EXPLICATION DU PSAUME CXII
"LOUEZ, ENFANTS, LE SEIGNEUR, LOUEZ LE NOMDU SEIGNEUR. "
1. Il est souvent question de ces louanges dans les Ecritures : ce n'estpas , en effet, une chose de peu d'importance, mais un sacrifice, une offrandeagréable à Dieu: le sacrifice de louanges me glorifiera ,est-il écrit. (Ps. XLIX, 23.) Et ailleurs: " Je louerai le nom demon Dieu avec un chant, je le célébrerai dans une louange: et cela plaira à Dieu plus qu'un jeune veau à qui la cornepousse au front et au pied. " (Ps. LXVIII, 31, 32.) Les (135) saints Livresrépètent le même précepte eu plusieurs endroits;et ceux qui sont sauvés croient témoigner avec éclatleur reconnaissance en offrant ce genre de sacrifice. Et qu'y a-t-il làde difficile? dira-t-on; n'est-il pas aisé au premier venu d'enfaire autant, de louer Dieu? Pour peu que vous prêtiez une exacteattention vous verrez à la fois et la difficulté attachéeà cette offrande et le profit qu'on en retire. D'abord c'est auxjustes que sont demandés les hymnes de ce genre: avant de les chanterà Dieu, il faut commencer par bien vivre. " Il n'y a pas de bellelouange dans la bouche d'un pécheur. " (Eccli. XV, 9.) En secondlieu , comme il y a deux manières de louer, Soit en paroles, soiten actions, c'est la dernière que Dieu recherche surtout; telleest la glorification qu'il préfère. " Que votre lumièrebrille devant les hommes, afin qu'ils voient vos belles actions, et qu'ilsglorifient votre Père qui est dans les cieux. " (Matth. V, 16.)Telles sont les louanges des Chérubins. Et voilà pourquoile Prophète, qui a entendu cette mélodie mystique, accusesa propre misère, en disant: malheureux que je suis ! " Homme, ayantdes lèvres impures, j'habite au milieu d'un peuple qui a des lèvresimpures. " (Isaïe, VI, 3.) Aussi le Psalmiste, quand il prescrit d'offrirdes louanges, commence-t-il par les puissances d'en-haut, en disant: "Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le, vous tous qui êtesses anges. " (Ps. CXLVIII, 1, 2.) Il faut donc devenir un ange et ensuitechanter la louange. Ne voyons donc pas en cela un éloge ordinaire:avant notre bouche, il faut que notre vie résonne; avant notre langue,notre conduite doit faire entendre sa voix. De cette façon , jusquedans le silence nous pouvons louer Dieu: de cette façon, si notrevoix s'élève, elle formera avec notre vie un concert harmonieux.Mais ce n'est pas la seule chose qui soit à considérer dansce psaume : remarquez encore que tous les hommes y sont invitésà concerter ensemble à former un choeur universel. Car cen'est pas à une ni à deux personnes que s'adresse le Psalmiste,c'est au peuple tout entier. Le Christ nous invite à la concordeet à la charité , en nous prescrivant de faire en communnos prières , et de nous confondre dans l'Eglise entièredevenue comme une seule personne, en disant: " Notre Père, donnez-nousaujourd'hui notre pain quotidien. Remettez-nous nos offenses comme nousles remettons : et ne nous induisez pas en tentation, mais délivrez-nousdu mal. " Partout il emploie le pluriel; et il prescrit à chaquefidèle en particulier, soit qu'il adresse sa prière isolémentou en commun, de prier en même temps pour ses frères. De mêmele Prophète invite tous les hommes à un concert de prières,et dit: " Louez le nom du Seigneur. " Que fait ici : " Le nom: " sans doutece mot exprime la ferveur de la personne qui parle : mais il fait entendrequelque chose de plus, à savoir, que le nom du Seigneur soit glorifiépar notre entremise, que notre vie même montre qu'il est digne d'hommages:il l'est en réalité : mais Dieu veut que notre conduite mêmerende cette vérité sensible. Que si vous voulez vous en convaincre,voyez la suite. " Que le nom du Seigneur soit béni dès cejour et jusque dans l'éternité (2)." Qu'est-ce à dire,pour qu'il soit béni? votre souhait est-il nécessaire ? voyez-vousqu'il ne s'agit pas ici de la bénédiction attachéenaturellement à Dieu, mais de celle qui s'exprime par l'entremisedes hommes? C'est au sujet de cette dernière que Paul écritpareillement: " Glorifiez Dieu dans votre corps et dans votre esprit. "(I Cor. VI, 20.) Par lui-même Dieu est grand , sublime, digne detoute louange: parmi les hommes, il devient tel quand ses serviteurs offrentle spectacle d'une vie capable d'appeler sur son nom les bénédictionsde tous ceux qui les voient. Le Christ nous ordonne la même chose,lorsqu'il nous recommande de répéter toujours dans nos prières:" Que votre nom soit sanctifié. " (Matth. VI, 9.) C'est-à-direque notre