveraine intelligence (5) ; qui a affermi la terre sur les eaux (6)." Une autre version dit: " Qui a condensé la terre dans les eaux,qui a fait de grands luminaires, tout seul (7); le soleil, pour présiderau jour (3); la lune et les étoiles, pour présider àla nuit (9). " Ces merveilles prouvent sans doute sa puissance et sa sagesse;cependant ils montrent aussi la grandeur de sa bonté; immenses,belles et durables, les oeuvres de Dieu, publient sa puissance et sa sagesse; faites pour nous et à notre usage, elles prouvent l'affection,la bonté qui ne se dément pas. Comprenez-vous comment samiséricorde est éternelle ? Il n'a pas fait ces prodigespour dix années, vingt années seulement, pour un siècle,pour deux, pour mille ans; il les a prolongés, par delà toutela durée de notre vie. Et voilà pourquoi le Psalmiste terminechaque verset ainsi: " Parce que sa miséricorde est éternelle." Et ce qui est admirable, c'est que Dieu, ayant créé lemonde, l'a donné à l'homme dès le commencement, etqu'après que l'homme eut failli, Dieu ne l'a même point dépossédé.En effet, les présents qu'il avait faits à l'homme avantle péché, Dieu lui en a laissé la jouissance, aprèsle péché; il ne lui en a pas interdit l'usage, aprèsune désobéissance si grave. Et il n'a pas fait seulementun ciel, mais il en a fait un second, nous montrant par là, dèsle commencement, qu'il ne veut pas nous abandonner sur la terre, mais noustransporter dans cet autre séjour. En effet, s'il ne devait pasbous y établir, pourquoi aurait-il fait un ciel ? Ce ciel lui estinutile; il n'a besoin de rien, mais comme il voulait nous y installer,après nous avoir fait quitter la terre, il nous a préparécette habitation.

2. Voilà pourquoi le Prophète termite chaque verset decette manière, " Parce que sa miséricorde est éternelle; " la bonté de Dieu a saisi son âme. " Qui a affermi la terresur les eaux. " Voyez encore ici l'affection de Dieu pour l'homme; noussommes devenus mortels, assujettis à de nombreux besoins, et Dieune nous a pas abandonnés. Ici même, il nous a donné,provisoirement, une demeure convenable, et il a rempli la terre de tantde preuves de son amour pour nous, que le discours ne saurait les énumérer.Le Prophète plonge dans cet abîme de bienfaits; il y voit,pour ainsi dire, une mer immense, et s'élançant du fond deces abîmes, il fait entendre comme un grand cri. " Que vos oeuvressont grandes, Seigneur; vous avez fait toutes choses avec sagesse ! " (Ps.CIII, 24.) Considérons le soleil, la lune, l'ordre des saisons ;nouvelle preuve de cette bonté qui s'étend sur l'univers.En effet, quels puissants moyens d'embellir la vie, quels ornements, ouplutôt quelles sources de la vie; car voilà ce qui la soutient,ce qui donne aux fruits la sève et la maturité, sans quoila vie serait impossible ; voilà ce qui nous fait reconnaîtreles temps, ce qui nous montre les heures, ce qui distingue le jour et lanuit, ce qui règle, et sur la terre, et sur la mer, les coursesdes voyageurs; voilà ce qui répond à tant d'autresbesoins de notre existence. Voyez-vous comment la miséricorde duSeigneur est éternelle ? voyez-vous pourquoi le Prophètetermine chaque verset par ce refrain ? Maintenant, un autre interprète,au lieu de, " Pour présider au jour, " dit,: " Pour dominer le jour." Un autre interprète, au lieu de : " Pour présider àla nuit, " dit: " Pour (228) présider dans la nuit. Qui a frappél'Égypte avec ses premiers-nés (10), qui a fait sortir Israëldu milieu d'eux (11), avec une main puissante et un bras élevé(12). " Il revient sans cesse sur le miracle accompli en Egypte, parceque les Juifs étaient des ingrats qui entendaient toujours raconterces merveilles, et qui les oubliaient toujours. Or, ici , quelle preuveéclatante encore de la bonté de Dieu? En frappant ce coup,le Seigneur délivrait les Israélites de la servitude, etleur postérité y trouvait une occasion de connaîtreDieu. Et maintenant remarquons ici encore une autre idée. Quelleest-elle? C'est que, même après la plaie qui fit périrles premiers-nés, Dieu a manifesté une fois de plus sa puissance,en arrachant son peuple à la servitude, en terrifiant les Egyptiens,en les ensevelissant dans la mer. Ces paroles ont pour but de prévenirl'irréflexion qui attribuerait à je ne sais quelle faiblessele commandement qui prescrivit aux Israélites de prendre l'or etles vases d'argent. Ce que Dieu a fait, c'était pour frapper deterreur les,ennemis, par tous les moyens; c'était pour montrer qu'ila une force indépendante et libre, qui fait tout ce qu'elle veut;c'était pour les tromper, pour leur donner le vertige; ce qu'ila fait ouvertement, il pouvait le faire en les abusant; ce qu'il a faiten abusant les Égyptiens, il pouvait le faire ouvertement. Dansles deux cas, il montre sa puissance. Voulez-vous la preuve que cette conduiteinspira une grande frayeur aux étrangers ? écoutez ce quedirent plus tard les devins d'Azot : " C'est le Dieu rigoureux qui a frappél'Égypte, et qui, après avoir joué les Égyptiens,a fait sortir les Israélites. " (I Rois, VI, 6. ) Voyez-vous laterreur dont les saisit ce qu'il y a de furtif, de trompeur dans la forcequi les extermine?

" Qui a divisé la mer Rouge en plusieurs parties (13). " Un autreinterprète: " En section ; " un autre, " en segments. " Quelques-unsprétendent en effet qu'il n'y eut pas qu'une seule route, mais quela mer fut partagée, eu égard au nombre des tribus, de tellesorte qu'il y eut beaucoup de passages. Sans doute ce prodige montraitune grande puissance, un Dieu terrible et puissant ; toutefois il y avaitlà aussi une grande preuve de bonté, non-seulement en faveurde ceux pour qui s'opérait le prodige, mais encore dans l'intérêtmême des persécuteurs, s'ils avaient voulu y faire attention.En effet si Dieu les ensevelit dans la mer, c'était pour les punir,eux qui avaient vu tant de miracles, de l'audace qu'ils montraient encorecontre les flots. Eussent-ils été de tous les hommes, lesplus dépourvus de sentiment, ils auraient dû, en considérationdes prodiges qui avaient précédé, en considérationdes prodiges présents, et qu'ils avaient sous les yeux, admirer,adorer la divine puissance, et renoncer à une lutte inconvenante.Au contraire, ils voient la création tout entière qui setransforme au gré du Seigneur, pour leur faire la guerre, et, mêmealors, ils ne reviennent pas de leur fureur, et ils persistent, ils ontdevant les yeux un prodige qui surpasse toute croyance, ils voient uneroute étrange, inouïe, et ils ne craignent pas de s'y engager.Voilà pourquoi la mer est devenue leur tombe. Il n'y avait pas làune couvre de la nature, mais un coup frappé par une main divine.Et voilà pourquoi, en quelques instants bien courts, se produisirentdes choses contraires. Et la mer ne se partageait pas seulement de manièreà n'ouvrir qu'une route, il y eut autant de routes que de tribus.Et maintenant, à chaque prodige que raconte le Psalmiste, il rappellela miséricorde, car toutes les fois que les élémentsfaisaient voir des prodiges, Dieu prévenait les pensées quiles auraient regardés comme des oeuvres de la nature; il y montraitla force du secours d'en-haut, qui seul accomplit les miracles qui surpassentla raison humaine. C'est ce qui est arrivé dans cette mer; c'estce qui devient manifeste, si l'on considère que ce prodige ne s'estpas renouvelé depuis: or les oeuvres de la nature se reproduisentfréquemment; et à des époques déterminées." Qui a fait passer Israël par le milieu de cette mer, parce que samiséricorde est éternelle (14). "

Voyez-vous comme il termine chaque verset, parce refrain : " Parce quesa miséricorde est éternelle?" Tous ces prodiges marquaientune providence qui ne s'interrompt pas. Car si tous les événementsont eu un terme, le souvenir qui en est. resté a fourni àla postérité de puissants motifs pour s'élever àla connaissance de Dieu. Ces événements racontés parla tradition aux générations successives, ouvraient aux âmesla route de la vraie sagesse. D'ailleurs, la Providence divine ne s'estpas contentée de ces anciens événements. Aprèsles prodiges de l'Égypte, cette affection qui entoure les hommesne s'est pas démentie ; à (229) chaque occasion, àtoutes les époques, elle a déployé les marques visiblesd'un ineffable amour. Aussi dans l'admiration dont le frappe cette affectioninfatigable, le Psalmiste ne se lasse pas de répéter : "Parce que sa miséricorde est éternelle. " Et c'est avec raisonqu'il ajoute : " Et il a fait passer Israël par le milieu de cettemer, " car voilà bien une preuve de la puissance de Dieu. En effet,il ne lui suffit pas de faire rebrousser la mer, de ménager àson peuple un facile passage. Ce fait, s'il n'y eut eu que ce fait, auraitfrappé les Israélites de stupeur et d'épouvante ,ils n'auraient pas osé s'avancer, ce prodige les eùt glacésde terreur. Mais il appartenait à la puissance de Dieu, quand lamer se retirait ainsi, d'inspirer aux Israélites l'audace, la résolutionnécessaire pour entreprendre cette route nouvelle, étrange.A voir, en effet , à droite, à gauche, les vagues ainsi coupées,s'élevant comme des montagnes, toutes droites, il fallait une âmeélevée, généreuse, pour se risquer sans crainte,sans inquiétude, au milieu de cette mer qui pouvait retomber d'unesi grande hauteur, des deux côtés, les renverser, submergerdans ses abîmes le peuple tout entier. " Et il a renverséPharaon avec toutes ses forces dans la mer Rouge (15). " C'est pour marquerla facilité de l'engloutissement, que le Psalmiste a employéces expressions. Quant à vous , considérez non-seulementla puissance et la colère que Dieu a fait éclater ici, maisla patience aussi qu'il a montrée. Il ne les a pas exterminéstout d'abord, malgré leur impudence et leur obstination, portéesà un tel point qu'ils se sont eux-mêmes , de gaietéde coeur, précipités dans cet abîme. Ce n'est pas sansraison non plus que l'armée aussi est châtiée, tousavaient pris part au péché, tous avaient étéégalement des persécuteurs, ils reçoivent égalementleur part du supplice et du châtiment. " Il a fait passer son peupleparle désert, parce que sa miséricorde est éternelle(16). " Prodige non moins étonnant que la traversée au milieude la mer. Sans doute, ils sentaient sous leurs pieds la terre sèche,qui pouvait les supporter; toutefois ils souffraient des incommoditéssans nombre et dont chacune suffisait pour les détruire, pour leslivrer à la mort la plus cruelle; la faim, le manque d'eau, la soif,des rayons dévorants, la multitude des bêtes féroces,le manque absolu du nécessaire. Vous savez tout ce qu'il faut àl'homme pour vivre. Eh bien ! quoique dépourvus de tout , sans abri,sans aliments, sans vêtements suffisants, sans chaussures, sans riende tout ce que l'on a d'ordinaire, ils pouvaient se croire au milieu descités, ces voyageurs errant dans la solitude. Et maintenant, considéreztout ce que le Psalmiste a passé de miracles, combien de merveillesarrivées dans le désert, combien d'années de ce gouvernementprodigieux. Il ne rappelle que deux miracles relatifs aux rois qu'ils rencontrèrent.Le Psalmiste ne parle pas de cette table d'un genre si nouveau, de ce pavillonsurprenant, de cette lampe qui n'avait jamais paru auparavant, de ces vêtementstoujours neufs, de ces chaussures qui ne s'usaient pas , des sources jaillissantdes rochers, de tous ces prodiges étonnants, incroyables, qui rendirentfacile un tel voyage. Il ne rappelle que deux miracles, comment Dieu exterminales rois barbares, comment il érigea, en faveur de son peuple, letrophée d'une grande victoire, tout le reste, le Psalmiste se remetsur l'auditeur du soin de le recueillir; le texte dit : " Il a frappédes rois puissants (17) , il a fait mourir de grands rois (18), Séhon,roi des. Amorrhéens (19), et Og, roi de Basan (20), " et, àchaque verset il ajoute : " Parce que sa miséricorde est éternelle," montrant par là que les ennemis avaient beau se succéder,aucun d'eux pourtant ne put vaincre les Israélites. Pourquoi ? C'estque la bonté de Dieu ne se lassait pas de les protéger. C'estlà ce que signifie cette perpétuelle répétition: " Parce que sa miséricorde " est éternelle. Et il a donnéleur terre en hé" ritage (21) ; en héritage à Israëlson servi" Leur (22). " Double bienfait, les ennemis sont vaincus et leursbiens deviennent la possession des Israélites. C'était làen effet la marque d'un grand pouvoir, non-seulement de chasser les habitantsd'un pays, mais encore d'avoir la force de s'emparer de leurs terres etde conserver un pays étranger.

Et ensuite, le Psalmiste tient à expliquer, que ce n'est pasà leurs propres mérites, mais à la bonté deDieu, que les Israélites doivent tant d'avantages, et il ajoute: " Parce que le Seigneur s'est souvenu de nous dans notre " abaissement(23). " Signifiant par là que nous ne devons rien attribuer ànos vertus, à un bonheur qui nous serait personnel, que nous devonstout à l'abaissement même où nous (230) sommes descendus.Ce qu'il dit, revient à ceci Nos malheurs, l'oppression qui nousécrasait, ont suffi pour le fléchir; car, dès le commencement,lorsque Dieu affranchit son peuple de la tyrannie des Egyptiens, Dieu nedit pas j'ai regardé, j'ai vu leur conversion, mais " J'ai regardé,j'ai vu l'affliction de mon peuple, en Egypte. " (Exode, III, 7.) " Etil nous a rachetés de la servitude de nos ennemis (24). " Pour nepas énumérer lentement une à une les guerres, lesirruptions, les victoires, les trophées, après avoir résuméd'un mot la série des triomphes, il passe tout le détailde ce qui a été fait pour les Juifs, il arrive à l'actiongénérale de la Providence : " Il donne la nourriture àtoute chair (25) ; "autre version " Il donne le pain ; " autre version: " Donnant " le pain. " Ce n'est donc ni la terre, ni l'eau, ni l'air,ni le soleil, ni quelqu'autre créature qui produisent les fruits;tout vient de Dieu seul. Maintenant, voyez ici, non-seulement la puissance,mais la bonté ineffable. En effet ce que dit le Christ : " Il faitlever son soleil sur les bons et sur les méchants; il fait tombersa pluie sur les justes et sur les injustes (Matth. V, 45) ; " c'est précisémentce que le Psalmiste exprime par ces paroles : " Il donne la nourritureà toute chair; " c'est-à-dire, non-seulement aux justes,à ceux qui font le bien, mais aux pécheurs, aux impies, àtous les hommes; et c'est là surtout. ce qui proclame sa puissance.Comprenez-vous que le psaume se propose principalement de nous conduireà la connaissance de Dieu ? et voilà pourquoi il commenceet il se termine par des pensées générales . d'abordil parle du soleil, et de la lune, et des éclairs, et des pluies,qui ne sont pas des faits attachés à une partie seulementde l'univers; et il termine en parlant de la nourriture commune de tousles êtres. Ensuite, après avoir bien établi que cetteProvidence est générale, il ajoute : " Louez le Dieu du ciel,parce que sa, miséricorde est éternelle (26). " Paroles quimontrent clairement que dans les espaces supérieurs comme dans lesrégions au-dessous, c'est toujours le même Seigneur, étendantpartout sa prévoyance et ses soins. Donc pour tous ces biens, offrons-luinos actions de grâces; pour les bienfaits communs, pour les bienfaitsparticuliers; pour sa bonté, pour son affection, pour sa puissance,pour sa sollicitude; et, sans cesse, faisons ce que nous ordonne le Psalmiste: " Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, parce que sa miséricordeest éternelle. " Voilà en effet un sacrifice, voilàune oblation, voilà ce qui plus que tout le reste nous rend Dieupropice, et nous assure sa bienveillance. Puissions-nous tous en jouir,par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans les sièclesdes siècles. Ainsi soit-il;

EXPLICATION DU PSAUME CXXXVI

" SUR LES RIVES DES FLEUVES DE BABYLONE,NOUS NOUS SOMMES ASSIS, ET LÀ, NOUS AVONS PLEURÉ AU SOUVENIRDE SION. "

1. Brûlants regrets de la: cité perdue, brûlant désirdu retour. Tant que ces hommes eurent leur bonheur dans lieurs mains ,on les vit dédaigneux, insolents; une fois qu'ils eurent tout perdu, alors ils ne montrèrent plus que des regrets. C'était pourréveiller leur amour que Dieu les bannissait de leur cité.C'est la conduite du Seigneur; lorsqu'enivrés des biens qu'il nousdonne, nous en perdons le sentiment; il nous en prive, pour nous rendreplus sages; et nous les faire désirer de nouveau. Mais pourquoiles voyons-nous s'asseoir sur les rives des fleuves ? c'est qu'ils sontcaptifs, emmenés sur une terre ennemie, loin de toutes murailleset de toute cité. " Nous avons suspendu aux saules qui sont au milieude Babylone les instruments de nos chants (2) ; " une autre version: "Nos cithares; " une autre version: " Nos lyres: " Et pourquoi emportèrent-ils,eux captifs, ces instruments , qui leur étaient inutiles? C'étaitencore un effet dé la prévoyance de Dieu , afin que sur uneterre étrangère ils eussent des souvenirs de leur premierétat; c'était pour raviver leur affliction à la vuede ces emblèmes de leurs cérémonies. " Car, ceux quinous avaient emmenés captifs, nous demandaient de chanter des cantiques,et ceux qui nous avaient enlevés, nous disaient: Chantez-nous quelques-unsdes cantiques de Sion (3). " C'était pour eux un grand avantage,que ces barbares voulussent entendre leurs cantiques. Et maintenant voyezcomme la captivité les corrigeait ! Ils avaient jadis dans leurpatrie perdu l'habitude de ces chants ; ils avaient renié leur religion;ils avaient, de mille manières, foulé la loi aux pieds; etces mêmes- hommes, sur la terre étrangère; se montraientexacts et fidèles observateurs de la loi; malgré les instances,les menaces des barbares, qui les entouraient de tous côtés,qui voulaient les entendre, en dépit de tout, ils refusent de contenterleur désir; ils leur opposent la loi, et cette loi, ils la, conserventavec fidélité. Quant à cette expression, "Ceux quinous avaient enlevés, " une autre version la modifie ainsi : " Ceuxqui nous traitaient avec arrogance. " Ce qui revient à ceci: Ceuxqui autrefois s'emportaient contre nous, et nous maltraitaient se sontadoucis avec le temps ; ils sont devenus pleins (232) de clémenceet de mansuétude, au point de vouloir même entendre nos cantiques.Toutefois ces captifs refusèrent. Voyez-vous la force que donnel'affliction; la componction, la contrition qu'elle opère? Ils pleuraient,et ils observaient la loi; ils avaient vu les larmes des prophètes,ils en avaient ri, ils s'en étaient joués, ils s'en étaientmoqués ; et maintenant, sans personne pour leur adresser des exhortations,ils versaient des larmes, et ils faisaient entendre des gémissements.Les ennemis , de leur côté, retiraient, de cette conduite,de précieux avantages; ils voyaient en effet, que ces captifs nepleuraient pas , parce qu'ils étaient captifs, parce qu'ils étaienten servitude , parce qu'ils habitaient une terre étrangère,mais parce qu'ils étaient déchus du culte de leur Dieu. Voilàpourquoi le Psalmiste ajoute: " Au souvenir de Sion. " Ils ne pleurentpas en effet seulement par hasard ; mais pleurer est leur principale occupation;voilà pourquoi le Psalmiste dit en commençant: " Nous noussommes assis, et nous avons pleuré. " Evidemment, nous nous sommesassis afin de nous livrer à nos gémissements et ànos lamentations. Mais pourquoi ne leur était-il pas permis de chantersur la terre étrangère? c'est parce que des oreilles profanesne devaient pas entendre ces cantiques secrets. " Comment chanterons-nousun cantique du Seigneur , sur la terre étrangère (4)? " Cequi veut dire : Il ne nous est pas permis de chanter; quoique nous soyonsdéchus de notre patrie, nous voulons observer toujours la loi ,avec une scrupuleuse fidélité. Vous avez beau exercer votredomination sur nos corps, vous ne triompherez pas de notre âtre.Voyez-vous comme l'affliction conduit l'âme à la sagesse,et la rend supérieure aux épreuves et aux malheurs ? " Sije t'oublie, ô Jérusalem, que ma main droite soit mise enoubli (5) ; que ma langue s'attache à ma gorge (6). "

Voyez, encore ici, le grand changement. Chaque jour ils entendaientdire qu'ils seraient chassés de leur cité; et ils demeuraientdans l'insouciance: Maintenant, ils se chargent eux-mêmes d'imprécations,s'ils venaient à l'oublier. Et maintenant que signifie, " que mamain droite soit mise en oubli ? " C'est-à-dire, que mes propresforces m'oublient, et que je devienne muet dans l'excès de mes maux," Si je ne me souviens pas de toi, si je ne me propose pas Jérusalemcomme le principe de ma joie. " Qu'est-ce que cela veut dire, " si je neme propose pas Jérusalem ? " C'est-à-dire, si non-seulementje ne me souviens pas de toi, dans les autres moments, mais de plus dansmes hymnes et dans mes cantiques. Quant à cette expression, "sije ne me propose " pas; " c'est-à-dire, si je ne prends pas pourpremier motif, pour prélude, et rien ne saurait exprimer plus fortementle regret et l'amour brûlant de ces exilés pour Jérusalem.Ecoutons, tous tant que nous sommes, et instruisons-nous. En effet, demême que les Israélites rie cherchent que Jérusalemune fois qu'ils en sont bannis; de même un grand nombre d'entre noussouffriront de pareilles douleurs, dans ce jour redoutable où ilsseront déchus de la céleste Jérusalem. Toutefois cesmalheureux, après avoir perdu leur patrie, conservaient l'espérancedu retour; mais nous, une fois hors de la patrie céleste, nous auronsperdu jusqu'à cet espoir. " Le ver qui les ronge, " dit l'Evangile," ne mourra point, leur feu ne s'éteindra point." (Marc, IX, 43.)Voilà pourquoi nous devons apporter le zèle le plus actifà nous conduire, dans la vie présente, de telle sorte quenous ne tombions pas dans la captivité, que nous ne soyons pas exclus,exilés à jamais de cette bienheureuse patrie. " Souvenez-vous,Seigneur, des enfants d'Edom, de ce qu'ils ont fait aux derniers joursde Jérusalem, de leurs cris : ruinez-la, ruinez-la jusque dans sesfondements (7)."

Une autre version, au lieu de, " souvenez-vous des enfants, " porte:" Souvenez-vous pour les enfants d'Edom. " Toutes ces paroles marquentégalement le brûlant désir de la patrie ; de là,cette prière : Punissez les barbares, à qui notre captivitén'a pas suffi; que notre , ruine n'a pas assouvis ; qui nous ont poursuivisen disant : Creusez, jusqu'à ce que vous ayez fait disparaîtrela dernière des fondations. Car, ils voulaient détruire jusqu'auxbases de la cité, ils en voulaient arracher jusqu'aux fondationsles plus enfoncées dans la terre.

2. Or, ces ennemis étaient des Arabes qui . s'étaientréunis aux Babyloniens pour envahir la Judée. Le Prophèterappelle souvent leur souvenir; il leur fait d'amers reproches de ce que,malgré la parenté qui les unissait aux , Israélites.ils se sont montrés pour eux plus cruels que tous les ennemis. "Filles de Babylone que je plains (8); " un autre, " que je vois (233) "dévastées; " un autre, " qu'il faut mettre au pillage. "Ici le Prophète montre la puissance de Dieu qui ne se borne pasà délivrer du malheur, mais qui prépare les calamitésaux ennemis de son peuple. Il prédit les malheurs dont Babyloneest menacée, et il la plaint d'avance des maux qui devaient l'assaillir.C'est encore un enseignement pour les Juifs; c'est une preuve de la puissancede Dieu, étendue sur tout l'univers. " Heureux celui qui te traiteracomme tu nous as traités; " un autre texte: " Qui te fera ce quetu nous as fait. Heureux celui qui prendra, qui écrasera tes petitsenfants contre la pierre (9.) " Ces paroles où respire une colèreavide de châtiments et de supplices, marquent le bouleversement dansles pensées de ces captifs qui demandent un grand châtiment,un supplice plein d'étonnement et d'épouvante. Souvent lesparoles des prophètes n'expriment pas leurs sentiments personnels,ruais les passions des autres. Voulez-vous savoir la pensée du Prophète?Vous l'entendrez dire: " Si j'ai rendu le mal à ceux a qui m'ontfait du mal. " (Psal. VII, 5.) Si j'ai dépassé la mesureprescrite par la loi. Le Psalmiste exprime donc ici des émotionsqui ne sont pas les siennes, l'indignation, la douleur des captifs; ilmontre la haine violente des Juifs, dont la colère allait jusqu'àsévir contre l'enfance. La loi nouvelle n'admet pas cette fureur;elle nous ordonne de donner à boire, de donner à manger ànos ennemis, de prier pour ceux qui nous persécutent, voilàce que nous faisons en vertu de la loi que nous avons reçue. Quenous dit cette loi ? " Si votre justice n'est pas plus abondante que celledes scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume descieux. " (Matth. V, 20). Appliquons-nous donc, avec un zèle ardent,à l'observer, à la pratiquer tout entière, àmériter, en quittant la terre, d'habiter dans le ciel, pour vivreavec les choeurs des anges. C'est ainsi que nous obtiendrons les biensà venir. Puissions-nous tous entrer dans ce partage, par la grâceet par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, àqui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXXXVII

" JE VOUS LOUERAI, SEIGNEUR, DE TOUTMON COEUR. "

1. Je vous ai souvent expliqué ces paroles; nous n'y insisteronspas aujourd'hui, et nous prendrons tout de suite ce qui vient après.Que signifie : " Je célébrerai votre gloire à la vuedes anges? " Un autre interprète dit : " Je vous chanterai, ômon Dieu, en liberté; un autre: " A la vue des dieux, je chanteraipour vous. " S'il entend, par là, les anges qui sont dans le ciel,ses paroles reviennent à dire : Je m'efforcerai de vous chanteravec les anges, et (234) je rivaliserai avec eux, et je mêlerai mavoix aux choeurs des puissances d'en-haut. Si je ne suie pas leur semblablepar la nature, l'ardeur de mon zèle au moins me permettra de rivaliseravec eux. Si nous en croyons une autre interprétation; le Psalmistesemble parler ici des prêtres : c'est en effet l'habitude de l'Ecritured'appeler le prêtre, et un ange et un dieu tantôt elle dit: "Vous ne parlerez point mal des dieux, et vous ne maudirez point le princede votre peuple (Exode, XXII, 28); " tantôt: " Les lèvresdes prêtres garderont le jugement; c'est de leur bouche que l'onrecherchera la justice parce que le prêtre est l'ange du Seigneurtout-puissant. " (Malach. II, 7.) Donc, s'il faut entendre ainsi ces parolesd'aujourd'hui; voici la pensée : Les prêtres commencerontà chanter, chanteront les premiers, comme il convient, et moi jesuivrai, je les accompagnerai ; et moi aussi je chanterai pour vous, parceque vous avez entendu toutes les paroles de ma bouche. Voyez-vous la profondereconnaissance? voyez-vous le zèle attentif et scrupuleux? Celui-cine ressemble pas à certains hommes nonchalants et lâches,pleins d'ardeur quand il s'agit de recevoir, et engourdis aprèsqu'ils ont reçu. Celui-ci presse afin d'obtenir, et, quand il aobtenu, il montre encore la même constance, l'assiduité dela reconnaissance. Et ce qui prouve la pureté, l'excellence de sesprières, c'est que Dieu l'a écouté. Car, ce qui déterminele Seigneur à nous écouter, c'est que notre prièresoit digne de lui.

D'où il suit qu'il dépend de nous d'être écoutésde Dieu ; demandons-lui ce qu'il peut nous donner; demandons-le avec undésir ardent; montrons-nous dignes d'être exaucés ;Dieu nous écoute alors, et il nous accorde ce que nous lui demandons." Je vous adorerai dans votre saint temple (2). " Ce n'est pas une vertuordinaire qui peut monter jusqu'au temple, et y porter l'adoration quivient d'une conscience pure. Il ne suffit pas de fléchir les genoux;il ne suffit pas d'entrer; ce n'est pas là ce qu'on demande; maisla ferveur, mais le recueillement de la pensée; je ne dis pas lerecueillement du corps seulement, mais la présence de la penséedans le temple, voilà ce qui est exigé. Ce n'est pas un petitprivilège que d'adorer le Dieu de l'univers, comme il convient qu'onl'adore. Si c'est une dignité que d'approcher les rois de la terre;c'en est une bien plus grande que d'approcher le Dieu par qui tout subsiste." Et je publierai les louanges de votre nom pour votre miséricordeet votre vérité. " Qu'est-ce à dire? Je vous bénirai,dit-il, parce que j'ai ressenti toute votre sollicitude. Ce ne sont pasmes vertus qui m'ont donné de recouvrer ma patrie , de revoir letemple ; je dois tout à votre miséricorde, à votrebonté. Voilà pourquoi je vous adorerai, voilà pourquoije vous confesserai; je ne méritais que punition et châtiment;je ne méritais que de demeurer éternellement sur la terreétrangère, et cependant vous m'avez bientôt rappelé." Parce que vous avez élevé au-dessus de tout votre saintnom. " Ce qui veut dire : Je ne bénirai pas seulement vos bienfaits,mais votre gloire ineffable, et votre grandeur infinie, et votre naturequ'aucune expression ne peut traduire. " Parce que vous avez élevé," dit-il, " au-dessus de tout votre saint nom; " c'est-à-dire, vousl'avez élevé par vos bienfaits, par les éléments,par ce qui existe dans le ciel, par ce qui existe sur la terre; par leschâtiments, par, ce que vous avez fait à nos ennemis, parce que vous avez fait à votre peuple. Il n'y a pas une seule partiede la création, dans le ciel, sur la terre, dont la voix ne proclame,avec plus de retentissement que la trompette, la grandeur de votre nom.Passez en revue les anges, les archanges, les démons, les élémentsinsensibles, les pierres, les semences des choses, le soleil, la lune,les continents, les mers, les poissons, les oiseaux, les lacs, les fontaines,les fleuves, tout révèle que votre nom est grand. Au lieude ces paroles : " Vous avez élevé au-dessus de tout votresaint nom, " une autre version dit : " Vous avez élevé an"dessus de tous les noms votre parole. " Un autre : " Votre voix. " " Dansle jour où je vous " invoquerai, exaucez-moi (3) ; " une autre version: " Dans le jour où je vous ai invoqué, vous m'avez exaucé." Telle est, en effet, la promesse que Dieu a faite : " Dans le jour oùvous m'invoquerez, je vous exaucerai, et je dirai : Vous n'avez pas finide parler, me voici. " (Isaïe, LVIII, 6.) Et le Psalmiste ne demandeque ce que le Seigneur a promis. Telles sont en effet les âmes quela douleur afflige; il leur tarde de se voir affranchies de leurs maux." Vous exalterez mon âme par votre vertu; " une autre version : "Vous avez établi dans mon âme les vertus. " Vous vous rappelezqu'au lieu de : " Exaucez-moi," (235) une autre version dit: "Vous m'avezexaucé. Que signifie donc là parole: " Vous exalterez, "Poluoreseis? Les phénomènes appelés météoresqui se passent dans les hauteurs sont ainsi nommés, en grec meteoradu mot airesthai, de là le mot meteorismoi , qui s'applique auxflots que la mer élève, que, pour ainsi dire, elle exalte.Donc cette expression Poluoreseis, revient à : Vous m'exalterez,vous m'enlèverez dans les hauteurs. Le Psalmiste a encore employéla même expression dans un autre passage : " Vous avez élevéà votre hauteur les enfants des hommes. " (Ps. XI, 9.) Et làse trouve le mot grec epoluoresas, c'est-à-dire, vous avez attiré,emporté dans les hauteurs; de même ici encore il emploie cemot poluoreseis me, pour faire entendre , vous me remplirez d'une grandejoie; vous rendrez mon. âme comme un météore; et, cequi est le plus grand de tous, les biens, vous. ne permettrez pas que cetteélévation, que cette allégresse soit sans consistanceet de peu. de durée , mais vous. ferez qu'elle soit puissante, forte,ferme et inébranlable. Voilà caque veut dire : ".Vous exalterezmon âme par votre vertu. ".

2. Sa pensée, la voici : Votre vertu m'exaltera, votre forcem'emportera dans les hauteurs, et vous serez mon secours. Voilàpourquoi un autre interprète, mettant en lumière la mêmepensée , dit : " Vous avez établi dans mon âme lesvertus. " C'est bien dit, " dans mon âme; " car c'est le propre deDieu, de retremper les âmes dans les afflictions, comme on l'a vuau sujet des apôtres. Battus de verges, ils s'en retournaient pleinsde joie, c'est ainsi que leur âme s'exaltait. (Act. V, 41.) C'estlà l'opération par laquelle éclate le plus sa puissance;au milieu des épreuves, il ne laisse pas nos âmes tomber dansle découragement. " Que tous les rois de la terre vous louent, Seigneur,parce qu'ils ont entendu annoncer toutes les paroles de votre bouche (4)." Voyez jusqu'où va sa piété ! il ne veut pas êtreseul à bénir Dieu, il veut que tous ceux qui ont la puissance,s'associent à ses bénédictions, et, avec eux, tousceux qui portent le diadème. Quelles que soient leur autoritéet leur puissance, tous vous doivent, ô Seigneur, des actions degrâces même pour les bienfaits que d'autres ont reçude vous. Voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : " Parce qu'ils ontentendu a annoncer toutes les paroles de votre bouche." Si donc ils ontpour vous des actions de grâces, ils en recueilleront de grands fruits,un gain précieux; car tels sont les présents que vous faites,ils sont à la portée de tous; il suffit de vouloir pour seles partager, pour en jouir. Leur autorité royale ne leur servirajamais autant que d'écouter vos paroles; voilà ce qui lesrend inébranlables, voilà pour eux la force; voilàla beauté, voilà l'honneur, voilà la royauté;voilà pour l'autorité, la vraie gloire et la vraie puissance." Et que l'on chante dans les voies du Seigneur (5); " autre version :" Et que l'on chante les voies du Seigneur. " Si l'on prend; " dans lesvoies du Seigneur, " cela veut dire conformément à vos lois,à vos commandements, ô mon Dieu ! si l'on prend, au contraire," les voies, " que l’on chante, dit le texte, vos glorieux prodiges; qu'onvous loue, qu'on vous célèbre, qu'on vous proclame, c'estce que veut dire cette expression, " que l'on chante ". Parce que la gloiredu Seigneur "est grande; " c'est-à-dire; exposée aux yeuxde tous, manifeste à tous, évidente pour tous, prêteà décerner ses bienfaits à tous; faisant, de tous,ses tributaires, parla reconnaissance. " Car le Seigneur est très-élevé:il regarde les choses basses (6). "

Elevé en nature; élevé en substance; ce que ditle Psalmiste en ce moment, c'est pour s'accommoder au culte juif; c'estune manière de parler. Ce qui suit, c'est une correction, pour redresserl’esprit:courbé vers la terre, et lui inspirer des penséesbien supérieures. Quelle est donc l'expression qui suit. " Et ilne voit que de loin les choses les plus élevées? " En effet,il est ici question de la prescience, qui est surtout le propre de la puissantedivine; voilà pourquoi, dans les prophètes, Dieu prend sisouvent occasion de cette prescience, pour condamner ceux qui sont retenusdans les liens de l'idolâtrie. Un autre interprète dit

" Et ce qui est élevé, il le distingue de loin ; " unautre : " Et ce qui est sublime. " En effet, après avoir dit, "le Seigneur est très-élevé, il regarde les chosesbasses; " le Psalmiste ajoute : " Il ne voit que de loin les choses lesplus élevées, " montrant, par là, que, non-seulementil les connaît, mais qu'il les connaît à une grandedistance, c'est-à-dire avant qu'elles arrivent, qu'elles soientaccomplies, avant qu'elles se réalisent. " Si je marche au milieudes afflictions, vous me vivifierez (7). " Il ne dit pas: Vous chasserezloin de moi l'affliction, mais, je demeurerai au milieu même des(236) douleurs, et vous me vivifierez, c'est-à-dire vous pouvezsauver celui qui est tombé dans les plus grands dangers; vous pouvez,chose prodigieuse, incroyable, du sein même des tortures, du milieumême des ennemis, retirer, mettre en sûreté, celui quetant d'épreuves assiègent. "Vous avez étendu votremain contre la fureur de mes ennemis; " un autre interprète : "Vous étendrez votre main contre le souffle de mes ennemis. " Comprenez-vous,dans les deux textes, la manifestation de la plus grande puissance? carvoici ce que dit le Psalmiste : " Au milieu même des douleurs, vouspourrez me sauver. " Ces furieux que la rage transporte, qui vomissentdes flammes, vous pouvez les renverser, les jeter par terre. " Et votredroite m'a sauvé; " un autre : " Et votre droite me sauvera, " c'est-à-dire,votre puissance, votre force. Car Dieu est fécond en ressourceset en moyens; il ne lui coûte rien de sauver ceux qui étaientdans le désespoir. " Le Seigneur acquittera pour moi (8); " un autre: " Le Seigneur payera avec moi; " un autre " Achèvera le paiement," c'est-à-dire, punira mes ennemis. Il ne dit pas, punira, mais" acquittera pour moi, " montrant par là que, tout obligéque je suis à rendre un. compte, c'est lui-même qui payeraet satisfera. Car il est plein de bonté; on peut d'ailleurs appliquerces paroles à ce que le Christ a fait pour nous; car c'est lui quiatout acquitté pour nous. " Seigneur, votre miséricorde estéternelle; ne méprisez pas les ouvrages de vos mains. " LePsalmiste donne ici deux raisons qui expliquent pourquoi l'on peut se concilierla clémence de Dieu ; l'une, c'est qu'il est plein de miséricordeet de bonté, que sa miséricorde ne se dément pas,ne connaît pas de bornes, que sa clémence ne s'arrêtejamais; l'autre, c'est qu'il est notre créateur et celui qui nousa faits.

Mais si nous voulons être sauvés par cette clémence,par cette bonté, montrons, de notre côté, que nousne sommes pas indignes de la miséricorde. (Exode, XXXIII, 19.) "Je ferai miséricorde à qui il me plaira de faire miséricorde." (Rom. IX, 15.) Dieu, en effet, ne fait pas miséricorde sans aucuneespèce de discernement. Dieu fait quelque distinction; s'il agissaitsans discernement, personne ne serait puni. C'est pourquoi ne faisons pasnotre devoir seulement pour obtenir la miséricorde,, mais aussiparce que c'est Dieu qui nous a faits. La créature qui est l'ouvragede Dieu, l'ouvrage d'un si grand artisan, d'un tel roi, doit se conduirede manière à mériter tant de sollicitude et d'affectionprévoyante. Si telle est notre conduite, nous obtiendrons les biensà venir. Puissions-nous tous entrer dans ce partage, par la grâceet par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, àqui appartiennent la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXXXVIII

POUR LA FIN, A L'AUTEUR DE LA VICTOIRE. " SEIGNEUR, VOUS N'AVEZ ÉPROUVÉ ET CONNU. "ANALYSE.

1 et 2. Comment doit s'entendre l'expression vous m'avez éprouvé,appliquée à Dieu. Qu'est-ce à dire être assiset être levé? De la prescience de Dieu. Qu'elle ne rend pasl'homme bon ou mauvais.

3. Ténèbres veut dire affliction, nuit, adversitéTout est souple quand Dieu commande . à son ordre les élémentsproduisent des effets contraires à ceux qu'ils produisent ordinairement.

4 et 5. Nous sommes la propriété de Dieu , c'est pourquoiil prend soin de nous. Fuir les hommes de sang, éviter les méchants.La voie éternelle, c'est la voie de la vertu.

1. Que dises-vous? Dieu a eu besoin de vous éprouver pour vousconnaître? Avant de vous éprouver , il ne vous connaissaitpas? Loin de nous cette pensée. Comment serait-elle vraie de celuiqui connaît toutes choses avant leur naissance ? Ces paroles : "Vous m'avez éprouvé, " signifient, vous avez, de moi, uneconnaissance parfaite; de même quand l'Apôtre dit : " Celuiqui pénètre le fond des coeurs, " il n'exprime pas l'ignorance,mais la science parfaite; et ici, le Psalmiste disant . " Vous m'avez éprouvé," exprime la connaissance la plus sûre; c'est comme s'il disait:vous avez, de moi, une connaissance parfaite. " Vous m'avez connu, queje fusse assis ou levé (2). " Par ces expressions, " êtreassis " et " être levé, " il marque la vie tout entière.Ces deux positions embrassent toute la vie, agir, entreprendre, entrer,sortir. Ensuite, comme il a dit en commençant : " Vous m'avez éprouvé," il ne veut pas qu'on s'imagine étourdiment que Dieu a besoin d'éprouver,d'expérimenter pour connaître, et il ajoute "Vous m'avez connu,que je fusse assis, ou levé. " Voyez encore la correction résultantdes paroles qui suivent: " Vous avez découvert de loin mes pensées." Le Psalmiste montre par là que Dieu ne connaît pas, pouravoir fait une expérience; que Dieu n'a pas besoin d'expérience,mais que sa prescience connaît tout. Celui qui connaît lespensées encore cachées dans notre esprit, n'a pas besoindes actions qui les manifestent; et d'ailleurs il ne connaît passeulement nos pensées, quand elles sont dans notre esprit, maisil les connaît avant qu'elles y soient; et non-seulement avant qu'ellesy soient, mais encore bien longtemps auparavant. Voilà pourquoile Psalmiste, voulant mettre cette vérité en évidence,ajoute

" Vous avez découvert de loin mes pensées. " Mais, siDieu connaît jusqu'aux pensées, pourquoi provoque-t-il lamanifestation des pensées par les oeuvres? Ce n'est pas parce quelui-même a besoin de connaître, mais c'est parce qu'il veutque les actions glorifient ceux qui les font. Dieu connaissait Job avantde l'avoir mis à l'épreuve; aussi en rendait-il ce témoignage: " Un homme juste, aimant la vérité, et qui craint Dieu." (Job, II, 3.) Mais Dieu l'a rois à l'épreuve, pour le rendreplus fort, pour confondre la malice du démon, pour provoquer lesautres hommes à rivaliser avec ce saint personnage. Et qu'y a-t-ild'étonnant que Dieu ait traité Job ainsi, quand il tientla (238) même conduite avec les pécheurs? Dieu savait parfaitementque les Ninivites ne méritaient pas de mourir, qu'ils se repentiraient,qu'ils deviendraient meilleurs; cependant il les met à l'épreuve,et partout il nous fait voir les marques les plus évidentes du soinqu'il prend de nous, et de sa Providence ; la connaissance pure et simplene lui suffit pas. C'est pourquoi, le Fils unique du Père disaitaussi : " Si je ne fais pas les oeuvres de mon Père, ne croyez pasen moi; si au contraire je les fais, quand même vous ne croiriezpas en moi, croyez en mes oeuvres. " (Jean, X, 37, 38.)

Comme il y a beaucoup de gens d'un esprit épais, dépourvusde sentiment, qui répètent beaucoup de discours de ce genre: Dieu a choisi un tel, chéri un tel, détesté un tel,et voilà pourquoi celui-ci est mauvais et méprisable, lePsalmiste parle d'abord des couvres pour redresser ces jugements faux,voilà dans quel dessein il présente d'abord à la penséela vertu se manifestant par les couvres. Dieu sait qu'un tel sera vertueux,avant que celui-ci ait montré sa vertu par ses actions, voilàce que déclare le Prophète pour enseigner la prescience divine,mais aussitôt il se hâte de parler de cette vertu s'épanouissant,par les actions, dans la plénitude d'elle-même, afin que l'irréflexionne s'avise pas de dire que c'est la prédiction qui a fait de telhomme ce qu'il est en réalité. Voyez donc la démonstrationque fait Paul de cette vérité . " Avant qu'ils fussent nés,et avant qu'ils eussent fait aucun bien ni aucun mal, afin que le décretde Dieu demeurât ferme selon son élection, non à causede leurs oeuvres, mais à cause de l'appel et du choix de Dieu, ilfut dit à Rébecca : Le plus grand sera assujetti au moinsgrand. " (Rom. IX, 11, 12, 13.) Et en effet, Dieu n'a pas besoin d'attendreque les actions aient eu leur accomplissement; bien avant les actions,Dieu connaît celui qui sera méchant et celui qui ne le serapas. " Vous avez remarqué le sentier par lequel je marche, et vousavez prévu toutes mes voies (4). " Plus haut, il emploie les expressions" être assis " et " être levé " pour signifier les actionsqui constituent les habitudes de la vie; et en effet, nous disons souvent: Un tel sait parfaitement comment il est assis, comment il est levé,pour marquer sa parfaite connaissance; et ici encore, il appelle " voie" et " sentier " la vie tout entière. Et voilà pourquoi ilajoute : " Vous avez prévu toutes mes voies. " Maintenant cetteexpression, "vous avez remarqué, " ne montre pas que Dieu cherche,qu'il examine, mais qu'il connaît parfaitement. Ce qui le prouve,c'est ce qui suit : "Vous avez prévu, " c'est-à-dire vousconnaissez, avant l'accomplissement, toutes les actions bonnes et mauvaises," Qu'il n'y a pas de ruse dans ma langue; " un autre : " De contradiction." Voilà la plus grande marque de la vertu, voilà le couronnementde tous les biens; voilà ce que le Christ demande, avant touteschoses, par ces paroles : " Si vous ne vous convertissez pas, si vous nedevenez pas semblables à ces petits, vous n'entrerez pas dans leroyaume des cieux (Matth. XVIII, 3); " la simplicité, l'innocence,l'absence de toute ruse, de toute feinte, voilà ce qu'il veut dire.Aussi s'est-il choisi pour apôtres des hommes sans habiletéet sans finesse d'esprit, et il disait . " Je vous rends gloire, mon Père,de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents,et de ce que vous les avez révélées aux petits. "(Matth. XI, 25.) Voyez maintenant le Psalmiste ! il ne dit pas : parceque j'ai accueilli et rejeté la ruse, mais parce que jamais ma languen'a souffert de ce mal, jamais ce vice n'a trouvé accès auprèsde moi. " Vous avez, Seigneur, une égale connaissance de toutesles choses, et futures et anciennes (5). " Non-seulement, dit-il, vousconnaissez mes pensées, mes actions, les voies par lesquelles jemarche, mais, de plus, toutes les choses passées et futures. " C'estvous qui m'avez formé, et vous avez mis votre main sur moi. " Dela prescience il passe au pouvoir de créer, et du pouvoir de créer,il retourne à la prescience; non-seulement Dieu nous a faits quandnous n'étions pas encore, mais, de plus, après nous avoirfaits, il nous tient sous son empire.

2. Double témoignage que Paul, à son tour, rend au Christpar ces paroles : " Dieu avant parlé autrefois à nos pères,en divers temps, et en diverses manières, par les prophètes," nous a enfin parlé, en ces derniers jours, par son Fils, qu'ila fait hériter de toutes choses; " il ajoute ensuite l'ouvrage mêmede la création : " Et par qui il a même crééles siècles. " (Hébr. I, 1, 2.) Et, après avoir parléde sa substance, en ces mots: " Et comme il est la splendeur de sa gloire,et le caractère de sa substance. " (Ibid. 3.) Il ajoute encore (239)sa providence en disant : " Et qu'il soutient tout par la puissance desa parole. " Dans son épître aux Colossiens, il revient surcette pensée : " Car tout a été créépar lui, dans le ciel et sur la terre , soit les trônes, soit lesdominations, soit les principautés, soit les puissances; tout aété créé par lui, et pour lui. " Il est lui-mêmeavant tout. " (Coloss. I, 16, 17.) Voilà pour marquer sa puissancecréatrice; ensuite, exprimant sa providence, l'Apôtre ajoute: " Et toutes choses subsistent en lui. " Ce double témoignage,Jean , à son tour, le rend par ces paroles : " Toutes choses ontété faites par lui, et rien de ce qui a étéfait, n'a été fait sans lui. " (Jean, I, 3.) Voilàpour la création ; ensuite, pour la providence : " En lui étaitla vie, et la vie était la lumière des hommes. " (Ibid. 4.)C'est ce que le Prophète nous montre également ici : " C'estvous qui m'avez formé, " voilà le créateur; de plus,il exprime la providence : " Et vous avez mis votre main sur moi. " Qu'est-ceà dire, " vous avez mis? " Vous me régissez, vous me formez,vous me portez. C'est encore ce que dit Paul : " C'est en lui que nousavons la vie, le mouvement et l'être. " Ce n'est pas seulement notrenaissance, mais la persistance de notre être qui suppose nécessairementson pouvoir. (Act. XVII, 28.) " Merveilleuse est votre science au-dessusde moi; elle est pleine de force, et je ne pourrai y atteindre (6). " Uneautre version : "Elle me surpasse, " au lieu de, " elle est pleine de force"; une autre dit: "Elle est tout à fait élevée. "Quant à ces expressions, elles reviennent à ceci : je jouisde votre providence , et, quoique je sache bien que vous avez toute prescience,que je n'étais pas et que vous m'avez fait, impossible pourtantà moi d'avoir, de vous, cane connaissance parfaite, manifeste :" Mais merveilleuse est votre science, " c'est-à-dire elle me surpasse,elle s'élève au-dessus de moi, elle est trop forte pour quema raison la puisse comprendre, tant cette connaissance est merveilleuse,tant elle est grande. Mais quoi ! si, toute merveilleuse et grande qu'elleest, on peut la comprendre? nullement. Voilà pourquoi le Psalmisteajoute : "Je ne pourrai y atteindre; " c'est pour que vous n'ayez pas cetteprétention. Et maintenant, quand il dit : N'avoir pas cette connaissance,il ne dit pas : j'ignore Dieu, mais : Je n'ai pas, de lui, une connaissanceparfaite, absolue, et claire; c'est précisément ce que ditPaul : Car nous savons bien assurément qu'il existe, mais quelleest sa substance ? c'est ce que nous ne savons pas. Il faut croire, pours'approcher de Dieu, premièrement, qu'il y a un Dieu. (Hébr.XI, 6.) Il ne dit pas, qu'il faille connaître sa substance, que nulne connaît; nous savons qu'il est bon, qu'il est clément,plein d'affection et de douceur; jusqu'où s'étend sa grandeur?nous l'ignorons. Ici le Psalmiste, négligeant tout cela, nous proposeun moyen qui semble plus facile, et cependant il avoue, encore ici, sonignorance. Non-seulement, déclare-t-il , je ne dis pas quelle estsa substance, quelle est la grandeur de sa bonté; j'avoue que ceschoses sont incompréhensibles; mais,: de plus, comment est-il présentpartout? je ne puis le dire. Voilà qui surpasse encore notre intelligence.

Aussi, après avoir dit : " Merveilleuse est votre science au-dessusde moi, " il ajoute " Où irai-je pour me dérober àvotre Esprit, et où m'enfuirai-je de devant votre face (7) Si jemonte dans le ciel, vous y êtes; si je descends dans l'enfer, vousêtes présent (8); si je prends des ailes, dès le matinet que j'aille habiter aux extrémités de la mer (9); " uneautre version : "Me fixer. " Eh bien ! là. (10) Un autre texte :" là encore, c'est votre main qui me conduira; ce qui me soutiendra,c'est votre droite. " " Esprit, face, " ces mots, ici, marquent Dieu lui-même;c'est-à-dire : où irai-je, pour m'éloigner de vous?Vous remplissez tout; vous êtes présent partout; non pointpartiellement, mais, vous êtes présent partout, tout entier.Et maintenant, le Psalmiste ne dit pas : Partout où j'irai, vousme suivrez, et vous me retiendrez; mais partout où j'irai, vousêtes là; c'est-à-dire, je vous trouve là, meprévenant. De là, ces paroles: "Merveilleuse est votre scienceau-dessus de moi. " Si vous ne la connaissez pas parfaitement, me direz-vous,comment savez-vous qu'elle est merveilleuse? C'est parce qu'elle surpassema raison, c'est parce qu'elle est au-dessus de ma pensée. Il enest comme des rayons du soleil,- nous ne pouvons pas parfaitement les connaître, et c'est précisément pour cette raison qu'ils nous paraissentadmirables. De même, pour la connaissance de Dieu; nous ne sommespas absolument sans le connaître, puisque nous savons qu'il est,et qu'il est bon, clément, affable, miséricordieux; qu'ilest partout. Mais maintenant, quelle est (240) sa substance? jusqu'oùs'étendent les qualités que nous proclamons? comment est-ilpartout? nous l'ignorons. C'est pourquoi, après avoir dit commentcette science est merveilleuse; après avoir proclamé la prescience,le pouvoir de créer, de prévoir, la substance incompréhensible,inexplicable, il énonce un autre pouvoir, plein de mystèreaussi , dès qu'on cherche à l'expliquer, car ce pouvoir estincompréhensible en lui-même. Qu'est-ce donc? " C'est votremain qui me conduira là, et, ce qui me soutiendra, c'est votre droite;" c'est-à-dire, vous pouvez faire que les hommes tombés dansde grands et terribles malheurs, n'y restent pas comme des prisonniers;vous les délivrez au milieu même des plus grands dangers.

3. Pour expliquer cette pensée , il ajoute " Et j'ai dit: peut-êtreque les ténèbres me fouleront aux pieds, mais la nuit mêmes'illumine dans mes plaisirs. Parce que les ténèbres ne serontpas obscures grâce à vous,et que la nuit sera lumineuse commele jour (l1). Ainsi les ténèbres de l'une , ainsi la lumièrede l'autre (12); " après l'énumération que j'ai parcourue,après avoir montré, non-seulement Dieu présent partout,mais Dieu conduisant , protégeant , fortifiant , il ajoute ensuite,il montre non plus la merveille de cette force qui protège , maisla merveille de ce pouvoir supérieur à la nature. En effet,après avoir dit: " Ce qui me soutiendra, c'est votre droite, etelle me conduira , " il ajoute: " Et j'ai dit : peut-être que lesténèbres me fouleront aux pieds. " Un autre texte: " Si jedis: peut-être les ténèbres me couvriront; " un autre:" me cacheront. "

Les ténèbres marquent ici l'affliction; ce que dit lePsalmiste, revient à ceci : j'ai été assiégépar les maux, et j'ai dit en moi-même, les maux triompheront de moi.C'est en effet ce que signifie cette expression : " Les ténèbresme fouleront aux pieds. " Un autre texte : " Les ténèbresme couvriront. Et la nuit s'illuminera dans les plaisirs; " un autre texte:" La nuit deviendra lumineuse autour de moi. " Qu'est-ce que cela veutdire? j'ai parlé ainsi , dit le Psalmiste, parce que j'étaispréoccupé de la nature des choses, mais tout à couples maux se sont convertis en bien ; ou plutôt, les maux n'ont pasété changés en biens, mais , dans la persistance mêmedes maux, j'ai senti les doux effets de la bonté. Il ne dit pasen effet, la nuit a été détruite, mais la nuit étaitlumineuse; c'est-à-dire la nuit, demeurant la nuit, les maux, lescalamités (car c'est là ce qu'exprime le mot nuit), n'ontpas pu me fouler sous leurs pieds. Mais la lumière a brillédans la nuit, c'est-à-dire, une puissance m'a défendu. Eneffet, les contraires naissent,apparaissent au sein des contraires, quandil plaît à Dieu. N'avez-vous pas vu la même fournaiseet en même temps un feu dévorant et une rosée rafraîchissante?ni la flamme ne s'éteignait, ni la rosée ne se desséchait;grêle et flamme s'accordaient ensemble. D'où vient cela, répondez-moi? Comment s'est opéré ce prodige? je veux le savoir, ou plutôt,non; je ne veux pas savoir ce comment, car c'est impossible. J'ai foi àce qui est arrivé, et j'adore Celui qui a opéré l'oeuvre." Car le plus grand nombre de ces oeuvres sont des secrets. " (Ecclés.XVI, 22.) Ne vous souvenez-vous pas, que les Egyptiens en plein jour marchaientà tâtons, comme dans les ténèbres, que les Israélitesvoyaient au contraire dans les ténèbres comme en plein jour,et que, dans le principe, tandis que les ténèbres régnaientpartout, la lumière éclata tout à coup au milieu d'elles?C'est que partout Celui qui a fait la nature est le maître des choses,non de telle sorte qu'il produise ce qui n'existe pas, mais de telle sortequ'il modifie la nature des choses existantes. " Parce que les ténèbresne seront plus obscures par vous. " Un autre texte: " Auprès devous. Et la nuit sera lumineuse comme le jour. " Un autre texte : " Maisla nuit même paraîtra comme le jour: ainsi les ténèbresde l'une, ainsi la lumière de l'autre. " Un autre texte. " Semblablessont ses ténèbres et sa lumière. " C'est avec raisonque le texte dit: " Par vous; " ce qui signifie, grâce à vous.Le Psalmiste exprime cette pensée : si vous le voulez, Seigneur,les ténèbres ne seront plus des ténèbres, maisproduiront l'effet de la lumière. Voilà pourquoi il ajoute: " La nuit sera lumineuse comme le jour; " c'est pour éclaircirsa pensée; il veut dire: La nuit fera paraître ce qui estle propre du jour, comme si c'était le propre de la nuit. C'estqu'en effet, lorsqu'il plaît à Dieu , les élémentsopèrent. ce qui est contraire à leur nature , aussi facilementque ce qui leur a été attribué en propre, dèsl'origine des choses. Oui, si vous le voulez, la nuit sera capable de montrerla lumière, aussi bien qu'elle montre les ténèbres.

Voilà pourquoi il ajoute: " Ainsi les ténèbresde l'une, ainsi la lumière de l'autre. " Ces expressions s'appliquenten toute propriété aux éléments; par métaphoreelles s'appliquent aux actions des hommes. Ce qui montre que Dieu ale pouvoirde procurer au sein des afflictions la tranquillité d'un bonheurpaisible, parce que Dieu prend souci des affligés. Cela est merveilleux,étrange: c'est cependant ce qui est arrivé à Joseph.Son bonheur, ses honneurs, s'il fût resté dans la maison paternelle,n'auraient pas égalé sa prospérité, sa grandeur,après avoir été vendu , après avoir étéélevé dans la maison d'un barbare. Ceux mêmes qui travaillaientà le perdre préparaient son diadème, apprêtaientsa pourpre, et du sein même de l'infamie à laquelle on levouait, est sorti pour lui l'honneur qui l'a porté au trône.Avez-vous bien compris notre explication ? " La nuit sera lumineuse commele jour. " Quant à cette expression: "Ainsi les ténèbresde l'une, ainsi la lumière de l'antre , " elle a donné lieuà la même réflexion ; de même que les ténèbres,de même la lumière aura son tour, non-seulement d'une manièreapparente; mais Dieu , le Dieu, ton Seigneur, changera la nature des choses." Car, vous êtes le maître de mes reins, Seigneur; vous m'avezpris dès le ventre de ma mère (13). " Quel rapport , entreces paroles et celles qui ont été prononcées? La conséquenceest rigoureuse, et les idées sont étroitement liées.Après avoir célébré une puissance si grande,il montré que Dieu l'exercé pour l'utilité des hommeset leur élus grand bien.

Il ne faut pas que l'insensé puisse dire : Et que me fait àmoi sa grandeur, sa puissance, sa prescience ? Montrez-moi le profit quenous en retirons. Le Psalmiste a ajouté : " Vous êtes le maîtrede mes reins, " se servant d'une partie de l'homme pour désignerl'homme tout entier. Ce n'est pas chose indifférente , quand onloue la Providence, que de sentir qu'on est propriété deDieu. Qui possède , prend soin et pourvoit. Aussi le Psalmiste,pour exprimer cette idée, ajoute-t-il: " Vous m'avez formédès le ventre de ma mère; " c'est-à-dire , àtous les instants, vous avez pris soin de me rendre fort; vous avez pourvuà tout; sans cesse vous vous êtes occupé de moi; vousm'avez mis en sûreté dès ma première enfance,dès le maillot, et ce que j'ai dit, vous me l'avez enseignépar les faits mêmes: " Je vous louerai, parce que vous avez faitéclater votre grandeur d'une manière terrible ; vos oeuvressont admirables , et mon âme en est vivement frappée (14)." Qu'est-ce à dire? Vous m'avez formé, mais j'ignore commentvous m'avez formé; à vous, la providence , mais je ne puisembrasser toute votre providence dans ma pensée; vous êtespartout, mais cela même je ne le comprends pas ; vous connaissezl'avenir et lé passé et les secrets de l'esprit de l'homme,mais ma raison. est impuissante à s'expliquer cette merveille; vouschangez les natures des choses , et vous faites qu'en persistant ellesfassent paraître des effets contraires; et, vous produisez les contrairescomme s'ils étaient les propriétés mêmes spécialementattribuées à chaque nature.

4. Donc, après avoir rassemblé tous ces titres, le Psalmiste,divinement inspiré, fait entendre une grande voix qui s'écrie:"de vous louerai, parce que vous avez fait éclater votre grandeurd'une manière terrible, " c'est-à-dire, vous avez paru admirable,et vous êtes admirable ; " admirables sont vos oeuvres et mon âmeen est vivement frappée. " Et que puis-je raconter de vous, ditle Psalmiste, lorsque ce qui vient de vous, étale une grandeur magnifique?Cessant dès lors de tout passer en revue, il se borne à laconnaissance particulière qu'il a de lui-même, et il dit:" Et mon âme en est vivement frappée. " Elle n'en est passeulement frappée; mais profondément, dit-il, et vivement.Mais maintenant si son âme connaît, comment a-t-il pu direauparavant : " Merveilleuse est votre science au-dessus de moi, elle estpleine de force, je ne pourrai y atteindre. " Ces paroles s'appliquentà Dieu même, les autres aux ouvrages de Dieu. Que si les dernièresparoles s'appliquaient aussi à Dieu même, nous dirions: ilsait que Dieu est admirable, grand, élevé. Maintenant quelleest sa substance? Car je veux me répéter; comment subsistentsa majesté, sa magnificence? Comment expliquer ce qui a étédit? C'est ce. à quoi il ne peut répondre. Mais l'impossibilitémême de la réponse est une preuve de la connaissance, quoiquecela semble être un paradoxe. La mer aussi est d'une grandeur quenous ne connaissons pas; et pourtant, ce qui prouve précisémentque nous avons de la mer une idée vraie, c'est que nous en ignoronsla grandeur. Dire que l'on peut mesurer la mer, c'est donner la meilleurepreuve qu'on ne la (242) connaît pas. Il y a donc une professionde connaître qui prouve que l'on ignore, une manière d'ignorer,qui témoigne que l'on connaît. " Mes os ne vous sont pointcachés, à vous qui les avez faits dans un lieu caché;ni toute ma substance que vous avez formée comme au fond de la terre(15). "

Le voici encore, parlant de la connaissance que Dieu possède,et il le montre connaissant toutes ces choses. Donc, il dit, si vous voulez,que Dieu connaît toutes les choses cachées, ou il exprimequelqu'autre pensée, concernant la formation et la création.Alors même où j'étais à l'état de formation,vous me connaissiez; vous saviez toute chose, lorsque la nature produisaitinsensiblement son oeuvre ; quoiqu'elle travaillât en secret, etcomme dans les profondeurs de la terre. Toutes choses sont pour vous misesà nu et à découvert; un autre interprète dit: " Mes os ne vous ont été cachés par aucun voile,ces os qui m'ont formé en secret; " un autre interprète:" Vous n'avez pas ignoré ma force, qui m'a formé en secret;j'ai été construit par des forces diverses, comme dans lesprofondeurs de la terre; " un autre texte : " Vous n'avez pas ignoréma puissance, ni mes os, lorsque j'ai été formé ensecret; j'ai été façonné dans les profondeursde la terre. " Donc, tous les interprètes expriment les mêmespensées. Ainsi, pendant que j'étais formé, vous avezparfaitement connu ma formation, partie par partie; et chacun de mes. membres,et l'accroissement de chacun de ces membres, vous l'avez connu. C'est ceque dit le Christ lui-même: " Tous les cheveux de votre têtesont comptés (Luc, XII, 7) ; " parole qui nous montre à lafois la providence et la science. " Vos yeux m'ont vu lorsque j'étaisencore informe. " Répétition de la même idée.Je n'étais pas formé, vous me connaissiez ; un autre texteporte: " Je n'avais, pas encore de forme, vos yeux m'ont vu. " Parolesqu'on,peut aussi appliquer aux actions, et ainsi, ce qui n'étaitpas encore fait, vos yeux l'ont vu. " Et dans votre livre, tous les hommesseront inscrits; un jour ils seront formés, sans qu'un seul y manque." Voilà qui est obscur, mais la suite du texte et un autre interprètevont nous mettre à même de saisir le sens. Ce que dit le Psalmisteest une conséquence de ce qui précède; or, qu'a-t-ildit précédemment? " Je n'étais pas formé, vosyeux m'ont vu; " c'est-à-dire, je n'avais encore aucune espècede figure, j'étais encore une chose qu'on façonne, une chosequ'on tisse, et vos yeux m'ont vu aussi distinctement que l'on voit uneforme parfaite, une figure achevée, à qui rien ne manque,qui n'a plus besoin d'attendre un seul jour pour recevoir son perfectionnement,Et, ce qui vous fera comprendre que c'est bien là le sens, écoutezun autre interprète: " Je n'étais pas formé, et vosyeux m'ont vu d'avance, avec tous ceux qui ont été inscritsdans votre livre, qui sont formés au jour où il ne leur manqueplus un seul jour. " Vous m'avez vu, dit-il, avec ceux, c'est-à-dire,vous m'avez vu de la même manière que vous avez vu ceux quisont formés dans leurs jours, jours auxquels ne manquait pas unseul jour. S'il s'exprime de la sorte, ce n'est pas qu'il y ait un livrelà-haut; ce n'est pas qu'il y ait personne d'inscrit, mais l'imagede ce livre, sert à montrer la science exacte de Dieu; comme lorsque.l'Ecriture dit: " Le Seigneur a entendu, et a écrit dans le livre(Malachie, III, 16) ; " et encore: " Les livres ont été ouverts." .(Dan. VII, 10.) " Pour moi, ô Dieu, j'ai honoré vos amisd'une façon toute singulière (17); " un, autre texte: " Vosamis m'ont été précieux ce n'est pas le fait d'unevertu médiocre que de combler d'honneur les amis de Dieu; vous,avez pris soin de moi, dit-il; je n'étais pas; vous m'avez faitnaître; vous me gouvernez; et moi, en retour, j'honore vos amis." Et leur empire s'est affermi, " c'est-à-dire, ils sont devenuspuissants; un autre texte: " Combien leurs têtes se sont multipliées." Ce qui, est plus clair, car il ajoute : " Je les compterai et ils surpasserontles grains de sable (18). " Moi , je les honore, mais vous, vous les multipliez;vous les rendrez plus nombreux que les grains de sable; et non-seulementvous les multipliez, mais, de, plus, vous les rendez forts et puissants.Car c'est là ce que veut dire : " Et leur empire s'est affermi." Double prospérité, la multiplication et l'accroissementdes forces. " Je me suis levé et je suis encore avec vous; " unautre texte: " Je sortirai de mon sommeil, et je serai pour toujours auprèsde vous.."

Ce n'est pas une faible marque de vertu, que de conserver la vertu dansla prospérité. Un grand nombre d'hommes, dit le Psalmiste,après avoir joui du bonheur, vous ont oublié; mais ce n'estpas moi; même quand je me serai levé, c'est-à-direquand je serai affranchi de mes maux, je serai toujours avec vous, " Si(243) vous exterminez les pécheurs, ô Dieu (19). " Il ne ditpas, si vous exterminez, je serai avec vous: il fait cette promesse sanscondition. Quant à ce qu'il demande, ce n'est pas que Dieu détruiseles hommes, mais qu'il les convertisse, qu'il les tire du péché,pour en faire des justes; car il ne dit pas: Si vous exterminez les hommes,mais, " les pécheurs. " Un autre texte, au lieu de, " les pécheurs," porte, " le transgresseur, " signifiant, par là, les ennemis quiadorent les idoles.

" Hommes de sang, éloignez-vous de moi. " Ces hommes de sangsont les meurtriers qui se plaisent dans les massacres. C'est avoir progresséd'une manière notable dans la vertu, que de s'enfuir, que de s'écarteravec horreur des réunions de tels hommes. Le Psalmiste expliqueensuite pourquoi il faut les fuir. " Parce que vous êtes querelleursdans vos pensées (20). " Un autre texte : " Ces hommes dont la pensées'élève contre vous; " un autre texte : " Parce qu'ils vousont aigri, par leurs pensées perverses. " Voyez, il ne se préoccupepas de lui-même, mais de l'injure faite à Dieu, et il s'écartede tels hommes avec horreur, il repousse tout commerce avec eux. En effetce qui a perdu les Juifs, c'est qu'ils conversaient avec les méchants.Aussi reçurent-ils une loi qui les en séparait, qui leurordonnait d'éviter les mariages avec eux; et, quand ils sortirentde l'Egypte, ils furent pendant quarante ans séparés desantres peuples, dans la solitude. Cette loi avait pour nom " la haie, "parce qu'elle les entourait de toutes parts et supprimait tout commerceavec les méchants. Les Juifs, en effet, étaient faciles àcirconvenir; leurs moeurs étaient variables et leur caractèremobile. " Ils regarderont comme des vanités les villes élevéespar vous. " Un autre texte : " C'est en vain qu'ils se sont élevéspour rivaliser avec vous; " un autre : " Pour être vos ennemis. "Voilà donc pourquoi il s'en écarte avec horreur, c'est qu'ilsse sont élevés contre la gloire de Dieu, c'est qu'ils onttransgressé la loi; c'est qu'ils ont fait entendre des blasphèmes." Seigneur, n'ai-je pas haï ceux qui vous haïssaient et ne séchais-jepas d'ennui à cause de vos ennemis (21). " Je les haïssaisd'une haine parfaite et ils sont devenus mes ennemis (22). "

C'est ainsi que Dieu lui-même a promis aux Juifs d'êtrel'ennemi de leurs ennemis; l'adversaire de leurs adversaires ; c'est làla meilleure preuve d'affection. Et le Psalmiste paie le Seigneur de retour,par la même conduite envers les amis, envers les ennemis de Dieu.En effet, il a dit plus haut: " J'ai honoré, d'une façontoute singulière, vos amis, ô mon Dieu ! " Ici maintenant: " J'ai haï ceux qui vous haïssent. " J'ai aimé outremesure; et ici encore : J'ai haï outre mesure. Car il ne dit pas seulement: J'ai haï , mais encore : " J'ai séché d'ennui. O Dieu,éprouvez-moi et sondez mon coeur, interrogez-moi, et connaissezles sentiers par lesquels je marche(23), et voyez si la voie de l'iniquitése trouve en moi; et conduisez-moi dans la voie qui est éternelle(24). " Or, il a dit en commençant: " Vous m'avez éprouvéet connu parfaitement, vous m'avez connu, que je fusse assis ou levé,vous avez découvert de loin mes pensées, vous avez remarquéle sentier par lequel je marche, et toute la suite de ma vie, et vous avezprévu toutes mes voies. Vous connaissez toutes les choses futureset anciennes. " Comment donc dit-il maintenant, comme s'il n'avait pasencore été éprouvé, " Eprouvez-moi ? " Vousvoyez qu'il se sert du langage humain , non pour tenir ainsi nos âmesdans l'abaissement; au contraire, il veut qu'après nous êtreformé, par toute espèce de réflexions, une penséedigne de Dieu; nous nous élevions jusqu'aux hautes régionsde l'intelligence. Il demande à être éprouvé,à être examiné, non pas pour que son coeur soit connude celui qui, dès le commencement, connaît toutes choses,même avant leur naissance; mais afin que nous acquérions nous-mêmesla connaissance que donne l'expérience des choses. Voilàen effet ce que veut dire cette parole, " Eprouvez-moi. Et voyez si lavoie de l'iniquité se trouve en moi , et conduisez-moi dans la voieéternelle. "

Or, maintenant cette voie éternelle, que peut-elle être,sinon la voie spirituelle qui conduit au ciel et qui n'a pas de fin ? Eneffet, tout le reste est caduc, momentané, renfermé dansla vie présente; aussi, négligeant tout ce périssable,le Psalmiste cherche ce qui est immortel , sans limites , sans fin. Etmaintenant, qu'est-ce qui conduit vers cette voie ? Le secours de Dieu,la volonté qui fait ce qui dépend d'elle ; la vertu, la sagessequi s'élève au-dessus des choses de la vie présente.Les choses de l'autre vie ne sont ni éphémères, nimomentanées; telle est la vertu avec ses (244) fruits toujours fleurissants,jamais flétris, ses biens immortels, impérissables, sansfin. Puissions-nous tous en jouir, par la grâce et par 1a bontéde Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloireet l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXXXIX

" DÉLIVREZ-MOI, SEIGNEUR, DEL'HOMME MÉCHANT, DÉLIVREZ-MOI DE L'HOMME INJUSTE. "

1. Où sont-ils maintenant ceux qui disent A quoi bon les bêtesféroces ? à quoi bon les scorpions? à quoi bon lesvipères ? Voici qu'on vient de trouver un animal plus méchant,non par nature, mais par choix, l'homme. Aussi, le Prophète oublietous les autres animaux méchants, c'est de l'homme qu'il veut êtredélivré. Eh bien ! répondez-moi, je vous en prie:parce que l'homme est méchant, valait-il mieux qu'il n'y eûtpas d'homme? Dire oui, ce serait le comble de la démence. Rien n'estnuisible à l'homme que le péché; le péchédisparaissant, tout devient facile, plus d'embarras, c'est la tranquillité,c'est la paix; avec le péché, partout les écueils,et les tempêtes, et les naufrages. Et maintenant, que nul ne nouscondamne, si nous disons que l'homme vicieux est plus méchant qu'unebête féroce. Si la nature a refusé à celle-cila douceur, en revanche il est facile de tromper sa cruauté: cequ'elle est naturellement, elle le fait voir; tandis que l'homme qui méditele crime, qui se cache sous mille masques, est la bête férocedont il est le plus difficile de se défendre. Sous la peau de labrebis souvent se cache le loup, et la foule imprudente se laisse prendre.Or, comme les bêtes féroces de ce genre ne sont pas facilesà surprendre, le Prophète a recours aux prières, etc'est le secours de Dieu qu'il implore pour être préservéde leurs attaques. En effet, le démon s'insinue souvent dans depareils monstres, et c'est ainsi qu'il frappe ses coups; il y en a doncun grand nombre, qui de toutes parts nous tendent leurs pièges.Le méchant nous assiège, le démon furieux nous faitla guerre, la tentation nous accable et nous (245) trouble; de làcette prière que nous apprenons " Ne nous induisez pas en tentation,mais délivrez-nous du mal. " (Matth, VI, 13.) Les combats sont variés,les mêlées se multiplient et il faut être prêtà tout. De même que celui qui se dispose à parcourirles mers, doit prévoir tous les caprices des vagues impétueuses,les souffles furieux, les nuages amoncelés, les récifs, lesécueils, les irruptions des monstres de la mer, les incursions despirates, la faim, la soif, tous les périls des flots, les disputesentre les marins, le manque de subsistances, tous les malheurs de ce genre,et se tenir prêt à combattre tout cela; ainsi, celui qui vatraverser l'orageux détroit de la vie présente, doit prévoirles souffrances du corps, les maladies de l'âme, les perfidies dela part de , l'homme, les attaques venant des ennemis; les artifices desfaux amis, la pauvreté, les tourments, les outrages, les phalangesdes démons, la fureur de l'ange des ténèbres, et sepréparer à y tenir tête, s'il est juste, s'il veutparvenir jusque dans la cité royale ; s'il veut, comblé derichesses, pousser son vaisseau dans le port.

Ici, le Psalmiste dit: " L'homme méchant; " mais, quand il parledu démon, il dit simplement : " le méchant. " Pourquoi? C'estque le démon est le père de la méchanceté.Voilà pourquoi on l'appelle, par excellence, le Méchant;cet adjectif mis seul à la place de son nom propre le désigneassez, puisque aucune méchanceté n'égale celle quiest en lui, non par sa nature, mais par sa propre volonté. Si maintenant,vous tenez à savoir d'où vient le nom de méchanceté,vous en retirerez encore un grand profit. Les Grecs appellent la méchancetéponeria parce qu'elle apporte au méchant ponon, de la peine, duchagrin. Voilà pourquoi un sage, exprimant cette pensée,dit: " Si tu es méchant, tu seras seul victime de ta méchanceté;si au contraire, tu es bon, ce qui est bon, tu l'auras, et pour toi, etpour tes proches. " (Prov. IX, 12.) Et comment, me dira-t-on peut-être,le méchant est-il seul victime de sa méchanceté? Combiend'hommes n'afflige-t-il pas par ses outrages? le réponds qu'il nepeut nuire à qui ne s'endort pas dans la lâcheté, dansl'inaction. Et, si vous voulez, laissons de côté l'homme méchant;prenons le méchant lui-même, le démon ; arrêtonssur lui nos regards. Dites-moi, n'a-t-il pas versé toute sa méchancetésur Job ? Or, quel mal lui a-t-il fait? N'a-t-il pas rehaussé sagloire? Ne s'est-il pas ménagé à lui-même unechute plus terrible ? Et maintenant Caïn ? N'a-t-il pas étéseul victime de sa méchanceté? Nullement, me répond-on,mais Abel avec lui. Comment et de quelle manière? Parce qu'il aété rapidement lancé dans le port qu'aucun flot n'agite;mais c'est une rare faveur pour lui, qu'après avoir fait le bien,il soit mort; il ait payé, de la manière la plus avantageuse,la dette commune; car ce qui lui était commun avec les autres hommes,ce que la nécessité lui réservait, lui est arrivéavec une ample récompense. Ce n'est pas là souffrir un malheur,mais se parer le front d'une plus belle couronne. Et quel mal les frèresde Joseph lui ont-ils fait? N'ont-ils pas été seuls victimesde leur méchanceté ? Mais, me répond-on, Joseph aété esclave, et après, moi, j'ajoute qu'il a étédans les fers; mais la question n'est pas là, il ne s'agit pas desavoir s'il a été esclave et dans les fers, mais s'il ena éprouvé aucun dommage, et c'est le contraire que nous voyons; car il y a trouvé le plus grand profit; il a conquis de plus grandstitres à l'affection particulière du Seigneur. Et ce quiparaissait contrarier sa fortune, lui a valu le bonheur dans la vie présente.

Donc, ne craignons pas les méchants, mais prenons-les en pitié.On pouvait les craindre, lorsqu'on ne connaissait pas encore la voie élevéequi conduit à la sagesse; mais aujourd'hui, ils ne sont plus àcraindre, puisque désormais les cieux nous sont ouverts, et queles hommes sont devenus des anges. La bête qui, d'un bond impétueux,s'élance sur la pointe du fer, paraît se venger de celui quile tient; mais elle se fait à elle-même une grave blessure,et, pareillement, qui regimbe contre l'aiguillon, s'ensanglante les pieds.

2. Telle est la vertu; c'est un aiguillon, c'est la pointe d'un glaive,et tous les méchants sont pires que les bêtes féroces,et plus qu'elles, dépourvus de raison. Ainsi, quand ils se ruentcontre les gens de bien, ils se transpercent profondément eux-mêmes.Aux gens de bien ils font souvent du tort, soit dans leur argent, soitdans leur personne; mais ils se blessent eux-mêmes dans l'âme,et c'est là le vrai tort, le vrai dommage. En effet, si les pertesd'argent nous attaquaient dans notre propre vertu, Paul ne nous auraitpas prescrit de souffrir l'injure sans la rendre; si c'était unmal que d'être atteint par l'injustice. Celui, dont les (246) loisne commandent que le bien, ne nous aurait pas ordonné ce qui estmal. Cependant quoi qu'il en soit ainsi, il ne faut pas faire insulte auxméchants, ni leur courir sus, mais éviter, déclinerleur commerce; quand ils nous attaquent, les recevoir .avec une fermetévirile. Voilà pourquoi nous avons l'ordre de prier, afin de ne pasentrer en tentation. Aussi, après avoir dit: " Délivrez-moi,Seigneur de l'homme méchant, " le Psalmiste ajoute : " Délivrez-moide l'homme injuste, " se servant de l'expression généralequi marque le vice; car l'injuste, ici, n'est pas simplement celui quel'avarice égare, mais celui que toutes. les autres passions aussipoussent à l'injustice. Et la prière d'être délivréest pour demander de ne pas succomber, de ne pas devenir pareil àl'homme injuste. Et le Psalmiste ne se contente pas de prier, il commencepar dire, qu'il a fait ce qui dépend de lui. C'est ainsi que versla fin du psaume précédent, il dit qu'il fuyait tout commerceavec les méchants. Voilà ce qui l'autorise à demander,ici, le secours de Dieu. Précédemment il montre les dispositionsde son coeur par ces paroles : " Hommes de sang, éloignez-vous demoi. " (Ps. CXXXVIII, 19.) Voici qu'à présent, il prie Dieupour être délivré de leur méchanceté.Ce n'est pas en effet une circonstance légère, indifférentepour la sécurité, pour la liberté, pour le plaisir,quel qu'il soit, de la vie, que d'être délivré de lasociété de pareils hommes, que d'être bien loin detout commerce avec les méchants. Au contraire, c'est là ungrand élément de bonheur. Il dépeint ensuite leurméchanceté, et il ajoute : " Ceux qui ne pensent, dans leurcoeur, qu'à commettre des injustices, me livraient tous les joursdes combats. ". Voyez-vous ces bêtes féroces, dont il estdifficile de se garder, qui méditent, au fond de leur coeur, leursmauvais desseins, et qui cachent, dans le secret de leur âme, leurperfidie? " Ceux qui ne pensent, " dit-il, "dans leur coeur; " c'est-à-direqui n'ont pas encore mis au jour, ruais qui nourrissent au dedans d'eux-mêmesla méchanceté dont leur âme est pour, ainsi dire grosse,et, ce qu'il y ai de plus terrible, qui ne procèdent pas étourdiment,qui ne s'égarent pas dans leur chemin, mais accomplissent leur oeuvreavec une entière attention. C'est ce que veut dire : "Ceux qui nepensent, " dans leur coeur; " c'est-à-dire qui s'appliquent avecune ardeur passionnée, avec un

désir ardent. " Me livraient tous les jours des combats. " Cesparoles expriment la vie tout entière; les combats, dont il estquestion ici, ne sont pas ceux qui se livrent en règle, les armesà la main, mais ceux qui résultent des perfidies préparées:de ce que font, et sur la place publique, et dans l'intérieur desmaisons, des hommes qui n'ont ni bouclier ni cuirasse, mais, pour toutearme, la perversité, et dont les paroles font de plus cruelles blessuresque des javelots. Or le comble de leur perversité, ce n'est passeulement qu'ils pratiquent la ruse, la feinte, qu'ils sont prêtsà tous les combats, mais encore que, pendant toute la duréede la vie, ils ne suspendent par aucune trêve cette guerre terrible.S'ils tenaient tant à faire la guerre, ils avaient une raison delégitimes combats, ils devaient entreprendre la lutte contre lespéchés, opposer leurs armes au démon, combattre lesmaladies de l'âme, aiguiser leurs glaives contre les mauvais anges.Mais c'est là une mêlée que ne soupçonnent mêmepas les hommes méchants. Ils ne font que se lancer mutuellementdes traits, qui les frappent eux-mêmes. " Ils ont aiguiséleur langue comme celle d'un serpent; le venin des aspics est sous leurslèvres (3). " Voyez la bassesse du vice : des hommes, il fait desbêtes sauvages, des aspics, des serpents ; et cette langue, destinéeà être l'interprète de la raison, ils la ravalent àcette brutalité. Et maintenant, l'accusation que le Psalmiste leura déjà adressée, il la leur oppose encore. Quelleest-elle? " Le venin des aspics est sous leurs lèvres. " Mais quesignifie cette expression? " Le venin des aspics est sous leurs lèvres,"dit-il, " toujours; " c'est-à-dire, sans cesse; de même qu'ila dit plus haut : " Ils me livraient tous les jours des combats, " de mêmeil dit encore ici : " Ils ont aiguisé leur langue comme celle d'unserpent.; le venin des aspics est sous leurs lèvres ton" jours.Tel est le sens de diapsalma, " en hébreu " sel, " qui revient à" toujours. " Or le vice, même dans un temps bien court, est chosegrave et importune ; mais, quand on ne se lasse pas de le suivre, quandon en est insatiable, quel pardon peut-on mériter? de quelle excusepeut-on se couvrir? "Préservez-moi, Seigneur, de la main du pécheur;des hommes injustes, délivrez-moi. Ils ne pensent qu'à mefaire tomber (4); les superbes m'ont dressé des piéges ensecret; ils ont (247) tendu des filets pour me surprendre, et ils ont misprès du chemin de quoi me faire tomber (5). " Rien de plus injusteque ceux qui s'adonnent au vice, qui, avant de nuire aux autres, commencentpar se blesser dans l'âme; ils sont des sujets de scandale, ils sontcause que la gloire de Dieu est décriée par les insensésqui voient leurs crimes impunis; ils ont reçu leur âme etleur corps de la bonté de Dieu; ils oublient la reconnaissance qu'ilslui doivent; pour tant de gloire et de bienfaits; ils rendent àleur bienfaiteur tout le contraire de ce qu'ils lui doivent. Oùtrouver plus d'injustice, plus d'ingratitude? Et, ce qui est plus graveet surpasse tout crime, ils s'efforcent aussi de nuire aux autres : " Ilsne pensent qu'à me faire tomber. " Si leurs pensées n'ontpas été suivies d'effet, il faut l'attribuer à lasouveraine clémence de Dieu. C'est Dieu qui déjoue leursconseils impies.

3. Or, maintenant voyez combien le crime était médité,avec quelle application les piéges étaient dressés.Ils se sont cachés, ils ont tendu leurs piéges, et cela,près de la route, afin de s'aider de la longueur du chemin, et desténèbres, et de la proximité , pour mieux saisir celuiqu'ils voulaient prendre et réduire sous leur pouvoir. C'étaitune oeuvre de la perversité, que de tendre partout des piéges,uniquement pour perdre un homme. Voulez-vous voir comment le démontend ses filets? Voyez encore ce qui arrive à Job. Quoi de pluslarge, quoi de plus long, quoi de plus rapproché que le piège?Ce n'est pas seulement dans la personne de ses parents, et de ses amis,et de sa femme, c'est dans son corps même, qu'il a tendu le piégea" J'ai dit au Seigneur, vous êtes mon Dieu ; exaucez, ô Seigneur,la voix de ma prière (6) ; Seigneur, Seigneur, qui êtes toutela force de mon salut (7). " Un autre texte : " La puissance de mon salut." Après avoir parlé de la guerre et des piéges, etmontré que les maux sont insupportables, il se réfugie auprèsde l'invincible auxiliaire; c'est le ciel qu'il implore, pour obtenir lesecours qui peut seul l'affranchir.

C'est la preuve d'une âme généreuse, c'est la marqued'un esprit sage, de ne pas chercher son refuge, dans de pareilles circonstances,auprès des hommes; de répudier les pensées de la terre; de lever les yeux au ciel; d'invoquer le Dieu partout présent;de ne se, laisser abattre par aucun trouble; de triompher de tous les vertiges.Voyez maintenant la convenance des paroles. Il ne dit pas : Dans tellecirconstance , dans telle autre , j'ai fait le bien ; ni, j'ai opérételle action juste; mais que dit-il ? " Vous êtes mon Dieu, "exprimantpar là la raison qui le détermine à demander du secours;c'est qu'il se réfugie auprès. du, Seigneur, auprèsdu suprême ouvrier, auprès du roi. " Exaucez , ô Seigneur, la voix de ma supplication, Seigneur, Seigneur, qui êtes la forcede mon salut. " Il dit, "la force ou la puissance de mon salut, " montrantpar là, que c'est aussi la puissance qui décerne les châtimentset les supplices. Mais vous m'avez fourni, dit-il, la force du salut; vouspouvez, en effet, et faire du mal et exterminer; mais c'est toujours àmon salut que vous avez fait servir votre puissance. Voyez maintenant l'affectionqui respire dans ces paroles ; ces mots répétés ,cette expression qu'il ajoute , " de mon salut, " tout marque l'heureusedisposition de son coeur. " Vous avez mis ma tête à couvertsous votre ombre , au jour du combat. " Voyez-vous l'expression de la reconnaissance? Il rappelle ce qui s'est passé, que Dieu l'a mis en sûreté.C'est là, en effet, ce qui signifie cette expression , " vous avezmis ma tête à couvert sous votre ombre. " Et maintenant, voyezde quelle manière il montre comme il est facile à Dieu deprotéger. En effet, il ne dit pas : avant le jour, mais : Au jourmême; quand les malheurs étaient suspendus sur moi, quandles ennemis étaient rangés en bataille, quand j'étaisau milieu des plus grands dangers, c'est alors que vous m'avez iris ensûreté. C'est qu'en effet Dieu n'a besoin ni de préparatifs,ni d'aucune exhortation, lui qui connaît le présent, l'avenir,le passé; lui qui peut tout, présent toujours, et toujoursprêt à secourir. Le Psalmiste montre ensuite la victoire éclatante,la sécurité complète; il ne dit pas: vous m'avez sauvé,mais que dit-il? " Vous avez mis ma tête à couvert sous votreombre, " c'est-à-dire, vous m'avez garanti de la moindre importunité; je n'ai pas même senti la chaleur; sécurité parfaite,sécurité, plaisir, repos, voilà ce que vous m'avezprocuré à tel point que je n'ai pas même senti de chaleurimportune; j'étais agréablement à l'ombre, hors detoute atteinte, libre. De là cette expression, " Vous avez mis matête à couvert sous votre ombre. " Et par ce troyen il montreencore la promptitude, la (248) facilité du divin secours; car cemot, à couvert, " c'est comme s'il disait : il suffit que vous soyezlà, et tout mal disparaît. " Seigneur, ne me livrez pas aupécheur selon son désir (9). " Un autre texte : " N'accordezpas, ô Seigneur, ce que demandent les désirs du transgresseur;" ce qui revient à dire : n'exaucez pas ses désirs contremoi ; c'est-à-dire, ce qu'il désire contre moi , ne lui permettezpas de l'accomplir. Et il ne dit. pas: ce qu'il désire, mais selonle désir qu'il a contre moi ; le Psalmiste veut dire, n'exaucezpas la moindre partie de ce qu'il désire. Tels sont en effet lesméchants ; c'est avec un désir ardent qu'ils trament desperfidies contre le prochain, tel est le démon, de qui l'Écrituredit: " Il rôde comme un lion rugissant, cherchant celui qu'il dévorera." (I Pierre, V, 8.) C'est avec cette rage avide qu'il attaqua Job, et c'estainsi qu'il méditait d'attaquer Pierre ; aussi l'Écrituredit-elle: " Que de fois Satan t'a demandé, pour te cribler commele froment ! " ( Luc, XXII, 31. ) Voyez-vous cet ardent désir? Ily a aussi des hommes que l'envie tourmente, que le mal réjouit,qui rivalisent avec Satan pour ce vice; l'Écriture les appelle desmalheureux " Malheur à vous, qui vous réjouissez des maux;qui trouvez vos délices dans la perversité des méchants! " (Prov. II, 144.) Et c'est avec raison que l'Écriture parle ainsi,car c'est là la marque d'un esprit dépravé et corrompu.S'il faut souffrir, s'il faut gémir, s'il faut pleurer pour ceuxqui périssent, quel pardon mériteront, de quelle excuse pourrontse couvrir ceux qui sont si loin de plaindre les méchants, qu'aucontraire ils se réjouissent de leurs crimes? N'avez-vous pas vule Christ lui-même, au moment de punir, pleurer la perte de Jérusalem? N'avez-vous pas vu Paul, se lamenter et gémir , parce que la pertedes autres le plonge dans le deuil? Mais il y a des hommes assez dépravéspour regarder comme une consolation de leurs maux, les douleurs qui accablentles autres. " Ils ont formé des desseins contre moi; ne m'abandonnezpas, de peur qu'ils ne s'élèvent toujours, " C'est làce que veut dire Diapsalma. Un autre texte " Ne vous éloignez pas,de peur qu'ils ne s'élèvent. " Voilà le propre d'uneâme souillée, corrompue ; c'est le propos délibéré,c'est après une longue réflexion, qu'elle se porte au mal;il ne lui suffit pas des emportements qui la perdent ; elle y ajoute ladélibération, le long examen, qui a pour objet de commettrele crime.

4. Quelle sera ton excuse, à toi, qui fais ton étude duvice, qui délibères afin d'accomplir des oeuvres détestables,et qui t'adjoins des complices? Mais voyez l'humilité du Psalmiste! il ne dit pas: Ne m'abandonnez pas, parce que je suis digne de vous;ne m'abandonnez pas, parce que j'ai passé ma vie dans la vertu.Mais, que dit-il? Ne m'abandonnez pas, " de peur qu'ils ne s'élèvent," c'est-à-dire, de peur qu'ils ne deviennent plus arrogants, plusinsolents, après que vous m'aurez abandonné. "Toute la malignitéde leurs détours et tout le travail de leurs lèvres les accableraeux-mêmes. (9) " Autre texte: " La haine amère de ceux quim'entourent et tout le mal de leurs lèvres les accableront. " Ilentend ici par " détours, " les rassemblements, les conciliabules,les ateliers de mauvais conseils,. les pensées criminelles. Cesparoles reviennent à ceci : que leurs pensées criminelles,que toute leur méchanceté, toute leur dépravationles écrasent et les perdent. " Le travail de leurs lèvres; " le travail, c'est ici la perversité. En effet, la perversitéest un travail, pour celui qui en est atteint; c'est sa perte, la perversitél'écrase. C'est ce qui est arrivé à propos de David;ses ennemis s'attendaient à le voir tomber dans les plus affreuxmalheurs; son nom est devenu plus glorieux. Assurément, me dit-on;mais ce n'est pas là ce que je cherche; mais montrez-moi commentde pareils ennemis se blessent eux-mêmes, se perdent par leurs propresconseils; montrez-nous-en des exemples. Exemple: les frères de Joseph.Ils voulaient en faire un: esclave, ils voulaient le perdre, et ils sesont eux-mêmes exposés aux plus grands dangers. Et certes,c'est dans la servitude, c'est dans la mort qu'ils ont précipitéleur frère, autant qu'il était en leur pouvoir de l'y jeter.

Absalon voulait s'emparer de la royauté, pour anéantirson père, et cette royauté l'a perdu lui-même. " Descharbons enflammés tomberont sur eux; vous les précipiterezdans le feu (10). " Ce qui revient à ceci : . Sans doute, le vicetout seul suffit pour perdre ceux qui l'embrassent; mais, de plus, outrele poids de leurs vices, ils auront à supporter la colèredivine. Les charbons et le feu signifient . ici le supplice infligépar le ciel. Souvent le feu a frappé les méchants. Exemple: Dathan, Coré, Abiron, et ceux qui entouraient la (249) fournaisede Babylone. " Ils ne pourront subsister dans les malheurs ; " un autretexte : " Ils tomberont dans les fosses pour n'en pas sortir;" autre texte: " Promptement, et ils n'en sortiront pas." La pensée d'un destextes est celle-ci : vous les perdrez de telle sorte qu'ils ne se relèverontpas, l'autre interprète dit : avec une grande rapidité, carc'est là ce que signifie l'expression dont il s'est servi. " L'hommede langue ne sera pas dirigé sur la terre (11). "

Après avoir parlé de la colère de Dieu, le Psalmistemontre encore que le vice tout seul est suffisant pour perdre ceux quien sont atteints. Ce n'est pas une faible preuve de la perversité,que l'insolence et le débordement de la langue. L'homme qui se laisseemporter par sa langue, c'est ici l'homme pétulant, le diseur deriens, le médisant, qui sans cesse aboie, qui n'a rien pour le mettreau-dessus du chien. Dites-moi le fruit qu'on retire d'une pareille disposition." Il ne sera pas dirigé," dit le texte, " sur la terre. " Autretexte : " Il ne s'établira point, " c'est-à-dire, il serarenversé, terrassé, anéanti. Voilà le fruitde la médisance. Ennemi pour tous, importun pour tous, àcharge pour tous, voilà le médisant. De même que l'hommepatient, doux, ami du silence, est solidement établi, et se rendagréable à tous, de même le médisant mèneune vie incertaine, assiégé partout de mille ennemis, etsurtout, il porte dans son âme un trouble qui ne lui permet pas degoûter le repos. Et même quand nul ne l'inquiète, millecombats, qui confondent son âme, s'élèvent au fondde son coeur. " L'homme injuste sera la proie des maux jusqu'à cequ'il meure." C'est ainsi que parle encore un autre sage (1) . " Les iniquitésdonnent la chasse à l'homme méchant. " Voyez-vous encorela preuve que le vice tout seul suffit pour perdre celui qui le porte dansson coeur? Mais pourquoi ici cette allusion à la chasse? C'est pourvous faire comprendre les suites inévitables de la perversité; c'est afin que, si vous n'êtes pas frappé aussitôtque l'injustice est commise, vous ne vous laissiez pas, pour cela, enivrerd'une heureuse confiance. Voici, en effet, ce qui se passe à lachasse : le chasseur n'atteint pas toujours, ni tout de suite. Cependant,même quand les bêtes qu'on poursuit, ne sont pas prises , ellesne sont pas en

1 Ou plutôt un autre interprète, car ce texte est de laversion de Symmaque.

sûreté, pour n'être pas encore embarrasséesdans les filets. Eh bien ! il faut pareillement que l'injuste ne se laissepas aller à la confiance, pour n'être pas encore pris ; tôtou tard il sera pris. Si vous aimez votre sûreté, renoncezau vice., et vous jouirez d'une pleine sécurité. Mais maintenant,pourquoi dit-il: " Jusqu'à ce qu'il meure ? " C'est parce qu'ily en a beaucoup qui sont pris , pour être sauvés, comme ceuxqui sont pris par les apôtres et par les saints; mais il n'en estpas de même des méchants; le vice qui leur donne la chasse,les prend pour les perdre , et les exterminer. Et pourquoi le châtimentne frappe-t-il pas tout de suite le pervers? C'est un effet de la clémencedu Seigneur; s'il envoyait tout de suite chacun des pécheurs ausupplice, la plus grande partie du genre humain aurait déjàdisparu. " J'ai connu que le Seigneur fera justice à celui qui estaffligé, et qu'il vengera les pauvres (12) ; mais les justes loueront" votre nom, et ceux qui ont le coeur droit, " habiteront avec votre visage(13). " Un autre texte: " Auprès de votre visage. " Au lieu de," Habiteront, " un autre texte dit : "Demeureront; " un autre encore :" Seront assis; " et au lieu de, " J'ai connu, je sais. ".Aprèsavoir dit : " Donneront la chasse, " et, " Périront; " aprèsavoir montré que le supplice ne vient pas tout de suite, il ne veutpas que les esprits grossiers tombent dans le relâchement, et ilajoute : " J'ai connu, " afin de bien montrer la certitude de cet avenir,et que les victimes de l'injustice trouveront certainement un vengeur.Quant aux pauvres, ce mot n'a pas ici son sens absolu; il faut entendre,par là, ceux qui sont tout à fait humbles et contrits. Lesparoles du Psalmiste sont une consolation pour ceux qui souffrent de l'injustice,et une correction, un avertissement pour ceux qui la commettent. Il nefaut pas que les uns, parce qu'ils attendent, désespèrent; que les autres, parce que l'heure est différée, oublientde plus en plus le soin de leur âme. L'ajournement a pour but deprovoquer le repentir; quant à celui qui persévère, il s'attire un châtiment plus rigoureux, et c'est tout àfait justice. Pourquoi ? Parce que les pécheurs auront méconnutant de bontés dont ils auront été l'objet, et neseront pas devenus meilleurs. Considérez en effet la grandeur dela clémence de Dieu ! quand il permet que ses serviteurs endurentdes mauvais traitements, s'il ne les (250) venge pas, c'est qu'il veutque votre repentir vous corrige.

" Mais les justes loueront votre nom. " Que signifient ces paroles?Quoi qu'il arrive, ils vous rendront grâces; soit qu'ils voient leshumbles éprouvés par l'injustice, soit qu'ils voient lesméchants exaltés, ils ne vous demanderont pas d'explication.C'est là, en effet, le caractère le plus distinctif de lajustice ; en tout temps et en toutes choses, rendre à Dieu des actionsde grâces. " Et ceux qui ont le coeur droit, habiteront avec votrevisage, " c'est-à-dire, après avoir joui du secours qui vientde vous, n'ayant dans leurs pensées que vous, désormais,toujours avec vous; n'en seront plus jamais séparés. Quoiqu'il arrive, ils ne se plaindront jamais ; ils ne s'affligeront jamaisdes événements; car c'est là la marque d'une âtrequi ne chancelle pas, d'une pensée que rien n'ébranle, dene pas demander de comptes au Seigneur. Voilà ce qui faisait direà Paul "En vérité, ô homme, qui donc es-tu,toi qui contestes avec Dieu ? Un vase d'argile dit-il à celui quil'a fait : pourquoi m'avez-vous fait ainsi ? " (Rom. IX, 20.) Montronsdonc, nous aussi, montrons toujours la même sagesse, rendant, pourtoutes choses, des grâces au Seigneur, parce qu'à lui appartiennentla gloire et la bénédiction , et l'adoration , et maintenant,et toujours, et dans la durée infinie des siècles des siècles.Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXL

" SEIGNEUR, J'AI CRIÉ VERS VOUS;EXAUCEZ-MOI, ÉCOUTEZ MA VOIX, LORSQUE JE POUSSERAI MES CRIS VERSVOUS. "

1. Voici un psaume dont les paroles sont, pour ainsi dire, connues detout le monde; à tout âge on le chante; quant à lapensée que les paroles expriment, on l'ignore. Et des reprochesassez sévères pourraient être adressés àceux qui chantent tous les jours, avec les (251) lèvres, des paroles,sans rechercher le sens renfermé dans ces paroles. Supposez qu'uneeau pure et limpide s'offre à vos yeux. Vous ne pouvez pas vousempêcher d'aller tout ,près, d'y tremper vos mains, de boirede cette eau; dans une prairie chaque jour fréquentée onne résiste pas au plaisir de cueillir quelques fleurs. Quant àvous, qui, depuis l'enfance jusqu'au dernier jour de votre vieillesse,ne faites que chanter ce psaume, vous en savez les mots, voilà tout.Il y a là un trésor caché, vous êtes assis àcôté; vous avez une bourse magnifique, vous la portez àdroite et à gauche, mais toujours scellée et fermée,et il n'est personne parmi vous que la curiosité excite àrechercher ce que veut dire ce psaume. Ni recherches, ni examen. Et cependant,on ne peut pas dire que la clarté du psaume soit faite pour nousendormir, que le sens se présentant de lui-même il n'y a paslieu de faire des recherches. L'obscurité d'un tel psaume àde quoi réveiller celui qui ne dort pas trop profondément,je me trompe, celui qui est tout à fait endormi. Car que dit-il?" Ne penchez point mon coeur vers des discours de malice (4). " Et quesignifie maintenant : " Le juste m'instruira avec miséricorde etme reprendra (5) ? " Et ce qui suit, répondez-moi; toutes les ténèbresont-elles rien de plus ténébreux? " Ma prière s'entendraencore au milieu des choses qui les flattent. Ils ont a étéabsorbés contre la pierre, leurs juges (6). " En dépit d'unesi épaisse obscurité, comme si c'était là uncantique ordinaire, le grand nombre passe, sans arrêter. Mais nousne voulons pas insister sur ce reproche, qui vous serait à charge; arrivons à ce que nous dit le psaume. Attention, je vous en prie,car ce. n'est pas sans dessein, j'imagine, que les Pères ont décrétéla lecture de ce psaume tous les soirs, et ce n'est pas parce que l'ony trouve " L'élévation de mes mains est comme le sacrificedu soir; " car cette pensée se rencontre dans d'autres psaumes.Ainsi : " Le soir, le matin et à midi, je raconterai et j'annoncerai." (Ps. LIV, 18.) Et encore : " Le jour vous appartient, et la nuit estaussi à vous. " (Ps. LXXIII, 16.) Et encore : " Les pleurs se répandentle soir, et la joie le matin. " (Ps. XXIX, 6.) Et il ne manque pas de psaumesqui conviennent au soir. Ce n'est donc pas pour cette raison que les Pèresont décidé la récitation de ce psaume ; mais ils l'ontregardé comme un remède salutaire , comme une expiation despéchés ; ils ont voulu que toutes les souillures que nousaurions contractées dans toute la durée du jour, soit surla place publique, soit chez nous, soit ailleurs, en quelque lieu que cefût, nous pussions les laver le soir, par ce cantique spirituel.C'est un remède qui fait disparaître tout cela. Tel est aussile psaume du matin; car rien n'empêche de le rappeler en peu de mots.Ce psaume ranime l'amour de Dieu, réveille notre âme , l'embrased'un feu vif, la remplit de joie et de charité, et nous pouvonsensuite nous approcher de Dieu. Voyons-en les premières paroles,et ce qu'elles nous enseignent: " O Dieu, ô mon Dieu, je veille etj'aspire vers vous, dès que la lumière paraît; monâme a soif de vous. " (Ps. LXII, 1.) Comprenez-vous l'amour brûlantqu'expriment ces paroles-? Or, où se trouve l'amour de Dieu, tousles vices disparaissent; où se trouve le souvenir de Dieu, tousles péchés s'évanouissent, et la méchancetéest anéantie. " Je me suis présenté devant vous ainsidans votre sanctuaire pour contempler votre puissance et votre gloire." (Ps. LXII, 3.) Qu'est-ce à dire, " Ainsi ? " avec ce désir,avec cet amour, afin de voir votre gloire qui, par toute la terre, estvisible. Mais il ne faut pas abandonner ce que nous avons dans nos mains,pour prendre un autre psaume que nous rencontrons sur notre route. Doncnous nous contenterons de renvoyer l'auditeur à ce qui a étédit sur cet autre psaume ; attachons-nous à ce qui fait notre sujetaujourd'hui.

Que nous dit donc aujourd'hui le Psalmiste ? " Seigneur, j'ai criévers vous, exaucez-moi. " Que dis-tu, je t'en prie? C'est parce que tuas crié que tu veux qu'on t'exauce, et voilà le motif quetu donnes pour être exaucé? Donc, ce qu'il faut, c'est unevoix forte et qui s'entende au loin ; mais voilà qui n'est pas raisonnable; car quel est le péché de celui qui a la voix faible, quin'a pas de voix, qui a la langue pesante et embarrassée? N'est-ilpas vrai que Moïse n'avait pas un si bel organe et qu'il étaitécouté plus que tous les autres ? Est-ce que les Juifs nepoussaient pas, plus que tous les autres, de grands cris? Dieu cependantn'écoutait pas leurs prières. Evidemment une voix forte ouune voix grêle, ce sont des avantages ou des infirmités naturels.Or, cela ce fait pas que nous soyions exaucés (252) ou non. Car,il n'y a rien là qui mérite, soit la louange, soit le blâme.On voit un très-grand nombre d'avantages naturels accordésmême à des scélérats : n'était-ce pasun bel homme, et d'une belle figure, et dont les cheveux bouclésrelevaient la beauté, Absalon ? Et encore : N'est-il pas vrai qu'Eliséeavait la tête chauve, au point d'être tourné en ridiculepar les enfants? Eh bien ! la beauté de l'un ne lui a servi àrien; et celui-ci n'a en rien souffert de sa laideur. Et à quoibon parler de voix faible et grêle, et de langue embarrassée,lorsqu'on entendait jusqu'au silence de Moïse, lorsque Anne n'avaitpas besoin de parler ? Dieu disait aux Juifs : " Lorsque vous multiplierezvos prières , je ne vous écouterai point. " (Isaïe,I, 15.) Pourquoi donc le Psalmiste vient-il nous dire ici : " J'ai criévers vous, exaucez-moi. " Il entend par là le cri intérieurd'une âme embrasée, d'un esprit contrit, le cri de Moïse,que Dieu exauçait; car, de même que celui qui pousse des cris,épuise toutes ses forces, de même celui qui pousse les crisde l'âme, y applique toutes les forces de sa pensée.

2. Voilà donc le cri que Dieu nous demande, le cri qui convertitl'âme, ne la laisse jamais inactive, distraite. Il ne manque pasde gens en effet, qui sont présents dans le temple sans aucun doute,mais qui ne poussent vers Dieu aucun cri. Ce sont leurs lèvres quicrient, prononçant le nom de Dieu, qu'elles portent partout, maisla pensée ne soupçonne pas ce que disent les lèvres.Celui dont je parle ne crie pas, quand il ferait, de sa voix le plus grandvacarme ; celui dont je parle ne prie pas le Seigneur, quand mêmeil paraîtrait tout à fait le prier, ce qui ne s'applique pasà Moïse. Il criait et il était exaucé. AussiDieu lui dit : " Pourquoi cries-tu vers moi ? " (Exode, XIV, 15.) Or, cen'étaient pas seulement ses cris, mais son silence même ,qui lui obtenaient ce qu'il désirait, parce qu'il s'étaitmontré digne d'être exaucé par Dieu. Voulez-vous voirencore des pécheurs, soutenant le- cri ardent de leurs prières,criant d'une manière retentissante, et obtenant ce qu'ils désire. Voyez la courtisane, dont le silence est un cri (Luc, VII, 38) ; voyezle publicain ; sa prière a suffi pour le justifier. (Luc, XVIII,13-14.) Le publicain aussi pousse un vrai cri, qui lui fait dire: " Seigneur,j'ai crié vers vous, exaucez-moi ; " et sa prière est faitepour être écoutée.

" Lorsque je pousserai mes cris vers vous. " Voyez encore une autrevertu de la prière ! En effet, il ne demande pas d'être exaucéseulement pour l'ardeur qu'il apporte à sa prière, mais aussiparce que sa prière est digne d'attirer l'attention de ces yeuxqui ne dorment jamais. De quelle nature est cette prière? C'estune prière qui ne souhaite aucun mal aux ennemis; qui ne demandeni richesses, ni opulence, ni puissance, ni gloire, ni rien de périssable,mais, uniquement, ce qui est impérissable, immortel. En effet, ditl'Ecriture " Cherchez le royaume de Dieu, et tout cela vous sera accordépar surcroît. " (Matth. VI, 33.) " Lorsque je pousserai mes crisvers vous." Voyez-vous le zèle enflammé, la ferveur qu'ilnous demande, lorsque nous invoquons le Seigneur? En effet, c'est alorssurtout que le démon nous presse, et nous menace. Comme il saitque nos armes les plus fortes sont let prières; comme il sait que,quels que soient nos péchés, notre bassesse, si nous prionsDieu en appliquant toute notre âme à la prière, sii nous le prions d'une manière conforme à ses commandements,nous pouvons obtenir les plus grands biens, c'est alors que le démons'efforce d'éteindre notre zèle, de distraire nos pensées,afin que nous ne recueillions aucun y fruit de nos prières.

Instruits de ces vérités, fortifions-vous contre l'ennemicommun, n'adressons jamais à Dieu de prières contre nos ennemis,imitons les apôtres. Assaillis de maux innombrables, jetés, en prison, exposés aux plus grands de tous les périls,ils se réfugiaient dans la prière, ils disaient : " Considérezleurs menaces. " (Act. IV, 29.) Et après qu'ajoutaient-ils? Brisez-lesou exterminez-les, langage ordinaire de l'imprécation? Nullement,mais: " Et donnez à vos serviteurs la force d'annoncer votre parole."(Ibid.) Comment et par quels moyens ? En mettant à mort les persécuteurs?en les écrasant? en les exterminant? nullement. Mais comment donc?" En faisant des merveilles et des prodiges, par le nom de votre saintFils Jésus. " (Ibid. 30.) Voyez-vous la parfaite sagesse de la prière,(lui; après tant et de si grands maux, ne demande pas le supplicedes ennemis? Tels se sont montrés les apôtres,. quand ilsétaient pleins de vie; mais maintenant, Etienne, au moment de sevoir arracher la vie présente, non-seulement ne souhaitait aucunmal à ses ennemis; mais, quand on le (253) lapidait. quand on luidonnait la mort, dans ce moment même, il ne pensait, par sa prière,qu'à soustraire ses ennemis à la colère à venir,à la punition de leur péché; il dit : " Ne leur imputezpoint ce péché. " (Act. VI, 59.) Quel pardon mériteront-ilsdonc, que diront-ils pour se défendre, ceux qui souhaitent du malà leurs ennemis dans leurs prières? et le moyen que Dieuexauce des prières qui violent ses lois ? Donc, ne tenons jamaisde pareils discours; il ne suffit pas de ne pas prier contre ses ennemis,il faut encore éteindre sa colère contre eux, et voilàpourquoi l'Apôtre dit: " Je veux que les hommes prient en tous lieux,levant des mains pures, sans colère, et sans contention (I Tim.II, 8) ; " c'est-à-dire, quoique vous ayez un ennemi qui vous poursuive,éteignez votre colère, avant de vous approcher du Seigneur;et, non-seulement gardez-vous, dans votre prière, de rien dire contrelui, mais encore purifiez votre âme du poison qui la souille. Sitelle est votre prière, si vous invoquez Dieu avec un zèleardent, vous n'aurez pas fini votre prière, que vous serez exaucé.C'est ce que demande le Psalmiste par ces paroles : " Ecoutez ma voix,lorsque je pousserai mes cris vers vous. " Par là, en effet, ilrappelle la promesse de Dieu même : " Vous parlerez encore, et jevous dirai : me voici. " (Isaïe, LVIII, 9.) " Que ma prières'élève vers vous, comme la fumée de l'encens en votreprésence (2). " Autre texte : " Que ma prière se présentecomme l'encens, en votre présence; " autre texte : " Se dispose." " L'élévation de mes mains est le sacrifice du soir; "autre texte: " Est le don du soir; " autre texte : " L'oblation du soir."

Que veut nous enseigner le Prophète, en nous parlant du sacrificedu soir? C'est qu'il y avait autrefois deux autels, l'un d'airain, l'autred'or; le premier était public, recevant les offrandes de presquetout le peuple; l'autre était situé dans le sanctuaire, etderrière le voile. Et, pour être plus clair, nous essayeronsde tout reprendre dès le commencement. Les Juifs avaient autrefoisun temple, long de quarante coudées, large de vingt; dans cettelongueur, il y avait dix coudées, derrière le voile, d'interceptées,et ce qui était intercepté s'appelait le saint des saints.Ce qui était au dehors s'appelait simplement le saint. Et maintenanttout était resplendissant d'or dans le saint des saints.

3. Quelques-uns ont prétendu qu'en dehors du saint des saintsles poutres aussi avaient des clous d'or. Le grand prêtre seul entraitdans le saint des saints, une seule fois dans l'année; là,se trouvait l'arche avec les chérubins; là aussi se trouvaitl'autel d'or, où s'offrait l'encens, et qui servait uniquement ausacrifice. Ce sacrifice ne s'accomplissait qu'une fois l'an. C'étaitdonc, dans le temple extérieur, que se voyait l'autel d'airain,sur lequel chaque soir s'offrait l'agneau que l'on brûlait; c'estce qui s'appelait le sacrifice du soir. Car il y avait de plus un sacrificedu matin, et, deux fois par jour, il fallait allumer l’autel; sans compterles autres offrandes apportées par, le peuple; car il étaitprescrit. par la loi, et ordonné aux prêtres, de prendre,sur ce qui leur appartenait, en l'absence de toute autre offrande, unefois le matin, et une fois le soir, un agneau, que l'on sacrifiait et quel'on brûlait. Et cela s'appelait le sacrifice du matin, le sacrificedu soir. Or, Dieu avait prescrit ces sacrifices, pour montrer qu'il fauttoujours l'honorer, et quand le jour commence, et quand le jour finit.

Ce sacrifice était donc toujours accueilli, ce genre d'offrandesn'était jamais refusé. Quant à ce qui s'offrait pourles péchés, tantôt le sacrifice était accueilli,tantôt il ne l'était pas, selon que ceux qui le présentaient,se distinguaient par leurs vertus ou par leurs vices. Quant aux sacrificesofferts, non pour obtenir la rémission des péchés,mais parce qu'ils étaient ordonnés par la loi, prescritspour le culte, ils étaient absolument accueillis. Le Psalmiste demandedonc que sa prière ressemble à ce sacrifice que ne souillaienten aucune manière les péchés de celui (lui l'offrait;il demande que sa prière ressemble à la sainteté,à la pureté de l'encens, et sa demande nous enseigne quenos prières doivent être pures, et d'une odeur agréable.Telle est, en effet, l'odeur de la justice; le péché au contrairea une odeur fétide, dont le Prophète veut parler dans unautre endroit, disant : " Mes iniquités se sont élevéessur ma tête, et elles se sont appesanties sur moi, comme un fardeauinsupportable; mes plaies ont été remplies de pourritureet de corruption. " (Ps. XXXVII, 5, 6.) L'encens est bon de soi et odoriférant, mais pour qu'il développe sa bonne odeur, il faut qu'il soit brûlé;de même la prière est bonne de soi, mais elle est meilleure,et d'une odeur plus suave , quand (254) elle sort d'une âme ardente,que la ferveur anime; quand l'âme est un encensoir, où s'allumeun feu dévorant. En effet, on ne mettait pas l'encens avant qu'ily eût du feu dans le réchaud, avant que les charbons fussentallumés. Faites de même dans votre âme; embrasez-lad'abord par le désir, avant d'y mettre la prière. Le Psalmisteprie donc, afin que sa . prière ressemble à l'encens, quel'élévation de ses mains soit comme le sacrifice du soir;car et l'encens et le sacrifice sont accueillis. Comment? à quellesconditions? Si, des deux côtés, tout est pur; si, des deuxcôtés, il n'y a ni sujet de reproche, ni vice; si la langueet la main ne craignent aucun jugement; si les mains ne sont souilléesni par l'avarice, ni par la rapine; si la langue n'est pas chargéede mauvaises paroles, de même que l'encensoir doit être pur,ne rien porter que le feu et l'encens, de même la langue ne doitproférer aucune parole impure; elle ne doit exprimer que la sainteté,la bénédiction; et les mains à leur tour doivent êtrecomme l'encensoir. Que votre bouché soit donc un encensoir, et gardez-vousde l'emplir de ce qui pourrait la souiller. Ceux qui souillent leur bouche;ce sont les hommes qui font entendre des paroles honteuses, impures. Maintenant,pourquoi ne dit-il pas : le sacrifice du matin, mais : " Le " sacrificedu soir? " A mon avis, l'expression est indifférente. S'il avaitdit : le sacrifice du matin, ces personnes, qui n'ont rien de mieux àfaire, auraient demandé pourquoi ne dit-il pas: comme le sacrificedu soir. Mais maintenant, si l'on ne vent pas y mettre une curiositéindiscrète, on peut se contenter de la réflexion que voici: le sacrifice du matin attend le sacrifice du soir; au contraire, le sacrificedu soir est le complément du sacrifice; le culte du jour a reçuson couronnement; tout est achevé. Mais que signifie maintenantl'élévation des mains dans la prière? c'est que tantde crimes, tant de coups donnés, de meurtres; de déprédations,d'oeuvres que l'avarice opère, et que produit la convoitise, s'accomplissentpar le ministère des mains; et, si l'on nous ordonne de les. tendredans la prière, c'est pour que cette fonction des matas soit commeun lien qui enchaîne l'iniquité, comme une expiation qui purifiede tout crime; c'est afin qu'au moment de pratiquer la rapine, de vousjeter sur le bien d'autrui, de frapper le prochain, la pensée qu'unjour vous élèverez vers Dieu ces mains pour vous défendre;la pensée qu'elles vous serviront à offrir ce sacrifice spirituel,vous empêche de les déshonorer., de les rendre auprèsde Dieu impuissantes, parce qu'elles auront servi à des œuvres coupables.Purifiez-les donc par l'aumône, par la clémence; employez-lesà secourir l'indigent, avant de les tendre à Dieu, dans laprière. Si vous les lavez avant la prière, à bienplus forte raison convient-il que vous ne les souilliez pas par le péché.Si vous craignez ce qui à moins de gravité, redoutez ce quien a davantage. Il n'est pas absolument contraire à la raison defaire sa prière avec des mains que l'eau n'a pas purifiées; mais les offrir à Dieu, souillées de péchéssans nombre, voilà ce qui attire une, colère terrible.

4. Ces mêmes conseils, suivons-les aussi pour ce qui concerneet notre bouche et notre langue; que la corruption n'y trouve aucun accès,si nous voulons les employer à la prière. Une personne quipossède un vase d'or, ne s'en servira jamais pour un vil usage,parce que la matière est trop précieuse : à bien plusforte raison nos bouches, incomparablement plus précieuses que l'oret les perles, ne doivent pas être souillées de paroles honteuses,impudiques, de médisances, d'outrages ; ce n'est pas sur un auteld'airain ou d'or que vous offrez votre encens, mais dans un sanctuaireplus précieux, dans le temple spirituel. D'un côté,est une matière inanimée; en vous, c'est Dieu qui réside,et vous êtes un membre du Christ, et son corps. " Mettez, Seigneur;une garde à ma bouche (3). " Il a prié le Seigneur, lui demandantd'être exaucé; lui demandant d'accepter sa prière;voyez maintenant le premier désir qu'il exprime, la supplicationqu'il fait entendre. En effet, il ne dit pas: accordez-moi la fortune;accordez-moi les honneurs que les . hommes recherchent ; accordez-moi lavictoire sur mes ennemis; accordez-moi des enfants; rien de pareil. Ilne s'abaisse pas à tout cela; il ne demande à Dieu que desprésents dignes de lui. Eh quoi ? ne peut-on pas demander àDieu des biens sensibles? Assurément il est permis de les demander,mais avec la modération qui règle ces paroles de Job: " Sile Seigneur me donne du pain pour me nourrir, et des vêtements pourme vêtir. " (Gent. XXVIII, 20.) C'est ainsi que le Christ nous aordonné de prier, et de prononcer ces paroles: " Donnez-nous aujourd'huinotre pain (255) quotidien. " (Math. VI, 11.) Avant tout, ce qu'il fautdemander, ce sont les biens spirituels; et c'est ce que fait le Psalmisteen disant : " Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche. "

Comprenez-vous cette prudence ? comprenez-vous cette sagesse? la prièrequ'il fait tout d'abord ? Il demande la première de toutes les vertus,sans laquelle on tombe dans tous les finaux, avec laquelle on s'assuretous les biens. Il faut compter par milliers les maux qu'enfante la pétulancede la langue, et, de même, les biens que procure la circonspection.De même donc que c'est en vain que l'on possède maisons, villes,murailles, ouvertures, portes, si l'on n'a pas aussi des gardiens qui sachentles fermer, et les ouvrir quand il faut ; ainsi, ni la bouche ni la languene sont d'aucune utilité, sans la raison qui sait avec quel soin,avec quelle circonspection il faut fermer et ouvrir, ce qu'il faut laissersortir, ce qu'il faut garder. " Il en est moins, " dit l'Ecriture, " quisont morts par le glaive que par la langue. " (Ecclési. XXVIII,22.) Et maintenant le Christ : " Ce n'est pas ce qui entre dans la bouche,qui souille l'homme, mais ce qui en sort. " (Matth. XV, 11.) Et un autre:" Mettez une porte et un verrou à votre bouche. " (Eccl. XXVIII,28.) Mais le sage, qui connaît, ici, toute la difficulté,a recours aux prières, et c'est Dieu qu'il appelle à sonsecours. Il fait mieux, il indique lui-même la difficulté,par ces paroles: " Qui donnera à mes lèvres un cachet quiles ferme ? " (Eccl. XXII, 33.) C'est qu'il faut, d'une part, contribuerde ce qui est en nous, voilà pourquoi il nous donne comme un précepte:" Mettez une porte et un verrou ; " il faut, d'autre part, invoquer lesecours de Dieu, pour que notre zèle vienne à la pratique.Donc, ne nous lassons pas de garder notre bouche; 'servons-nous de la raison,comme d'une clef, non pas pour la tenir toujours fermée, mais pourne l'ouvrir qu'au temps, convenable. Parfois en effet, le silence est plusutile que la parole, de même que la parole est plus utile que lesilence; et aussi le sage disait : " Le temps de se taire, et le tempsde parler. " (Eccl. III, 9.) — En effet, si les bouches devaient toujours'être ouvertes, il n'y aurait pas de portes; si elles devaient toujoursêtre fermées, il n'y aurait pas besoin de gardes. A quoi bongarder ce qui est fermé ? Mais, s'il y a des portes et des gardes,c'est pour que nous fassions chaque chose en temps convenable. Maintenantun autre texte dit: " Faites un fléau de balance et un bassin pourvotre langue. " (Eccl. XXVIII, 29), demandant par là une attentionplus scrupuleuse; il ne suffit pas de faire entendre les paroles nécessaires,il faut de plus les produire avec circonspection, avec une réflexionattentive, les peser, pour ainsi dire, avec lu plus grand soin. Ce quenous faisons pour l'or, pour une matière périssable, faisons-lebien plus encore pour les paroles, de manière qu'il n'y ait riende moins, rien de trop. De là ce que dit le sage : " Ne retenezpas la parole dans le temps salutaire. " (Eccl. IV, 28). Voyez-vous qu'ily a un temps où il convient que la parole sorte; un autre texte,indiquant le moment du silence, dit: " S'il faut parler , répondez,sinon que votre main soit sur votre bouche. " (Ibid. V, 14.) Et encore:" Celui qui abonde en paroles, sera détesté (Ibid. XX, 8); " et encore : " Mieux vaut l'homme qui cache sa sottise, que l'hommequi cache sa sagesse. " (Ibid. XX, 33.) Avez-vous entendu des paroles?" qu'elles meurent en vous, rassurez-vous, elles ne vous feront pas éclater." (Ibid. XIX, 10.) Autre texte: " Pressé par la parole, l'insenséaccouchera, comme pressée par l'enfant, celle qui enfante. " (Ibid.XIX, 11.) Ensuite, parlant de la mesure : " Parle, jeune homme , s'il tefaut parler, au plus deux fois; si l'on t'interroge, résume en peude mots beaucoup de choses. " (Ibid. XXXII, 10, 11.) Il faut beaucoup d'attention.pour manier la langue avec circonspection et sécurité. Aussi,le sage dit encore: " Il y a des réprimandes qui ne sont pas àpropos, et il y a un silence qui est de la sagesse. " (Ibid. XIX, 28 ;XX, 5.) Car il lie suffit pas de se taire, ni de parler à propos;il faut encore y joindre beaucoup de grâce. De là, ce quedisait Paul : " Que toutes vos paroles soient toujours accompagnéesde grâce et assaisonnées du sel de la sagesse, en sorte quevous sachiez comment vous devez répondre à chacun. " (Colos.IV, 6.)

Pensez que c'est l'organe qui nous sert à nous entretenir avecDieu, à célébrer ses louanges; par cet organe, nousrecevons la victime redoutable. Les fidèles comprennent nos paroles;voilà pourquoi il convient que la langue soit pure de toute accusation,de toute parole mauvaise, honteuse, calomniatrice; si quelque penséeimpure nous agite, avec violence , étouffons-la au dedans de nous-mêmes,ne souffrons pas qu'elle se produise en (256) paroles. Si l'impatience,qui n'est qu'une faiblesse de l'âme, vous expose à quelquefâcheux éclat, il faut dessécher cette racine, tenirla porte bien fermée, la garder avec soin ; il ne faut pas laissernaître les pensées mauvaises; si elles naissent, il les fautétouffer à l'intérieur, il en faut dessécherla racine.

5. Cette garde, Job sut la faire; aussi ne proféra-t-il aucuneparole mal sonnante. Le plus souvent il gardait le silence, et, quand illui fut nécessaire de parler avec sa femme, il fit entendre lesparoles de la sagesse. Car, la seule raison de parler, c'est que les parolessont plus utiles que le silence. Voilà pourquoi le Christ aussidisait : " Les hommes rendront compte au jour du jugement de toute paroleinutile (Math. XII, 36) ; " et Paul : " Que des paroles impures ne sortentpas de votre bouche. " (Ephés. IV, 29.) Et maintenant, le moyende faire bonne garde à la porte, de n'avoir rien à se reprocher? écoutez un autre texte : " Que toute explication, donnéepar vous, soit selon la loi du Très-Haut. " (Eccl. IX, 23:) Car,si vous avez pour habitude de ne faire entendre aucune parole inutile;si votre pensée et votre bouche se retranchent toujours clans lesrécits de la sainte Écriture, ce sera pour vous une gardeplus solide que le diamant. De la bouche, partent un grand nombre de cheminsqui conduisent à la mort : telles sont les paroles honteuses, lesbasses plaisanteries, les discours de la vaine gloire, de la jactance,et de l'orgueil. Ainsi le Pharisien, pour n'avoir pas fermé la portede sa bouche, perdit, par quelques paroles, tout ce qu'il avait chez lui.Il était comme un homme dont la maison n'a pas de porte : il y avaitun trésor à l'intérieur,. il n'a pas su le garder,et tout à coup il est devenu pauvre. Considérez encore iciun autre orgueilleux, qui s'est perdu de même, par des paroles superbes.C'est celui qui disait. " Au-dessus des astres du ciel, j'établiraimon trône. " (Is. XIV,13.) Et maintenant les Juifs, pour s'êtreréjouis des maux du prochain, s'entendent appliquer ces,paroles" Parce que tu as dit, c'est bien , Israël est devenu comme les autresnations. " Et maintenant ils sont couverts d'opprobre; ce qui fait qu'ilsmurmurent, et disent: " Tous ceux qui font le mal, passent pour bons auxyeux du Seigneur, et ils lui sont agréables; et nous, nous regardonsles étrangers comme heureux; et voici que l'on rétablit ceuxqui font les crimes. Ne les voyez-vous pas inscrits dans le livre? " (Mal.II, 17 ; III, 15.) D'autres se perdent pour leurs murmures, comme dit Paul: " Ne murmurons point, comme murmurèrent quelques-uns, qui ontété frappés de mort par l'ange exterminateur. " (ICor. X, 10.) Et quand donc murmurèrent-ils ? quand ils disaient:" Vous nous avez amenés ici, pour nous faire mourir dans la solitude,comme s'il n'y avait pas de sépulcres dans l'Égypte. " (Exod.XIV, 11.) D'autres, par les. frivoles plaisirs, comme dit l'Écriture: " Ils ont mangé, et ils ont bu, et ils se sont levés ensuitepour jouer. " (Exod. XXXII , 6.) D'autre, par leurs paroles de malédiction" Car quiconque dit à son frère, insensé, mériterad'être condamné par le jugement " (Math. V, 22) ; " et d'autresencore, en bien plus grand nombre, par d'autres péchés, onttrouvé la mort; ils n'avaient pas mis une garde à leurs lèvres.

Et maintenant voulez-vous la preuve que quelques-uns sont morts pouravoir gardé un silence intempestif ? la voici : " Si vous n'avertissezpas le peuple, il mourra dans son péché, mais je vous redemanderaison sang. " (Ezéch. III, 20.) Un autre se perd parce que, sans aucunecirconspection, il parle et révèle les secrets qui lui sontconfiés : "Gardez-vous," dit le texte, " de donner les choses saintesaux chiens, et ne jetez point vos perles devant les pourceaux. " (Math.VII, 6.) Un autre se perd par le rire; de là ces paroles : " Malheurà vous qui riez, parce que vous pleurerez ! " (Luc, VI, 25.) Voyez-vous,comme la bouche vous perd? voyez maintenant comment elle sauve, par desparoles contraires. Vous avez vu le pharisien perdu par sa bouche, voyezle publicain sauvé par sa bouche. Vous avez vu le châtimentdu barbare orgueilleux et plein de jactance. Voyez l'homme juste, qui parleavec mesure et qui dit: " Je ne suis que poudre et que cendre (Gen. XVIII,27) ; " vous avez vu l'homme qui se réjouit du mal d'autrui, repriset puni, voyez celui qui compatit, sauvé. En effet, dit l'Écriture," Mettez un signe sur le visage des hommes qui pleurent et qui gémissent." (Ezéch. IX, 4.) Voilà pourquoi Paul aussi disait : " Seréjouir avec ceux qui se réjouissent, et pleurer avec ceuxqui pleurent. " (Rom. XII, 15.) Si vous ne pouvez , faire plus, dit-il,vous n'apporterez pas une faible consolation à l'affligé,en vous affligeant (257) avec lui. Vous avez vu le rieur, livréaux gémissements , voyez maintenant celui qui pleure, consolé.En effet, " bienheureux ceux qui pleurent, " dit le Sauveur, " parce qu'ilsa seront consolés ! " (Matth. V, 5.) Vous avez vu que ceux qui murmurentsont punis, voyez maintenant comment ceux qui rendent dos actions de grâcessont sauvés : " Vous êtes béni, Seigneur, et il fautlouer votre nom, parce que votre justice s'est montrée dans toutce que vous nous avez fait. " (Dan. III, 26, 27.) Et un peu plus bas :" Toutes les choses que vous avez montrées parmi nous, vous lesavez faites avec sagesse. " (Ibid. 28.) Ces Juifs disaient : " Tous ceuxqui font le mal , passent pour bons aux yeux du Seigneur; " au contraire,ceux-ci répétaient : " Vos yeux sont purs, pour ne pointsouffrir le mal. " (Habac. I, 13.) Ces Juifs trouvaient les étrangersheureux, parce que ceux qui font les crimes sont rétablis, disaient-ils; le Psalmiste, au contraire , proclame le bonheur de ceux à quiDieu accorde son secours : " Heureux, " dit-il, " le peuple qui a le Seigneurpour son Dieu (Ps. CXLIII, 15) ; et encore : " Gardez-vous de porter envieaux méchants et n'ayez point de jalousie contre ceux qui commettentl'iniquité. " (Ps. XXXVI, 4.) Avez-vous vu les saints, donnant auxautres de bons conseils, et demeurant eux-mêmes inébranlablesau milieu des tentations ? Ecoutez Jacob : " Si Dieu me donne du pain pourme nourrir et un vêtement pour me vêtir (Gen. XXVIII, 20);" et Abraham : " Je ne recevrai rien de vous, depuis un fil jusqu'àun cordon de soulier. " (Gen. XIV, 23.) Or, quand il voyait son épousemenacée d'un outrage, et quand il souffrait de la famine, il nefit entendre aucune parole déplacée. Et, quand son fils luidit : " Mon père, voici le bois et le feu, où est donc labrebis (Gen. XXII , 7) ? " voyez la douceur et la sagesse de la réponse: " Dieu verra la brebis qu'il lui faut, mon fils. " Ni la nature, ni lapitié ne troublent le langage qu'il tient à son fils dansce tête-à-tête, où ils étaient seul àseul ; et cela, quand tout conspirait à rendre plus violent en luil'amour paternel. Et qu'on ne dise pas, que c'est la crainte des autresqui a retenu ses larmes; loin de tout témoin, seul, il montre lasolide vigueur de la sagesse.

6. Vous avez vu ceux à qui leurs rires ont attiré deschâtiments , voyez maintenant ceux que leurs pleurs et leurs jeûnesont sauvés, pensez aux Ninivites. (Jon. III.) Vous avez vu ceuxqui, par leurs malédictions, se sont attiré des supplices.Considérez ceux qui, pour leurs paroles de bénédiction,ont reçu des récompenses : " Celui qui te bénit estbéni et qui te maudit est maudit. " (Nombr. XXIV, 9.) " Bénissezceux qui vous persécutent; priez pour ceux qui vous outragent, afinque vous soyez semblables à votre Père qui est dans les cieux." (Matth. V, 41, 45.) Comprenez-vous bien qu'il ne faut être ni toujoursfermé, ni ouvert pour toutes choses, mais savoir distinguer lestemps? Voilà pourquoi le Psalmiste dit : " Mettez, Seigneur, unegarde à ma bouche et à mes lèvres , une porte quiles ferme exactement. " Maintenant, quelle sera cette garde, sinon la penséeredoutable qui montre le feu réservé à ceux dont labouche est indiscrète. Placez à votre porte le gardien armédes menaces de la conscience, jamais il n'ouvrira cette porte àcontre-temps, il saura toujours l'ouvrir à propos pour votre utilité,pour vous assurer des biens innombrables. De là, ce que dit un sage: " Ayez toujours présente à la pensée votre fin dernièreet vous ne pécherez jamais. " (Eccl. VII, 40.) Voyez-vous commeici encore c'est la même pensée? Pour moi, je la fais plusterrible encore, en conseillant d'envisager non-seulement la mort, triaisencore ce qui suit la mort. Qu'il en soit ainsi et aucune souillure nenaîtra dans l'âme.

Après le Psalmiste, écoutez celui qui, à son tour,nous dit : " De toutes paroles oiseuses, tu rendras compte au jour du jugement."(Matth. XII, 36.) Considérez encore que c'est par là quela mort est entrée dans le monde. Si en effet, la femme n'avaitpas eu d'entretien avec le serpent; si elle n'avait pas accueilli ses paroles,il ne lui aurait fait aucun mal, elle n'aurait pas donné le fruità son mari, celui-ci ne l'aurait pas mangé. Ce que je dis,ce n'est pas pour accuser la bouche ni la langue ; loin de moi cette intention,mais ce qu'il faut accuser, c'est l'abus, et l'abus vient du relâchementde la pensée. Il y a encore une autre voie de perdition dans labouche , je parle des baisers honteux, impurs, ou de ceux que donnent laperfidie et la trahison. Mettez aussi une garde pour les prévenir:tel était le baiser de Judas, baiser perfide. Ce n'est pas làce que Paul recommande, lorsqu'il prescrit aux frères de se donnerle baiser mutuel : " Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser." (258) (II Cor. XIII, 12.) Tel n'était pas non plus le baiser deDavid à Jonathas, saint et chaste baiser, plein d'une affectionsincère (I Rois, XX, 41) ; saints baisers encore, ceux qui tombèrentsur le cou de Paul, lorsque tes frères, se jetant sur lui, le traitaient.(Act. XX, 37.) Voilà pourquoi le Psalmiste dit : " Mettez, Seigneur,une garde à ma bouche et une porte; " et il ne se contente pas dedire " une porte, " mais : " Une porte qui la ferme exactement, " ajoute-t-il,qui soit une muraille pour la contenir et la fortifier. Ce n'est pas tout,il y a encore un autre genre de perdition par la langue, lorsque l'on dit: pourquoi ceci? dans quel but cela ? Voilà pourquoi Paul, réprimandantceux qui tiennent. ce langage irréfléchi : " En vérité," dit-il, " ô homme, qui êtes-vous pour contester avec Dieu? " (Rom. IX, 20.) Mais il ne suffit pas de mettre une garde à labouche, c'est à la pensée qu'il en faut mettre une, avantde garder la bouche ; aussi un sage a-t-il dit : " Qui donnera des vergesà ma pensée, pour fustiger mon ignorance ? " (Eccl. XXIII,2.) Et le Christ de son côté supprime au dedans de nous lespensées mauvaises, en disant : " Quiconque aura regardé unefemme avec un mauvais désir, a déjà commis l'adultère." ( Matth. V, 28.) Voyez-vous comme il ne laisse pas aux passions le tempsde germer; comme il supprime, dès la racine, et la concupiscenceet la colère? " Quiconque, " dit-il, "se mettra en colère;contre son frère, méritera d'être condamné aufeu de l'enfer. " (Ibid. 22.) Ce n'est pas non plus un faible garant desécurité, que d'être sobre de paroles; de là,ce que dit l’Ecriture : " La multitude des paroles ne sera point exemptede péché, mais celui qui est modéré dans sesdiscours, est très-prudent; ne portez point mon coeur à desparoles de malice, pour chercher des excuses à mes péchés(4). " Un autre texte: " Ne troublez point mon coeur par des discours mauvais,de manière qu'il conçoive des pensées criminelles." Pourquoi l'ordre naturel est-il interverti ? Pourquoi parle-t il de labouche d'abord avant de parler de la pensée? Ce n'est pas au hasardni airs dessein qu'il procède ainsi. En effet, lorsque des prisonniersveulent s'enfuir, ceux qui sont chargés de les garder commencentpar s’emparer des portes de la prison. C'est là, pour tous les geôliers,les premier soin ; une fois cette précaution prise, le reste estfacile. De même ici le Psalmiste fait chaque chose en son temps,et les conseils qu'il donne reviennent à ceci : Que les portes soientcloses et l'on aura bit,n vite raison des mauvaises pensées. Voilàpourquoi, dès le principe, il ne leur permet pas d'entrer venantdu dehors; puis il arrache la mauvaise racine en disant: " Ne portez pointmon cœur à des paroles de malice. " Ce n'est pas que Dieu y portele coeur, loin de nous cette pensée; mais ce qu'il dit doit s'entendreainsi : Ne souffrez point que mon coeur se porte, ne souffrez point qu'ilse détourne vers de mauvaises pensées.

C'est là, en effet, qu'est la source de la vertu ou de la corruption,dans le coeur. Quelles sont les paroles de malice? nombreuses et diverses;il y a les paroles perfides, celles qui accusent Dieu, celles qui détournentde la vertu, celles qui recherchent le vice, celles qui développentdes doctrines funestes, qui racontent les moeurs coupables et que l'onécoute avec plaisir. Ces paroles et les autres du même genresont les paroles de malice; et comme il y a les pensées et les discoursde malice, de même il y a les paroles de vie. Voilà pourquoiles disciples disaient au Christ : " Vous avez les paroles de la vie éternelle,à qui irons-nous? " (Jean, VI, 69.) Or, les paroles de vie sontcelles qui donnent la vie ; on les appelle aussi les paroles du salut,parce qu'elles procurent le salut. De là, ce que dit un sage : "N'empêchez pas le discours dans !e temps du salut. " (Eccl. IV, 28.)Les paroles de malice, sont, en outre, tes paroles qui font des perversde ceux qui les prononcent.

7. Il y a un air pestilentiel et qui engendre les maladies; il y a demême des paroles funestes. Le mal que cet air fait au corps, cesparoles le font à l'âme qui les reçoit. Le Psalmisteadresse donc à Dieu cette prière par les paroles qu'il ajoute,comme nous l'avons vu : ne souffrez pas que mon cœur accueille des parolesde ce genre; ne permettez pas qu'il se. porte vers ces discours. Voyez-vousbien comme il montre ici la liberté propre à notre, âme,l'innocence propre à notre nature? elle n'a pas le vice en elle,mais c'est par négligence qu'elle incline au vice et l'accueille." Pour chercher des excuses à mes péchés. " Voilàla grande route de la perdition, quand, l'âme pécheresse,bannissant la crainte, s'ingénie à trouver des excuses etdes prétextes pour couvrir sa lâcheté ; c'est ce quiarrive quand un homme a commis un adultère et (259) qu'un autrel'engage à secouer les remords, et lui dit : est-ce ta faute? lafaute, c'est à l'amour. C'est un malheur assurément que lepéché, mais ce qui rend ce malheur plus terrible, c'est,après avoir commis le péché, de dire qu'il n'y a pasde péché. Voilà les armes les plus efficaces du démon; c'est ce qui est arrivé à nos premiers parents : Adam auraitdû avouer son péché ; il le rejeta sur Eve ; Eve s'enprit au démon. (Gen. III.) Il fallait dire : nous avons péché;nous avons enfreint la loi; ces malheureux non-seulement n'avouent pas,mais encore ils composent une défense. Le démon savait bienque la confession du péché était l'affranchissement.du péché, et il leur persuada de payer d'impudence. Eh bien!toi, mon bien-aimé, quand tu auras péché, dis : j'aipéché. Rien de plus légitime que cette manièrede se défendre; par là, tu te rends Dieu propice ; par là,tu obtiens encore de retomber moins vite dans les mêmes fautes. Situ cherches, au contraire, de vains prétextes pour affranchir tonâme de ses craintes, tu ne fais que lui ménager une rechuteplus facile dans les mêmes liens du péché, et tu irritesla colère de Dieu. Est-il un pécheur qui ne trouve, pourses fautes, une excuse effrontée? le meurtrier s'en prend àla colère; le voleur, à la pauvreté ; l'adultère,à l'amour, set un autre, au pouvoir qui l'aurait contraint. Excusesinsensées, raisonnements sans raison. Ces choses, ne font pas lespéchés ; les seules causes des péchés ce sontles âmes des pécheurs. Et la preuve, je l'emprunte aux conséquencesqui résultent nécessairement, de la disposition des âmes.Voici un homme, dont la vie se passe dans la pauvreté ; il a desdésirs, il est soumis aux nécessités de la nature,et cependant il s'abstient du péché ; quelle excuse les autresallégueront-ils encore ? Voilà pourquoi le sage dit si bien: " Qui donnera des verges à ma pensée, pour fustiger monignorance ? " (Eccl. XXIII, 2.) Voyez David; il ne s'excuse pas aprèsson péché ; il dit: " J'ai péché envers leSeigneur. " (II Rois, III, 13.) Or il aurait pu dire : pourquoi cette femmeétait-elle nue ? pourquoi se baignait elle devant moi ? mais ilsavait bien que ce sont là de frivoles excuses, qu'il n'y a làaucune raison ; aussi arrive-t-il à la seule excuse possible, ildit : " J'ai péché. " Saül ne fit pas de même;quand on le réprimandait au sujet de la femme ventriloque, il disait: " Je suis réduit à l'extrémité, les étrangersme font la guerre. " (I Rois, XXVIII, 15.) Aussi le supplice de Saülfut terrible. Il aurait dû dire : j'ai péché, j'aidésobéi à la loi ; ce n'est pas là ce qu'ildit. Mais il allait, venait, cherchant des excuses insensées, "Comme les hommes qui commettent l'iniquité. " Le Psalmiste ajouteces paroles, pour montrer que c’est là ce qui les distingue, lesexcuses impudentes; et voilà pourquoi David conseille, avec autantd'assiduité qu'il recommande la vertu, de fuir les réunionsde ces hommes. Et, de tout le livre des psaumes, la première paroleest pour dire : " Heureux l'homme qui ne s'est point laissé allerà suivre le conseil des impies, qui ne s'est point arrêtédans la voie des pécheurs, qui ne s'est point assis dans la chairede ceux qui sont corrompus ! " (Ps. I, 1.) Et voilà pourquoi vousle trouverez lui-même confessant toujours ses péchés.

Ainsi, après avoir fait le dénombrement du peuple, ildisait : "C'est moi qui ai péché, " c'est moi qui suis lepasteur , et qui suis " coupable. " (II Rois, XXIV, 7.) Il ne dit pas quelmal ai je fait en dénombrant le peuple? mais il se condamne lui-même,et il obtient le pardon pour tout le peuple, En effet, rien ne nous rendDieu plus propice que la confession des péchés, et nous laferons toujours si nous fuyons la société de ceux qui affranchissentde toute crainte les consciences coupables et les jettent dans le relâchement.Voilà pourquoi Paul et Jérémie reviennent souventsur ce sujet, et tous les deux nous donnent le conseil de fuir !a sociétédes méchants, et de; ceux qui négligent la vertu. Job aussimet cette conduite au rang des vertus : " Si j'ai marché, " dit-il," avec ceux qui pratiquent la dérision. " (Job, XXXl, 5.) Pour lePsalmiste, il montre de plus, qu'il ne s'est pas même assis au milieud'eux : " Je ne me suis point assis dans l'assemblée de ceux quiplaisantent. " Voilà pourquoi Paul à son tour ne veut pasque l'on prenne ses repas avec les méchants et défend toutcommerce avec eux: " Si quelqu'un n'obéit pas à ce que nousordonnons par notre lettre, notez-le et n'ayez point de commerce avec lui." (II Thess. III, 14.)

" Pour moi, je ne communiquerai pas avec les meilleurs d'entre eux." Un autre texte " Je ne veux pas manger de leurs mets agréables; " un autre texte : " Je ne veux pas prendre ma part de leurs délices." Dans ce (260) passage le Psalmiste donne le même conseil que l'Apôtre: il recommande de fuir les délices, les banquets de ces méchants;c'est là surtout que le péché s'aggrave; c'est làque s'accroît la licence.

8. Ce n'est has une faible marque de la vertu, ce n'est pas un médiocremoyen de correction que de fuir les banquets de ce genre , de pareillesassemblées, de ne pas tenir à de pareilles amitiés,de ne pas se faire l'esclave de son ventre, au risque de briser le nerfde l'âme , de frapper d'engourdissement le ressort de la sagesse.C'est pour avoir ménagé l'amitié , qu'un grand nombres'engloutissent dans les flots de l'ivresse, qu'un grand nombre se laissentprendre à la fornication , s'embrasent du feu des voluptés,conséquences funestes des banquets et des théâtres,où pullule l'iniquité. Le Psalmiste montre aussi qu'il n'apas voulu s'asseoir à ces tables impures: " Que le juste me reprenneet me corrige avec charité, mais que l'huile du pécheur negraisse point ma tête (5)." Autre texte: " Que le juste me plaignedans sa miséricorde et me reprenne." Ajoutez encore cette dispositionà la première; ce n'est pas une petite vertu que de savoiraccepter les réprimandes adressées par les hommes justes.Or, ce que dit le Psalmiste, revient à ceci: il en est qui parlentpour vous faire plaisir, et qui vous perdent: je ne veux jamais me trouverdans leurs assemblées; mais ceux dont la sévéritévous corrige , vous découvre vos fautes , vous reprend , voilàceux que je veux choisir. Et en effet, la plus grande marque de la miséricordeet de l'affection, c'est de guérir les blessures: " Mais que l'huiledu pécheur ne graisse point ma tête. " Voyez-vous quelle âmeaffermie dans la vertu ? Elle supporte avec plaisir les réprimandesdes hommes justes , mais elle repousse les flatteries de ceux qui transgressentla loi. Pourquoi? c'est que souvent la compassion même de ces hommesest mortelle ; les autres, par la véhémence de leurs réprimandeset de leurs reproches, vous corrigent, et, au blâme qu'ils vous adressent,se joint la compassion; la compassion des autres, au contraire, c'est lamort. Voilà pourquoi un sage a dit: " Les blessures faites par lesamis valent mieux que les baisers offerts par les ennemis. " (Prov. XXVII,6.) Considérez maintenant ce que signifie cette parole de l'Apôtre: " Reprenez , gourmandez, exhortez. " (II Tim. IV, 2.) Telle est en effet,la réprimande des saints. C'est ce que font aussi les médecins;non-seulement ils coupent, mais de plus ils pansent. C'est pourquoi leChrist de son côté, pour faire que la réprimande soitacceptée, ne souffre pas qu'elle soit a d'abord publique ; il dit: " Allez lui représenter sa faute en particulier. " (Matth. XVIII,15.)C'est aussi la conduite que tenait Paul, unissant la réprimandeà la miséricorde, tantôt disant : " O Galates insensés(Gal. III, 1) ! " tantôt : " Mes petits enfants , pour qui je sensde nouveau les douleurs de l'enfantement. " (Galat. IV, 19.) Il faut eneffet que celui qui reprend , invente mille moyens pour rendre sa ! réprimandeacceptable; il faut une grande,, adresse pour administrer ce remède, et il en faut plus assurément à celui qui réprimande,qu'à celui qui coupe les chairs. Pourquoi? y C'est que, d'un côté, ce que l'on coupe est différent de ce qui ressent la douleur;ici. au contraire, c'est la même substance qui est coupéeet que la douleur atteint. " Mais que l'huile du pécheur ne graissepoint ma tête. " Qu'est-ce à dire? Le pécheur, dit-il,ne recherche point l'intérêt de celui qui l'écoute,mais son intérêt à lui : il veut paraître pleinde douceur, d'agrément et d'affection. Le juste, au contraire, préfèreau plaisir d'être agréable , l'utilité d'autrui. Delà, entre les deux, la plus grande différence. Et maintenant,sils compassion même du méchant doit être repoussée,quand donc faut-il l'admettre près de soi? Jamais. Aussi, quandmême il vous fournirait de l'argent; quand même il vous ? promettraitplaisirs délicieux et honneurs, repoussez le méchant, fuyez-le;suivez le juste, au contraire, même quand il vous raille, mêmequand il vous réprimande , car voilà celui qui vous aime." Car ma prière subsistera pendant leurs plaisirs. " Un autre texte:" au milieu de leurs vices; " un autre texte: "dans leurs perversités."

Il s'agit ici de ce qu'il demande; tout à l'heure il étaitquestion de ce qu'il tire de lui-même. Et par là, il nousmontre qu'il ne suffit pas de prier avec confiance, pour ne rien faireet s'endormir, mais qu'il faut, de plus, agir, personnellement. Or , ici,qu'apporte-t-il de lui-même? il n'apporte pas des brebis, des boeufs,des sommes d'argent, mais la pureté des moeurs et l'extrêmeattention à fuir les pervers. Non-seulement , dit-il, je fuiraileurs pernicieuses flatteries, je n'accepterai pas leurs (261) réprimandes,mais, de plus, je m'opposerai à leurs convoitises. Tant s'en fautque j'accepte leur compassion, qu'au contraire j'opposerai ma prièreà leurs désirs; car c'est là ce que signifie cetteexpression : " Ma prière subsistera pendant leurs plaisirs. Leursjuges ont été précipités, absorbés,contre la pierre. " Un autre texte: " Seront brisés dans une mainde pierre (6). " Le Psalmiste montre ici combien il est facile d'exterminerle péché, comme le vice est près du gouffre. Les chefsmêmes, dit-il, qui dévastaient tout, ont péri. Et maintenant,il ne dit pas, ont péri, mais : " Ont été absorbés, " montrant par là qu'il ne reste plus d'eux aucune trace; c'estce qu'il dit encore de l'impie. " J'ai passé , il n'étaitplus ; je l'ai cherché , et je n'en ai plus trouvé la place." (Ps. XXXVI, 36.) Qu'est-ce à dire, " Contre? " C'est-à-dire" auprès. " Ces paroles reviennent à ceci : De mêmeque la pierre jetée dans la mer ne reparaît plus, ainsi leurprospérité s'abîme, ne reparaît plus. C'est unedestruction complète. Si vous voulez , voici ce qu'il dit. C'enest fait absolument de leur nom, de leur gloire , ou encore : de leur force,de leur puissance, si solidement établie. C'est là en effetce que signifie le second texte : " Ils seront brisés dans une mainde pierre. Ils écouteront mes paroles , parce qu'elles sont a devenuesagréables. " Un autre texte. " Parce qu'elles sont puissantes; "un autre texte : " parce qu'elles sont fortifiées d'une garde puissante;" un autre texte : " Parce qu'elles sont devenues recommandables par l'apparence;" c'est-à-dire, l'expérience leur apprendra la douceur demes exhortations et de mes conseils: comment cela? c'est le fruit de laréprimande des justes, et leur enseignement apporte un grand plaisir.

9. Telle est en effet la vertu : pour une peine d'un instant qu'elledemande, elle procure un bien-être sans fin. "Comme une terre compacteque l'on rompt et que l'on répand sur le champ, nos os ont étébrisés et dispersés le long du sépulcre. " Un autretexte: " De même qu'il arrive, quand le laboureur fend la terre,ainsi nos os ont été brisés à la bouche del'enfer; " un autre texte : " De même que le fer qui brise et découpela terre, nos os ont été brisés dans l'enfer; " unautre texte : " De même que celui qui s'entend à cultiveret à creuser la terre, nos os ont été brisésprès de l'enfer (7)." Après avoir dit que ses paroles renfermentle vrai plaisir, il rappelle les antiques calamités. Quoique nousayons, dit-il, souffert les derniers malheurs, comme une terre déchirée,labourée, creusée; quoique nous ayons été tousdispersés, que nous ayons péri, que nous soyons arrivésaux portes mêmes de la mort, cependant, même ainsi traités,nous préférons la réprimande et la correction desjustes à la compassion des pécheurs. En effet, quoi qu'ilnous soit arrivé, nous sommes suspendus à l'espérancequi nous vient de vous, et rien ne nous arrivera qui puisse nous empêcherde regarder vers vous.

Ce qui fait qu'il ajoute: " Parce que vers vous, Seigneur, Seigneur,se sont élevés mes yeux; j'ai espéré en vous,ne m'ôtez pas la vie (8). " Malgré, dit-il, les calamitéssans nombre qui fondent sur nous, malgré les guerres, malgréles batailles, malgré les morts, malgré les portes de l'enfer,nous ne lâchons pas l’ancre sainte, nous nous attachons àl'espérance que vous combattrez avec nous, et, répudiantles armes et les combats, nous espérons la délivrance quinous viendra de votre secours. " C'est en vous que j'ai espéré,ne m'ôtez pas la vie. " Autre texte : " Ne rendez pas vide ma vie," c'est-à-dire ne souffrez pas que je m'en aille sans avoir rienfait. " " Gardez-moi du piège qu'ils m'ont dressé et desembûches de ceux qui commettent l'iniquité (9). " Il ne parlepas ici seulement des haines déclarées, mais des perfidiessecrètes, cachées, difficiles à observer, àconnaître, dont on ne peut se préserver que par le secoursd'en-haut. Et maintenant, il termine son discours par la prièrequi l'a commencé; il montre que, pour ce qui dépend de lui,il l'apporte, l'espérance en Dieu, des regards tournés sanscesse vers Dieu, l'aversion pour la société des méchants,la haine des désirs coupables, et maintenant, il attend de Dieula force, le secours qui fait supporter facilement ce qui est le plus insupportable,et rend supérieur à tout. Voilà en effet, ce qui formele tissu complet de la vertu ; notre zèle d'une part, d'autre part,le secours de Dieu. " Les pécheurs tomberont dans le filet, pourmoi, je suis seuil jusqu'à ce que je passe (10). " Dans quel filettomberont-ils? Dans le filet de Dieu; c'est-à-dire, ils seront vaincus,ils seront pris. En effet, le propre des justes est de se redresser, devoir leur sagesse se ranimer; les pécheurs, au contraire, dont lemal est sans remède, vont (262) jusqu'au châtiment, jusqu'ausupplice: "Pour moi, je suis seul jusqu'à ce que je passe. " Autretexte: " Ensemble avec moi, jusqu'à ce que je passe; " autre texte:" Concentré en moi-même; " c'est-à-dire, je suis untout compacte, bien uni,non dispersé; si vous voulez, comme l'entendentles Septante, loin des méchants, pur de tout commerce avec eux,et comme vivant seul, ce qui est la plus haute vertu. Et maintenant, cen'est pas pour lui la conduite d'un, de deux ou de trois jours, mais desa vie tout entière. Voilà le mur inexpugnable, voilàla forteresse; c'est là ce qui fait grandir la vertu, fuir les méchantes,se ramasser sur soi-même, et se tenir ainsi replié tant quedure la vie, et, loin des corrupteurs, vivre dans la solitude. La solitudene consiste pas à être seul; elle réside dans l'âme,que possède l'amour et le zèle de la sagesse. C'est ainsiqu'au milieu des villes, des places publiques, de tous les bourdonnementsdu dehors, on peut être des hommes de solitude lorsqu'on fuit lesassemblées corrompues, lorsqu'on se joint aux assembléesdes justes. Voilà la route où l'on ne bronche pas. Donc,que celui qui est propre à corriger les autres, vive avec ceux quisont capables de recevoir le remède, et les rende meilleurs ; quele faible s'enfuie loin des méchants, afin de n'en souffrir aucundommage. C'est ainsi que la. vie présente se passera polir lui dansla sécurité, dans la sûreté, et qu'il obtiendrales biens à venir. Puissions-nous tous les posséder, parla grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent la gloire et l'empire, maintenant et toujours,et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLI

" J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POURCRIER VERS LE SEIGNEUR. J'AI ÉLEVÉ MA VOIX POUR PRIER LESEIGNEUR. "

1. Vous voyez son habitude constante ; c'est toujours ainsi qu'il commence.Avez-vous remarqué cette répétition: " J'ai élevéma voix, j'ai élevé ma voix? " Ce n'est pas, sans dessein; cette répétition a pour but de nous apprendre deux qualitésde la prière, (263) l'allégresse entière de l'âmeet la parfaite attention de la pensée. Ajoutez, en outre, qu'ilnous marque expressément que c'est sa voix à lui. Tous eneffet, ne font pas entendre une voix ; tous ne l'élèventpas vers Dieu, et tous ne s'adressent pas à lui, avec leur proprevoix. Or, il faut que toutes ces circonstances se réunissent dansla prière. Celui qui crie contre ses ennemis, ne fait pas entendrela voix d'un homme, mais d'une bête féroce, d'un serpent;celui qui se laisse aller à la négligence, et qui n'écoutepas ce qu'il dit lui-même, ne crie pas vers Dieu; il parle inutilementet au hasard; celui dont la pensée n'est pas éveillée,a beau crier de toutes ses forces, celui-là ne crie pas. Le mot" voix, " en effet, comme je l'ai souvent dit, ne marque pas ici la forcedes poumons, mais l'attention de l'esprit. Le Psalmiste , ne ressemblepas à celui que je viens de dire ; il réunit les trois circonstances; il montre qu'il crie avec la voix, et qu'il s'adresse à Dieu,et qu'il se sert de sa voix propre. Voilà, pourquoi, à deuxreprises, il nous dit : " J'ai élevé ma voix, j'ai élevéma voix. Je répands ma prière en sa présence et j'exposeraidevant lui mon affliction (2). " Voyez-vous l'âme dégagéede toutes les choses de la vie présente? Il ne cherche pas un refugeauprès des hommes ; ce n'est pas à eux qu'il demande du secours;ce qu'il lui faut, c'est le secours invincible, l'assistance d'en-haut.Il montre ensuite toute la force de son attention, toute l'ardeur de sondésir, désir caché dans les profondeurs de son âme,mais qu'il veut manifester par ces paroles : " Je répands; " cequi marque l'abondance et la richesse.

Nous apprenons encore par là, que les afflictions ne sont pasd'une médiocre utilité pour la sagesse. Voici, en effet,le fruit de l'affliction, et, par conséquent, que personne ne songeà s'y soustraire. Elle a deux avantages que voici : le premier,de nous rendre plus zélés, plus attentifs; le second, etc'est aussi un précieux privilège qu'elle nous confère,elle nous rend plus dignes d'être écoutés. Aussi, lePsalmiste ne dit pas : ma justice, ni mes bonnes oeuvres, mais, " mon affliction." C'est que cette affliction est pour lui une puissante recommandation.Voilà pourquoi Isaïe fait entendre ces paroles : " Consolezmon peuple, dit Dieu ; ô prêtres, parlez au cœur de Jérusalem; car elle a reçu le double de la main du Seigneur pour les afflictionsendurées en expiation de ses péchés. " (Is. XL, 1,2.) Et Paul : " Livrez cet homme à Satan, pour mortifier sa chair,afin que son âme soit sauvée. " (I Cor. V, 5.) Et, en écrivantaux Corinthiens, il leur disait : " C'est pour cette raison qu'il y a parmivous beaucoup de malades et de languissants, et qu'un grand nombre dorment;si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugésde Dieu. Mais lorsque nous sommes jugés par le Seigneur, il nouschâtie afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde." (I Cor. XI, 30, 32.) Et maintenant Abraham disait au riche : " Vous avezreçu vos biens dans votre vie, et Lazare ses maux. C'est pourquoiil reçoit à cette heure la consolation, et vous êtesdans les tourments. " (Luc, XVI. 25.) Ecoutons maintenant David, quandSéméï le maudissait : " Laissez-le me maudire, puisquele Seigneur le lui a commandé, afin qu'il vît mon affliction." (II Rois, XVI, 11, 12.) Et partout l'Ecriture nous montre ceux qui seplaisent dans les afflictions, et les supportent avec patience, non-seulement,se purifiant d'un grand nombre de péchés, mais encore obtenant,auprès de Dieu, une grande confiance, un grand crédit.. "Lorsque mon âme est toute prête à me quitter, et vousconnaissez mes voies (2). " Les cœurs pusillanimes succombent alors, etfont entendre, de plus, de mauvaises paroles; le sage, au contraire, montre,alors surtout, sa sagesse, parce que l'affliction redouble; son zèle.

Donc lorsqu'il vous arrivera de voir un homme qui désespèredans l'affliction, ou qui fait entendre quelques paroles amères,n'en accusez pas l'affliction, mais la pusillanimité. En effet,le propre de l'affliction, c'est de produire les effets contraires : l'applicationde l'âme, la contrition du coeur, l'attention de ta pensée,un accroissement de piété. Aussi Paul disait : " L'afflictionproduit la patience , la patience produit l'épreuve. " (Rom. V,3.) Si les Juifs murmuraient dans l'affliction, ce n'est pas à l'affliction,mais au délire de leur âme qu'il faut attribuer ces murmures,puisque l'on voit les saints, dans l'affliction, se couvrir de plus degloire, s'appliquer avec plus d'ardeur à la sagesse. Aussi le Psalmistelui-même disait-il encore : " Il m'est bon, Seigneur, que vous m'ayezhumilié, afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice." (Ps. CXVIII, 71 .) Et Paul : " De peur que la (264) grandeur de mes révélationsn'exaltât mon orgueil, j'ai ressenti, dans ma chair, un aiguillon,qui est l'ange de Satan chargé de me souffleter. C'est pourquoij'ai prié trois fois le Seigneur, et il m'a répondu : Magrâce vous suffit; car ma puissance se manifeste entièrementdans la faiblesse. Je prendrai donc plaisir dans les afflictions, dansles infirmités, dans les persécutions ; car, lorsque je suisfaible, c'est alors que je suis puissant. " (II Cor. XII, 7, 10.) Voyez-vouscomme l'affliction ne sert qu'à l'exciter davantage à chercheren Dieu son refuge ; comme il s'attache à Dieu avec plus de passionencore, quand il est au fond d'un abîme de maux? C'est làce que signifie cette parole : " Lorsque mon âme est toute prêteà me quitter; " voyez-vous comme l'affliction le rend plus diligentet meilleur ? Quant à ceci : " Et vous connaissez mes voies, " unautre interprète dit : " Car, vous savez, dans la voie oùje marchais, ils ont caché un piége ; je considéraisà ma droite, et je regardais, et il n'y avait personne qui me connût(5). " Ces paroles nous montrent la grandeur de la calamité, lesmaux qui s'accroissent, les piéges des ennemis, leur premièreattaque, afin de le terrasser; et, ce qui est, de tous les malheurs, leplus affligeant, non-seulement aucun compagnon, aucun aide, mais pas uneâme qui le connût.

2. La solitude était entière et l'abandon complet. Onvoit, en effet, peu d'hommes assister, porter secours au moment du malheur,surtout lorsque le malheur menace de grands dangers. Mais le juste n'apas souffert de cet abandon ; au contraire, il y a trouvé une grandeutilité; il y a conquis la familiarité auprès de Dieu.Eh bien donc ! vous aussi, mon bien-aimé, quand vous voyez vos mauxs'accroître, pas d'abattement, pas de désespoir; devenez,au contraire, plus sage et plus vigilant. En effet, si Dieu permet cesépreuves, c'est pour secouer votre indolence, c'est pour vous tirerde votre lourd sommeil. Alors en effet disparaissent toutes les superfluités,alors expirent toutes les pensées de la vie présente, alorsla prière devient plus ardente, alors l'aumône et la continencese pratiquent d'un esprit plus allègre, et il est facile de triompherde chacun de ces vices qu'à mis en déroute l'affliction.Ce n'est pas en effet, afin de nous punir, que Dieu, dès le principe,nous a suscité les embarras des épreuves, des chagrins, quoiqu'ilait dit que nous les devions regarder comme des châtiments, maisc'est surtout pour nous amender, pour nous rendre meilleurs. Et voyez donc! sous la menace de la douleur, au milieu des épreuves et des fatiguesde la vie, le vice s'accroît et grandit; si vous supprimiez ces entraves, quels progrès ne ferait-il pas? Et qu'y a-t-il d'étrangeà ce que l'affliction soit un bien pour l'âme, lorsqu'elleen est un même pour le corps, lorsque l'excès des délicesest funeste même à la chair?

Les perfidies partout préparées rendent l'homme prudentet circonspect. Il nous suffit d'être attentifs, pour n'en recevoiraucun mal. De là ce que dit un sage : " Reconnaissez que vous passezau milieu des filets, et que vous vous promenez sur les toits des cités;" de même, ici, le Psalmiste : " Dans la voie où je marchais,ils ont caché un piége. " Si l'on veut prendre ces parolesdans le sens anagogique, on verra qu'elles s'appliquent bien à laconduite du démon, qui ne cache pas au loin, mais tout près,les piéges qu'il nous tend.

C'est pourquoi nous avons besoin d'une grande vigilance, car il cachele piège, dans l'aumône, où il met la vaine gloire;dans le jeûne, où il met l'arrogance; ce n'est pas dans leschemins que nous ne suivons pas, mais précisément dans noschemins, dans les chemins où nous marchons, et c'est là,de beaucoup, le plus redoutable de tous les dangers. " Il ne m'est restéaucun moyen de fuir. " Voyez ici encore un autre mal, qui, vient s'ajouterà tant de maux. En effet, le Psalmiste nous montre non-seulementqu'il y a des pièges dans les chemins, qu'il n'y a personne pourporter secours au malheureux, personne qui le connaisse; mais il ne luireste pas même un moyen d'échapper, de pourvoir, par la suite,à soir salut. Ainsi, il était au milieu des maux embarrassé,retenu, dans l'impossibilité de fuir, et cependant, même ainsi,il ne désespérait pas. " Et nul ne cherche à sauverma vie, " c'est-à-dire à me défendre, à mesecourir. Eh bien, que fait-il? Dans un manque si complet: de ressources,dans une si grande difficulté, désespère-t-il de sonsalut? Nullement. C'est à Dieu qu'il demande tout de suite un refuge,et il dit: " J'ai crié vers vous, Seigneur, j'ai dit: " Vous êtesmon espérance et mon partage, dans la terre des vivants (6). " Voyez-vouscette âme généreuse? le malheur, loin (265) de l’abattre,lui donne des ailes; absolument privé de secours, au milieu de toutesces difficultés, le sage a reconnu la main invincible, la forcetoute-puissante, et, au milieu de tous ces embarras, le facile moyen d'échapper." J'ai dit : Vous êtes mon espérance. " Tous les moyens humains,dit-il, sont réprouvés, la tempête est tellement au-dessusde tous les secours qu'aucun art ne saurait éviter le naufrage.Et pourtant, quoique tout ici soit désespéré aux yeuxdes hommes, quoique nous soyons tous à bout de force, épuiséspar les malheurs, à vous cependant toutes choses sont faciles ;et de là vient que, pleins d'espoir en vous, nous ne languissonsplus. " Vous êtes mon partage dans la terre des vivants, " c'est-à-dire,mon lot, mon trésor, mes richesses, vous êtes tout pour moi" dans la terre des vivants; " ce qu'il appelle, " la terre des vivants," c'est sa patrie, car la captivité de Babylone, il l'appelle souventles enfers et la mort. Sur la terre étrangère, on ne célébraitpas le culte accoutumé, au contraire, dans la patrie, s'accomplissaienttous les sacrifices, toutes les cérémonies, voilàpourquoi il dit: " Vous êtes mon partage dans la terre des vivants." Toujours vous avez pris soin de moi, dit-il, et je jouissais de votrefamiliarité dans la terre des vivants, et je communiquais fréquemmentavec vous. " Soyez attentif à ma prière, parce que je suisextrêmement humilié (7). "

Vous voyez, comme je l'ai déjà dit plus Haut, la raisonqu'il tait valoir ici encore, il s'appuie sur ce qu'il est humilié,c'est-à-dire, sur ce qu'il a été puni outre mesurepour ses péchés. Cette expression "extrêmement," n'estpas pour réclamer contre ce qui est arrivé; ce n'est quel'expression de la douleur et de la faiblesse de celui qui souffre. Eneffet, si vous considérez ce que les péchés méritent,l'humiliation n'est pas trop grande; mais si vous ne voulez voir que lafaiblesse de celui qui souffre, l'humiliation est excessive, et dépassela mesure. Jamais Dieu, sachez-le bien, n'exige de nous un châtimentqui soit proportionné à nos fautes. Si la peine paraîtinsupportable à ceux qui la subissent, cela ne vient pas de la naturedu châtiment, mais de l'infirmité de ceux qui l'endurent." Délivrez-moi de ceux qui me persécutent, parce qu'ils sontdevenus plus forts que moi. " Voici une autre raison, l'injustice des ennemisqui attaquent, et la grande infirmité de celui qui est poursuivi." Tirez mon âme de la prison où elle est afin que je confessevotre nom (8). " " Confesser, " veut dire ici, rendre grâces. Cesparoles reviennent à ceci : délivrez-moi de mes maux. Eneffet, par la prison de son âme, il entend la rigueur extrêmedu malheur.

3. " Afin que je confesse votre nom. " Voilà encore qui n'estpas indifférent, à savoir , quo ceux qui sont dans la prospéritén'oublient pas les bienfaits qu'ils ont reçus. Un grand nombre d'hommes, dans le moment des afflictions , montrent beaucoup de zèle; aucontraire, dans la prospérité , dans le calme , ils se négligent.Il en est d'autres qui dans le repos se négligent , et, au momentde l'affliction, désespèrent et s'affaissent sur eux-mêmes.Le Psalmiste, au contraire, flans ces deux circonstances si différentes,montre toujours la même sagesse. Ni l'affliction ne l'a abattu, aucontraire, elle l'a porté à faire entendre ses prièreset ses supplications; ni la prospérité et les loisirs dela paix ne l'ont jeté dans l'inaction , mais , dans ces circonstancesmêmes il s'est trouvé encore disposé à rendreau Seigneur des actions de grâces. " Les justes sont dans l'attentede la justice que vous me rendrez. " Un autre texte : " Les justes me couronneront,quand vous m'aurez favorisé de vos bienfaits. " Qu'est-ce àdire? Le bien que vous me ferez , sera aussi utile aux justes. Car ilsse réjouiront; ils seront saisis d'allégresse ; ils tressailliront,en me voyant affranchi de mes maux. Telles sont en effet les âmesdes justes; les infortunés excitent leur compassion et les heureuxne leur inspirent pas d'envie. Au contraire , les saints se réjouissentet partagent leur joie , et ils félicitent ceux qui ont reçudes bienfaits. C'est là le conseil que donnait Paul , quand il disait: " Se réjouir avec ceux qui se réjouissent et pleurer avecceux qui pleurent. " (Rom. XII, 15.) Ce n'est pas là une médiocrevertu; beaucoup d'hommes se réjouissent à voir ceux que lemalheur terrasse; quand l'infortuné se redresse, beaucoup d'hommeslui portent envie, triste fruit d'une cruauté , d'une haine quin'a rien d'humain. Il n'en est pas de même des justes : affranchisde ces deux vices, ils possèdent l'humanité et la clémence.Et de même que chez les uns, la cruauté produit à lafois et la joie féroce et l'envie; de même l'humanitéet la clémence sont le partage de ceux qui ont pitié du malheur,et s'associent à la joie des heureux.

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Mais pourquoi dit-il: " Dans l'attente de la justice que vous me rendrez?" Selon un autre texte: " Quand vous m'aurez favorisé de vos bienfaits; " selon d'autres encore: " Quand vous m'accorderez ma rétributionet ma rémunération. " Or, il a parlé plus haut deson affliction, de son humiliation, il n'a pas parlé de ses glorieusesvertus, ni de la confiance que lui donnent ses mérites. De quoidonc réclame-t-il le salaire? il le demande pour les jours de l'humiliation.Ce n'est pas en effet, une vertu commune que de supporter l'afflictioneu rendant des actions de grâces; et voilà pourquoi il appelle" justice " la récompense qui s'attache à cette conduite.Donc, cessons de nous tourmenter dans les afflictions, et prions pour nepas entrer en tentation. Acceptons ce qui peut arriver; c'est ainsi quelions nous purifierons de nos péchés, et que, s'il y a ennous quelque justice, nous ajouterons à cette justice un plus viféclat. C'est ce que Job nous a fait voir; l'affliction l'a renduplus brillant. C'est un bien , même pour les corps ; est un bien, non-seulement pour l'homme, mais pour les animaux; non-seulement pour.les animaux, mais pour les plantes mêmes; et voilà pourquoiles agriculteurs ne souffrent pas que la vigne ait un feuillage trop luxuriant;et, pour les autres végétaux, pour les arbres, ils s'opposentà la croissance exagérée, ils les traitent avec lafaux de manière que toutes leurs forces convergent vers les racines;il ne faut pas que ces forces, s'épuisant dans les feuilles, produisentdes fruits sans saveur et inutiles. C'est ce qui arrive , même dansl'homme. Quand son ardeur se consume en superfluités , l'âmen'a plus de force pour produire le fruit mûr de la piétéparfaite. C'est ce qui arrive dans les eaux; l'eau stagnante et sans écoulementest malsaine; mais l'eau agitée, qui se prodigue en tous sens, quise transmet par des tubes et des aqueducs, non-seulement est salubre, maiselle est plus agréable à la vue, au toucher, au goût.Souvent l'affliction a vaincu la nature; ce qui est flasque, ce qui retombede soi-même vers la terre , sous une pression subite, se redressetout à coup et se relève. C'est l'histoire de l'homme: quiconquesupporte facilement l'affliction, s'élève à une plusgrande hauteur, même au sein de l'abjection qui le courbait, quil'abaissait jusqu'à terre; voilà comment l'affliction produitdes fruits précieux. Donc, instruits de ces vérités,recevons avec mille actions, de grâces les malheurs qui nous sontenvoyés; rendons-les ainsi plus supportables, et préparons-nousles biens à venir; et puissions-nous tous les recevoir en partage, par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent la gloire et l'empire , maintenant et toujours,et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLII

" SEIGNEUR, EXAUCEZ MA PRIÈRE(proseukhe). "

1. Le mot proseukhe présente deux sens: celui de prièrevocale et celui de promesse ou voeu. Par là s'explique ce conseildu sage : " Ne répétez pas deux fois la même paroledans votre prière, proseukhe. " (Eccl. VII, 15). Par ces paroles,il ne nous exhorte pas à ne pas nous répéter, quandnous invoquons, quand nous prions le Seigneur; loin de nous cette pensée,car il nous est ordonné de persévérer dans nos prières.Mais ce qu'il veut, c'est que nous ne différions pas d'accomplirla promesse que nous avons faite à Dieu, de l'accomplir au plusvite. Voilà pourquoi il est dit ailleurs : " Ne différezpoint de vous acquitter de votre voeu. " (Eccl. V, 3.) L'avenir en effet,est incertain; une maladie, des affaires imprévues peuvent susciterun empêchement. Si la mort arrive et vous surprend, vous serez sansexcuse. Or, ici, dans notre psaume, proseukhe veut dire, demande et supplication.C'est ce que le Psalmiste indique lui-même, en ajoutant : " Recevezde vos oreilles ma supplication, selon la vérité qui esten vous. " Un autre texte: " Selon la fidélité qui est envous; " un autre texte: " Selon la sûreté qui est en vous."Ce qui veut dire: consentez à ma demande, et faites que ce que jeveux, s'accomplisse, confirmez ma demande par la vérité quiest en vous; servez-vous de votre puissance pour en assurer l'accomplissement.Mais voyons de quelle espèce est la demande. En ce monde, lorsqu'unhomme adresse une supplication, ceux qui la reçoivent en considèrentla nature, et si la demande est juste et légitime, on l'écoute.

Mais en vérité, en ce monde, c'est pour avoir des honneurs,des dignités, de l'argent, qu'on fait des supplications; souventencore c'est pour écarter l'injustice: quelques-uns demandent deschoses qui dépassent le pouvoir de ceux à qui ils s'adressent.Nous, au contraire, nous supplions pour qu'on nous pardonne nos péchés,et nous faisons entendre notre supplication, quand le juge intérieurne nous les a pas remis; j'entends par là, notre conscience; quinous poursuit et nous tourmente. Et eu effet, il n'est pas en son pouvoirde nous les remettre. Or, de même qu'on ne va pas trouver l'empereur,pour lui parler d'un habit déchiré, ou de dix oboles volées,de même vous, et à bien plus forte raison, prenez garde, quandvous vous approchez de Dieu, de ne pas l'aller entretenir de sujets misérableset sans aucune (268) espèce d'importance, comme, par exemple, sion vous a pris de l'argent, ou si l'on vous a fait quelqu'affront, niaisparlez-lui des torts que vous fait le démon ; c'est alors surtoutque vous avez besoin du secours d'en-haut. Mais vous n'avez personne quis'intéresse à vous, et présente votre supplication?Lorsque le roi s'avance, parlez-lui, et choisissez le temps convenable.Plais quand le roi s'avance-t-il ? Toujours, et à chaque instant.Mais quand est-ce le temps convenable? Ce sera quand vous voudrez, quandvous vous serez préparé, de manière à êtredigne de l'aborder. On prescrivit aux Juifs de s'arrêter aux piedsde la montagne, pour se présenter devant Dieu, de mettre des vêtementsblancs, et de n'avoir pas de commerce avec leurs femmes. (Exode, XIX, 12,14, 15.) Pour vous, purifiez votre âme, sans songer à vosvêtements, et, avec la modération et la décence dela sagesse, approchez, allez trouver le roi, si vous voulez sincèrementobtenir ce que vous demandez. Le voyage n'est pas coûteux; pour touteprovision ayez avec vous la vertu. Et où est-il ce roi? Auprèsde ceux dont le coeur est contrit. Avancez-vous par ce chemin, " le Seigneurest proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité. " (Ps.CXLIV, 18.) C'est là que vous le trouverez, c'est là quevous lui parlerez. Il est proche de tous ceux qui rompent le pain aux affaméset qui dispensent l'aumône. Si vous prenez ce chemin, vous le trouvereztout prêt à vous accorder votre demande. " Vous parlerez encore," dit-il, " et je vous dirai: me voici. " (Isaïe, LVIII, 9.) Et pasn'est besoin d'intermédiaire ; c'est par vous-mêmes que vousobtiendrez ce que vous demandez. " Exaucez-moi selon l'équitéde votre justice. " Que faites-vous, ô homme? Vous allez dire toutde suite après . " N'entrez point en jugement avec votre serviteurparce que nul homme vivant ne sera trouvé juste devant vous (2)." Et voici que vous demandez d'être écouté, comme ilest juste. Que veut-il donc dire?

"Justice " veut dire ici clémence, et dans beaucoup de passagesde l'Ecriture, nous pouvons voir que "justice " signifie " clémence." Et c'est avec raison. Chez les hommes, la justice se sépare dela miséricorde; chez Dieu, il n'en est pas de même, ruais,à la justice, se joint la miséricorde, et dans une proportionsi grande que la justice même s'appelle clémence. Ainsi, considérez,au moment du déluge, la grandeur de la miséricorde, et, enmême temps, la grandeur de la justice. S'il y eut un châtimentinfligé aux pécheurs d'alors; ce châtiment pourtantfut au-dessous de ce qu'ils avaient mérité. Cessez de considérerici la masse des eaux, le nombre des jours que dura ce naufrage du déluge,et la terre devenue alors un abîme; qu'importe tout cela àceux qui périrent? Spectacle épouvantable sans doute, maispour ceux qui sont morts, il n'y a pas là un supplice. Oùest la punition de ceux qui ne sentaient rien de ce qui se passait? Pourceux qui moururent vite, ils souffrirent, en un instant, une mort très-douce,plus clémente que la mort par le feu, par le glaive, par la pendaison,par les tortures: leur fin fut beaucoup moins pénible. Ils avaientplutôt l'image du supplice qu'ils ne le subissaient en l'éprouvant.Ainsi, ceux qui avaient passé toute leur vie, jusqu'au dernier momentde leur vieillesse, commettant de telles iniquités, ont étépunis, en un instant bien court, si toutefois il faut appeler puni celuiqui paye la dette à la nature.

2. Avez-vous bien compris la grandeur de la clémence ? En voulez-vousencore une autre preuve ? Dieu n'a pas tout de suite envoyé le déluge;il l'a prédit, une première fois, une seconde fois, souvent.La construction de l'arche était un avertissement aux pécheurs,mais ils , ne le comprirent point, et cependant cet avertissement mêmen'était pas nécessaire, les coupables n'avaient pas besoinqu'on leur révélât leur perversité. La naturene leur apprit rien: comme des porcs immondes, ce n'est pas assez dire,plus immondes que des porcs, dans la corruption qu'ils s'envoyaient lesuns les autres, renversant toutes les lois de la nature, indociles àtoute exhortation, à tout conseil, ne retirant aucune utilitédu spectacle de ce juste qu'ils avaient sous leurs yeux; eh bien! ces grandscoupables n'ont souffert qu'un instant seulement l'expiation ; disons mieux,ils ont été arrachés à la mort, et affranchisd'un juste châtiment, car c'est chose bien plus malheureuse de commettrele crime, que d'être enseveli sous les eaux du déluge. Ehbien! répondez-moi, est-ce vraiment un supplice, pour des hommesainsi rongés par le vice, ainsi associés dans le crime etdans la honte, et se souillant ainsi les uns les autres, que d'êtreaffranchis d'une corruption si funeste? Dirons-nous que le médecin,amputant des membres gangrenés, inflige au corps une punition? Ne(269) dirons-nous pas qu'il fait un acte de bonté, d'humanité?N'admirerons-nous pas bien davantage la sagesse et la clémence deDieu, qui emploie de tels moyens pour corriger ceux qui lui appartiennent?Ce qu'il faut donc, à chaque instant, c'est admirer et glorifierDieu. Et ce qui fait que nous ne cesserons jamais de méditer avecétonnement sa providence, que nous ne cesserons jamais de le louer,c'est la rapidité avec laquelle il a pratiqué l'amputation,supprimé la racine du mal, et pratiqué un traitement sansdouleur. Ne vous troublez donc pas, à cette pensée, que tousles hommes, tout à coup, en un moment, ont été engloutis.Qu'importe que leur châtiment se soit opéré ainsi,ou d'une manière insensible? Que fait, à celui qui meurt,quel avantage pour lui de mourir seul, ou quel mal éprouve-t-ilde ce qu'il meurt avec tous les hommes? " Exaucez-moi selon l'équitéde votre justice, " c'est-à-dire, avec bonté, avec clémence.C'est là sa pensée, et ce qui le prouve c'est ce qu'il ajoute: "Et n'entrez point en jugement avec votre serviteur. " C'est égalementla prière de Job, qui était " un homme juste, ami de la véritéet fuyant le mal. " (Job, I, 1.) Il disait : " Il n'y a personne qui puissejuger les deux parties, ni prononcer entre les deux." (Job, IX, 33.) Etquand Dieu lui apparut : " Je n'ai qu'à mettre ma main sur ma bouche." (Ibid. XXXIX 34.) Ce qu'il disait, quoique Dieu le provoquât etlui dît "Ceignez vos reins comme un homme. " (Ibid. 42.) C'est encorelà le reproche que l'Ecriture adresse aux Juifs: "Quelle injusticevos pères avaient-ils trouvée en moi, lorsque vos chefs sesont conduits injustement envers moi ? " (Jérém. II, 5.)

Or, si Dieu tient cette conduite, c'est qu'il ne veut pas prononcercontre eux un jugement trop sévère. Il veut les amener àsentir leurs péchés, à les confesser, afin de pouvoirleur accorder le pardon et leur faire connaître ainsi la grandeurde ses bienfaits. Et voilà pourquoi Dieu fait entendre cette parole: " Dis le premier tes iniquités ; " non point pour être condamné,mais, " Pour être justifié. " (Isaïe. XLIII, 26.) Voilàpourquoi ce n'est pas Dieu lui -même qui les énonce; il préparele pêcheur à les révéler. S'il voulait punir,il accuserait lui-même; mais, au contraire; parce qu'il veut fairemiséricorde, il cède la parole au pécheur, afin quele pécheur reçoive la couronne de la reconnaissance, et que,par la confession, il s'attire la miséricorde. Qu'y a-t-il de comparableà cette bonté? rien. Parlez, dit le Seigneur, et je ne demanderien de plus; faites votre confession, et il me suffit; dites, et c'enest fait, je m'abstiens. " N'entrez point en jugement avec votre serviteur." Beaucoup d'hommes se conduisent bien, parce que Dieu les jugera. En effet,les sages connaissent depuis longtemps le jugement à venir; quantaux insensés, à force d'entendre cette parole perpétuellementrépétée des prophètes : " Le Seigneur veutentrer en jugement avec son peuple, et se justifier devant Israël(Michée, XI, 2); " et encore : " Ecoutez, vallées et fondementsde la terre (Ibid.); " et encore : " Cieux, écoutez, et toi, terre,prête l'oreille (Isaïe, I, 1); " par suite de ce perpétueljugement dont il est parlé, les insensés mêmes ontsu se bien conduire. En effet, quelques Juifs disaient : " Pourquoi avons-nousjeûné, sans que vous nous ayez regardés? " (Isaïe,LVIII, 3.) Et : " Quiconque fait le mal, fait le bien devant la face duSeigneur. " (Malachie , II, 17.) Et : " Ceux qui vivent dans l'impiété,s'établissent, et nous les appelons des hommes heureux (Ibid. ni,15); " et : " La voix du Seigneur n'est pas équitable. " (Ezéch.XXXIII, 17.) Or, le bienheureux Job lui-même, quand il fut saisipar la tentation, ne pensa pas comme les Juifs, ne parla pas comme eux;gardons-nous de le croire. Il dit toutefois : " Pourquoi n'y a-t-il personnequi puisse juger les deux parties, et prononcer entre les deux? Qu'il retiredonc sa verge de dessus moi, et que sa terreur ne m'épouvante pas." (Job, IX, 33, 34.) De là vient que le Seigneur lui dit : " Jevous interrogerai; pour vous, " répondez-moi. " (Job, XLII, 4.)Il avait été frappé de stupeur, après avoirdit : " Pourquoi suis-je encore jugé pendant que je suis corrigéet que j'accuse le Seigneur (Job, XI, 4)? " il dit encore : " J'avais seulemententendu parler de vous, maintenant, au contraire, je vous vois de mes propresyeux. " (Ibid. XLII, 5, 6.) " J'ai parlé avec trop de légèreté,et je me suis anéanti à mes yeux; je ne me suis plus regardéque comme terre et cendre; je n'ai qu'à mettre ma main sur ma bouche." (Job, XXXIX, 34.) Alors Dieu lui dit : " Non, mais ceignez vos reinscomme un homme." On dirait qu'il lui rappelle ses paroles, et qu'il veutlui faire entendre ceci : Puisque vous avez voulu plaider (270) avec moi,eh bien! me voici, je suis prêt. Avez-vous bien compris la clémenceineffable de Dieu? Avez-vous bien compris la bonté infinie? Voilàpourquoi les trois enfants disaient aussi : Nous avons péché,nous avons mal t'ait, nous avons commis l'injustice. Comme il est un grandnombre d'hommes tout à fait dépourvus de sens, qui imputentleurs péchés à Dieu, parce que le démon quiles travaille, leur inspire ces pensées mauvaises, Dieu, pour supprimerjusqu'à la racine cette injustice fréquente, répètesouvent qu'il vent plaider avec eux.

3. C'est un péché de ce genre que commit le premier homme,Adam; il disait : " La femme que vous m'avez donnée, m'a présentéle fruit et j'en ai mangé. " (Gen. III, 12.) " Les Juifs aussi commettaientbeaucoup de péchés de cette sorte. Parce que nul homme vivantne sera trouvé juste devant vous. " Mais à quoi bon parler,dit-il, de moi, de celui-ci, ou de celui-là ? Il n'est pas d'hommesur la terre qui., plaidant sur les commandements que vous lui avez faits,puisse être justifié; à vous la pleine et entièrevictoire. "Car l'ennemi a poursuivi mon âme (3). " Ceci peut s'entendreassurément de Saül qui était alors son ennemi, et quile poursuivait. On petit encore l'entendre, dans le sens apagogique, del'ennemi des hommes, du démon. Eu effet, il ne cesse pas de poursuivreceux qui appartiennent à Dieu. Comment donc nous garantir de sapoursuite? Trouvons un lieu où il ne puisse pas entrer. Et quelest ce lieu? Quel autre lieu que le ciel? Et maintenant, comment pouvons-nousmonter au ciel? Ecoutez Paul qui nous dit, qui nous montre que mêmeembarrassés par la chair, comme nous le sommes, nous pouvons habiterdans le ciel : " Méditez ce qui est dans le ciel, où Jésus-Christest assis à la droite de Dieu; " et encore : " Nous vivons dansle ciel. " (Philip. III, 20.) — " Il a humilié ma vie jusqu'en terre."

Le mot : " Humilié " a bien des sens : il y a la vertu de l'humilité,comme lorsque le Psalmiste dit : "Le Seigneur ne méprisera pas uncoeur contrit et humilié. " (Ps. L, 19.) Il y a, de plus, l'humiliationdes malheurs; il y a encore. l'humiliation des péchés. Or,celle qu'exprime ici le Psalmiste; est celle qui vient des malheurs. Voilàpourquoi il ajoute : " Il a humilié ma vie jusqu'en terre. " Ily a encore l'humiliation qui provient de l'orgueil, comme lorsque l'évangélistedit : " Quiconque s'élève, sera humilié. " Il y aencore une autre humiliation, qui résulte de notre insatiable cupidité;car quoi de plus abject et de plus humiliant que de s'ensevelir dans despensées de richesses, dé puissance, de gloire? Humiliationpour deux raisons : farce qu'on rampe à terre, et parce qu'on regardecomme grana ce qui est si petit, comme font les enfants qui estiment àsi haut prix leurs balles, leurs dés et tous leurs jouets, ce quine prouve pas la grandeur de ces objets, mais la faiblesse et l'imperfectionde l'intelligence chez leurs admirateurs. Chez les enfants, ce qu'il fautaccuser, c'est un défaut de l'âge et de la nature; chez lesautres, c'est le vice de la volonté. Voici un homme d'un âgemur, qui regarde la table, le luxe, les délicatesses de la vie commequelque chose de grand. Quoi de plus bas, quoi de plus humble! Et maintenant,beaucoup de personnes regardent ces âmes frivoles comme des espritsgrands et élevés. Ces personnes-là sont encore bienplus basses. Eh bien ! donc, apprenons ce qui constitue la grandeur vraieet ce qui opère l'humilité. La vraie grandeur, c'est de mépriserce que les hommes admirent. Maintenant le Prophète parte de l'humiliationque produisent les malheurs. " Il m'a réduit dans l'obscuritécomme ceux qui sont morts depuis des siècles. " Il indique làun double malheur, l'obscurité , et la mort depuis des siècles;double allusion à la captivité d'alors. Celui qui est dansl'obscurité, peut encore agir, même au sein des ténèbres,s'il allume un flambeau; le Psalmiste, pour montrer toute l'étenduedu malheur, parle des morts, et il rend la tragédie plus lugubre.Tels sont ceux qui vivent dans le péché; ils sont comme desmorts dans les ténèbres; ils ont beau promener autour d'euxdes milliers de flambeaux, ils ont beau regarder le soleil, ils ont beause rendre éclatants, par les vêtements dont ils se couvrent,par la pompe dont ils s'entourent; ils ne valent pas mieux, au contraire,ils sont de pire condition que les morts, que ceux qui habitent dans lesténèbres; ils sont d'autant plus à plaindre que, pourles uns c'est l'effet de la nature, tandis que, pour les pécheurs,c'est la faute de la volonté. Il convient aussi d'entendre, parces ténèbres, les ténèbres à venir,dont parle l'évangéliste : " Jetez-le dans les ténèbresextérieures. " (Math. XXII, 13.) Il y a; de plus, les ténèbresdu vice : " Ceux qui sont assis, " dit (271) l’Evangile, " dans les ténèbres,et dans l'ombre de la mort (Luc, I, 79); " et Paul : " Nous ne sommes pointenfants des ténèbres (I Thess. V, 5); " et encore : " Ilsse sont évanouis dans leurs pensées, et leur coeur insenséa été rempli de ténèbres. " (Rom. I, 21.)

Et de même que ceux gui sont dans les ténèbres,ignorent la nature des choses, de même encore ceux qui vivent dansle péché, ne distinguent pas les choses; ils courent versales ombres comme à la réalité, poursuivant les richesses,les délices, la puissance, et ils ne connaissent ni amis ni ennemis.Avec leurs ennemis, ils sont aussi confiants qu'avec des amis; et, àvoir comme ils traitent leurs amis, on croirait que ce sont des ennemis.Ne voyez-vous pas les pauvres, criant tous les jours et faisant retentirleurs plaintes? et nul pourtant ne les écouté. Pourquoi neles écoute-t-on pas? C'est que le démon a placé lesindifférents, les insensibles dans les ténèbres commeceux qui sont morts depuis des siècles. Car ce que sont les ténèbreset la nécessité de mourir, tel est pour eux l'endurcissementdu coeur. Ceux qui sont assis dans les ténèbres, ne voientpas les maux qui fondent sur eux; c'est encore ce qui arrive à ceuxqui ne voient pas, tout près d'eux, les malheurs, et qui tombentclans les gouffres et les précipices. Ceux gui sont assis clansles ténèbres, ne craignent pas de commettre avec aine pleineassurance des actions honteuses; c'est ce que font ceux qui vivent dansla perversité; ils sont comme assis, dans les ténèbres,et, comme si aucun oeil humain ne les voyait, ils font tout avec sécurité;an milieu même des villes, ils commettent leurs crimes aussi librementque dans la solitude.

4. "Ceux qui sont assis dans les ténèbres, " éprouventune frayeur continuelle ; c'est ce qui arrive aux pécheurs; ni leravisseur, ni l'avare, ne peut être sans crainte, quelque insolencequ'il étale, quel que soit l'extérieur triomphant qu'il oppose.aux regards. Car voilà ce que fait une mauvaise conscience ; etcertes tous ces pécheurs étaient depuis longtemps priésde' tout pardon, mais ils le sont bien davantage aujourd'hui, que le Soleilde justice a brillé, et qu'ils demeurant encore assis dans les ténèbres.Et comment, après que le soleil a brillé, demeurent-ils encoreassis dans les ténèbres ? c'est parce qu'ils ont la vue faible.Ils se sont enterrés dans les repaires, les cavernes, les gouffresde la perversité et ils ne peuvent pas regarde: la lumière,parce qu'ils ont la vue faible. " Mon âme a été touteremplie d'angoisse, mon coeur a été tout troublé audedans de moi (4). " Un autre texte : " Et mon âme s'agitait en toussens, en moi. " C'est l'excès de l'affliction, qu'exprime le troublede la pensée. Que signifie, " Au dedans de moi ? " Je n'avais personneà qui parler, qui put me consoler. Telles sont en effet les âmesdes méchants, toujours bouleversées, non-seulement parleprésent, mais encore par l'attente des maux, jamais pour eux detranquillité, jamais de sécurité pour leur âme; ils sont plus bouleversés qu'aucune mer; ni la nuit, ni le journe leur apporte l'apaisement de la tempête ; mais ils sont tourmentésde toutes parts, même en l'absence de tout persécuteur; guerredomestique, guerre intestine, et, sans pouvoir jouir de ce qu'ils ont acquis,ils sont, par l'inquiétude de ce qu'ils ne tiennent pas encore,déchirés de mille manières; toujours inquiets desaffaires des autres, attachant sur la fortune d'autrui des regards curieux; sans cesse préoccupés de persuader quelque chose àcelui-ci , d'effrayer celui-là, de séduire un tel par desparoles flatteuses, de faire violence à tel autre ; en voici unautre qu'ils vont entourer de leurs soins ; et les calomnies, les achats,les ventes, les testaments, les fidéi-commis, les usures, les capitaux,toute cette lie de malheurs, ils s'en inondent, et c'est lorsque tout leurvient à flots, qu'ils sont surtout bouleversés. Voyez ceriche tout hors de lui : pourquoi? parce que son champ a étéde la plus grande fertilité; et il ne sait que résoudre,et le voilà dans la perplexité , et il dit : que ferai-je? j'abattrai mes greniers et j'en bâtirai de plus grands. (Luc, XII,18.) Le pauvre, au contraire. n'a aucun embarras de ce genre.

" Je me suis souvenu des jours anciens, j'ai médité surtoutes vos oeuvres (5). " Ce n'est pas une petite consolation que de connaîtrele passé et le présent. En effet, comme Dieu, soit dit sansy insister, Dieu administre par les mêmes lois les affaires d'aujourd'huiet celles du temps passé, la plus grande consolation du présent,c'est le souvenir des temps qui ne sont plus. Voilà pourquoi , dansun antre psaume, nous voyons: " Nous privera-t-il de sa miséricordedans toute la suite des siècles? " (Ps. LXXVI, 8, 9. ) Et un autretexte : " Regardez les anciennes générations, et voyez quia espéré dans le Seigneur et a été (272) abandonné?"(Eccles. II, 11.) Et Paul : " Or toutes ces choses qui leur arrivaient,étaient des figures, et elles ont été écritespour nous servir d'instruction, à nous autres qui nous trouvonsà la fin des temps. " (I Cor. X, 11. ) Et ce n'est pas seulementl'histoire des autres, mais le souvenir, fréquemment rappeléde notre propre histoire, qui nous est utile. C'est ce que montre l'Apôtre,en disant : " Rappelez en votre mémoire ce premier temps où,après avoir été illuminés par le baptême,vous avez soutenu de grands combats, au milieu des afflictions. " (Hébr.X, 32. ) Et la preuve par le contraire : " Quel fruit tiriez-vous doncalors de ce qui vous fait rougir maintenant? " (Rom. VI, 21. ) Et un autresage : " Rappelez-vous vos derniers moments, et vous ne pécherezpas pour l'éternité. " (Ecclés. VII, 10. ) Quoiqu'ils'agisse ici de l'avenir, il le considère comme le passé,parce que la mort est commune à tous ; c'est ce que Paul fait aussilui-même, empruntant, à l'avenir et au passé, les moyensqu'il emploie, soit pour consoler, soit pour corriger : " Je ne veux pas," dit-il, " que vous ignoriez, mes frères, que nos pèresont tous été sous la nuée; qu'ils ont tous passéla mer Rouge ; qu'ils ont tous mangé d'un même aliment spirituel;mais il y en eut peu qui fussent agréables à Dieu. " (I Cor.X, 1 , 3, 4, 5. ) Quelquefois, c'est de l'avenir qu'il parle: " Qui souffrirontla peine d'une éternelle damnation, étant confondus par laface du Seigneur, et par la gloire de sa puissance. " (II Thess. 1, 9.) Et encore: " Car ta colère de Dieu est tombée sur eux,et y demeurera jusqu'à la fin. " (I Thess. II,16. ) "Parce que cejour sera manifesté par le feu. ( I, Cor. III, 13.) Et encore :" Car c'est pour ces choses, que la colère de Dieu tombe sur lesfils de la désobéissance." (Ephés. V, 6. ) Tous cesexemples ont pour but la correction; maintenant, quand il faut consoler, l'Apôtre emploie soit le passé soit l'avenir. Exemple, parle passé : " Béni soit Dieu, le Père de Notre-SeigneurJésus-Christ, le Dieu des miséricordes, le Père detoute consolation, qui nous console dans tous nos maux, afin que nous puissionsaussi consoler les autres, par la consolation que nous recevons de Dieu." (II Cor. 1, 3, 4.) Exemple pris de l'avenir maintenant: " Les souffrancesde la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire quisera un jour découverte en nous. " (Rom. VIII, 18. ) Voilàpourquoi le Psalmiste dit à son tour ici : " Je me suis , souvenudes jours anciens ; j'ai médité sur toutes vos oeuvres. "Il ne se borne pas à dire: je me suis souvenu, mais " J'ai médité,"c'est-à-dire, je me suis appliqué, j'ai travailléavec beaucoup de soin à me rappeler ce qui est arrivé auxhommes d'autrefois. C'est que la connaissance de l'Ecriture est, pour nous,?! une grande consolation, un grand enseignement de sagesse ; aussi, Paulnous dit : " Nous espérons, par la patience et par la consolationque les Ecritures nous donnent. " (Rom. XV, 4.) Et encore : " Toute l'Ecriture,inspirée de Dieu, est utile pour instruire, pour reprendre, et pourcorriger. ", (II Tim. III, 16.)

5. Voilà donc d'où lui vint la consolation,. C'est qu'aumilieu d'afflictions si grandes et dans le trouble de son âme, ilméditait les vieilles histoires; c'est qu'il rappelait dans sa mémoireles différentes manifestations de la sagesse prévoyante deDieu. " J'ai médité sur toutes vos oeuvres, je méditaisles actions de vos mains. " Un autre texte : " Je méditais les ouvragesde vos mains. " Il montre ainsi que cette méditation étaitune grande consolation pour lui, et lui assurait la familiaritéauprès de Dieu. Aussi, ajoute-t-il. " J'ai déployémes mains vers vous (6). " Il ne dit pas : j'ai entendu, mais, " J'ai déployé", pour marquer la vive affection du coeur; il lui tarde, pour ainsi dire,de s'élancer loin de son corps et de se précipiter vers Dieu.Le souvenir de ses oeuvres admirables m'a rempli comme d'un divin enthousiasme,et quand, j'ai eu considéré toute votre bonté, l'admirableenseignement qui ressort des malheurs, et, la liberté qui a suivil'affranchissement des maux, je me suis de nouveau réfugiéen vous. " Mon, âme est en votre présence comme une terre;sans eau. " Un autre texte : " Comme une terre altérée devous, toujours, " ce que veut dire " diapsalma. " Dans l'adversité,dit-il, dans la prospérité, en toutes circonstances, j'aitoujours montré la même ardeur. Mats; maintenant que signifie," Comme une terre sans eau ? " De même que la terre altérée:désire la pluie, ainsi je désire être continuellementauprès de vous. Or, ce désir a grandi sous le poids des afflictions,et voilà pourquoi Dieu a souffert qu'elles devinssent de plus enplus pesantes, montrant par là la grandeur,de sa prévoyance.En effet, non-seulement il a (273) produit les créatures, mais encoreil prend soin de ce qu'il a fait naître, il prend soin des hommes,et, sans exception, de tout ce qui existe. Voilà pourquoi Paul disait: " C'est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l'être. "(Act. XVII, 28. ) Et ailleurs : " Toutes choses subsistent en lui. " EtDavid : " Toutes les créatures attendent de vous, que vous leurdonniez leur nourriture, lorsque le temps en est venu ; lorsque vous laleur donnez, elles la recueillent, et, lorsque vous ouvrez votre main,elles sont toutes remplies de votre bonté. Mais si vous détournezd'elles votre face, elles seront troublées. " (Ps. CIII, 27-28-29.)Et encore : " Lui qui regarde la terre, et la fait trembler. " (Ibid. 32.)Et Isaïe " Qui tient le globe de la terre. " (Isaïe, XL, 22.)En ce qui concerne la vertu : " Si le Seigneur, " dit le Psalmiste, " nebâtit une maison, c'est en vain que travaillent ceux qui la bâtissent." ( Ps. CXXVI, 1. ) Et ailleurs : " Qui donne, à celle qui étaitstérile, la joie de se voir, dans sa maison, la mère de plusieursenfants. " (Ps. CXII, 9.) Et voilà pourquoi il secoue la terre,touche les montagnes, et en fait sortir la fumée. (Ps. CIII, 32.)" Et il obscurcit le soleil, au point de le faire défaillir, afinde montrer par là que c'est lui qui est l'ouvrier. " (Isaïe,XXXVIII.)

Vous voyez, dans l'Ecriture, le soleil qui recule, et la lune avec lui.(Josué, X, 13.) Et beaucoup d'autres miracles. Lorsque la connaissancede Dieu n'était pas encore répandue, ces prodiges avaientlieu ; mais il n'est plus besoin d'un enseignement de ce genre, aujourd'huique les choses mêmes crient, et montrent le Seigneur. Vous rappelez-vousles ténèbres de l'Egypte, et la conversion des éléments?Si l'on dit que l'absence de la lumière ne fut alors qu'un événementnaturel, et n'arriva pas par l'ordre exprès de Dieu, qu'on m'expliqueles ténèbres, lorsque le Christ fut attaché àla croit. Et en effet, le soleil ne disparut pas, à un moment déterminéd'avance, mais quand cette disparition était le moins conforme àla nature, puisque c'était alors le quatorzième jour de lalune, et l'époque de la pleine lune. (Matth. XXVII, 45.) Or leséclipses ne se font pas dans ces conditions; mais les contradicteursse trouvent à court d'explications. C'est pourquoi il est manifestequ'ainsi que tout ce qui arrive, de même toutes ces éclipsesse font par l'ordre du grand ouvrier. " Hâtez-vous , Seigneur, dem'exaucer, mon âme est tombée dans la défaillance (7)." Que dites-vous ? vous pressez le médecin de vous guérir? nullement. Mais, ici encore, c'est l'habitude des âmes dans l'affliction,comme des hommes que les malheurs éprouvent, de faire venir lesmédecins, même quand rien ne presse, et de pourvoir vite àla délivrance. Voilà pourquoi le Psalmiste aussi ajoutait: " Mon âme est tombée dans la défaillance. " Or, siDieu peut réveiller, même au sein de la mort, à bienplus forte raison le peut-il, avant que la mort ait frappé. Mais,comme je l'ai dit, c'est par là qu'éclate la faiblesse denotre nature. Le Psalmiste savait bien que, pour Dieu, tout est facile,mais l'homme ne peut pas résister à ses maux. " Ne détournezpas de moi votre visage, de peur que je ne sois semblable à ceuxqui descendent dans la fosse. " Autre texte : " Ne cachez pas votre visageloin de moi. " Or, d'où vient que Dieu détourne son visage? Dieu lui-même le dit par l'organe d'Isaïe : " Est-ce que mamain s'est raccourcie? ce sont vos iniquités qui font la séparationentre moi et vous. " (Isaïe, LIX, 1, 2.) Donc, quand nous faisonsquelque action mauvaise, il se détourne. " Vos yeux sont purs, "dit un prophète, " pour ne point souffrir le mal, et vous ne pouvezregarder l'iniquité. " (Habacuc, I, 13.) Et voilà pourquoiencore il se détourne des arrogants. " Sur qui jetterai-je les yeux,dit le Seigneur, sinon sur l'homme doux et paisible qui écoute mesparoles avec tremblement ? " (Isaïe, LXVI, 2.) Appliquons-nous doncà cette vertu, afin d'attirer sur nous les regards du Seigneur;afin de ne pas tomber dans le gouffre du vice, rempli d'épaissesténèbres. Ceux mêmes qui sont tombés peuventremonter, il faut donc que ceux qui tombent ne restent pas couchéscontre la terre.

Maintenant, la fosse où sont les bêtes féroces etqui est pleine de ténèbres, c'est la nature du péché.Sachons donc y jeter les cordages des Ecritures pour lier notre volonté,et, si nous tombons, nous nous relèverons promptement. Et maintenantdans quelle pensée entreprendrons-nous de remonter ? quand nousserons tombés, pas de dégoût, pas de désespoir,mais chantons, pour notre usage, ces paroles du Prophète : " Quandon est tombé, est-ce qu'on ne se relève point ? " (Jérém.VIII, 4.) Et encore : " Si vous entendez aujourd'hui sa (274) voix, gardez-vousbien d'endurcir vos coeurs, comme il arriva au temps du murmure qui excitasa colère. " (Ps. XCIV, 8, 9.) Faisons-nous, avec cette pensée,des liens qui nous ramènent vers lui. " Faites-moi bientôtentendre une réponse de miséricorde, parce que c'est en vousque j'ai mis mon espérance (8). " Un autre texte : " Faites-moientendre, dès le matin, une réponse de miséricorde." C'est-à-dire, promptement.

6. Comprenez-vous ce que demande l'âme affligée, bouleversée? elle veut être entendue, avant l'épreuve, afin que l'espérance,que l'attente la redresse. La demande revient à ceci : faites queje me relève, comme vous me l'avez promis ; vient ensuite un motiflégitime, pour obtenir ce qu'on demande: " Parce que c'est en vousque j'ai mis mon espérance. " Dieu en effet demande, avant tout,que nous levions toujours nos yeux vers lui ; que, sans cesse, nous noussuspendions à lui : " Faites-moi connaître la voie dans laquelleje dois marcher. " Ceci peut, si vous le voulez, s'exprimer comme il suit: attendu que ma conscience s'est abîmée dans le vice , jedemande une conscience nouvelle : ou encore il entend ici par voie nombrede choses ignorées des hommes, ce que Paul nous montre aussi parces paroles : " Nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu,par nos prières. " (Rom. VIII, 26.) Si Paul, doué d'une sigrande connaissance, est ignorant sur ce point, qu'y a-t-il d'étonnantque le Psalmiste aussi professe la même ignorance? Et maintenant,voyez qu'il ne recherche ici rien de sensible, mais la voie qui conduità Dieu, et qu'il commence lui-même par faire d'abord ce quidépend de lui. En effet, il ne se borne pas à dire: faites-moiconnaître la voie qui conduit vers vous; mais que dit-il? " Parceque j'ai élevé mon âme vers vous , " c'est-à-dire,je me suis attaché à vous, c'est sur vous que je tiens mesyeux fixés, c'est vous seul que je regarde. Voilà, en effet,à quelle condition Dieu se fait connaître. Aussi, disait-ilen parlant des Juifs, quand on lui demandait pourquoi il ne leur adressaitque des paraboles : " En voyant ils ne voient point, en écoutant,ils n'entendent point. " (Matth. XIII, 13.) Quant à cette expression," j'ai élevé, " elle signifie j'ai conduit vers vous, j'aitransporté vers vous mon âme.

" Délivrez-moi de mes ennemis, Seigneur, parce que c'est àvous que j'ai recours (9). " Vous voyez que, partout, la prièreest justifiée. " Ne détournez pas de moi, dit-il, votre visage,parce que c'est en vous que j'ai mis mon espérance. Faites-moi connaîtrevotre voie, parce que j'ai élevé mon âme vers vous.Délivrez-moi de mes. ennemis, parce que c'est à vous quej'ai recours. Enseignez-moi à faire votre volonté, parceque vous êtes mon Dieu (10). " Il ne se borne pas à dire enseignez-moivotre volonté, mais : " Enseignez-moi à faire votre volonté," c'est-à-dire conduisez-moi jusqu'à la pratique; car ilest besoin du secours d'en-haut, de l'enseignement du ciel, pour que nousnous avancions dans la voie qui conduit à la vertu, et n'oublionspas cette condition, que nous ne demeurions pas inactifs, mais que nousfassions ce qui dépend de nous. " Parce que vous êtes monDieu. " Voyez-vous que ces prières n'ont rien que de spirituel ?il ne s'agit pas d'argent, de puissance, de gloire, mais de l'accomplissementde la volonté de Dieu. Voilà ce qu'il demande; ce qui estle trésor de tous les biens, la richesse qui ne manque jamais, leprincipe et la racine de la félicité, et le milieu, et lafin. "Votre esprit souverainement bon me conduira dans une terre droiteet unie. " Voyez-vous comment nous apprenons, comment nous recevons l'enseignementrelatif à cette voie ? c'est par le moyen de l'Esprit-Saint. Aussi,disait Paul, " Dieu nous a révélé par son Esprit." (I Cor. II, 10.) Dans une terre droite et unie. " Si vous prenez le motau propre, il désigne par là sa patrie ; si vous le prenezdans le sens anagogique, il entend la voie qui conduit à la vertu.Un autre texte dit : " Dans une terre plane ; " . c'est qu'en effet iln'y a rien de plus uni, qui ressemble plus à une surface plane quela vertu, libre de tout ce qui trouble, de tout tumulte : " Vous me ferezvivre, Seigneur, pour la gloire de votre nom. " Voyez-vous, ici encore,que c'est vers Dieu qu'il se réfugie, qu'il ne fonde pas sa confiancesur sa conduite? " Selon l'équité de votre justice vous ferezsortir mon âme de l'affliction qui la presse. " Un autre texte :" Selon votre miséricorde. " Voyez-vous la véritéde ce que je disais plus haut, qu'il donne souvent à la justicelet nom de clémence ? "Vous ferez sortir mon âmes ! de l'afflictionqui la presse. Priez en effet, dit le Seigneur, pourrie pas entrer en tentation." (Marc XIV, 38.) " Et vous exterminerez tous (275) mes ennemis, par uneffet de votre miséricorde (12). " Ce n'est pas, dit-il, parce quej'ai rien mérité, mais à cause de votre clémence,que vous me délivrerez de ceux qui me font la guerre. Délivrez-moide ceux qui m'entourent de piéges; faites que je respire un peudans mon affliction; " et vous perdrez tous ceux qui persécutentmon âme, parce que je suis votre serviteur. " Vous voyez, ici encore,que la prière est justifiée; nous n'avons, à vraidire, aucun droit d'être exaucés; mais il faut nous préparerde manière à mériter ce que nous désirons,il faut faire ce qui dépend de nous, avant de rien demander. Car,il ne suffit pas de la seule prière; les Juifs aussi priaient, ets'entendaient dire : "Lorsque vous multiplierez vos prières, jene vous écouterai point. " (Isaïe, I, 15.) Et qu'y a-t-il d'étonnantque les Juifs ne fussent pas écoutés, quand Jérémielui-même, priant pour eux, est réprimandé, et s'entenddire, une fois, deux fois: " Ne priez point pour ce peuple, parce que jene vous écoulerai point? " (Jérém. VII, 16) ? Et qu'ya-t-il d'étonnant que Jérémie ne soit pas écouté?"Quand même, " dit le Prophète, " et Noé, et Job, etDaniel, se trouveraient en ce pays, ils ne délivreraient ni leursfils, ni leurs filles. " (Ezéch. XIV, 74,16.) Instruits de ces vérités,ne nous contentons pas de prier; mais, en même temps que nous prions,rendons-nous dignes de nous voir décerner, et les biens de la vieprésente, et les biens à venir. Puissions-nous tous les recevoiren partage, par la grâce et par la bonté de Notre-SeigneurJésus-Christ, à qui appartiennent la gloire et l'empire,dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLIII

" BÉNI SOIT LE SEIGNEUR MON DIEU,QUI APPREND A MES MAINS A COMBATTRE, ET MES DOIGTS A FAIRE LA GUERRE. "

1. Que dites-vous ? le Seigneur vous apprend à faire la guerre,à livrer des combats, des batailles rangées? sans doute,et on ne se trompera pas en lui attribuant les victoires ainsi remportées;car c'est là ce que signifie cette expression , " Qui apprend àmes mains. " C'est-à-dire qui me rend vainqueur de mes ennemis,qui me donne la force, et me permet d'élever des trophées.En effet, quand David renversa Goliath, Dieu fut l'auteur de la victoire;et quand le même David fit avec succès un grand nombre deguerres, érigea des trophées, emporta d'assaut des villesennemies, ce fut Dieu encore qui le rendit victorieux. Et voilàpourquoi il chantait: " Le Seigneur fort et puissant , le Seigneur puissantdans le combat. " (Ps. LXXXII, 3.) Du temps de Moïse aussi , Dieuopéra grand nombre d'actions guerrières.

Mais il est encore une autre guerre, plus redoutable que les combatsordinaires des hommes, une guerre où nous avons surtout besoin dusecours d'en-haut, lorsque nous avons à combattre les puissancescontraires à notre nature. Et maintenant la preuve que nous avonscontre ces puissances une guerre à soutenir, écoutez ce quedit Paul: " Car nous avons à combattre , non contre des hommes dechair et de sang, mais contre les principautés et les puissances,contre les princes du monde de ce siècle ténébreux." (Eph. VI, 12.) Guerre d'autant plus redoutable que ces puissances sontd'une autre nature, d'une nature invisible, et qu'il ne s'agit pas, dansla lutte , de petits intérêts , mais de notre salut ou denotre perte. Impossible ici de voir manifestement les victimes; impossiblede connaître par avance les époques , les difficultés,les lieux, ni quoi que ce soit des circonstances de cette guerre. En effet,c'est sur la place publique, c'est dans l'intérieur de la maison,c'est. à l'heure où on se livre, soit aux jeux, soit au reposque ces phalanges vous attaquent, de sorte qu'il faut être fortifiésans cesse et à toute heure. Car cette guerre se fait sans trêve,sans messager qui la déclare, sans rien de semblable; c'est uneguerre qui ne s'annonce pas, qui ne se déclare pas; et voilàpourquoi il faut toujours être fortifié, être pourvude tout ce qui donne la force et la vie. Les vivres pour cette guerre,les armes qu'elle réclame, c'est la lecture de L'Ecriture sainte; qui en est privé, meurt de faim. En effet, dit le Prophète: " Je leur enverrai, non la famine du pain, ni la soif de l'eau, maisla famine qui veut entendre la parole du Seigneur." (Amos, VIII, 11.) Danscette guerre donc, aussi bien que dans les batailles ordinaires , il fautle secours d'en-haut. " Ce n'est point, " dit le Psalmiste, " dans sa grandepuissance qu'un roi trouve son salut, et le géant ne se sauverapoint par la grandeur de ses forces. Le cheval trompe celui qui en attendson salut, et toute sa force ne sauvera point l'écuyer. " (Ps. XXXII,16, 17.) Aussi , beaucoup d'ennemis ont-ils été mis en déroutepar ceux qui tout d'abord avaient confié aux prières la missionde conduire leurs armes, et de rompre les phalanges ennemies. " Il esttout rempli de miséricorde pour moi ; il est mon refuge, mon défenseuret mon libérateur (2). " Voyez-vous, ici encore, la prièreadressée à la clémence pour obtenir le salut? Et maintenant,il est encore une autre pensée qu'exprime ici le Psalmiste. Voicien effet ce qu'il montre, et ce qu'il dit: Je ne serais pas mêmedigne de miséricorde, si Dieu de lui-même n'écoutaitma prière. Donc c'est Dieu qui, " Est tout rempli de miséricordepour moi. " Cette miséricorde en effet, je ne l'ai pas méritéepar mes actions; il a beau être tout rempli de miséricorde,cette miséricorde pourtant, il ne la fait pas sans distinction.En effet, dit le Seigneur; "je ferai miséricorde à qui ilme plaira de faire miséricorde, et j'aurai pitié de qui ilme plaira d'avoir pitié. " (Rom. IX, 15.) Il faut donc, si nousvoulons obtenir la miséricorde, lui donner, par notre conduite,une raison d'exercer sa clémence. Et maintenant, par cela mêmequ'il a obtenu miséricorde, le Psalmiste dit que c'est un bienfaitde Dieu. Comprenez-vous bien cette contrition? Comprenez-vous cette reconnaissance,et voyez-vous comme il attribue le tout à la bonté de Dieu?" Il est mon refuge, mon défenseur et mon libérateur, etc'est en lui que j'ai mis mon espérance. " Il ne se lasse pas, dedéposer en (277) Dieu son espérance, donnant, à tousles hommes, cette leçon, qu'il faut tenir bon dans les dangers;qu'il faut, au sein de l'adversité, tenir ses regards attachéssur Dieu; qu'il ne faut jamais , ni désespérer ni se laisserabattre. Car c'est lui qui " est mon refuge et mon défenseur. "Et si , quand les dangers commencent, il ne me couvre pas , il ne me défendpas, même alors je dois avoir pleine confiance; si c'est lui quiest mon refuge , il saura bien toujours me délivrer des dangers.En effet, voici surtout en quoi consiste l'espérance : les objetsqui frappent nos yeux , devraient nous jeter dans le désespoir,et, au contraire, nous sommes pleins de confiance, et nous attendons unmeilleur avenir. " C'est lui qui assujettit mou peuple sous moi. " Voilàqui est bien dit, car, ici encore, il est besoin du secours d'en-Haut,pour que les sujets consentent à la sujétion, pour qu'iln'y ait ni sédition ni révolte. Ce n'est pas seulement poursoumettre les ennemis , ruais encore pour s'assujettir ceux de la mêmenation , de la même famille, qu'il est besoin d'un fort secours d'en-haut.C'est un grand privilège que de bien gouverner les siens; ce succèsn'est pas moindre que la victoire sur les ennemis. On a vu en effet, biensouvent, dans les guerres, des vainqueurs élever des trophées,et dans la paix ces vainqueurs étaient immolés pour n'avoirpas su tenir d'une manière convenable leurs sujets sous la bride.Ce n'est donc pas à la puissance des princes qu'il faut attribuerla soumission de ceux qui sont en armes, mais au secours de Dieu. Et, demême que c'est de Dieu qu'émanent les victoires sur les ennemis,de même c'est lui qui opère l'obéissance des peuplesà leurs princes. " Seigneur , qu'est-ce que l'homme pour vous êtrefait connaître à lui ? ou qu'est-ce que le fils de l'hommepour que vous l'estimiez? " Un autre texte: " Qu'est-ce que l'homme, pourque vous cherchiez à le connaître ? " Un autre texte: " Qu'est-ceque l'homme pour que vous le reconnaissiez? " Il faut bien que ce soitun être plein de grandeur, celui qui est destiné àconnaître Dieu, ou plutôt à être connu de lui;et encore celui à qui Dieu aura voulu se révéler.Aussi, les Septante disent avec une parfaite justesse : " Pour vous êtrefait connaître à lui , " montrant par là , que ce n'estpas nous qui l'avons trouvé , mais lui-même qui s'est laissétrouver. En effet, le texte ne dit pas: Qu'est-ce que l'homme pour vousconnaître ? mais: " Qu'est-ce que l'homme pour vous être raitconnaître à lui?

2. Et voilà pourquoi Paul, à son tour, ne cesse pas dereprendre cette pensée en tout sens : " Mais alors je le connaîtrai,comme je suis moi-même connu de lui. " (I Cor. XIII, 12.) Entendezle Christ lui-même : " Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, maisc'est moi qui vous ai choisis. " (Jean, XV, 16.) Entendez maintenant Pauldans un autre passage : " Si quelqu'un aime Dieu, il est connu de lui." (I Cor. VIII, 3.) Et voilà pourquoi il ne cesse pas de dire etde répéter sans cesse que lui-même a étéappelé, nous montrant par là, que ce n'est pas lui qui acouru vers le Seigneur, mais que d'abord il a été appelé.De même, il dit encore dans un autre passage : " Je poursuis ma coursepour tâcher d'atteindre où Jésus-Christ m'a destiné." (Philip. III, 12.) Il ne dit pas pour tâcher d'atteindre oùje me suis destiné, mais, " où Jésus-Christ " m'adestiné. " Et maintenant comment le Psalmiste dit-il : " Qu'est-ceque l'homme? " On sait bien qu'un autre dit : " C'est une grande choseque l'homme, c'est une chose précieuse que l'homme plein de miséricorde." Autre part : " Dieu le créa à son image. " (Gen. I, 27.)" Il a reçu en partage le gouvernement de toutes les créatures." (Eccl. XVII, 1.) " Et il y a eu quelques hommes : dont le monde n'étaitpas digne. " (Hébr. XI, 38.) Mais ces paroles concernent la vertu,que quelques hommes ont pu montrer. " Qu'est-ce que l'homme ? " Il s'agitici de la nature, la nature de l'homme est grande : mais si vous considérezla connaissance qu'il a reçue en partage, il s'en faut de beaucoupque cette connaissance égale sa nature.

Ces paroles sont pour les hérétiques, pour ceux qui vont,dans leur délire, jusqu'à oublier les bornes de leur nature;ignorants, qui ne comprennent pas que ce qu'ils prétendent savoirest au-dessus de leur raison. En effet, il peut y avoir de l'ignorancedans la connaissance et de la connaissance dans l'ignorance, et , si vousvoulez bien , considérons à ce point de vue les objets sensibles.Dites-moi en effet ce que vous penseriez de celui qui dirait qu'il peutmesurer la mer, qu'il sait combien elle renferme de coupes? Des parolesde ce genre ne prouveraient-elles pas qu'on ignore plus que personne ceque c'est que la mer? (278) Celui au contraire qui avoue ne pas le savoir,mais qui affirme l'immensité défiant toute mesure, celuilà connaît le mieux la mer. Supposez un homme vous disant: J'ai vu Dieu, je l'ai saisi de mes propres yeux, cet homme-làn'ignore-t-il pas absolument la nature de Dieu? Lui qui fait un êtrevisible de l'être qui ne tombe pas sous les sens, en voulant grossirsa connaissance il perd même celle qu'il pourrait avoir. Supposezmaintenant un homme disant : Dieu n'est pas visible, personne ne peut levoir; cet homme-là n'a-t-il pas une grande connaissance de Dieu?Supposez maintenant un homme disant que Dieu est incompréhensible;un autre, au contraire, qu'on peut le comprendre ; n'est-il pas vrai dedire que le dernier ignore, que le premier sait la nature de Dieu? Ne voyez-vouspas que Paul aussi marche par cette voie, en disant : " Ce que nous avonsde science et de prophéties, est imparfait. " (I Cor. XIII, 9.)Considérez tout ce qu'il a fallu de prodiges pour nous apprendre,non pas quelle est la substance de Dieu, mais qu'il y a un Dieu. C'estdonc là encore ce que dit Paul : " Pour s'approcher de Dieu, ilfaut croire premièrement qu'il y a un Dieu. " (Hébr. XI,6.) La création tout rentière le proclame; " la grandeur,la beauté des créatures fait qu'on s'élèvevers le Créateur. " (Sagesse, XIII, 5.) La constitution mêmede l'homme, les honneurs qu'il a reçus de Dieu, les châtiments,les bienfaits, les différents conseils qui le gouvernent, les prédictionsdes prophètes, les divers miracles, voilà par quels moyensDieu se montre; et ensuite est venu le Fils unique qui a mis l'admirableet prodigieux couronnement qui complète cette économie. Etlorsque tant d'hommes encore ne voient pas ce qui est manifeste, tu prétendscomprendre, par ta raison propre, la substance de ce Dieu? Donc, m'objecte-t-on,vous ne connaissez pas Dieu ; loin de nous cette ignorance. Assurément, je sais qu'il existe, je sais qu'il est clément, bon, miséricordieux,prévoyant, prenant soin de toutes choses ; je sais tout ce qu'enont dit les Ecritures ; mais maintenant quelle est la substance de Dieu? Je n'en sais rien. Adam aussi crut pouvoir en découvrir davantage;le démon lui inspira cette prétention et Adam perdit mêmece qu'il possédait. C'est ce qui arrive aux hommes, qui se laissentconduire par la raison humaine et qui ne veulent pas comprendre, que c'estle Seigneur qui donne la sagesse ; que c'est de sa bouche, que sortentla prudence et la science. (Prov. II, 6.) Ils ne veulent pas entendre ceque dit Paul : " Dieu nous l'a révélé par son Esprit." (I Cor. II, 10.) Paul bannit, par là, les raisonnements humains: " Détruisant, " dit-il, " les raisonnements et toute hauteur quis'élève contre la science de Dieu. " (I Cor. II, 10; II Cor.X, 5.) Et un autre sage : " Les raisonnements des hommes sont timides etleurs inventions chancelantes. " (Sagesse, IX, 5.) " Qu'est-ce que l'hommepour vous être fait connaître à lui? " Considérezl'infini de cette grandeur, ou plutôt même en parlant ainsi,je ne fais pas entendre une parole digne de Dieu, mais je ne sais de quellangage me servir; car, quand nous parlons de grandeur à proposde Dieu, nous n'employons pas des termes propres; mais puisqu'il n'estpas permis de trouver d'autres termes, je me sers de ceux qui se rencontrent.En effet, quand je l'appelle le Très-Haut, je ne le circonscrispas dans un lieu, mais je montre l'élévation, la grandeurde sa nature, qui le distingue, qui le met en dehors; au-dessus de tousles êtres. Voilà pourquoi le Psalmiste dit.

" Qu'est-ce que l'homme pour vous être fait connaître àlui ? " En effet, Dieu l'a fait humble et lui a départi de grandsprivilèges, de manière qu'il ne put pas s'exalter, lorsquela modestie est la conséquence nécessaire de la bassessede sa nature. " Ou qu'est-ce que le Fils de l'homme pour que vous l'estimiez?" Avez-vous bien compris la majesté de la nature de Dieu? " L'hommeest devenu semblable à la vanité (4.). " Un autre interprète,au lieu de : " A la vanité, " dit : " A une vapeur. " Or, ce mot" vanité " ne signifie pas autre chose que ceci . que l'homme estcaduc, ne vit qu'un temps, que sa vie est courte; dans ce passage, il s'agitdu corps, et voilà pourquoi Abraham disait : " Je ne suis que terreet cendre. " (Gen. XVIII, 27.) Et maintenant Isaïe: " Toute chair,n'est que de l'herbe et toute sa gloire est comme la fleur des champs." (Isaïe, XL, 6.) Mais maintenant, que signifie " L'homme est devenusemblable à la vanité?" Cela veut dire au néant; iln'est rien, en effet, parmi les choses humaines, qui soit ferme ni stable;tout passe, tout disparaît promptement. " Ses jours passent commel'ombre, " c'est-à-dire même dans le présent il n'ya en eux aucune stabilité et ils s'envolent vite.

279

3. Et maintenant , considérez cette vérité dansla réalité même des choses ; réfléchissezsur les puissants de ce monde, qui se font traîner dans des chars,qui exercent des magistratures, qui jettent les hommes en prison, qui condamnentaux verges ; quelle différence y a-t-il entre eux et une ombre?Je ne dis pas seulement, au moment de la mort; je dis, même avantla mort. En effet, quand ils ont déposé leur magistraturetoute leur pompe disparaît et s'envole; mais c'est ta réalitéqui nous attend, après notre départ d'ici. Il y aura un compteréel à rendre, des châtiments réels, des biensréels aussi, et le juge est celui qu'il est absolument impossiblede tromper. Au contraire, ce qui se passe sous nos yeux, ressemble àdes jeux d'enfants; qui juge aujourd'hui est jugé demain ; les changementsse pressent, se succédant rapidement; c'est l'inconstance dans cequi ne fait que passer. " Seigneur, abaissez vos cieux et descendez, touchezles montagnes et elles se réduiront en fumée (5). " Un autre: " Quand a vous avez incliné vos cieux que vous êtes descenduet que vous avez touché les mon"fagnes, elles ont étéréduites en fumée. " Que signifie cet enchaînementde paroles? Enchaînement, oui certes, et les paroles présentestiennent fortement à ce qui précède. En effet, aprèsavoir parlé de la bassesse humaine, montré le néantde notre nature, le Psalmiste lui impose encore un frein ; il réprimel'arrogance qui se gonfle, il ajoute des paroles qui reviennent àpeu près à ceci. Certes, ils auraient bien dû, pareux-mêmes, comprendre la bassesse de leur nature et ne pas tant secomplaire en eux-mêmes et ne pas concevoir tant de fierté;mais, puisqu'ils ne le veulent pas, montrez-leur, Seigneur, par la réalitémême, à quelle bassesse ils sont réduits.

"Seigneur, abaissez vos cieux, et descendez. " Ce qu'il dit, ce n'estpas que Dieu descende; en effet comment pourrait-il descendre, Celui quiest présent partout? Mais il veut, par ces expressions humaines,inspirer la terreur aux auditeurs d'un esprit un peu lent; il parle doncde ces choses, en se conformant au langage humain. Sans doute, cette actionde fou. cher les montagnes paraît avoir de la grandeur; elle esttoutefois assurément de beaucoup au-dessous de la dignitéde Dieu. En effet, Dieu p'a pas besoin de toucher les montagnes, pour lesréduire en fumée; il n'a pas même besoin de faire unsigne; il lui suffit d'y penser, de le vouloir. Donc, après avoirparlé de la bassesse de l'homme, il parle encore de la puissancedu Dieu, autant que l'homme peut traiter un pareil sujet; car, ses expressionsencore sont bien au-dessous de cette majesté. " Faites briller voséclairs et vous les dissiperez; envoyez vos flèches, et vousles remplirez de trouble (6). " Eclairs, ici, et flèches ne sontpas pris dans le sens propre; il désigne ainsi les supplices, s'appuyantsur des faits connus, pour persuader, à celui qui mépriseDieu, au lâche, au négligent, de trembler, de respecter aveccrainte, et de s'abaisser. Si, en effet, on ne peut supporter l'éclair,quoiqu'il ne soit pas envoyé pour le châtiment, à l'heureoù Dieu voudra punir, qui pourra le supporter? Et maintenant, lesflèches de Dieu sont les pestes, les famines, les malheurs imprévus,les innombrables supplices. "Faites éclater, du haut du ciel, votremain toute-puissante, et délivrez-moi; sauvez-moi de l'inondationdes eaux, de la main des enfants étrangers (7). " C'est qu'en effetla puissance de Dieu n'est pas prompte, seulement pour punir, mais pourconserver. Quant à la main, elle marque ici l'assistance, le secours.Et voilà pourquoi il ne dit pas, étendez, mais: " Faiteséclater. " Si d'ailleurs il dit, dans quelqu'autre passage, " Etendez," cette expression a le même sens. Maintenant l'inondation marquel'irruption insolente des ennemis, l'attaque courtise et impétueuse.Ce qui prouve en effet qu'il ne s'agit pas ici des eaux à proprementparler, c'est ce qu'il ajoute: " De la main des enfants étrangers." Or, ces enfants étrangers me paraissent indiquer ici ceux quisont étrangers à la vérité. De même,en effet, que les fidèles sont regardés par nous comme desfrères, de même nous regardons comme des étrangersles infidèles; et c'est surtout par cette raison que nous distinguonsl'étranger de Celui qui nous tient de près par l'affection.En effet, celui-là est mon parent, qui a le même pèreque moi, qui participe à la même table, il me tient de plusprès que celui qui m'est uni seulement par la communautéde race. Ce genre de parenté est plus parfait que l'autre, de mêmeque l'éloignement par suite de dispositions et de principes contraires,est plus déclaré, plus évident que celui qui résultede la diversité des familles. Donc ne vous arrêtez pas àce fait, que nous vivons sous le même ciel, dans la même partie(280) du monde; car ce qu'il me faut, c'est une autre communion qui surpassele ciel; là est ce qui nous rapproche, et ce qui nous fait vivre.En effet, dit l'Apôtre : " Notre vie est cachée en Dieu avecJésus-Christ. " (Coloss. III, 3.) Nous n'habitons plus la terre;mais nous nous sommes transportés dans la métropole d'enhaut;nous y avons une autre lumière, la vraie lumière, une autrepatrie, d'autres concitoyens, d'autres parents. Et voilà pourquoi,disait Paul : " Vous n'êtes plus des étrangers, ni des voyageurs,mais vous êtes concitoyens des saints. " (Ephés. II,19.) Commentdonc le Christ a-t-il pu dire que le samaritain était le prochain,lui séparé du peuple par un si grand intervalle? (Luc, X,36.) Cela n'a pas été dit par rapport à la nature,cela signifie que lorsqu'il s'agit de bien à faire, il faut quetout homme soit pour vous le prochain; mais quand il s'agira de la vérité,discernez quel est le prochain et quel est l'étranger. Vous avezbeau avoir un frère du même père et de la mêmemère, s'il n'est pas en communion avec vous sous la loi de la vérité,qu'il soit plus étranger pour vous que n'importe quel scythe oubarbare. Et maintenant, si c'est un scythe ou un sarmate, mais qui possèdela connaissance pleine et entière des dogmes, qui ait la mêmecroyance que vous, il doit être plus votre parent que celui qui estsorti des mêmes flancs que vous. Et voilà comment nous distinguonsle barbare de celui qui ne l'est pas; nous ne consultons ni la langue nil'origine, mais la pensée, mais l'âme. En effet, ce qui constituel'homme avant tout, c'est l'observance pleine et entière des dogmes;c'est la vie conforme à la sagesse.

4. Mais voyons maintenant la peinture que le Prophète présentede ces étrangers, quand il nous dit : " Sauvez-moi de la main desenfants étrangers, dont la bouche profère des paroles vaines,et dont la droite est une droite pleine d'iniquités (8). " Voyez-vousquels sont ceux qu'il appelle des étrangers? Ceux qui vivent dansle crime, ceux qui aiment l'iniquité, ceux qui tiennent des discoursinsensés, qui ne disent rien d'utile. Reconnaissez donc les étrangers,à leurs discours, à leurs paroles. C'est ainsi que le Christdit. " Vous les connaîtrez par leurs fruits. " (Matth. XII, 16.)En effet, de même qu'on donne aux soldats un grand nombre de signespour se reconnaître, de telle sorte que si un combat a lieu pendantia nuit, ou si des tourbillons de poussière obscurcissent le jouret amènent les ténèbres, ou si quelque confusion ouperturbation arrive, ils ne soient pas exposés à prendreleurs compagnons pour leurs ennemis, ni les ennemis pour leurs compagnons;de même le Prophète nous donne dans ce passage des signespour nous permettre de distinguer le parent et l'étranger, àsavoir leurs discours et leurs actions. " Dont la bouche profèredes paroles vaines, et dont la droite est une droite pleine d'iniquités." C'est qu'en effet nous avons à soutenir une guerre, une bataille,un combat nocturne des plus cruels; les démons nous frappent; nospassions nous tendent des piéges; nos pensées se soulèventcontre nous. Il y a aussi, pour les initiés aux mystères,des signes de reconnaissance, et si nous voulons distinguer le profanede l'initié ces signes nous serviront.

" Dont la droite est une droite pleine d'iniquités. " Quoi deplus triste que de voir cette main, faite pour nous secourir, devenir uninstrument de trahison ! En effet, si nous avons des mains, c'est pournous préserver nous-mêmes et préserver les autres del'injure; c'est pour faire disparaître les crimes, c'est pour servirde port et de refuge à ceux qui subissent la violence et l'injustice.Quelle sera donc l'excuse de ceux qui se servent de ces armes, non pourle salut des autres, mais pour leur pro lire perte? " Je vous chanterai,ô Dieu, un nouveau cantique (9). " Quel est encore ici l'enchaînementdes pensées? enchaînement parfait. Car le Psalmiste a dit: " Faites éclater votre main, et sauvez-moi, " et dispersez-les,et il proclame qu'il saura reconnaître ce , secours en offrant unerécompense inutile, il est vrai, à Dieu qui la recevra, maistrès-avantageuse à l'homme qui l'offrira. Or, quelle seracette offrande ? " Je vous chanterai, ô " Dieu, un nouveau cantique." C'est bien peu de chose, si on compare ce don à la grandeur dubienfait. Mais le fidèle a donné tout ce qu'il , avait; etnous aussi, nous ne demandons aux pauvres, à ceux qui ne possèdentrien, que le remerciement et la gratitude. Pour nous, ce que nous en faisons,c'est pour être glorifiés, Dieu, au contraire, n'a pas besoind'être glorifié, mais il veut glorifier ceux qui le chantent,et trouver ainsi l'occasion de leur décerner de nouveaux bienfaits." Je vous chanterai sur l'instrument à dix cordes, " c'est-à-dire,je vous rendrai grâces. On avait alors des (281) instruments pourchanter les cantiques ; aujour-d'hui au lieu d'instruments nous pouvonsnous servir de notre corps; nous pouvons en effet chanter par nos yeuxet. non seulement par notre langue; nous pouvons chanter par nos mains,par nos pieds et par nos oreilles. En effet, quand chacun de ces organesfait ce qui est, pour Dieu, un sujet d'honneur et de gloire, quand l'oeiln'a pas de regards impudiques; quand les mains ne s'allongent pas pourla rapine, mais se déploient pour l'aumône; quand les psaumes,quand les discours spirituels trouvent des oreilles prêtes àles recevoir; quand nos pieds courent à l'église; quand notrecoeur ne devient pas un atelier de ruses, mais un foyer de charité,les membres de notre corps forment un psaltérion, une lyre, et chantentun nouveau cantique, non-seulement de paroles, mais un cantique d'actions." Qui donnez le salut aux rois (10). " Et en effet, ce ne sont pas lesforteresses, les nombreux soldats, les satellites, les gardes du corps,mais le secours de Dieu qui les conserve. " Qui sauvez David votre serviteur." Après avoir parlé en général, le voici quiparle de lui en particulier, et il ne dit pas qui avez sauvé, mais" qui sauvez, " montrant la perpétuité de la providence deDieu.

5. Et ensuite il renouvelle la prière déjà faite,conjurant, suppliant pour être délivré des méchants,et il dit: " Sauvez-moi du glaive meurtrier, retirez-moi d'entre les mainsdes enfants étrangers dont la bouche profère des parolesvaines et dont la droite est une droite pleine d'iniquités (11)."

" Leurs fils sont comme de nouvelles plantes dans leur jeunesse (12.)" Il décrit ici les prospérités et les richesses dece monde, et il place au premier rang, comme il est juste, d'avoir desenfants à qui tout prospère, tressaillant de joie, des enfantsdes deux sexes ; il ajoute donc: " Leurs filles sont parées et ornéescomme des temples." Il montre ici, avec la jeunesse, l'excès duluxe, les bandelettes, l'attirail de la coquetterie des femmes, ce quiest le fruit d'une grande prospérité. Ensuite, ce qui paraîtau second rang, ce qu'aujourd'hui peut-être on mettrait au premier,c'est la richesse, qu'il dépeint par ces paroles: " Leurs cellierssont si remplis qu'ils regorgent les uns dans les autres (13). " Qu'est-ceque cela veut dire: " Qu'ils regorgent les uns dans les autres? " Les cellierstrop petits, dit-il, ne peuvent pas contenir leurs richesses: " Leurs brebissont fécondes, et leur multitude se fait remarquer quand elles sortent;leurs vaches sont grasses (14). " Ce qui ne paraissait pas alors indifférentpour la prospérité. Les anciens, en effet, faisaient consisterles richesses en brebis, en troupeaux de gros bétail, en toute espècede troupeaux, en semences ; on n'avait pas encore trouvé la lâchetéet la mollesse de nos jours. " Il n'y a point de brèche dans leursmurailles, ni d'ouverture par laquelle on puisse passer; " ce qui veutdire que leurs champs sont cultivés avec toute espèce desoin et de zèle, qu'ils ont des trésors de fruits; que leurshaies se tiennent; que leur vigne est, de toutes parts, bien plantée,et bien défendue. " Et l'on n'entend point de cris dans leurs places;" un autre texte: " Dans leurs vestibules ; " autre espèce de prospérité,.maisque toute espèce de richesse ne donne pas, à savoir la paix,la tranquillité, la sécurité. Il n'est personne pourleur préparer des piéges ; personne pour leur faire la guerre; aucun tumulte, aucune confusion : " Ils ont appelé heureux lepeuple qui possède tous ces biens ; mais plutôt, heureux lepeuple, qui a le Seigneur pour son Dieu (15). " Voyez-vous la vertu dufidèle? Il a fait comparaître toutes les richesses; il lesa toutes nommées, il a dit ensuite ce qu'en pense le vulgaire, etpour lui, il n'en retire aucune impression humaine. Et il ne regarde pascomme heureux les possesseurs de ces biens, mais, les négligeanttous, c'est sur le véritable trésor qu'il fait reposer sonbonheur. Les autres, dit-il, ont appelé heureux ceux qui possèdentces biens, mais moi, je regarde comme heureux le peuple qui a le Seigneurpour son Dieu. Et, par cette seule expression, il fait voir en quoi consistetout bonheur, toute espèce de biens, toute puissance. En effet,ces biens de la terre s'écoulent et passent; notre bonheur, au contraire,demeure éternellement; à la place des brebis, des fils, desboeufs, des haies, des vignes, c'est la béatitude de Dieu qui seranotre trésor, notre sécurité, notre mur inexpugnable.Donc, en entendant ces paroles, ne vous laissez troubler par aucun desattachements de la terre ; allez, et laissant loin de vous les ombres,saisissez-vous de la vérité. En effet, il a débutéen disant que l'homme est semblable à la vanité, et que sesjours sont comme l'ombre qui passe. Donc, si vous voyez quelques-uns deces heureux, comblés (283) de tous les biens, vivant dans le crime,quand l'univers entier les estimerait heureux, jugez-les, vous, des infortunésqu'il faut plaindre. Quant à ceux, au contraire, qui se sont vouésà Dieu, dites qu'ils sont dignes d'envie, qu'ils ont en partagela félicité. Et nous, tous tant que nous sommes, recherchonstoujours ces vraies richesses, cette pleine béatitude, afin d'obtenir,et les biens de la vie présente et les biens à venir, parla grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent la gloire et l'empire, dans tous les sièclesdes siècles. Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLIV

" JE CÉLÉBRERAI VOTREGLOIRE, O MON DIEU, O MON ROI, ET JE BÉNIRAI VOTRE NOM, DANS TOUSLES SIÈCLES DES SIÈCLES. "

1. Ce psaume mérite la plus grande attention ; en effet, on ytrouve les paroles que chantent sans cesse les initiés ànos mystères : " Tous les yeux sont tournés vers vous, tousattendent de vous leur nourriture dans le temps convenable (15). " Il estjuste que celui qui est devenu fils de Dieu , qui jouit de la table spirituelle,rende gloire à son père. En effet, dit le Prophète," Le fils glorifie son père, et le serviteur redoutera son maître." (Malach. I, 6.) Vous êtes devenus fils et vous jouissez de la tablespirituelle; vous mangez la chair, vous buvez le sang de Celui qui vousa régénérés; rendez-lui donc le tribut de reconnaissanceque mérite un si grand bienfait. Glorifiez Celui qui vous a faitde tels dons; et en prononçant les paroles de l'Ecriture, conformezvotre esprit aux pensées qu'elles expriment; et, quand vous dites: "Je célébrerai votre gloire, ô mon Dieu, ômon roi, " montrez toute la tendresse de l'affection, afin que de vousaussi Dieu dise, comme d'Abraham, d'Isaac et de Jacob: " Je suis le Dieud'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu (283) de Jacob. " (Exode, III, 6.)Si vous prononcez ces paroles: Mon Dieu et mon roi, si vous ne vous bornezpas à les prononcer, mais que de plus vous montriez l'affectionque ces paroles expriment, Dieu, de son côté, dira de vous: Mon esclave et mon serviteur. Ce qu'il a dit de Moïse : " Et jebénirai votre nom dans tous les siècles des siècles." Le voyez-vous qui nous révèle les récompenses dela vie future? Or ici, la bénédiction dont il parle, ne consistepas seulement dans les paroles, mais surtout dans les actions. C'est parlà en effet que Dieu est exalté; c'est par là qu'ilest béni. Et voilà pourquoi nous avons l'ordre de dire dansnotre prière : " Que votre nom soit sanctifié ; " ce quiveut dire, soit glorifié. " Je vous bénirai chaque jour,et je bénirai votre nom dans tous les siècles des siècles(2). " Un autre texte : Dans tous les siècles, à perpétuité.Voilà surtout ce qui caractérise une âme pieuse, s'affranchirdes choses de la vie présente et se consacrer aux saints cantiques.Ce serait en effet une honte que l'homme, cet être doué deraison, supérieur à tous les êtres visibles, le cédâtaux créatures d'un ordre inférieur, quand il s'agit de bénirle Seigneur. Et non-seulement ce serait une honte, mais de plus, une absurdité; et comment ne serait-ce pas une absurdité, lorsque le reste dela création, chaque jour, à chaque heure du jour, célèbrela gloire du Seigneur? " Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmamentpublie les ouvrages de ses mains. Le jour la a proclame et l'annonce aujour, et la nuit en " donne connaissance à la nuit. " (Ps. XVIII,2,3.) Le soleil, la lune, le choeur varié des astres, toutes lesautres créatures, disposées dans un ordre magnifique, proclamentle grand ouvrier. Donc, si la créature supérieure àtoutes les autres ne tenait pas la même conduite, bien plus ne produisaitque des oeuvres, qui seraient pour son créateur une malédiction,un sujet de blasphémer son Dieu, quel pardon pourrait mériterl'homme, quelle serait son excuse, que pourrait-il répondre, luiqui est fait pour plaire à Dieu, pour obtenir la royautédans la vie à venir, et qui n'en tient aucun compte, et qui s'embarrassedans les affaires du siècle et les soucis du monde? Le Psalmistene ressemblait pas à cet homme, sa vie entière étaitune offrande de louanges au Seigneur; de louanges en paroles, de louangesen actions. Car, notre dette est considérable envers le Dieu quinous a faits, quand nous n'étions pas encore; qui nous a faits,tels que nous sommes; qui nous a donné la naissance, et nous gouverne,et, chaque jour, nous montre des preuves particulières, des preuvespubliques de sa providence, du soin qu'il prend de nous, soit secrètement,soit ouvertement, soit que nous le sachions, soit à notre insu.Qu'est-il besoin de rappeler les biens manifestes dont il nous a comblés?Les créatures assujetties à notre service, la constitutionde notre corps , la noblesse de notre âme ; ce gouvernement qui agitchaque jour, par des miracles, par des lois naturelles, par des châtiments; la manifestation variée, incompréhensible de la Providence,ce bien qui renferme tous les biens, à savoir : qu'il n'a pas mêmeépargné son Fils unique à cause de nous; les présentsdont il nous comble par le baptême, par les sacrements; les biensineffables à nous accordés, la royauté, la résurrection,pour héritage, la plénitude de la félicité.Enumérer un à un chacun de ces bienfaits, c'est s'abîmerdans une mer de grâces inénarrables, c'est reconnaîtreà combien de titres nous sommes les tributaires de la bontéde Dieu. Et, nous ne lui devons pas nos louanges uniquement pour ces dons,mais encore parce qu'il est la majesté infinie, l'être immuableet sans déclin. Oui, cette substance même nous commande dela glorifier, de la bénir; nous lui devons nos actions de grâcessans fin, notre culte, notre adoration de tous les instants. C'est ce quele Prophète exprimait précisément par ces paroles: " Le Seigneur est grand, et infiniment digne de louanges, et sa grandeurn'a point de bornes (3). " Comme il a dit : " Je vous bénirai ,et je célébrerai votre gloire, " il tient à montrerque Dieu n'a besoin, ni de nos louanges, ni de nos bénédictions; que sa gloire ne reçoit aucun accroissement des louanges qu'onlui décerne. En effet, sa substance est à l'abri de toutedestruction : elle n'a besoin de rien absolument; mais ceux qui louentle Seigneur, acquièrent eux-mêmes de la gloire. Et maintenant,ce n'est pas seulement pour cette raison, mais aussi parce que sa gloireest excellente, que nous lui devons nos louanges. De là ces parolesdu Psalmiste : " Le Seigneur est grand, et infiniment digne de louanges, " C'est-à-dire, n'ayant besoin de rien absolument. Que signifie," Digne de louanges? " Digne (284) d'être célébré,par nos louanges, par nos chants, par nos hymnes. Et maintenant, il n'estpas seulement digne de louanges, mais " infiniment digne ; " aussi ajoute-t-il," infiniment. " Mais, maintenant, dans l'impossibilité de rendre,par des paroles, jusqu'à quel point le Seigneur est digne de louanges,il ajoute : " Et sa grandeur n'a point de " bornes. " Un autre interprètea dit : " Et sa grandeur ne se peut trouver; " ce qui revient àceci : puisque tu as un Seigneur qui est grand, toi aussi, élèveton esprit, dégage-toi des choses de la vie présente, conçoisdes sentiments au-dessus de la bassesse des choses présentes ; jene te dis pas, laisse-toi égarer par le délire d'un vainorgueil, je te dis, fais-toi une âme grande, une âme élevée.Autre chose en effet est l'arrogance, autre chose la grandeur d'âme.L'arrogance consiste à se vanter sans sujet, à s'étaler,à mépriser ses compagnons d'esclavage; l'élévationde l'âme au contraire consiste dans l'humilité de la pensée,qui regarde comme un pur néant les pompes de la vie présente.

2. Où sont-ils maintenant ceux qui prétendent connaîtreDieu aussi bien que Dieu se connaît? Qu'ils entendent la parole duProphète: " Sa grandeur n'a point de bornes, " et qu'ils rougissentde leur délire. " Les générations et " ensuite lesgénérations loueront vos oeuvres (4). " Le Psalmiste, ici, est fidèle à son habitude. Après avoir admiréla grandeur et la gloire de Dieu , il célèbre ses oeuvres;ce qu'il fait par ces paroles: " Les générations, et ensuiteles générations loueront vos oeuvres. " Il montre la grandeurqui éclate dans les ouvrages. Il veut dire: ces ouvrages n'ont pasune courte existence, ce ne sont pas des productions éphémères,de deux ou de trois années; ces œuvres s'étendent, subsistentdans toute l'étendue des âges , de sorte que chaque générationles pourra contempler. C'est là en effet ce que signifie: " Lesgénérations et ensuite les générations: " cequi veut dire la génération présente, et celle quisuit et celle qui viendra encore après, et la suivante encore, ettoute la série des générations. Et maintenant, lacréation s'étend et persiste, semblable à elle-même, dans toute la durée des temps; à savoir, le ciel, la terre,la mer, l'air, les lacs, les fontaines, les fleuves , les semences, lesplantes, les herbes, les bienfaits qu'elles nous transmettent; le coursde la nature qui ne s'interrompt jamais; les pluies, la succession inaltérabledes saisons, la nuit, le jour, le soleil, la lune, les astres, tout lereste; et, en outre, tout ce qui se fait chaque jour en vue de chaque génération, et en particulier et en public , pour la correction , pour le bien dela race universelle des hommes ; les merveilles qui éclataient sanscesse aux yeux des Juifs, les signes qui manifestaient la Providence, soitqu'elle rendît la terre féconde, soit qu'elle accordâtdes victoires, soit qu'elle éclatât de mille autres manières;tout ce qui a paru à l'avènement du Christ; tout ce qui s'estmontré au temps des apôtres, au temps des persécutions;signes bien plus nombreux et plus considérables que les signes antiques;ajoutons-y encore ce qu'a vu notre génération. Car il n'estaucune époque où Dieu ne manifeste , en dehors de tous cessignes communs , un signe particulier de sa providence. " Et publierontvotre puissance. " Elles la publieront soit par les bienfaits, soit parles châtiments. Dieu ne cesse jamais, en aucun temps, de pourvoir,par tous les moyens, aux besoins de notre nature, qu'il gouverne dans tousles temps. " Elles parleront de la magnificence de votre gloire et de votresainteté et raconteront vos merveilles (5.) " Un autre texte : "Elles raconteront la beauté de votre louange, et les paroles devos étonnantes merveilles. "

Le Psalmiste a montré la puissance, il montre maintenant la supériorité,l'excellence de cette puissance. Car elle n'a pas produit simplement desœuvres vulgaires, mais tout ce qu'elle a fait, est tellement merveilleux,surprenant, que ces œuvres dépassent la nature humaine, qu'on ytrouve partout des raisons d'admirer, de glorifier l'ouvrier. Considérezdonc les événements de l'Egypte , les événementsde la Palestine, au temps d'Abraham, d'Isaac et de Joseph; en Egypte encore,ce qui a éclaté au temps de Moïse, et dans le désert,et après l'entrée dans la terre promise; et maintenant, cequi s'est passé dans la captivité, sous Nabuchodonosor; cequ'on a vu dans la fournaise; ce qu'on a vu dans la fosse ana lions, etau retour de la captivité, et à l'époque des prophètes;toutes ces oeuvres proclamaient la puissance de Celui qui les a faites,sa gloire, sa majesté; oeuvres éminemment destinéesà frapper de stupeur et d'admiration. " Elles publieront la puissancede vos oeuvres, (285) terribles, et annonceront votre grandeur (6)."

Ces paroles montrent la plénitude de la puissance qui décerneles bienfaits et les châtiments ; elles montrent aussi, que toutesles merveilles énumérées sont ou des châtiments,ou des bienfaits. Et la preuve en est non-seulement dans les événementsd'alors, mais entore dans la nature même des créatures, lesquellesmanifestent ce double caractère d'un pouvoir bienfaisant. Instrumentsdestinés à porter la terreur, ainsi les éclairs, lestonnerres, les foudres, les tourbillons de feu , la peste, les neiges ,la grêle, la nielle, la glace, les incendies, les inondations ; parmiles reptiles : les dragons, les scorpions , les serpents; parmi les animauxqui volent, les sauterelles ; parmi les plus vils des êtres , lamouche des chiens, la chenille ; et ces instruments de douleur sont enmême temps des instruments de la Providence, des instruments de conversion, pour secouer l'engourdissement,dissiper le sommeil, pour tirer l'hommede la léthargie, pour réveiller l'activité. Et non-seulementdans ces êtres, mais dans leurs contraires aussi, éclate laperfection de la force qui les a produits. Aussi le Psalmiste, qui veutnous instruire de ces choses, après avoir dit: " Elles publierontla puissance de vos oeuvres terribles, et annonceront votre grandeur,"a-t-il ajouté : " Elles attesteront l'abondance de votre douceur(7). " Un autre texte : " De votre bonté, et elles tressaillirontde joie, en célébrant votre justice. " Un autre interprètedit: " Et elles béniront vos miséricordes. " Quant ànous, après avoir énuméré les choses faitespour effrayer, nous devons aussi nommer les contraires. Nous les voyons,nous les trouvons autour de nous: la succession des saisons, les jours, les jardins, les prairies, la variété des fleurs, la douceurde l'eau qui désaltère, l'influence salutaire des pluies,les fruits de la terre, la variété de ses productions , ladiversité des arbres , les vents agréables, les rayons dusoleil, le disque étincelant de la lune , le choeur variédes astres , nuits calmes et tranquilles ; parmi les animaux: les brebis,les boeufs, les chèvres; parmi las bêtes sauvages : les biches,les cerfs , les chèvres et tant d'autres qui sont innombrables;parmi les oiseaux, ceux dont la chair est bonne à manger (1). Ilest visible que le but du Créateur

1 A la leçon indikous du texte, nous préféronscelle-ci qui est par deux manuscrits Kai tous pros trophen epitedeious.

n'est pas seulement la punition, mais beaucoup plus, le bienfait. Ilest des oeuvres dont le but est d'inspirer la terreur, et lorsque, parfois,Dieu essaie de pareils moyens, il le fait en vue des hommes tellement insensiblesque la crainte même est impuissante à les corriger. Pour lesoeuvres qui manifestent sa munificence et sa splendeur, ce sont des bienfaitsqui s'étendent non-seulement sur ceux qui les méritent, maissur les indignes.

3. Donc, le Seigneur, dans la variété des moyens par lesquelsil opère notre salut, emploie tantôt les uns tantôtles autres, et les bienfaits plus souvent que les coups terribles, parcequ'il ne veut que notre bien. Aussi, menace-t-il de la géhenne nonpour l'infliger, mais pour ne pas l'infliger. Il la réserve au démon"Allez, dit-il, au feu éternel qui a été préparépour le démon ( Matth. XXV, 41 ) ; " mais c'est le royaume du cielqu'il nous prépare, montrant par là qu'il ne veut pas précipiterl'homme dans la géhenne. " Le Seigneur est clément et miséricordieux; il est patient et rempli de miséricorde. Le Seigneur est bon enverstous, et ses miséricordes s'étendent sur toutes ses couvres(8, 9). " Vous voyez que le Prophète insiste sur ces penséesplus douces ; là, son discours s'étend ; il sait, en effet,que c'est en cela surtout que s'exerce la puissance de Dieu. Dieu n'auraitpu nous conserver, si sa clémence n'eût étégrande; si nous continuons de vivre, c'est grâce à son immensebonté ; et voilà pourquoi il disait " C'est moi qui effacevos iniquités, et je vous ai défendus dans vos péchés." (Isaïe, XLIII, 95.) " Le Seigneur est clément et miséricordieux." Voyez de quelle manière le Psalmiste démontre cette ineffableclémence ; non-seulement Dieu a pitié des pécheurs, mais le Seigneur prouve encore autrement sa rare clémence, parla douceur, par la patience avec laquelle il attend le repentir ; de tellesorte que le pécheur peut, grâce à la clémencedivine d'abord, grâce ensuite à son zèle propre, recouvrerson salut avec la confiance que donne l'accomplissement du devoir. MaisDieu n'est pas seulement un Dieu de miséricorde; ajoutez qu'il estplein de miséricorde. Le Psalmiste montre par là que cettemiséricorde ne se peut mesurer, qu'elle est incompréhensible,qu'aucun discours ne la peut. expliquer. Toutefois, par ce qu’il ajoute,il nous la montre, autant (286) que possible: " Le Seigneur est bon enverstous, et ses miséricordes s'étendent sur toutes ses oeuvres."

Que signifie, " envers tous? " Envers les pécheurs mêmes,dit-il; envers ceux qui vivent dans le crime. Car, ce ne sont pas seulementles justes, ni les hommes vertueux, ni les pécheurs repentants,ce sont tous les hommes qui proclament, par les traitements qu'ils reçoivent,sa miséricorde et sa bonté. Et si l'on me demande: qui donca éprouvé sa bonté? Je dirai : ce n'est pas Abel seulement,mais Caïn; ce n'est pas Noé seulement, mais ses enfants, maisceux que le déluge a engloutis, car toutes ces oeuvres sont desopérations de la bonté. Et si vous voulez comprendre, combienil est vrai de dire que cette bonté s'étend sur tous, faites,avec moi, la réflexion que voici: Quelle bonté, répondez-moi,Dieu n'a-t-il pas montrée envers ce meurtrier de son frère,envers celui qui n'avait pas reculé devant un pareil assassinat,envers celui qui avait souillé sa main, envers celui qui avait fouléaux pieds les plus saintes lois? Il le livre à un châtiment,qui est plutôt un avertissement qu'un supplice; il lui donne la longueurdu temps pour se purifier de sa faute, et il fait servir à l'enseignementdes autres les souffrances de ce grand coupable. Quelle bonté n'a-t-ilpas montrée, répondez-moi, envers ces malades incurablesdes temps du déluge, que ni menaces, ni raisonnements, ni aucunautre moyen n'avaient pu arrêter dans leurs voies corrompues? Illeur applique la dette commune de la nature, en place de remède;il leur inflige la mort la plus légère, la mort au sein deseaux. Maintenant cette expression: " Envers tous, " ne s'applique pas seulementaux hommes, mais à tous les êtres visibles, aux animaux, auxêtres dépourvus de raison. Ce n'est pas tout, si l'on remonteaux anges, aux archanges, on verra la plénitude de sa bonté,la plénitude de sa . miséricorde; car chaque oeuvre révèlela grandeur de sa bonté. Voilà pourquoi le Psalmiste ajoute: " Que toutes vos oeuvres vous louent, Seigneur, et que vos saints vousbénissent (10), " c'est-à-dire, vous rendent des actionsde grâces, vous adressent leurs chants, et ceux qui ont reçule privilège de la raison, et ceux qui n'ont pas en partage la parole.Car, ceux qui ne parlent pas, ont été faits de telle sorteque chacun de ces êtres muets bénit Dieu, par l'essence mêmede sa nature, tout muet qu'il est, parce que les hommes voient ces êtressans langage, et jouissent des services qu'ils leur rendent; ces êtreslouent le Seigneur, par leur propre substance; les hommes le louent, deplus, par leur conduite et par leurs actions. C'est ce qu'exprime le Psalmiste,quand il ajoute: " Et que vos saints vous bénissent. " Ceux àqui il donne le nom de saints, ce sont les hommes qui accomplissent lesvolontés de Dieu, ceux auprès de qui les péchéset la corruption ne trouvent aucun accès. " Ils publieront la gloirede votre règne (11). " Que signifie, " ils publieront la gloire?" C'est-à-dire, que rien ne vous manque; que vous aimez la racehumaine, que l'homme est l'objet de vos soins; que vous, qui n'avez nulbesoin de ceux qui vous sont soumis, vous leur montrez une providence pleined'attention ; cela vent dire, que votre lumière est inaccessible,votre substance ineffable, incompréhensible. " Et célébrerontvotre puissance, " c'est-à-dire chanteront votre puissance, irrésistible,invincible ; non pas que vous ayez besoin de ces hymnes et de ces louanges,mais elles sont utiles à ceux qui les font entendre ; elles sont,pour les autres, un enseignement, et elles les associent à ce concertde louanges. Aussi le Psalmiste ajoute-t-il : " Afin de faire connaîtreaux enfants des hommes la grandeur de votre pouvoir, et la gloire si magnifiquede votre règne (12). " — Il montre par là que Dieu admetles louanges afin que tous les hommes connaissent sa puissance. Grandepuissance, grande gloire, honneur magnifique, magnifique et ineffable;non-seulement au-dessus de toute parole, mais au-dessus des forces de lapensée. Mais maintenant il faut à cette magnifique et ineffablepuissance des bouches qui la révèlent, puisque le grand nombrel'ignore. Le soleil aussi est l'astre le plus resplendissant et cependantles yeux malades n'en voient pas la lumière; il en est de mêmede la divine Providence, plue éclatante que tous les soleils; maisceux dont; la raison est pervertie, dont les oreilles sont fermées,ont besoin du zèle qui s'applique à dilater leur pensée.

4. Il ne faut donc pas se lasser de faire retentir auprès d'eux,de leur répéter cet enseignement.. Maintenant que le Psalmistea parlé, de la gloire, de la magnificence divine, qu'il a laisséedans sa course, qu'il n'a pas assez misa, en tout son jour, il reprendencore ce sujet, dans la mesure de ses forces, il montre ce (287) qu'estcette gloire, il ajoute : " Votre règne est un règne quis'étend dans tous les siècles (13). " Il ne se borne pas,dit-il, au siècle présent, mais il s'étend sur ceuxqui viennent ensuite. Règne sans fin, règne sans limites,qui n'a pour limites que l'éternité. " Et votre empire, passede race en race, dans toutes les générations. " Concevez,par là encore, que c'est un règne sans fin, comprenant toutdans l’univers, comprenant tout dans la série des siècles,comprenant tout dans l'étendue des temps. " Le Seigneur est fidèledans toutes ses paroles, et saint dans toutes ses oeuvres. " Aprèsavoir dit que ce règne est sans fin, stable, solide, en dehors detout changement, il exprime maintenant ce que la divine parole a de solide;car cette expression Fidèle, veut dire ferme, vrai. Si le Seigneurest fidèle, ses paroles subsisteront absolument. Or, de mêmeque son règne est en dehors de toute déchéance etn'a pas de limites, de même ses paroles sont solides et fermes. Donc,ni son règne n'est interrompu, ni ses paroles ne se perdent. Maissi ces paroles ne se perdent pas, il est nécessaire absolument qu'ellessoient suivies de la réalité. Si quelque part il énoncequelque chose qui ne s'est pas accompli, voyez, Comment, même ence cas, subsiste la vérité de sa parole: " Je prononcerail'arrêt contre les nations et les royaumes, pour les perdre et lesdéraciner; et si ces nations font pénitence de leurs vices,moi aussi je me repentirai des maux que j'avais promis de leur faire. "Et, pour ce qui concerne les bienfaits, de même: " Je promettraides bienfaits," dit le Prophète, " et si les peuples changent, moiaussi je changerai, je ne me tiendrai pas à ce que j'avais dit." (Jérém. XVIII, 7, 10).

" Et saint dans toutes ses oeuvres. " Que veut dire "saint?" Irréprochable,droit, pur, au-dessus de toute accusation, ne fournissant aucun prétextede blâme. " Le Seigneur sou"lient tous ceux qui sont prèsde tomber, et il relève tous ceux qui sont brisés (14). "Le Psalmiste a dit du règne, qu'il n'a pas de fin; des paroles,qu'elles sont vraies ; des couvres, qu'elles sont irrépréhensibles.Il a parlé de la gloire et de la magnificence; il parle maintenantde la clémence ; et voici, de ce règne, la gloire la pluséclatante. Non-seulement Dieu soutient ceux qui sont debout, maisil prévient, la chute de ceux qui vont tomber, et ceux qui sontà terre, il les redresse. Et, ce qui est plus admirable, ce n'estpas à tel ou tel, mais à tous qu'il apporte ce secours; àtous, quoique esclaves, quoique pauvres, quoique obscurs, quoique descendusd'êtres obscurs. Le Seigneur est en effet le Seigneur pour tous.Et il ne néglige pas ceux qui sont tombés, et il nédédaigne pas ceux qui chancellent; et ce qu'il fait dans la natureentière, il le fait pour chaque être en particulier. Si parmiceux qui sont tombés il en est qui ne se relèvent pas, iln'en faut pas accuser celui qui veut les redresser, mais ceux qui ne veulentpas qu'on les relève. Quand Judas tomba, il voulut le relever, et,pour le relever, il fit tout, mais Judas ne voulut pas. Pour David, ilest certain qu'après sa chute, il le releva et l'affermit; Pierreallait tomber, il le retint; voyez comment, écoutez: " Simon, Simon," dit-il, " voici que Satan vous a réclamés, pour vous criblertous, comme on crible le froment; et moi j'ai prié pour vous enparticulier, afin que votre foi ne détaille point. " (Luc, XXII,31, 32.) Le Psalmiste exprime ensuite un autre genre de bienfaits; carelle est variée, multiple, la providence que déploie pournous le Seigneur. " Tous, Seigneur, ont les yeux tournés vers vous,et ils attendent de vous, que vous leur donniez leur nourriture dans letemps propre (15). " Voyez-vous comme il montre que la bonté deDieu s'étend sur tous, que ses miséricordes s'étendentsur toutes ses couvres ? De même qu'il est dit dans l'Evangile :" Qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, etfait pleuvoir sur les justes et sur les injustes (Matth. V, 45), " de même,ici, le Psalmiste, exprimant la même pensée, dit: " Et vousleur donnez leur nourriture dans le temps propre. " En effet, ce ne sontpas les pluies, la terre, l'air, c'est l'ordre de Dieu qui produit lesfruits.

Cette expression " dans le temps propre, " signifie, toutes choses arriventà des époques déterminées, et se reproduisentd'après un ordre de successions diverses. C'est là en effetla plus grande preuve de la sagesse divine, que les productions destinéesà nourrir tes hommes ne viennent pas toutes en même temps,mais quelles soient distribuées dans toute la durée de l'année,de telle sorte que le laboureur se repose, et que les fruits ne se corrompent:pas. Donc, cette expression " dans le temps propre, " signifie, ou bience que nous avons dit (288) précédemment, que toutes chosessont distribuées dans le temps qui convient à chacune d'elles,ou bien que Dieu donne la nourriture aux indigents, à ceux qui éprouventle manque de ressources. Et pourquoi le Palmiste dit-il, me demandera-t-on: " Tous, Seigneur, ont les yeux tournés vers vous ? " Certes, ungrand nombre de personnes attribuent tout au hasard, ainsi font les impies.Le Psalmiste exprime ici la vérité absolue du fait, commelorsqu'il dit, dans un autre passage: " Il nourrit les petits des corbeaux,qui invoquent son secours (Ps. CXLVI, 9), " quoique ce soient des animauxqui n'ont pas la raison en partage. " Et les petits des lions rugissentaprès leur proie, et demandent à Dieu leur nourriture. "(Ps. CIII, 21.) Assurément ces animaux sans raison, ne demandentrien à Dieu, à vrai dire; mais, ici encore, le Psalmistea en vue ce qu'il y a d'absolument vrai dans le fait qu'il rapporte, etce n'est pas de la disposition intérieure des animaux, mais de laréalité des choses qu'il faut entendre ces paroles. " Vousouvrez votre, main, et vous remplissez tous les animaux de bon plaisir(16). ". " Main " signifie ici l'opération divine, la force quifournit. Toutes les paroles du Psalmiste montrent que ce n'est pas dansles éléments, mais dans la Providence divine, que résidela génération de tous les fruits. Et de plus, maintenant,pour montrer la facilité de l'oeuvre, il dit : " Vous ouvrez votremain. " Les hommes d'alors, abandonnant la principale cause de tout cequi existe, adoraient l'air et le soleil, auxquels ils se croyaient redevablesde tous les fruits. Le Psalmiste, pour élever les esprits au principesuprême, à l'auteur de toutes choses, au Seigneur, fait souvententendre les mêmes paroles; il montre que c'est de sa main, c'est-à-dire,du soin qu'il prend de nous, de sa Providence, que nous viennent tous lesbiens qui nous inondent.

5. " De bon plaisir; vous remplissez tous les animaux de bon plaisir." Cela veut dire que Dieu remplit chaque être animé, de ceque veut cet être animé, de ce qui plaît à chacunde ces êtres. En effet, Dieu ne donne pas simplement la nourriture,mais il la donne selon l'utilité de chacun, selon le désirde chacun, de manière à rassasier; voici ce que dit le Psalmiste: Et aux êtres sans raison, et aux hommes, et à tous les êtres,vous donnez ce qui est agréable à chacun, ce qui plaîtà chacun ; et non-seulement vous donnez. mais vous donnez de manièreà remplir, de manière que rien ne manque. Voilà pourquoiil dit : " Vous remplissez tous les animaux de bon plaisir. Le Seigneurest juste dans toutes ses voies, et saint dans toutes ses oeuvres (17)." Ce qu'il entend par " voies " , ici, c'est le gouvernement, la providence.la sollicitude, avec laquelle Dieu a tout formé. Toutes ses oeuvres,dit-il, célèbrent ses louanges, sont pleines de merveilles,qui ne laissent à personne aucun prétexte de blâme,quoiqu'il y ait des gens que, la colère possède, qu'agiteune fureur insensée. ; Toutes ses oeuvres sont naturellement brillantes,resplendissantes, proclamant la prévoyance de l'ouvrier, sa sollicitude,son affection pleine de tendresse, sa justice, sa sainteté. " LeSeigneur est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité(18). " Et voici; maintenant un autre caractère de la Providence,et qui résume tous les biens. Après avoir dit les présentsfaits en commun même aux infidèles, les aliments et les pluies,le Psalmiste ajoute les dons particuliers pour les fidèles. Quelssont-ils? D'être près d'eux, de les défendre, de prendresoin d'eux; de déployer, pour eux, une plus grande providence ;d'être, pour eux, plein de bonté, de miséricorde, dedouceur, de leur révéler les vrais biens.

" Il accomplira la volonté de ceux qui craignent, il exauceraleur prière et les sauvera (19). " Mais , dira-t-on, Paul voulaitécarter de lui l'ange de Satan (II Cor. XII, 8 c'est-à-dire,les tentations, les afflictions, les assauts perfides, et Dieu n'a pasfait ce que voulait Paul. Au contraire, il l'a fait, car lorsque Paul eutcompris que ce qu'il demandait n'avait aucune utilité, il conçutune volonté contraire, une volonté forte, et qui étaitl'ouvrage de Dieu. Et voilà pourquoi Paul disait: " Je me plaisdans les faiblesses, dans les afflictions, dans les persécutions." (II Cor XII, 10.) S'il voulait d'abord tout le contraire cette volontéprovenait de son ignorance; mais, une fois qu'il eut appris que Dieu voulaitqu'il fût éprouvé, Paul consentit sans peine la volontéde Dieu. Et, en effet, autre n'est pas la volonté de Dieu, autrela volonté de ce qui le craignent; et si parfois ceux-ci veulentce que demandent les autres hommes, ils se corrigent bientôt. " LeSeigneur garde tous ceux qu'il aime, et il perdra tous les (289) pécheurs(20). " Voici encore une remarquable preuve de la divine Providence; elleconserve, elle fortifie, elle se révèle à tous. Maintenantceux que le Psalmiste appelle pécheurs, ce sont ceux qu'affligeun mal sans remède, ceux qui ne veulent pas se corriger. Si parfoisDieu permet que quelques-uns de ceux qui l'aiment, soient frappéspar la mort, voyons-y encore la marque du Dieu qui conserve. C'est ce quiest arrivé pour Abel. En effet, leurs corps ont beau mourir, leursâmes subsistent plus glorieuses, et elles recevront ensuite des corpsinaccessibles à la destruction. Donc, après avoir parléde ces différentes espèces de providences, autant que lediscours pouvait les exprimer; des soins communs, des soins particuliers,de la sollicitude pour les saints, surtout pour ceux qui ont chancelé; du soin de ceux qui sont renversés, de la providence, de la patience,de la correction des pécheurs, de la protection des saints, c'estencore par un cri de louanges qu'il termine, et il convie la terre às'associer tout entière à ce tribut d'éloges : " Mabouche publiera les louanges du Seigneur, que toute chair bénisseson saint nom, dans tous les siècles, et dans l'éternité" (21). Voyez-vous avec quelle sagesse il convie non-seulement ceux quireçoivent les bienfaits du Seigneur, mais ceux-mêmes qui sontpunis (car la punition même révèle la providence);non-seulement les hommes, mais encore les animaux, et les éléments,et toutes les créatures insensibles., car toutes sont remplies dela bonté du Seigneur? Donc, nous aussi, ne cessons pas d'éleverà ce Dieu si bon, à ce Dieu rempli de tant d'amour, àce Dieu qui étend partout sa bienfaisance, de faire monter, àchaque heure, les cris de la louange, de le célébrer, parnos actions et par nos paroles, afin. d'obtenir, et les biens de la vieprésente, et les biens à venir, par la grâce et parla bonté de notre Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennentla gloire et l'empire , dans les siècles des siècles. Ainsisoit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLV

" O MON AME, LOUEZ LE SEIGNEUR. JE LOUERAILE SEIGNEUR PENDANT MA VIE, JE CÉLÉBRERAI LA GLOIRE DE MONDIEU, TANT QUE JE VIVRAI. "

1. Comme il a fini, de même il recommence, par les louanges etles bénédictions. En effet, ce n'est pas un faible moyende purifier l'âme. La louange qu'entend le Psalmiste, c'est, je neme lasserai pas de le répéter, la louange par les actions.C'est ainsi que le Christ dit : " Que (290) votre lumière luisedevant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et qu'ils glorifientvotre Père, qui est dans les cieux. " (Matth. V,16.) Et Paul encore: " Glorifiez Dieu, dans votre corps et dans votre esprit. " (I Cor. VI,20.) Et de même que le Psalmiste a dit, dans le psaume précédent: " Chaque jour je vous bénirai, " de même ici : " Je célébreraila gloire de mon Dieu, " dit-il, " tant que je vivrai. " Ensuite, commeil veut encore associer les hommes à ses paroles de bénédiction,il raconte et la bonté et la clémence de Dieu. L'amour lebrûle, l'amour l'enflamme, et il parcourt l'univers entier, et lacréation tout entière; il l'a fait entrer dans le choeurqu'il prépare. C'est là, en effet, la plus magnifique louange,c'est là pour Dieu la plus belle gloire; car c'est le grand nombreque Dieu désire admettre à la participation du salut. " Nemettez pas votre confiance dans les princes, ni dans les enfants des hommes,qui n'ont pas en eux le salut (2). " Un autre texte : " Dans celui quine peut vous sauver. " Ecoutez ce conseil, cet avertissement, vous tousqui regardez avec admiration les choses humaines, appui fragile et périssable.Mais que veut dire, " qui n'ont pas en eux le salut ? " Ils n'ont pas mêmeen eux leur propre salut; ils ne peuvent pas se défendre eux-mêmes;arrive la mort, ils se coucheront plus muets que des pierres. Car, voilàce qu'exprime le Psalmiste en disant : " Son âme sortira, et il retourneradans la terre d'où il est sorti. En ce jour-là, périronttoutes leurs pensées (3). " Un autre texte " Tous leurs projets." Ce que dit le Psalmiste, revient à ceci : Celui qui ne peut passe défendre lui-même, comment sauvera-t-il les autres? Rien,en effet, n'est aussi faible et fragile qu'une telle espérance,et c'est ce que montre la nature même des choses. Aussi Paul, parlantde l'espérance en Dieu, disait " Cette espérance n'est pointtrompeuse. " (Rom. V, 5.)

Ce qu'on ne peut pas dire des choses humaines, plus vaines que l'ombre.Ne me dites pas : c'est un prince. Un prince n'a rien de plus que le premierhomme venu; il est également soumis à une condition incertaine;et tenez, dût cette parole vous surprendre précisémentparce que c'est un prince, ayez encore moins de confiance. Ce sont làen effet des choses bien sujettes à l'écroulement, que cesprincipautés. Supposez qu'on ne le précipite pas du hautde son pouvoir, c'est lui qui se, précipite dans les emportementsde la colère, dans les abus de pouvoir, attendu qu'il ne se croitpas comptable envers celui qui a reçu ses promesses. Et si ce princeest sage, il sera encore plus exposé aux chutes que les particuliers,parée qu'il est entouré d'ennemis plus redoutables, plusnombreux.; parce qu'il est d'autant plus facile à prendre, qu'ily a plus de gens pour lui tendre des piéges. Que signifient cesgardes du corps ? Que signifient toutes ces escortes qui veillent sur lui? Et comment celui qui, au milieu d'une ville bien policée, n'estpas même sûr de défendre sa personne, mais se trouvelà comme au milieu d'un peuple ennemi, exposé à tantde combats et de dangers, pourra-t-il sauver les autres? Celui qui, enpleine paix, a plus à craindre que ceux qui font la guerre, commentpourra-t-il mettre les autres en sûreté, au-dessus de tousles périls ? Certes, il n'est pas difficile de compter ceux quipouvaient vivre en toute sécurité chez eux, et qui se sontperdus, pour avoir mis leur confiance dans les princes. Et quand ces princessont tombés, eux aussi ont été renversés; ilen est d'autres que leurs gardes ont trahis. Toutefois, le Prophète,laissant de côté tous ces accidents, vu qu'un grand nombrey ont échappé, ne parle que du terme, qui n'admet aucuneincertitude, à savoir la mort. Tout vous a réussi, c'estbien. Voilà, dit le Psalmiste, un bon prince, il est reconnaissantet il vous prouvera sa reconnaissance. Mais, au milieu de ses promesses,voilà qu'il termine sa vie, et il vous laisse, avec vos espérancesvaines, parce qu'il n'a pas assez vécu pour que ses promesses aboutissentà la réalité. Ainsi, quand il n'a pas même assezde vie pour accomplir une promesse , quand ses jours sont terminésavant que l'effet s'en réalise, voilà le fragile secoursoù vous tournez vos yeux! Et ne voyez-vous pas que c'est l'histoirede tous les jours? la chute du protecteur dépouille ses protégés,plus abaissés que jamais. Et cependant, à quoi bon dire queles promesses s'évanouissent et meurent, quand l'auteur mêmedes promesses, quand le maître n'a pas pour lui la durée !" Il retournera dans la terre, " dit le texte, " d'où il est sorti." Or si celui-là est mort, à plus forte raison ce qu'il apromis ; voilà pourquoi le Psalmiste ajoute : " Et ce jour-làmême périront toutes leurs pensées, " montrant parlà, (291) non-seulement que les promesses ne seront pas effectuées,mais de plus que celui qui promet périra. Que fait ensuite le Psalmiste?Après vous avoir détournés de l'espérance fondéesur l'homme, il vous montre le port assuré, la citadelle inexpugnableet il vous donne un conseil. Voilà la meilleure de toutes les exhortations.Eloigner de ce qui est faible et conduire à ce qui est solide, détruirece qui est vain, établir ce qui est vrai, repousser ce qui trompeet montrer ce qui est utile. " Heureux celui de qui le Dieu de Jacob sedéclare le protecteur et dont l'espérance est dans le Seigneurson Dieu (5). " Comprenez-vous le conseil, l'exhortation ? Cette félicitédont il parle, comprend tous les biens et montre l'espérance pleinede sécurité. Après avoir attesté le bonheurde celui qui espère en Dieu, il exprime ensuite la puissance deCelui qui est le véritable secours; l'autre était un homme,il s'agit maintenant de Dieu ; l'autre meurt, Dieu dure; et non-seulementDieu dure, mais ses oeuvres avec lui. Et voilà pourquoi le Psalmisteajoute : " Qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et toutes les chosesqu'ils contiennent (6). "

2. Que si ses oeuvres sont éternelles, à bien plus forteraison, est-il lui-même éternel et tout-puissant. Ce qui leprouve, ce sont ses oeuvres, qui révèlent sa force. Maismaintenant supposons qu'il est éternel et puissant, mais qu'il n'aitpas la volonté. Grand nombre d'insensés tiennent ce langage; mais voyez comme le Psalmiste extermine ce soupçon. Aprèsavoir dit : " Qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et toutes leschoses qu'ils contiennent, " il ajoute : " Qui garde à travers lessiècles la vérité, qui fait justice à ceux" qui souffrent la justice (7). " Ce qui revient à dire : l'ouvrageordinaire de Dieu, son habitude, ce qui le distingue au plus haut point,c'est de ne pas négliger ceux qui souffrent de l'injustice ; c'estde faire attention à ceux qu'on outrage, c'est de tendre la mainà ceux qu'on persécute, et cela, continuellement. Aussi lePsalmiste dit-il : " A travers les siècles, " pour montrer qu'ilen est ainsi, et ce n'est pas seulement cette expression qui le montre,mais encore la suite : " Qui donne la nourriture à a ceux qui ontfaim; le Seigneur délie ceux qui sont enchaînés, leSeigneur éclaire ceux qui sont aveugles. " Un autre texte : " LeSeigneur illumine. Le Seigneur relève ceux qui sont brisés,le Seigneur chérit les justes, le Seigneur garde les étrangers,il prendra en sa protection l'orphelin et la veuve , et il détruirales voies des pécheurs (8, 9). " Voyez-vous comme il montre quela divine Providence s'exerce de toutes les manières; qu'elle s'occupede délivrer des malheurs, d'apporter un remède à lafaim, de faire .tomber les chaînes? ce que peuvent en partie leshommes, mais pour ce qui suit, il n'en est pas de même. En effet,Dieu corrige ce que la nature a de vicieux; il relève ceux qui sonttombés, il célèbre les hommes vertueux; ceux qui n'ontpas de protecteur, il les conserve, les orphelins et les veuves dans l'affliction,il les console, il les ranime. Ensuite, comme le Psalmiste a dit : " Dieuchérit les justes, " il montre aussi le Seigneur secourable àun grand nombre, uniquement parce qu'ils sont malheureux. En effet ceuxqu'il nourrit, il les nourrit parce qu'ils ont faim, non pas parce qu'ilssont vertueux ; ceux qui sont enchaînés, il les délivre,non pas parce qu'ils sont vertueux, mais parce qu'ils sont dans l'affliction,les aveugles, il les illumine, parce qu'ils sont aveugles ; il n'a paségard à leurs bonnes oeuvres, mais à leur affliction.De même encore pour celui qui est brisé, pour le voyageur,pour l'orphelin, pour la veuve. S'il est secourable pour ceux qui souffrent,a bien plus forte raison, l'est-il pour ceux qui cherchent la vertu? Ehbien ! donc, puisqu'il a le pouvoir et la volonté, puisqu'en luitout est durable, puisqu'il accueille la vertu, puisque les souffrancesattirent sa compassion, pourquoi ne pas négliger l'être périssable,l'être faible, l'être soumis à la mort et chercher votrerefuge auprès de Celui qui est fort, (lui est invincible, qui nereproche pas à l'infortuné son malheur, mais lui porte secourset peut tout ce qu'il veut? Et maintenant, considérez le soin aveclequel le Psalmiste choisit ses dernières paroles. Il ne dit pas: Dieu détruira les pécheurs, mais : " Les voies des " pécheurs," c'est-à-dire leurs actions. Car Dieu n'a pas d'aversion pour leshommes pécheurs, c'est le péché qu'il poursuit desa haine. " Le Seigneur régnera dans tous les siècles; votreDieu, ô Sion , régnera dans toutes les générations(10). " Qu'il règne sans interruption, qu'il règne éternellement,c'est ce qui est incontestable. Et s’il n’accorde pas ici. même larémunération, c'est qu'il la (293) garde pour la rendre plusmagnifique. Donc, ne nous troublons pas clans les tentations, si nous nevoyons pas venir promptement la délivrance. Remettons-nous sur leSeigneur du soin de nous affranchir, quand l'heure sera venue. Si nousfaisons quelque bien, ne réclamons pas aussitôt notre récompense;sachons, ici encore, attendre la volonté de Dieu; quand il diffère,c'est pour accorder une récompense plus glorieuse, et, en toutescirconstances, bénissons le Seigneur et ne cessons jamais d'exalterses louanges. C'est ainsi que nous passerons la vie présente dansune parfaite sécurité et que nous obtiendrons les biens ineffables,par la grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent la gloire et l'empire, ainsi qu'au Pèrequi n'a pas eu de commencement, ainsi qu'à l'Esprit vivifiant ,maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLVI

" LOUEZ LE SEIGNEUR, PARCE QU'IL ESTBON DE LE LOUER. "

1. Plus haut, dans le psaume cent quarante-quatre, le Psalmiste dit: " Le Seigneur est grand et infiniment digne de louanges (Ps. CXLIV, 3)," et il s'étend sur sa gloire. Ici, maintenant, il montre que c'estun bien même de le louer et que la louange produit des biens sansnombre. En effet, elle éloigne la pensée de la terre, elleredresse l'âme et l'élève, elle rend l'âme moinspesante, elle transporte l'esprit dans le ciel. Aussi Paul disait : " Chantantet psalmodiant du fond de vos coeurs à la gloire du Seigneur. "(Eph. V, 19.) " Que la louange que l'on donne à notre Dieu, luisoit agréable ! " Un autre texte : " Alleluia ! car c'est un bienque le chant qui s'élève à Dieu. " Que signifie :" Que la louange que l'on donne à notre Dieu, lui soit agréable?"Cela veut dire, qu'elle soit acceptée de lui. En effet, il ne suffitpas de chanter pour que la louange soit agréable à Dieu,il faut joindre aux chants la conduite, la prière, l'attention del'esprit. Pour moi, je crois que ce psaume a (293) pour sujet le retourdes Juifs. Le Psalmiste le montre par ce qu'il ajoute en disant : " C'estle Seigneur qui bâtit Jérusalem et qui ressemblera tous lesenfants d'Israël qui sont dispersés (2). " En effet, quoiquece soit Cyrus qui les ait renvoyés, ce n'est pas la volontéde Cyrus, c'est le pouvoir de Dieu qui seul a tout fait. Un autre interprète,au lieu de : " Qui bâtit, " dit : " Qui bâtira. " Quant à: " Tous les enfants d'Israël qui sont dispersés, " il remplacecette expression par " Expulsés. " Pourquoi ? C'est que tous n'ontpas été ramenés en même temps, mais, aprèsle retour, peu à peu ils ont été réunis.

" Qui guérit ceux dont le coeur est brisé " et qui bandeleurs plaies ( 3). " Un autre " texte : Leurs fractures. " Il ne fondepas sa confiance sur sa conduite; il parle encore de son malheur, et ilrappelle la conduite ordinaire de Dieu. C'est en effet l'oeuvre de Dieu,de consoler ceux qui sont abattus. De même, quand Paul disait: "Qui vivifie les morts; " et encore : " Qui appelle ce qui n'est point,comme ce qui est (Rom. IV, 47), " il racontait l'oeuvre ordinaire du Seigneur.De même ici encore : " Qui guérit ceux dont le coeur est brisé, " c'est pour montrer que, quelle que soit notre indignité, noussommes l'ouvrage de Dieu, qui n'abandonnera pas ce qu'il a fait; Dieu nese départira pas de son habitude. C'est encore ainsi que Paul disait:"Mais Celui qui console les humbles, nous a consolés. " (II Cor.VII, 6.) Autre texte : " Celui qui donne la patience à ceux quiont l'esprit humble. " (Isaïe, LVII, 15.) Mais voyez le Psalmistelui-même dans un autre passage : " Dieu ne méprisera pas uncoeur contrit et humilié. " (Ps. L, 19.) Si vous voulez êtreconsolés , rendez-vous humbles, faites-vous un coeur contrit. Doncil est question jusqu'ici de la volonté de Dieu, de sa bontéet de sa clémence; il est bien entendu que c'est son oeuvre propreque de consoler les malheureux. Pour ce qui suit, il s'agit de la puissance: " Qui compte les multitudes des étoiles (4), " c'est-à-direqui les connaît. En effet, comme il s'agissait d'une multitude dispersée,et qui alors n'apparaissait nulle part, il était convenable de produirecet exemple pour montrer que Dieu peut rassembler, même ce qui estle plus dispersé. Il redresse, il console les coeurs contrits etil connaît exactement les multitudes innombrables des astres. Doncnous aussi, qui devons, selon ses promesses, égaler les astres ennombre, il nous ramènera tous. " Qui les appelle toutes par leursnoms. " Un autre texte " Appelant tous par leurs noms. " Un autre, texte:" Il les appellera, eux tous, par leurs noms. " Je pense que ceci s'appliqueaux Israélites, et que le Prophète exprime la mêmepensée qu'Isaïe plus tard : " Ne craignez point, Israël,je vous ai appelé des extrémités de la terre, et j'aidit: Vous êtes mon fils. " (Isaïe XLI, 9. ) Que signifie, "Il les appellera eux tous par leurs noms? " Aucun d'eux , dit-il, ne périra; comme ceux qui appellent en prononçant les noms , ainsi fera Dieu, qui les ramènera tous. " Notre Seigneur est vraiment grand, etsa vertu est grande (5). " Comme il vient d'énoncer une très-grandemerveille, que Dieu réunira tant de milliers d'hommes disperséspar toute la terre, il parle ensuite de sa puissance, afin d'amener àla foi les Juifs profondément troublés. " Et sa sagesse n'apoint de bornes. " Ne demandez pas comment, ni par quel moyen, car sa grandeurest infinie. Voilà pourquoi le Psalmiste dit ailleurs: " Et sa grandeurn'a point de bornes. " (Ps. CXLIV, 3. ) mais de même que sa grandeurest infinie, ainsi encore sa sagesse. Et voilà pourquoi, aprèsavoir dit: " Notre Seigneur est grand, " il ajoute, " et sa sagesse n'apoint de bornes, " bien plus sa science est admirable. Voilà pourquoiil disait: " Votre science est élevée d'une manièremerveilleuse au-dessus de moi, elle me surpasse infiniment et je ne pourraijamais y atteindre. " (Ps. CXXXVIII, 6, ) Et maintenant ses jugements nepeuvent être scrutés, voilà pourquoi il disait: " Vosjugements sont un abîme très-profond. " ( Ps. XXXV, 7.)

2. Donc, puisque telle est sa grandeur, sa puissance, sa sagesse, bannissezl'indiscrétion qui demande comment cela arrivera-t-il. " Le Seigneurprend dans ses bras ceux qui sont doux, mais il abaisse les pécheursjusqu'en terre (6). " Les insensés auraient pu dire Que nous importesa connaissance parfaite de tous les astres? C'est pour les prévenirque le Psalmiste ajoute donc le soin que Dieu prend des hommes. Et maintenant,il ne dit pas : le Seigneur porte secours à ceux qui sont doux,mais, ce qui est bien plus expressif : " Prend dans ses bras, " comme s'ilparlait d'un bon père. Que signifie maintenant : " Prend dans sesbras ? " ranime, porte, transporte. (294) Voyez-vous encore ici la plénitudede sa puissance, qui s'exerce de deux manières , c'est-à-direqui élève les humbles, et qui abaisse les arrogants? et non-seulementil les abaisse , mais il les abaisse profondément, ce que marquecette expression, " jusqu'en terre." " Chantez les louanges du Seigneuren le confessant (7). " Autre texte : " Enumérez. " Donc, aprèsavoir dit les merveilles de Dieu, il invite de nouveau à le célébrer." Chantez les louanges du Seigneur, en le confessant, " c'est-à-dire,en lui rendant des actions de grâce avec un grand zèle. "Publiez avec la harpe la gloire de notre Dieu. " Un autre texte : " Avecla lyre. C'est lui qui couvre le ciel de nuées et qui préparela pluie pour la terre (8), " De peur qu'un être dépourvude sentiment n'aille dire ici : Et que me font à moi les chosescélestes ? le Psalmiste s'est empressé d'ajouter ce qui concerneles besoins de l'homme ; il montre tout de suite pourquoi Dieu couvre leciel de nuées. C'est pour toi, dit-il, pour te préparer lapluie; et la pluie c'est pour toi, pour faire pousser les herbes àton usage. Et maintenant, voyez la sagesse du Psalmiste ! Il a dit lesbiens accordés à tous en général et dont l'abondanceest faite pour fermer la bouche à l'impie. Car si telle est la munificencede Dieu pour les infidèles, s'il rassemble pour eux les nuées,s'il verse la pluie, s'il active la fertilité de la terre; àbien plus forte raison fera-t-il de même pour vous qui vous appelezson peuple.

" Qui produit l'herbe sur les montagnes. " Voyez la grandeur de la Providence! Ce n'est pas seulement dans les terres labourées, mais sur lesmontagnes, que la table est richement servie pour les bêtes de somme,qui ont été créées, afin de nous servir. Etle Psalmiste ajoute : " Qui donne aux bêtes la nourriture qui leurest propre et nourrit les petits des corbeaux qui invoquent son secours(9). " Il exprime ici un autre caractère de cette munificence, quine nourrit pas seulement les bêtes de somme au service de l'homme,mais de plus les autres animaux. " Les petits des corbeaux, " dit-il, "qui invoquent son secours. " Eh bien ! si les bêtes, les bêtessauvages, celles qui rendent le moins de services à l'homme, sontl'objet d'une si grande. providence, à combien plus forte raison,cette providence s'occupera-t-elle des hommes , des hommes qui la célèbrentpar des hymnes et des cantiques de louanges ! Ajoutez encore des hommesque Dieu a appelés son peuple particulier et sa portion. Ce n'estpas tout, les Israélites étaient faibles, sans armes, dépouillésde tout; pour prévenir le trouble de leurs esprits, voyez le Psalmiste,quel soin il prend de corriger leur faiblesse; écoutez ses paroles:" Il n'aime point qu'on se fie à la force du cheval, ni que l'hommes'assure sur la force de ses jambes. Le Seigneur met son plaisir en ceuxqui le craignent et en ceux qui espèrent en sa miséricorde(10, 11). " Un autre texte : " Qui attendent sa miséricorde. " Sitelles sont, dit-il, vos dispositions, la crainte, la parfaite espéranceen lui, vous vous attirerez sa bienveillance, et, quand vous l'aurez conquise,vous serez plus forts que tous ceux qui ont des chevaux et des armes. Onne demande donc de vous qu'une seule chose. Ne vous plaignez pas, ne voustroublez pas, mais attendez sa miséricorde. Car voilà surtoutce qui constitue l'espérance , attendre ce qu'on ne reçoitpas aussitôt , attendre avec confiance sans jamais se décourager.Et le Psalmiste a raison de dire : " En sa miséricorde, " car lesIsraélites ne pouvaient pas se fier en leurs couvres; et pourtant,dit-il, quoique les événements nous aient trahis, espérezen sa miséricorde, vous obtiendrez les effets de sa providence etson secours. Puissions-nous tous les ressentir, par la grâce et parla bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennentla gloire et la puissance, dans les siècles des siècles.Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLVII

" JÉRUSALEM, LOUE LE SEIGNEUR;SION, LOUE TON DIEU. "

1. Ce n'est pas à la ville, c'est aux habitants qu'il s'adresse,et ce qu'il fait dans tous les psaumes, il le fait encore ici ; il ne selasse pas de les exhorter, de les porter par ses conseils à offrirà Dieu , pour les bienfaits qu'ils en ont reçus, leurs actionsde grâces; à mettre leur confiance, non dans leurs édifices,non dans la solidité de leurs remparts, mais dans sa providence.Une fois ce point établi , il ajoute : " Car il a fortifiéles serrures de tes portes , et il a béni tes enfants , au milieude toi (2). " Que signifie, " Il a fortifié les serrures? " c'est-à-dire,il t'a mise en sûreté, il t'a rendue inexpugnable. " Il abéni tes enfants; " c'est-à-dire il l'a fait grandir, demanière à devenir une multitude. Distinguons ce bienfait, de cet autre bienfait: " Au milieu de toi; " ce qui veut dire, il n'apas béni des enfants dispersés, séparés lesuns des autres, mais il les a réunis, et, au milieu de toi , ilen a augmenté le nombre. Le Psalmiste donne ensuite une autre preuvede la Providence : " Il établit la paix sur tes frontières(3). " En effet, on peut être en sûreté, on peut êtreun grand peuple, et cependant souffrir de la guerre; mais le Psalmistemontre que les Israélites sont aussi à l'abri de ce malheur.Et non-seulement leur cité n'a pas à craindre les attaquesde l'ennemi, mais leurs frontières mêmes sont en sûreté.Voyez-vous que de bienfaits il énumère ! Le premier bienfait,sans contredit, le plus grand de tous, c'est ce qu'il exprime ainsi: "Ton Dieu. " Ce mot seul révèle tous les bienfaits du Seigneur.Dieu a fait de toi son ami, son héritier; le Seigneur commun detous les êtres, est particulièrement ton Seigneur, àtoi; ce qui est certes la source de tous les biens; second bienfait: ila mis la ville en sûreté; troisième bienfait: il amultiplié le peuple; quatrième bienfait: il a mis àl'abri , et des guerres et des tumultes, non-seulement la ville, mais lanation tout entière. Et cela, il ne l'a pas fait une fois, deuxfois, trois fois, mais il l'a fait sans interruption. Car, le Psalmistene dit pas, il a établi, mais, " Il établit. " Si parfoisdes guerres sont survenues, ce n'est pas que Dieu les abandonnât,mais c'est qu'eux-mêmes se séparaient de lui ; car, son occupationnon interrompue, c'est de fortifier son peuple, de le mettre en sûreté, à l'abri, affranchi de toute guerre et de tout tumulte.

Le Psalmiste ajoute encore un autre (296) bienfait: La grande fertilitéde l'année, l'abondance des fruits; il veut encore leur montrerque celte abondance ne doit être attribuée ni à laterre, ni à l'air, mais à la providence de Dieu. Comments'exerce cette providence? Il le dit aussitôt: " Il te rassasie dumeilleur froment. " Voyez: il ne dit pas seulement, de froment, mais: "Du meilleur froment, " pour montrer combien est grande la prospérité." Le meilleur froment " signifie, ce qu'il y a, dans le fruit, de plusdélicat et de plus nourrissant ; tels sont en effet les dons deDieu, fortifiants et délicats. Donc, Dieu répand sur eux,de la manière la plus magnifique, le meilleur froment; pour montrercette magnificence, le Psalmiste ne dit pas, il te donne, mais: " Il terassasie. Il envoie sa parole à la terre (4). " L'habitude du Psalmisteest de passer du particulier au général, et de revenir dugénéral au particulier; ce qu'il fait encore ici. Car, àpropos de cette parole. " Loue ton Dieu, " un insensé aurait pucroire que ce Dieu était seulement le Dieu des Juifs; le Psalmistemontre comment c'est le Dieu de la terre entière ; comment sa providences'étend sur tout l'univers, et il laisse le particulier pour cequi s'applique à tout, pour la providence étendue sur tousen général. Aussi, après avoir dit: " Il envoie saparole à la terre , " le Palmiste ajoute , " Et cette parole courtavec vitesse. " Ce qu'il dit, c'est pour montrer que Dieu s'inquiètenon-seulement de notre pays, mais de la terre entière. Quant aumot " parole , " il signifie l'ordre, l'opération par laquelle Dieupourvoit. Et maintenant pour montrer la facilité , la promptitudede l'action divine, le mot parole ne suffisant pas, l'auteur dit que laparole court, et ce n'est pas encore assez pour lui ; aussitôt ilajoute, avec vitesse. Ce qui revient à dire : Quel que soit l'ordrede Dieu, il s'accomplit avec la plus grande rapidité. C'est àla terre entière qu'il commande, et maintenant , que commande-t-il? ce qui est nécessaire, pour que nous puissions vivre; ce qui serapporte à la nature de l'air, aux changements et aux vicissitudesdes saisons, et voilà pourquoi le texte ajoute: " Il envoie la neige, comme de la laine; la gelée blanche, comme de la cendre (5). "Un autre texte: " Le givre; " l'hébreu porte " chephor " qui veutdire, pluie fine ou brouillard, et " choepher " qui veut dire roséecondensée. " Il envoie sa glace, divisée en une infinitéde parties. " Qui pourra soutenir la rigueur de son froid (6)? " Un autretexte: " Qui pourra soutenir sa chaleur? Il enverra sa parole et il ferafondre toutes ces glaces; son esprit soufflera et les eaux couleront (7)." Il s'agit de cette puissance infinie qui produit ce qui n'est pas ; transformeles créatures, et les façonne comme il lui plaît.

2. C'est ce qu'exprimait aussi un autre prophète, en disant :" Qui fait toutes choses, et les transforme. " (Amos, V, 8.) La naturea des bornes invariables ; cependant quand Dieu commande, ces bornes disparaissent.Toutes choses en effet se plient à sa volonté. Quelquefoisil change les substances; d'autres fois, les substances persistent, maisil les fait servir à d'autres fins. Il laisse sommeiller en ellesla vertu qui leur est propre, et il leur donne une vertu contraire ; cequ'il a fait à propos de la fournaise. II y avait là du feuqui ne brûlait pas, et ceux qui étaient jetés dansla fournaise, y sentaient la rosée la plus agréable. LesJuifs traversaient la mer, et les flots ne les engloutissaient pas, etle peuple trouvait un sol plus résistant que la pierre. Dathan etAbiron sentaient bien la terre sous leurs pieds ; cette terre toutefoisne les supporta pas, et les engloutit plus vite que la mer. La verge d'Aaronétait du bois sec, et elle porta un plus beau fruit que les arbresplantés en pleine terre. L'ânesse de Balaam était,de tous les animaux, le plus stupide, et cependant, frappée parBalaain, elle se défendit aussi bien que l'homme le plus sage. QuandDaniel fut jeté dans la fosse, il y avait des lions, qui montrèrentla douceur des brebis; leur nature ne fut pas détruite, mais leursoeuvres furent changées. On peut voir bien d'autres merveilles,même dans les êtres inanimés. Ces prodiges, qui se répètentchaque année, qui tombent sous nos yeux, ne sont pas pour cela moinsdignes d'admiration. Considérez, en effet, ce prodige de la neigequi bientôt devient de l'eau, et subit, en si peu d'instants, desi grandes transformations. Il ne faut pas perdre le sens des choses aupoint d'attribuer ces changements à l'action naturelle des éléments,au point de les considérer comme s'ils en étaient uniquementles causes. Voilà pourquoi le Psalmiste montre ici avec tant desoin quel est Celui qui commande, et la puissance de son commandement." Il enverra sa parole et il fera fondre toutes ces glaces. " Sa parole,veut dire son ordre; ce n'est pas la (297) force des vents qui opèreces effets, mais Dieu, Dieu qui a fait les vents. Et maintenant si le Psalmistea parlé des éléments, des changements qui s'accomplissentdans les éléments, c'est pour faire comprendre aux Juifs,épais et stupides, la puissance de Dieu; il la leur fait voir parles oeuvres qui se répètent chaque année ; il leurmontre qu'il est facile à Dieu de faire, des choses, ce qui luiplaît; de changer les contraires en leurs contraires. De même,en effet, que si la tempête,que si le froid glacial est insupportable,il est facile à Dieu de ramener la sérénitéqui fond toutes les glaces ; de même, quand les Juifs étaientemmenés en servitude, tourmentés par leurs ennemis, il luiétait facile de leur rendre la paix, leur patrie, leur premièreprospérité. Le Psalmiste ne se contente pas de ces pensées; il en est une autre qu'il insinue ; quelle est-elle ? De même queces intempéries , quoique incommodes, ont souvent leur utilité; de même les malheurs qui frappèrent les Juifs, leur furentutiles, et eurent pour eux de grands avantages. Toutefois, pour ne pasles fatiguer, le Psalmiste leur parle d'un changement plus agréable.Mais que signifient ces exemples ? Il ne dit pas seulement, " Il envoiela neige , " mais il ajoute, " Comme de la laine; " ni, " la geléeblanche, " mais il ajoute, " Comme de la cendre; " ni , " Il envoie saglace, " mais il ajoute, " Divisée en une infinité de parties." Il me semble avoir voulu signifier, par là, combien tout est facilepour Dieu, et se fait vite. " Il annonce sa parole à Jacob (8)." Autre texte: " Ses statuts; " autre texte : " Ses ordres. Ses jugementset ses ordonnances à Israël ; il n'a point traité dela sorte toutes les autres nations (9) ; " un autre texte; " Semblablement.Et il ne leur a point manifesté ses jugements. " Voyez comme, iciencore, il passe du général au particulier, à ce quiétait le plus important chez les Juifs, parce qu'il veut ranimerleur ardeur. Au commencement du psaume, il a parlé des choses sensibles,utiles au corps, de la sûreté, de la fertilité de l'année,de la paix; mais ici maintenant il élève son discours àde plus hautes pensées; il leur parle de la loi qui leur a étédonnée, ce qui est le plus grand bienfait, pour les écarterdu vice, les conduire à la vertu, éclairer leur âme.Aussi Moïse, reprenant cette pensée en tout sens , disait:" Quel peuple est semblable à ce peuple ? Quelle grande nation aun Dieu aussi près d'elle, comme le Seigneur notre Dieu est prèsde nous, présent à toutes nos prières ? " (Deutér.IV, 7.) Et David encore : " Le Seigneur fait ressentir les effets de samiséricorde, et il fait justice à tous ceux qui souffrentla violence. Il a fait connaître ses voies à Moïse, etses volontés aux enfants d'Israël. " (Ps. CII, 6, 7. ) Et Jérémie(1) : " C'est notre Dieu, aucun autre que lui ne sera regardé commeDieu ; il a trouvé toutes les voies de la science, et il les a montréesà Jacob son fils, et à Israël son bien-aimé."

Mais, peut-être objectera-t-on, puisqu'il n'a rien révéléaux autres hommes, comment peut-il les punir? Que le Seigneur punisse,et ceux qui ont existé avant la loi, et les pécheurs répanduspar tout l'univers, c'est ce que manifestent les paroles du Christ : "La reine du midi s'élèvera et condamnera cette génération; " et encore: " Les Ninivites s'élèveront, et condamnerontcette génération. " (Matth. XII, 42, 41.) Le sens de cesparoles, c'est que ces anciens hommes aussi doivent rendre compte de manièreà mériter les uns, la gloire, les autres, les châtiments.— Et maintenant, si on ne leur avait pas montré la conduite qu'ilsdevaient tenir, comment leurs juges peuvent-ils les condamner? Commentl'Ecriture dit-elle encore: " Le sang répandu sera vengépar le sang. Depuis le sang du juste Abel, jusqu'au sang de Zacharie ?" (Matth. XXIII, 35.) Comment dit-elle encore : " Au jour du jugement,Sodome et Gomorrhe seront traitées moins rigoureusement ? " (Mat.XI, 24.) Cette expression "moins rigoureusement " ne montre pas qu'il n'yaura aucun supplice, mais que le supplice ne sera pas aussi rigoureux,que les fautes l'exigeaient. Si les coupables qui ont étépunis, ont encore à rendre un compte si sévère, parmiles autres, qui évitera le châtiment?

3. Eh bien ! maintenant, nous pouvons voir au nombre de ceux que leschâtiments attendent, ceux qui ont été punis par ledéluge, et beaucoup d'autres, et Caïn lui-même; Paulaussi exprime cette pensée, par ces paroles : " On y découvreaussi la colère de Dieu, qui éclatera du ciel contre tontel'impiété et l'injustice des hommes qui retiennent la véritéde Dieu dans l'injustice; parce qu'ils ont connu ce qui peut se découvrirde Dieu, Dieu même le leur ayant fait connaître. Car

1 Par erreur : la citation est de Baruch. III, 36, 37.

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les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis lacréation du monde, par la connaissance que ses créaturesnous en donnent. Sa puissance éternelle et sa divinité brillentde manière à ôter toute excuse. " (Rom. I, 18, 20.)Il parle ensuite de leur vie de manière à montrer qu'ilsauront des comptes à rendre; c'est ainsi qu'il dit; " Et aprèsavoir connu la justice de Dieu, ils n'ont pas compris que ceux qui fontces choses, méritent la mort; et non-seulement ceux qui les font,mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font. Vous donc qui condamnez,ceux qui les commettent, et qui les commettez vous-mêmes, pensez-vouspouvoir éviter la condamnation de Dieu ? Est-ce que vous méprisezles richesses de sa bonté, de sa patience, et de sa longue tolérance?Ignorez-vous que la bonté de Dieu vous invite à la pénitence?Et cependant, par votre dureté, et par l'impénitence de votrecoeur, vous vous amassez un trésor de colères, pour le jourde la colère et de la manifestation du juste jugement de Dieu, quirendra, à chacun, selon ses oeuvres; en donnant la vie éternelleà ceux qui, par leur persévérance dans les bonnesoeuvres, cherchent la gloire, l’honneur et l'immortalité; et, répandantsa fureur et sa colère sur ceux qui ont l'esprit contentieux, etqui ne se rendent point à la vérité, mais qui embrassentl'iniquité. L'affliction et le désespoir accableront l'âmede tout " homme qui fait le mal, du juif première ment, et puisdu gentil. " (Rom. I, 32; II, 3,9.)

Vous voyez, par tous ces textes. que tous les hommes sans exception,même avant la loi, sont punis. de leurs péchés; quetous ceux qui ont pratiqué la vertu, et se sont abstenus de l'impiété,jouissent des biens du Seigneur. Comment donc châtiments ou récompensessont-ils possibles, si les hommes ne savaient pas la conduite qu'ils devaienttenir? Et maintenant, m'objecte-t-on, si les hommes connaissaient la conduitequ'ils devaient tenir, comment l'Ecriture dit-elle : " Il n'a point traitéde la sorte toutes les autres nations, et il ne leur a point manifestéses jugements ? " Ecoutez ce qui est écrit, et ce que le texte signifie:le Seigneur n'a donné de loi écrite à aucun autrepeuple ; tous, en effet, avaient la loi naturelle, qui déterminece qui, est bien, ce qui est mal. Car lorsque Dieu fit l'homme, il mitaussitôt en lui ce tribunal incorruptible, la conscience qui, danschaque homme, porte ses jugements; quant aux Juifs, il leur accorda leprivilège de connaître, par le moyen de paroles écrites,les prescriptions de la loi. Aussi, le Psalmiste ne dit pas : Il n'a rienfait pour aucune autre nation, mais, " il n'a point traité de lasorte, " c'est-à-dire, il n'a donné aux autres nations, nides tables ni des écrits, ni un Moïse législateur, nitout ce qu'on a vu sur le Sinaï; les Juifs seuls, par un privilègeunique, ont joui de tout ce surcroît de secours; mais la nature humaine, tous les hommes , sans exception , avaient la loi suffisante de la conscience.Ce que Paul, à son tour, exprimait ainsi : " Lors donc que les Gentils,qui n'ont, point la loi, font naturellement les choses que la loi coin"mande, n'ayant point la loi, ils se tiennent à eux-mêmes lieude loi. " (Rom. II, 14.) Et voilà pourquoi les Juifs méritentune condamnation plus sévère; avec ta loi naturelle, ilsont reçu la loi écrite, et ils se sont souillés detous les crimes, de sorte que l'excès même de la bienveillancede Dieu est, pour eux, l'occasion d'une condamnation plus rigoureuse, parcequ'ils y ont répondu parleur négligence. En ce qui concernele sens littéral du psaume, il suffit de l'explication que nouscri avons donnée. Si maintenant on désiré que nousinterprétions, dans le sens anagogique, nous ne refuserons pas demarcher dans cette voie, sans faire violence à l'histoire, loinde nous d'y penser, mais en nous servant de l'histoire pour offrir cetenseignement aux plus studieux, autant que possible. " Jérusalem,loue le Seigneur; Sion, loue ton Dieu. " Paul entend par là, laJérusalem céleste, de laquelle il dit: " La Jérusalemd'en-haut est vraiment libre, et c'est elle qui est notre mère." (Galat. IV, 26.) De même que Sion représente pour lui l'Eglisequand il dit : " Vous ne vous êtes pas approchés d'une montagnesensible, d'un feu brûlant, d'un nuage obscur et ténébreux,des tempêtes ; mais vous vous êtes approchés de la villede Sion, de l'Eglise des premiers-nés, qui sont écrits dansle ciel. " (Hébr. XII, 18, 22, 23.) C'est donc ainsi que l'on peutdira par anagogie : " Jérusalem, loue le Seigneur; Sion, loue tonDieu. Car il a fortifié les serrures de tes portes, et il a bénites enfants au milieu de toi. " Il l'a fortifiée, en effet d'unemanière plus solide que Jérusalem; il n'y a pas mis des verrouxet des portes; (299) rempart c'est la croix, c'est la déclarationqu'il a faite du pouvoir qui lui est propre, par lequel il a partout élevéson enceinte, quand il a dit "Les portes de l'enfer ne prévaudrontpas contre elle. " (Matth. XVI, 18.)

4. Aussi, dans le principe, empereurs et rois, tous, peuples et cités,les armées des anges déchus, toute la puissance du démonassaillirent l'Église de mille manières ; cependant tousces efforts ont été déjoués ; tous ces ennemis,réduits au néant; l'Église, au contraire, a grandiet s'est élevé si haut que sa tête domine au-dessusdes cieux. " Il a béni tes enfants, au milieu de toi. " De mêmequ'aux premiers jours du monde , Dieu avait dit : " Croissez , et multipliez, et remplissez la terre (Gen. I, 28), " et la terre entière a entenducette parole ; de même, plus tard : " Allez et instruisez toutesles nations (Matth. XXVIII, 19) ; " et : " Cet évangile sera prêchédans le monde entier (Math. XXVI, 13) ; " et il est arrivé que lesextrémités de la terre, en un instant, ont étéenvahies par le commandement du Seigneur; voilà pourquoi le Seigneurmême disait : " Si le grain de froment ne meurt pas aprèsqu'on l'a jeté en terre, il demeure seul ; mais quand il est mortil porte beaucoup de fruits; " et plus loin

" Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attireraitout à moi. " (Jean, XII, 21, 32.) Et aux premiers jours du monde, un grand nombre d'hommes sont sortis d'un seul, la multitude s'est accrued'après la loi de la nature, de là vient que les progrèsont été lents; mais, au temps des apôtres, ce n'estpas par la loi de la nature, c'est par la grâce que la multitudea grandi, et voilà pourquoi, d'un seul coup, en un seul jour, troismille bientôt, et bientôt cinq mille hommes, et bientôtdes multitudes innombrables, et bientôt l'univers tout entier s'esttransformé, régénération magnifique ; la foules'est accrue et multipliée, et a témoigné, par laréalité même des choses, de la bénédictionqu'elle avait reçue. " Ces hommes-là, en effet, ne sont pointnés du sang, ni de la volonté de la chair. " (Jean, I, 13.)C'est la grâce de Dieu qui les a fait naître : " Il établitla paix sur tes frontières (3). " Ce qui s'applique, avec une admirablepropriété, à l'Église, car, ce qu'on ne peuttrop admirer, c'est qu'au sein de la guerre, elle jouissait de la paix;quand les ennemis l'entouraient de toutes parts, elle jouissait de toutesles délices de la sécurité parfaite. Aussi le Seigneurdit-il lui-même : " Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix." (Jean, XIV, 27.) " Et il te rassasie du meilleur froment. " Ce qui peutse prendre aussi pour l'aliment spirituel de l'Église, car l'Églisenous donne le pain de la vie. " Il envoie sa parole à la terre etcette parole court avec vitesse (1.). " Quelle est cette parole, répondez-moi,je vous en prie ? Celle qui, portée par les apôtres, a prispartout son essor, plus rapide que l'oiseau, ce que David exprime dansun autre passage, en disant : " Le Seigneur remplira de sa parole les hérautsde sa gloire, afin qu'ils l’annoncent avec une grande force. " (Ps. LXVII,12.) A l'insensé qui douterait ici, les éléments doiventsuffire , pour démontrer la vérité. Comment la neigetombe-t-elle, en si grande quantité, et si subitement, de manièreà couvrir, en un instant, toute la terre? et il ne faut pas de longuesheures pour due la surface envahie soit tout entière couverte. LePsalmiste était un prophète ; il convenait qu'il préditl'avenir et en même temps qu'il s'exprimât par des figures,et il devait développer les images que fournissent tes éléments.Or, ce qu'il dit revient à ceci : Il arrivera que la terre entièresera fortifiée par la parole de Dieu, et rapidement, et dans uninstant bien court. Ensuite, pour prévenir les doutes qui pouvaientrésulter de ce que les Juifs, si longtemps l'objet d'une providencesi attentive, y ont répondu par des égarements si coupables;pour prévenir cette objection : comment les habitants dispersésà la surface de l'univers pourront-ils, en un temps si court, seréunir dans la vertu, dans la conformité de la modérationet de la sagesse? Comme confirmation de la vérité qu'il démontre,le Psalmiste emprunte ses exemples aux éléments, àla neige, au brouillard, à la glace qui se forme en un instant.Ne refusez donc pas votre foi, quelle que soit la mobilité de l'espritdes Juifs. Mais les contradicteurs sont nombreux ! Eh bien! eux aussi,ils disparaîtront, ils se soumettront. Le froid facile à supporterdevient plus vif, et personne n'y résiste, et tous se retirent etcèdent la place; à bien plus forte raison, cèdentà la parole, et au commandement du Seigneur, toutes les résistancesqui la combattent; car il peut changer les substances, mettre au jour cequi n'existe pas et fortifier ce qui existe par lui, au point de fairede ses créatures des (300) puissances auxquelles rien ne résiste." Il annonce sa parole à Jacob, ses jugements et ses ordonnancesà Israël (8). " Il faut encore ici entendre ce Jacob dans lesens spirituel, et Israël c'est celui que Paul a reconnu en disant: " Paix à vous et à l'Israël de Dieu ! " (Galat. VI,16.) A lui la gloire dans les siècles des siècles ! Ainsisoit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLVIII

" LOUEZ LE SEIGNEUR, O VOUS QUI ÊTESDANS LES CIEUX, LOUEZ-LE DANS LES PLUS HAUTS LIEUX, LOUEZ-LE, VOUS TOUSQUI ÊTES SES ANGES. "

1. C'est l'habitude des saints, lorsque dans le transport de leur reconnaissance, ils vont rendre à Dieu des actions de grâces, d'appeler,auprès d'eux, un grand nombre de fidèles pour partager cedevoir de bénédiction ; on les voit toujours exhortant lesâmes à s'associer à ce culte si beau d'adoration etd'hommages. C'est ce que firent les trois enfants dans la fournaise. (Daniel,III.) Ils invitèrent toutes créatures à bénirDieu pour le bienfait qu'ils en avaient reçu; à éleververs le Seigneur leurs cantiques et leurs hymnes. C'est ce que fait encore

ici le Psalmiste, s'adressant aux deux mondes, à celui d'en-haut,à celui d'en-bas, au monde sensible , au monde que l'esprit seulconçoit. C'est encore ce que fait le prophète Isaïe,quand il dit: " Cieux , louez le Seigneur; terre, soyez dans l'allégresse, parce que le Seigneur a eu pitié de son peuple. " (Isaïe,XLIX, 13.) C'est ce que fait aussi le Psalmiste lui-même, quand ildit: " Lorsque Israël sortit de l'Égypte, et la maison de Jacob,du milieu d'un peuple barbare, les montagnes sautèrent comme desbéliers, et les collines comme (301) les agneaux des brebis. " (Ps.CXIII, 1, 4.) Ailleurs encore, Isaïe : " Cieux, que les nuées" fassent descendre le juste comme une pluie." (Isaïe, XLV, 8.) Leshommes ne suffisent pas seuls à la tâche de louer, de célébrerDieu, et alors ils vont partout, cherchant des compagnons de leurs hymnes.Quant au Psalmiste, c'est ce qu'il fait souvent, comme quand il dit: "Adorez-le, vous tous, qui êtes ses anges. " (Ps. XCXVI, 7.) Et encore: " Vous tous qui êtes des puissantes, et qui accomplissez ses ordres." (Ps. CII, 20.)

Et maintenant le Psalmiste se propose encore une autre pensée,quelle est-elle? Qu'un insensé n'aille pas se figurer qu'il y adeux créateurs du monde. Les créatures sont diverses, lessubstances, différentes (sensibles, spirituelles, visibles, invisibles,corporelles, incorporelles) ; il ne faut lias, de la diversité desouvrages, conclure à la diversité des ouvriers. Voilàpourquoi le Psalmiste institue un choeur unique, un seul choeur de toutesles créatures, offrant le cantique au même Dieu, voilàpourquoi il dit que le même Dieu doit être célébrépar les créatures d'en-haut, par les créatures du monde inférieur.Il montre par là, que c'est un seul et même ouvrier qui afait les unes et les autres. Maintenant il commence par celles du mondesupérieur et il dit: " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges; louez-le , vous tous qui êtes ses puissances. " Un autre texte:" Vous tous qui composez ses armées : " C'est-à-dire: chérubins,séraphins, dominations, principautés, puissances. C'est lepropre d'une âme embrasée, c'est le propre d'un amour brûlantd'exciter tous les êtres à louer celui qu'on aime; c'est lepropre d'une âme qui trouve toujours un plaisir plein de charme dansla pensée de Dieu; qui s'extasie devant sa gloire, et qui l'admire." Soleil et lune, louez-le; étoiles et lumières, louez-letoutes ensemble; " un autre texte : " Etoiles de la lumière, louez-le,cieux des cieux, et que toutes les eaux, qui sont au-dessus des cieux,louent le nom du Seigneur; car il a parlé, et toutes ces chosesont été faites ; il a commandé, et elles ont étécréées. Il les a établies pour le siècle, etpour le siècle du siècle. " Un autre texte: " Il les a établies, pour subsister sans interruption. Il leur a prescrit ses ordres, quine manqueront point de s'accomplir (3, 4, 5, 6). " Pourquoi, aprèsavoir dit quelques mots des puissances célestes, se précipite-t-ilsi vite loin du ciel , vers les êtres visibles? pourquoi cette longueénumération, passant, un à un , en revue les objetsvisibles, et du ciel, et de la terre ? C'est que ces objets se manifestaientplus clairement aux auditeurs; ils les voyaient, ils les avaient sous lesyeux. Et voilà pourquoi Moïse aussi, commençant sonhistoire par la création, ne s'étend, ni beaucoup, ni peu,sur les créatures supérieures; il commence par le ciel etpar la terre ; il parle du soleil , de la lune , des plantes, des animauxqui nagent , des quadrupèdes, et finit par l’homme. Quant aux "cieux des cieux, " dont parle ici le Psalmiste, il ne s'agit pas d'unemultitude de cieux différents ; " le ciel du ciel " a le mêmesens. L'hébreu en effet dit d'ordinaire : " Le ciel du ciel; " c'estainsi qu'autre part encore le Psalmiste dit: " Le ciel du ciel appartientau Seigneur; quant à la terre, il l'a donnée aux enfantsdes hommes. " (Ps. CXIII, 7.) " Et toutes les eaux qui sont au-dessus descieux." Vous avez entendu Moïse dire aussi que le Seigneur, partageantles eaux , laissa les unes en bas, éleva les autres sur les voûtescélestes, établit le firmament au milieu de l'abîme,et permit aux eaux supérieures de couler comme sur le dos de cesvoûtes.

Mais maintenant, dira-t-on, quelles louanges peuvent faire entendredes créatures, sans voix, sans langue, sans âme , sans raison,sans intelligence; qui n'ont ni l'organe de la parole, ni la pensée?Il y a deux manières, de glorifier: l'une par les paroles, l'autrepar ce que soient les yeux. On peut même ajouter une troisièmemanière, par la conduite et par les oeuvres. Car, ce ne sont passeulement les paroles, le silence même de l'homme glorifie Dieu;c'est ainsi que le Christ a dit: " Que votre lumière luise devantles hommes, afin qu'ils voient vos bonnes couvres et qu'ils glorifientvotre Père, qui est dans les cieux. " (Matth. V, 16); et ailleurs:" Ceux qui me glorifient, je les glorifierai. " (I Rois, II, 30.) Il ya, sans doute la glorification par la langue, exemple Moïse, glorifiantDieu avec Marie et disant: " Chantons des hymnes au Seigneur, parce qu'ila fait éclater sa gloire. " (Exode, XV, 1.) Il y a aussi la glorificationqui résulte de la création même; c'est encore le Psalmistequi nous dit: " Les cieux racontent la gloire de Dieu , et le firmamentpublie les ouvrages de ses mains. " (Ps. XVIII, 1.) Ainsi la (302) créationmême le loue par la beauté, par la position, la grandeur,la nature, l'usage, les services, la persistance, l'utilité; donclorsque le Psalmiste dit: Louez le Seigneur, anges, vertus, cieux, lune,soleil, étoiles, eaux, qui êtes au-dessus des cieux, il veutdire que toute créature manifeste la sagesse de l'ouvrier, faitéclater des merveilles; ce que Moïse a exprimé rapidementau commencement de son récit. " Dieu vit toutes les choses qu'ilavait faites, et elles étaient très-bonnes (Gen. I, 3l);" tellement bonnes qu'elles glorifiaient l'ouvrier, et portaient le spectateurde ces oeuvras à louer Celui qui les avait faites.

2. Voilà donc la louange qu'entend le Psalmiste, c'est la beautédes oeuvres; voilà ce qui provoque en l'honneur de l’ouvrier leshymnes de louanges. Ce que Paul exprime aussi, en disant : " Les perfectionsinvisibles de Dieu sont devenues visibles, depuis la création dumonde, sa puissance éternelle et sa divinité." ( Rom. I,20.) Et le Psalmiste, après avoir parlé des créatures,et laissé au spectateur le soin de conclure, de l'aspect des chosesvisibles, la beauté, la grandeur et l'utilité des oeuvresde Dieu, indique une autre raison de louanges. " Dieu a parlé, ettoutes ces choses ont été faites; il a commandé, etelles ont été créées. Il les a établiespour le siècle, et pour le siècle du siècle, il leura prescrit ses ordres, qui ne manqueront point de s'accomplir. "

La beauté, la merveilleuse magnificence de ses couvres se manifestentsuffisamment aux regards. Quant à cette vérité, qu'ily a un ouvrier qui les a faites; qu'elles ne sont ni des effets du hasard,ni incréées, c'est ce que l'on peut déduire des parolesmêmes de l'Écriture. Je veux apprendre à celui quidoute, qu'il y a, de ces oeuvres un créateur, un ouvrier, prévoyant,plein de sollicitude. L'Écriture en effet pose ici deux vérités,ou plutôt trois; et, si l'on examine le texte avec attention on verramême qu'il y en a quatre, à savoir: que l'ouvrier a créé,et a crée du néant, et a créé facilement, etque ce qu'il fait exister, il le gouverne. En effet, cette expression," il a parlé " montre la facilité de l'oeuvre; c'est ainsique Paul disait: " Qui vivifie les morts, et qui appelle ce qui n'est,point, comme ce qui est. " (Rom. IV, 17.) Ce mot " appelle " c'est pourmontrer la facilité. Quant à ce fait, que Dieu gouverne cequ'il fait exister, le Prophète l'indique encore par ces paroles: " Il les a établies pour le siècle, et pour le siècledu siècle. Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront pointde s'accomplir. " Voyez comme, ici encore, il nous montre la puissance,l'autorité, non-seulement par ce que l'ouvrier a établi,mais aussi, parce qu'il a prescrit ses ordres ; le Psalmiste emploie lelangage humain pour faire comprendre l'action divine. De même qu'ilvous est facile, à tous, de parler, de donner un ordre; de mêmeil est facile, pour Dieu, de créer du néant, et de gouvernerce qu'il fait exister, disons mieux, la facilité n'est pas égale; elle est, chez Dieu, de beaucoup plus grande; il n'est pas de parolespour exprimer l'extrême facilité avec laquelle il a tout créé; et, ce qui est admirable, ce n'est pas seulement qu'il gouverne, ni queles lois de la nature sont immuables, mais c'est que la créationse perpétue à l'infini. Considérez la longueur dutemps, et aucune confusion n'a troublé les êtres; la mer n'apas inondé la terre ; le soleil n'a pas dévoré, deses feux, les objets visibles ; le ciel ne s'est pas ébranlé;les limites du jour et de la nuit ne se sont pas confondues; il n'y a paseu de bouleversement dans les saisons, ni rien de pareil : tout ce quia reçu l'être, et dans le monde supérieur, et sur laterre, a conservé exactement les limites une fois prescrites dèsle commencement du monde à chaque partie de la création.

Après avoir parlé des créatures supérieures,,de celles qui résident dans les cieux, le Psalmiste descend surla terre. Nous l'avons déjà vu parlant des créaturessupérieures, commencer par les puissances super-célestes,descendre ensuite aux créatures célestes; de même,ici : des créatures célestes, il se précipite d'unbond vers celles de la terre. En effet, certains hommes décidentque les créatures célestes sont dignes de Dieu, mais, pourcelles de la terre, ils les censurent, parce que l'on trouve sur la terredes scorpions, des lions, des vipères, des dragons et d'autres espècesd'animaux; des arbres stériles. Le Psalmiste, comme pour leur répondre,entreprend une autre manière de raisonnement. Or, voyez ce que faitle Psalmiste: laissant de côté les animaux dont l'utilitéest reconnue, les brebis, les bœufs, dont l'utilité est une véritéde l'expérience ; les ânes, les chameaux, toits les animauxqui nous servent à transporter des fardeaux, il s'occupe de ceuxqui paraissent inutiles, des dragons ; il parle des mers, qui ne sont pasnavigables; il parle de ce qui semble créé pour nous importuner;(303) du feu, de la grêle, de la neige, de la glace; ensuite desarbres stériles, des montagnes ; il laisse, ici encore, de côtéles plaines spacieuses et propres à la culture, les vergers produisantdes fruits utiles et agréables ; il passe aux montagnes, aux collines,aux lieux déserts, et il mentionne tous les serpents. Pour plusde clarté, écoutons ses paroles mêmes. Aprèsavoir dit: " Il leur a prescrit ses ordres, qui ne manqueront point des'accomplir, " il ajoute : "Louez le Seigneur, ô vous qui êtessur la terre ; vous, dragons, et vous tous, abîmes d'eau, feu, grêle,neige, glace, vents, qui excitez les tempêtes; vous tous, qui exécutezsa parole. " Un autre texte : " Vent de Typhon; vous montagnes, et toutesles collines; arbres fruitiers, et tous les cèdres; bêtessauvages, et tous les autres animaux, reptiles, et vous oiseaux qui avezdes ailes. (7, 8, 9, 10.) " D'où vient qu'il entreprend un pareildiscours? Il veut montrer à satiété la providencede Dieu. Et en effet, si les êtres en apparence inutiles, ennemisdu genre humain, sont tellement bons, tellement utiles qu'eux aussi célèbrentDieu, qu'ils exaltent la gloire de l'ouvrier qui les a faits, réfléchissezen vous-mêmes, que dirons-nous des autres êtres? Si vous voulezbien, reprenons une à une chacune des créatures qu'il a nommées," vous, dragons, " dit-il, " et vous tous abîmes d'eau." Il fautentendre ici par " dragons, " les baleines comme dans un autre passageoù il dit : " Ce dragon que vous avez formé pour s'y jouer(Ps. cru, " 26) ;" les passages abondent, où l'on peut voir la baleineappelée de ce nom.

3. Et comment, dira-t-on, cet animal glorifie-t-il celui qui l'a fait?Je réponds, moi, comment ne le glorifie-t-il pas ? Vous en voyezla grandeur, la structure, si nettement racontée dans le livre deJob. (Job, XL, 41 et suiv.) Comment n'admireriez-vous pas l'ouvrier, quia produit un si grand animal ? Et en vérité, la grandeurn'est pas ici ce qui doit nous frapper; remarquons de plus ce fait, quecet animal a pour résidence des mers qui ne sont pas navigables,et il faut admirer que ces limites ne soient pas franchies par un monstreféroce et d'une incomparable grandeur. Il reste dans les régionsqui lui ont été fixées, et, non-seulement il ne s'élancepas sur la terre, ni vers des contrées habitables, mais il ne s'échappemême pas vers ces parties de la mer que visitent les navigateurs;il ne détruit pas les différentes espèces de poissons;il vit en se renfermant dans les limites à lui fixées. Etce n'est pas là la seule merveille; considérons, dans l'abîme,l'immensité de la profondeur. Ce que nous avons remarquédans un animal, peut encore se remarquer dans la mer; soulevée parles vents, elle est irrésistible, le volume de ses eaux est immenseet cependant elle ne franchit pas ses limites ; elle n'inonde pas les terresvoisines, elle demeure attachée par d'indissolubles liens , quelleque soit d'ailleurs l'insolence de ses flots. Voyez donc une telle grandeur,les souffles si puissants qui la soulèvent, et cette merveille,cette masse désordonnée, cette masse énorme, cet élémentd'une violence irrésistible, ne sort pas du lieu qui lui est propre; et, au sein de perturbations si grandes, conserve l'ordre et la mesure.Méditez ces réflexions en vous-mêmes et vous chanterezalors le cantique de louanges en l'honneur de Dieu, et vous admirerez sapuissance, son habileté, sa force, son empire. Il y a encore descauses ineffables, connues seulement de celui qui a tout créé.De là, ce que disait un sage : " Ne demandez pas pourquoi ceci ,à quoi bon cela? Car tout a été fait à sonusage. " (Eccl. XXXIX, 2.) " Feu, grêle, neige, glace, vents quiexcitez les tempêtes, vous tous qui exécutez sa parole. "Ici encore, le Psalmiste ajoute une idée nouvelle. En effet, dansle psaume précédent, il admirait qu'en un instant bien court,là neigé envahit toute la surface de la terre; il admiraitla glace qui durcit, qui se transforme, se change en ses contraires. Maintenant,dans le psaume qui nous occupe, il s'étonne que ce qui n'étaitpas ait été fait.; que ce qui a été fait subsiste,et que ces créatures qui subsistent soient des serviteurs qui, quoiquedépourvus de raison, exécutent les ordres de Dieu avec uneparfaite obéissance. ( Ps. CXLVII; 5, 6. ) Ce n'est pas tout, souventun seul ordre a suffi pour la transformation complète des élémentsen leurs contraires comme on l'a vu dans la fournaise de Babylone, oùle feu brûlait et servait en même temps de rosée. Ehbien, après? objecte-t-on, y a-t-il là une raison de rendreà Dieu des actions de grâces ? Sans doute, et une raison desplus puissantes. En effet, Dieu mérite également d'êtreloué, quand il punit et quand il exempte du châtiment; caril y a là deux preuves qui manifestent également sa sollicitude,deux preuves égales de sa bonté. (304) Les hommes suiventtantôt la bonté, tantôt la perversité, la colère;Dieu, par des moyens différents, ne révèle jamaisque sa bonté. Il faut donc également le louer d'avoir misAdam dans le paradis et de l'en avoir chassé; il faut lui rendregrâces, non-seulement pour la royauté qu'il nous destine,mais aussi pour !'enfer; car s'il l'a fait, s'il nous en menace, c'estpour nous affranchir du vice. En effet, si nous remercions le médecin,non-seulement quand il nous permet la nourriture, mais quand il nous imposeles tourments de la faim, non-seulement quand il nous envoie en promenadesur la place publique, mais quand il nous tient chez nous, enfermés; non-seulement quand il nous frictionne, mais quand il brûle etampute nos membres, parce que si les traitements sont différents,c'est toujours la même fin qu'il se propose; de même il fautlouer Dieu pour tout ce qu'il fait et il faut le louer beaucoup plus encore,parce que c'est Dieu; le médecin n'est qu'un homme et souvent lerésultat trompe le médecin; mais ce que Dieu fait témoignede la plus sage sollicitude. Et, voyez maintenant : la grêle et lefeu n'ont pas été seulement des instruments de supplices,mais la grêle et le feu ont affranchi du supplice, ont terminédes guerres, ont repoussé des invasions ennemies. Ignorez-vous lesprodiges accomplis par le moyen de ces éléments, et en Egypte,et dans la Judée, et au milieu de notre génération? Et la puissance de Celui qui commande est si grande, que les oeuvresqu'il accomplit par ses anges, par des créatures spirituelles, parde grandes puissances, il lui arrive souvent de les accomplir par le moyendes éléments, d'une manière admirable. Ce que Dieufait, afin que l'insensé n'attribue pas les oeuvres à l'ange,mais à Celui qui lui a commandé. Un ange a mis fin àune guerre? la grêle en a fait autant. Un ange a exterminéles premiers-nés des Egyptiens? La mer en fureur, elle aussi, aexterminé tout un peuple. Donc, pour toutes ces merveilles, rendezgrâces au Dieu de bonté. " Vous, montagnes, et toutes lescollines, arbres fruitiers et tous les cèdres; vous, bêtessauvages, et tous les autres animaux; vous reptiles, et vous, oiseaux quiavez des ailes. " Voyez-vous la complaisance avec laquelle il s'arrêtesur les êtres inutiles, les montagnes, les bois, les collines, lesanimaux, les reptiles, les arbres stériles ? Les arbres fruitiersmontrent d'eux-mêmes leur utilité, de même que les plaineset les animaux d'un caractère doux; mais les bêtes féroces,les serpents, les montagnes, les arbres stériles, dira-t-on, quelleutilité présentent-ils? Une très-grande assurémentet qui répond pour nous à de grands besoins, car les montagnes,et les collines, et les arbres stériles nous sont très-précieux,pour nous fournir des matériaux de construction. Si ces matériauxnous manquaient, notre race périrait; de même donc que nousavons besoin de champs cultivés pour en tirer nos aliments, de mêmenous avons besoin de bois stériles et de pierres pour construirenos maisons et pour mille autres usages.

4. Mais les serpents, dira-t-on, les scorpions, les dragons, les lions,à quoi cela sert-il ? quelle en est l'utilité ? immense,inexprimable, aussi précieuse que celle que nous retirons des animauxapprivoisés. Ceux-ci nous sont utiles, à titre de serviteurs;les autres vous inspirent la crainte, pour vous apprendre la modération;pour vous exercer à la lutte; pour vous rappeler la faute de votrepremier père ; pour vous montrer les déplorables suites dela désobéissance. 'En effet, ces animaux n'étaientpas, dès le principe, terribles pour l'homme; l'homme n'avait pasde raison pour les fuir; ils étaient doux et apprivoisés; tel était leur caractère, lorsque Dieu les conduisit auprèsd'Adam, lorsque Adam leur donna leurs noms. Le serpent adresse la paroleà la femme; Eve ne s'en détourne pas avec horreur ; maisune fois que le commandement du Seigneur eut été transgressé, une fois que l'homme eut désobéi à Dieu, l'hommeperdit la plus grande partie de ses glorieux privilèges. Donc, àla vue d'un lion, à la vue d'un serpent, rappelez vous l'enseignementsacré, et ce spectacle sera pour vous une éloquente leçonde sagesse; rappelez-vous aussi Daniel ; quand son âme eut reconquisl'antique innocence, il méprisa ces animaux qui inspirent la terreur.Paul, de même, méprisa la vipère. (Act. XXVIII.) Cessouvenirs réveilleront votre zèle, votre application.

Nous pouvons d'ailleurs admirer encore ici une autre preuve de la sagesseavec laquelle Dieu a disposé les choses. Quelle est-elle? c'estque Dieu a fixé à ces animaux des résidences loindes villes, à savoir, les solitudes ; ils sont terribles et ilsne séjournent pas dans les cités; ils ne s'élancentpas sur les hommes qui les (305) habitent; la solitude leur plaît, ils sen contentent, parce que c'est là, dès le commencement,le séjour que Dieu leur a fixé. Ainsi, quand vous dormez,ces animaux parcourent la solitude: ce que le Prophète montre encoredans un autre endroit, par ces paroles : " Vous avez répandu lesténèbres , et la nuit a été faite, et c'estdurant la nuit que toutes les bêtes de la forêt se répandentsur la terre. " ( Ps. CIII, 20. )

Voyez-vous les traces, encore aujourd'hui subsistantes, de votre premierempire? Quelque diminution qu'il ait subie, quoique mutilé , ilconserve encore quelque signe qui le fait reconnaître. Ces bêtessauvages sont comme des esclaves , relégués loin de nous,séparés de nous, par le temps et par l'espace; ne les attaquezpas, elles n'oseront pas vous attaquer; elles vivent dans les déserts;vos angoisses, vos chagrins, parce que des bêtes féroces ontété faites , rie prouvent que votre démence. Si votreconduite est conforme à la vertu, elles ne vous feront aucun mal; si vous avez souffert du mal que vous ont fait les bêtes féroces,pensez que vous avez souffert beaucoup plus. de celui que vous ont faitles hommes. L'homme est plus redoutable que la bête féroce;celle-ci montre sa férocité, l'homme cache sa perversitésous le masque de la douceur; de là vient qu'il est souvent difficilede s'en préserver. Pratiquez la sagesse; ni bêtes féroces,ni hommes ne vous nuiront, mais au contraire vous serviront beaucoup. Etque parlé-je de la bête féroce et de l'homme , lorsquele démon lui-même, non-seulement n'a fait. à Job ,aucun mal, mais a été pour lui l'occasion de conquérirles plus glorieuses couronnes? Que parlé-je de la bête féroceet de l'homme, lorsque les éléments mêmes que vousportez eu vous, si vous tombez dans le relâchement, sont, pour vous,des causes bien autrement graves de douleur? je parle de la bile ou dela pituite, que, dans votre intempérance, vous ne songez pas àréprimer, ennemis funestes, tant il est vrai que nous avons un besoinabsolu de modération et de vigilance. Mais ici, de même quela négligence attire les plus grands maux, ainsi l'attention àveiller sur soi-même suffit pour trouver les plus précieuxavantages; car enfin tout dépend de la volonté, du librearbitre. Ce qu'est la neige dans l'univers, et le feu, et le vent des tempêtes;la pituite, le sang et la bile le sont pour le corps, et ce qu'il faut,c'est que la parfaite sagesse règle notre tempérament, sinous voulons retirer, de notre constitution, futilité qu'elle comporte;si nous ne voulons pas nous exposer aux maladies. Mais à quoi bonparler du corps? l'âme aussi a des puissances qui, une fois exagérées,deviennent des maladies ; châtiez-les, modérez-les, ces mêmespuissances deviennent des auxiliaires ; la colère convenable estun remède salutaire ; la colère immodérée causevotre perte. Le désir naturel, suivi avec modération, faitde vous un père; en effet, au point de vue de la procréationdes enfants, ce désir a son utilité ; mais lâchez labride, et il vous jette , trop souvent, dans les impuretés, dansles adultères. Donc, n'accusez pas les choses, n'accusez jamaisque votre volonté. Si vous négligez de la surveiller, voustrouvez en vous-mêmes ce qui vous blesse; dans votre propre corps,ce qui le perd. Avez soin de votre âme; ni les anges déchus,ni le démon ne pourra vous nuire; et les bêtes féroces,bien moins encore.

" Que les rois de la terre et tous les peuples (11); " un autre texte: " Et toutes les tribus." " Que les princes et tous les juges de la terre;que les jeunes hommes et tes jeunes filles (12) ; " un autre texte : "Choisis. " Que les " vieillards; avec les plus jeunes; " un autre texte: " Avec les jeunes gens," " louent le nom du Seigneur. " Ici maintenantle Psalmiste parle d'une autre preuve de la Providence, à savoir,(les princes; ce que Paul proclame aussi, dans sa lettre aux Romains, montrant,avec beaucoup de sagesse, que c'est une opération de la providencede Dieu d'avoir partagé tout le genre humain, d'une part en magistrats,d'autre part, en hommes qui leur obéissent. " Car le prince estle ministre de Dieu, " dit-il, " pour vous, en vue du bien. " (Rom. XIII,4.) Supprimez-le, c'est la ruine du genre humain tout entier. Et en effet,si aujourd'hui que tant de princes et de magistrats sont corrompus et dépravés,leur utilité pourtant est si grande; s'il est vrai que, malgréleur malignité, ils nous rendent de si importants services, réfléchissezen vous-mêmes, supposez que tous ceux à qui des commandementssont confiés, sont des hommes vertueux, quel ne serait pas alorsle bonheur du genre humain? Mais que des magistrats aient étéétablis, voilà l'oeuvre de Dieu ; que des pervers soientélevés aux magistratures, et abusent de leur pouvoir, (306)c'est ce qu'il ne faut attribuer qu'à la perversité humaine.

5. Donc, le Psalmiste nous dit qu'il faut rendre à Dieu de grandesactions de grâces, parce qu'il y a des rois et des juges. En effet,s'il a pris le soin de constituer, selon un ordre fixe, dans une mesuredéterminée, le gouvernement des hommes; s'il n'a pas vouluqu'un grand nombre d'hommes vécussent d'une vie plus grossièreque celle des bêtes sauvages, il a dû alors, comme il a inventél'art de conduire les chars, et la science de diriger les navires, inventeraussi les puissances des magistrats et des rois. Donc, prince ou magistrat,rends grâces au Dieu de bonté, qui t'a donné l'occasionde montrer tant de zèle et d'activité ; et toi, qui n'esqu'un simple citoyen, rends ainsi grâces au Seigneur, qui t'a donnéquelqu'un pour prendre soin de toi ; qui n'a pas voulu que les trames desméchants pussent t'écraser; vieillard ou jeune homme, rendsgrâces à Dieu ; c'est là en effet ce que prouve avanttout ce psaume. Il faut louer Dieu, pour toutes choses; que l'on soit magistrat,ou que l'on soit simple citoyen. Voilà pourquoi le Psalmiste dit:" Et tous les peuples, " c'est-à-dire, vieillard ou jeune homme,homme ou femme. " Parce qu'il n'y a que lui dont le nom est vraiment élevé." Un autre texte. " Est au-dessus de tous (13). " " Au-dessus du ciel etde la terre se publient ses louanges; " un autre texte: " Et se chantentses hymnes. C'est lui qui élèvera la puissance de son peuple.Qu'il soit loué par tous ses saints, par les enfants d'Israël,par ce peuple, qui est proche de lui (14). " Ce qui revient à dire: j'ai montré, par toutes les créatures visibles, sa prévoyance,sa gloire, sa majesté. Eh bien ! c'est lui-même qu'il fautlouer, non-seulement pour ces raisons, mais, de plus, sans ces raisons,car, avant et sans ces raisons de louanges, à lui l’élévation,à lui la gloire, à lui, de la part de tous les êtres,les actions de grâces.

Et maintenant cette expression, " Il n'y a que lui " c'est pour le distinguerdes faux dieux. Le Psalmiste élève encore l'auditeur àune contemplation plus haute ; de la terre il l'enlève au ciel.De même, en effet, qu'au commencement, il est descendu du ciel surla terre, de même, par un mouvement contraire, il emporte l'hommeloin de tous les êtres visibles, au-dessus du ciel, en disant: "Au-dessus du ciel et de la terre, se publient ses louanges, " ce qui veutdire, que, bien que les puissances supérieures, invisibles, purementspirituelles, ne cessent pas de rendre grâces à Dieu et dele louer, Dieu pourtant, un tel Dieu, un si grand Dieu, a daignénous aussi, nous appeler son peuple, et non-seulement nous appeler, maisnous élever, nous exalter. Voilà pourquoi il a ajouté: " Et c'est lui qui élèvera la puissance de son peuple." Nouvelle raison de rendre, à ce Dieu, un plus grand culte; etle Psalmiste nous montre que ce Dieu n'a besoin ni du culte ni de la vénérationparticulière de ce peuple (comment en aurait-il besoin, lui queglorifie la nature entière, à qui sont soumises tant de créatures?). C'est par sa seule bonté qu'il s'est attaché particulièrementce peuple, qu'il en a fait son ami, qu'il l'a rendu glorieux, illustredans l'univers; ce que montrent ces paroles : " Qu'il soit chantépar tous ses saints, par les enfants d'Israël, par ce peuple qui estproche de lui. " Le Psalmiste, en effet, n'a pas voulu ménager desprétextes à la nonchalance, à l'indolence en appelantles Israélites le peuple de Dieu; il n'a pas voulu que, se confiantà ce titre, ils négligeassent la vertu. Aussi, aprèsavoir dit. " Qu'il soit chanté par tous " il ne dit pas simplement,les hommes, mais " ses saints; " et encore , après avoir dit, "par les enfants d'Israël, " il a ajouté : " Par ce peuple quiest proche de lui. " Maintenant un autre interprète, au lieu de,qu'il soit chanté, dit, " qu'il soit loué. " Donc, ce quedit le Psalmiste, revient à ceci: si vous êtes saints, sivous vous approchez de Dieu, vous obtiendrez une grande gloire, car tousses biens sont éternels, comme il convient à Celui qui possèdetant de richesses et tant de gloire. Il faut donc, de plus, de notre côté,faire ce qui dépend de nous, afin de jouir, nous aussi, de la plénitudede la gloire, par la grâce et par la bonté de Notre-SeigneurJésus-Christ, à qui appartiennent la gloire, et l'empire,dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CXLIX

" CHANTEZ AU SEIGNEUR UN CANTIQUE NOUVEAU."

1. Selon le sens anagogique, c'est le Nouveau Testament que désignece cantique nouveau ; car tout alors est devenu nouveau. Le Testament :" Je ferai, " dit le Prophète, " avec vous un testament nouveau(Jérém. XXXI, 31) ; " la créature : " S'il y a dansle Christ, une nouvelle créature (II Cor. V, 17) ; " l'homme : "Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez-vous du nouveau,qui se renouvelle en avançant dans la connaissance et la ressemblancede Celui qui l'a créé. " (Col. III, 9.) C'est donc parceque la vie est nouvelle, parce que tout le reste est renouvelé,que l'on dit Nouveau Testament. Et le Prophète exhorte en ce momentà chanter un nouveau cantique. Dans le sens historique, le nouveaucantique c'est celui que les Israélites devaient faire entendrepour leurs victoires, pour leurs succès, pour leurs triomphes, cantiqueillustre et glorieux. " Que sa louange retentisse dans l'assembléedes saints. "

Voyez-vous bien comme il demande avant les paroles, la conduite, lareconnaissance exprimée par les actions, comme il exige les bonnescouvres, avant de vous introduire dans le choeur destiné àlouer Dieu. C'est qu'il ne suffit pas des paroles pour l'action de grâces;il y faut joindre encore la vertu dans les actions. " Que sa louange retentissedans l'assemblée des saints. " Ces paroles renferment encore unautre enseignement. Elles montrent la nécessité des louangesunies à d'autres louanges , des hymnes s'élevant d'un choeurqui forme un concert. L'.Eglise en effet, c'est un corps où toutse tient, c'est une assemblée. " Qu'Israël se réjouisseen celui qui l'a créé (2). " Avant les bienfaits particuliers,le Psalmiste montre le bienfait étendu sur tous ; c'est comme s'iladressait aux fidèles cette exhortation : bénissez Dieu,vous n'étiez pas, et il vous a fait naître et il vous a donnéune âme; ce n'est pas là un bienfait peu considérable.Le Psalmiste en montre ici d'ailleurs un plus grand. Il ne lui suffit pasen effet de la création, il y joint la familiarité, l'affectionétroite qui unit à Dieu, et il engage les Israélitesà lui rendre grâces, non-seulement parce que Dieu les a faits,mais parce qu'il a fait d'eux son peuple. Voyez-vous comment il unit, commentil attache ce peuple à Dieu, voulant non-seulement que ce peuplelui rende grâces, mais lui rende grâces avec plaisir, de toutson coeur, avec un amour ardent; voilà, en effet, ce que signifie(308) : " Qu'Israël se réjouisse. " II demande donc, àcelui qui rend grâces, l'affection, le désir ardent, l'amourénergique, actif, se consacrant tout entier à ce Dieu qu'oncélèbre. C'est ce que le même Psalmiste exprimait dansun autre texte : " Comme le cerf soupire après les eaux avives,ainsi mon coeur soupire après vous, mon Dieu; " et encore : " Monâme est toute brûlante de soif, pour le Dieu fort et brûlant.(Ps. XLI,1, 2); " et encore : " Mon âme brûle d'une soif ardentepour vous, et en

combien de manières ma chair se sent-elle pressée de cetteardeur, dans cette terre déserte, sans chemin et sans eaux ? " (Ps.LXII, 2.) Un autre texte donne : " Comme dans une a terre qui a soif. "Le Psalmiste, pour montrer la disposition de son âme, l'ardeur deson désir, compare son coeur à une terre qui a soif, àun cerf altéré. Il exprime encore, par d'autres paroles,le même désir en disant : " Quand viendrai-je , quand paraîtrai-jedevant la face de Dieu ? " (Ps. XLI, 3.) Telles sont en effet les âmesdes saints; telle était l'âme de Paul, qui gémissaitde voir ajourner son départ de cette vie. (II Cor. V, 4.) " Queles enfants de Sion tressaillent de joie en celui qui est leur roi. " Voyez-vous?Il exprime ce que je disais tout à l'heure, la familiarité,l'affection étroite qui a fait de ce peuple un peuple choisi. Voilàpourquoi il a ajouté : " En celui qui est leur roi. " Dieu en effet.n'était pas leur roi seulement par le fait, tic la création,il l'était aussi par cette familiarité étroite , quil'unissait à ce peuple. " Qu'ils louent son nom en choeur (3). "Voyez encore ici le brillant concert! en effet, les choeurs ont étéinstitués pour que tous, unis d'un même amour. offrent ensembleau Seigneur leurs bénédictions. C'est ce que Paul exprimepar ces paroles : " Ne nous retirant point des assemblées des fidèles." (Hébr. X, 25.) C'est ce qu'exprime encore la prière présentéeen même temps par tous : " Notre Père, qui êtes auxcieux (Matth. VI, 9) ; " et : " Remettez-nous nos péchés(Luc, XI, 4); " et " Ne nous induisez pas en tentation ; " et " Délivrez-nousdu mal. " Vous y voyez partout le pluriel. C'est ainsi qu'autrefois oninstruisait les fidèles à se réunir, pour faire entendreles hymnes et les cantiques en l'honneur de Dieu. Tout les formait àla charité et à la concorde. " Qu'ils célèbrentses louanges, avec ale tambour et le psaltérion. "

2. Quelques personnes appliquant l'interprétation anagogiqueà ces instruments, prétendent que le tambour réclamede nous la mortification de la chair, tandis que le psaltérion nousavertit d'élever nos renards vers le ciel. En effet, cet instrumentse touche par la partie supérieure , non pas par l'inférieurecomme la cythare. Pour moi, je dirai que ces peuples se servaient anciennementde ces instruments, parce qu'ils avaient l'esprit lourd, qu'il y avaitpeu de temps qu'on les avait arrachés aux idoles; et, de mêmeque Dieu leur permit les sacrifices, de même il leur laissa ces instruments,pour s'accommoder à leur faiblesse. Donc, ce qu'il réclamed'eux ici , c'est de chanter avec joie ; voilà en effet ce que signifientces paroles : " Qu'ils louent son nom par des concerts. " L'harmonie, c'estici la pureté de la vie. Le Psalmiste, pour raviver leur ardeur,parle ensuite de la bonté du Pieu qu'il faut chanter : " Car leSeigneur a mis sa complaisance dans son peuple (4). " Quelle prospéritése pourrait comparer à la faveur d'un Dieu clément ? " Etil élèvera ceux qui sont doux, et les sauvera. " Voyez encoreici, comme il expose ce qu'il faut attendre de Dieu, ce que Dieu attenddes hommes. De même que, tout à l'heure, en réclamantles actions de grâces, il a montré ce qui vient de Dieu, parces paroles . " Car le Seigneur a mis sa complaisance dans son peuple;" de même, ici encore, en promettant les bienfaits de Dieu, il exigeen même temps ce qui dépend des hommes : " Et il élèveraceux qui sont doux., et les sauvera. " Elever , voilà la part deDieu ; être doux, voilà la part de l'homme. Ce qui vient deDieu, ne se montre qu'après ce qui vient de l'homme. Et maintenantvoyez la grandeur du don. Il ne dit pas, sauvera n'importe comment, mais: " Il élèvera et sauvera, " c'est-à-dire, non-seulementil délivrera des maux, mais il accordera de plus l'éclatet l'illustration ; avec le salut, il donnera aussi la gloire. Le Psalmiste,développant cette pensée, ajoute : " Les saints seront dansla joie, se voyant comblés de gloire (5). " De même que, plushaut, il réclame fa douceur du coeur, de même ici il demandela sainteté. Partout en effet Dieu se montre avec ses miracles,c'est ainsi qu'il a affranchi les Israélites de la servitude desEgypliens; c'est ainsi qu'il les a ramenés de Babylone, et ce n'estpas seulement en les affranchissant, mais c'est (309) par les prodigesaccomplis qu'il a surtout glorifié son peuple. " Ils se réjouirontdans le lieu de leur repos. " Ces paroles expriment la plénitudede la sécurité, la plénitude de la paix, la plénitudede la joie, la plénitude de la félicité. Et ce quedit le Palmiste, c'est pour faire savoir aux Israélites qu'ils nedoivent rien à leurs armes, rien à leur force particulière;qu'ils doivent tout au secours de Dieu et qu'il importe de le conquérirpar l'humilité et par la douceur. " Les louanges de Dieu seronttoujours dans leur bouche, et ils auront, dans leurs mains, des épéesà deux tranchants, pour exercer la vengeance du Seigneur sur lesnations et ses châtiments sur les peuples (6, 7). " Il s'agit icid'une guerre à faire par les cantiques chantés en choeur;s'ils chantent, s'ils font entendre leurs hymnes, ils s'assureront la victoire." Les louanges de Dieu, " ce sont les hymnes, les psaumes, les actionsde grâces ; voilà pourquoi, au lieu de louanges, un autreinterprète dit : " Les hymnes. " Pour exercer la vengeance du Seigneursur les nations et ses châtiments sur les peuples. " Qu'est-ce àdire ? C'est que leurs vainqueurs ne cessaient de les outrager; or le Seigneurpromet à son peuple de repousser, par la force des événements,les outrages de ces ennemis ; de leur montrer, par les événementsmènes, que ce n'est pas à la faiblesse du Dieu des Israélites,mais aux péchés de son peuple , qu'ils ont dû leursvictoires. Quand tes Israélites eurent été suffisammentpunis, il suffit d'un signe du Dieu de bonté, pour opérer,en faveur de son peuple, un admirable changement. Et maintenant, voyezl'insigne victoire ! le Psalmiste ajoute en effet : " Pour mettre leursrois à la chaîne, et les plus nobles d'entre eux, dans lesfers (8). " Voyezvous l'excès de la puissance ? Ils n'ont pas seulementchassé, repoussé les ennemis loin d'eux; mais ils les ontfaits prisonniers, ils les ont traînés à leur suite,manifestant par tous ces événements la puissance de Dieu." Pour exécuter sur eux le jugement qui est inscrit (9). " Qu'est-ceà dire : " Le jugement qui est inscrit? " Cela veut dire, àdécouvert, manifeste, avéré, qu'il est impossibled'oublier. Tel est en effet le caractère des oeuvres de Dieu, lagrandeur; l'excellence de ses miracles s'étend dans toute la duréedes siècles. Telle sera donc, dit le Psalmiste, la victoire, telsera le trophée, qu'il sera pour tous manifeste, à découvert,comme l'inscription d'une colonne, indestructible à jamais. Telleest la gloire réservée à tous ses saints. Quelle estcette gloire? D'avoir vaincu, ou plutôt, ce n'est pas simplementd'avoir vaincu, mais d'avoir vaincu de cette manière, par le brasde Dieu, par le secours d'en-haut. Et maintenant, voyez comme ici encore,il ne se lasse pas de parler des saints, excitant ainsi les fidèlesà la pratique et au zèle de la vertu. Quant à moi,je ne crois pas qu'il entende par gloire, la victoire seulement, mais leslouanges, les hymnes, les cantiques; il rappelle dans toutes ces paroles,que ceux qui louent le Seigneur recevront un grand accroissement de gloireet deviendront plus illustres, par la grâce et par la bontéde Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloireet l'empire, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

EXPLICATION DU PSAUME CL

" LOUEZ LE SEIGNEUR DANS SES SAINTS. "UN AUTRE TEXTE : " DANS UN SANCTUAIRE. " UN AUTRE TEXTE : " DANS CE QU'ILSANCTIFIE. "

Ces paroles s'appliquent, soit au peuple, soit à la vie sainte,et aux saints. Or voyez comme ici encore, pour terminer son livre des psaumes,il parle de l'action de grâces, nous montrant, par là, quetel doit être le commencement, et telle doit être la fin denos actions et de nos paroles. Aussi Paul disait: " Quoi que vous fassiez, ou en paroles ou en actions , faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ,rendant grâces par lui, à Dieu le Père." (Col. III,17. ) C'est ainsi que commence notre prière. En effet, dire, "NotrePère, " c'est rendre grâces pour les dons que l'on a reçus,et pour les indiquer, il suffit de prononcer ce nom. Dire, " Notre Père," c'est reconnaître l'adoption des enfants ; reconnaître l'adoptiondes enfants, c'est proclamer la justice, la sanctification, la rédemption, la rémission des péchés, tous les dons du Saint-Esprit.Il faut en effet, que tous ces bienfaits précèdent pour quenous jouissions de l'adoption qui nous fait enfants de Dieu, pour que nousméritions d'appeler Dieu, notre père. Mais il me semble quele Psalmiste insinue encore une autre pensée, quand il dit: " Dansses saints. " Cela veut dire par le moyen de ses saints; donc rendez grâcesi Dieu de ce qu'il a introduit parmi les hommes une telle forme de vie;de ce que, des hommes, il a fait des anges; aussi, après avoir dit." Dans ses saints , " le Psalmiste ajoute : " Louez-le dans le firmamentoù il fait éclater sa puissance, " montrant par ces parolesce que j'ai déjà dit. Car les saints sont plus chers àDieu que son firmament. Car le ciel est fait pour l'homme , et non l'hommepour le ciel. Maintenant un autre texte, au lieu de, " Dans le firmament," porte. " Dans l'indestructibilité; " un autre: " Dans le firmamentde sa puissance. " Or, le Psalmiste me paraît ici avoir encore uneautre pensée, comme dans l'avant-dernier psaume. Là, en effet,il dit; " Louez-le, vous tous qui êtes ses anges. " (Ps. CXLVIII,2.) Ici, " Louez-le, dans son firmament, " c'est-à-dire, vous quiêtes dans son firmament; le Psalmiste ne se lasse pas d'inviter lespuissances supérieures à s'associer à l'élande ses louanges. " Louez-le dans les effets de son pouvoir (2) ; " un autre:" Par ses puissances." L'hébreu dit: " Begeburothau. " Voici lapensée: louez-le , à cause de tout ce qu'il a de puissance,à cause de sa force, à cause de ses miracles, à causede son pouvoir, qu'il manifeste par toutes les créatures; par cellesqui vivent sur la terre, par celles qui vivent dans les cieux; par lesoeuvres générales , par les oeuvres particulières: à chaque instant, et toujours. Louez-le, " selon l'étenduede sa grandeur. " Est-ce possible, et quelles louanges pourraient égalersa grandeur? Le Psalmiste ne dit pas, une louange qui égale; (311)mais, dit-il, selon que vous pouvez comprendre l'immensité de cettegrandeur, vous devez la louer, dans la mesure de vos forces, autant qu'unelouange , digne de Dieu , de cette incomparable grandeur, peut sortir dela bouche d'un homme. Nul en effet, ne peut dignement louer Dieu. Avez-vouscompris la passion de cette âme sainte? avez-vous compris le feuqui la brûle, qui la tourmente, qui l'excite, qui lutte pour surmonterla naturelle faiblesse ; pour s'élancer de la terre au ciel; l'ardeurde l'âme attachée à Dieu, qu'un désir brûlantjette dans le sein de Dieu? " Louez-le, au son de la trompette ; " un autretexte: " Au son de la trompe. Louez-le, avec le psaltérion et laharpe; " un autre: " Avec le nablum, (espèce de harpe) , et la lyre; louez-le avec le tambour, et dans les chœurs ; louez-le avec le luthet avec l'orgue; " un autre texte: " Avec des cordes et avec la harpe ;"Louez-le, avec des cymbales harmonieuses; " louez-le avec des cymbalesde jubilation. " Un autre: " Avec des cymbales de signification,. " Quetoute haleine loue le Seigneur. " Un autre texte: " Que toute respiration." Il excite tous les instruments; il veut les entendre tous offrir àDieu leur mélodie , il leur communique à tous la chaleurqui le brûle; il les réveille tous.

Eh bien donc ! de même qu'il ordonne aux Juifs de louer Dieu partous les instruments, de même il nous prescrit, à nous , dele louer par tous nos membres: par nos yeux, par notre langue, par nosoreilles et par nos mains; ce que Paul, de son côté, exprimeainsi: " Offrez vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréableà Dieu , pour lui rendre un culte raisonnable. " (Rom. XII, 1.)La louange qui vient de l'oeil, ce sont des regards dont rien n'altèrela pureté ; la louange de la langue, ce sont les psaumes ; la louangede l'oreille, c'est l'ignorance des chants impurs, des discours qui accusentle prochain; la louange que fait la pensée, c'est la simplicitéqui ne connaît pas la ruse, et n'admet que la charité. Lespieds louent le Seigneur, lorsqu'ils ne courent pas au vice, mais aux bonnesoeuvres ; les mains louent le Seigneur, quand elles ne s'abandonnent niau vol , ni aux rapines, ni aux coups, ni aux violences; quand elles s'emploientà l'aumône, à la défense des opprimés.L'homme devient alors une harpe harmonieuse d'une mélodie ravissante,spirituelle, qui s'élève à Dieu. Maintenant, ces instrumentsdont nous avons parlé, furent permis aux Juifs, à cause dela faiblesse de leur esprit; on voulait les main tenir dans la charité, dans la concorde, les exciter à faire avec ardeur ce qui leurprocurerait le salut. Dieu voulait, en leur permettant les plaisirs dece genre, les amener à des désirs plus élevés.Dieu comprenait combien ces Juifs étaient grossiers, lâches,déchus, et il voulait les réveiller , les consoler de l'assiduitéqu'il leur demandait, par les douceurs de la mélodie. Et maintenantque veut dire, " Les cymbales de la signification? " Ce sont les psaumes.Et en effet, ils ne frappaient pas simplement les cymbales, ils ne jouaientpas simplement de la harpe, mais, autant que faire se pouvait, par lescymbales, par les trompettes, par la harpe, ils montraient le sens despsaumes, et le travail, et le zèle dont ils faisaient preuve dansces exercices, leur était d'une grande utilité. " Que toutehaleine " loue le Seigneur. " Après avoir invité au concertde louanges les créatures célestes; après avoir réveilléle zèle du peuple , excité tous les instruments, il s'adresseà la nature entière, il invite tous les âges àce concert vieillards, hommes faits, jeunes gens, adolescents, femmes,et généralement, sans exception aucune, tous les habitantsde la terre; il jette déjà les premières semencesdu Nouveau Testament, en s'adressant à ceux qui sont répandussur toute la surface de l'univers. Donc ne nous lassons pas de louer Dieu, de lui rendre, pour toutes choses, des actions de grâces, et parnos paroles, et par nos actions. Voilà , en effet, notre sacrifice, notre oblation ; voilà le ministère par excellence, ledigne emploi d'une vie réglée sur le modèle des anges.Et si nous persévérons ainsi à louer Dieu, nous passerons,sans aucune offense, la vie présente , et nous acquerrons lesbiensà venir. Puissions-nous tous nous les voir accordés , parla grâce et par la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartiennent, comme au Père, comme au Saint-Esprit,la gloire, la puissance, l'honneur, maintenant et toujours, et dans lessiècles des siècles. Ainsi soit-il.

Notes

Les traductions en français sont tirées d'un recueil préparé par des catholiques romains.

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Publié par: Rodion Vlasov
Date de création de la page: 2025-08-28, Mise à jour: 2026-01-07
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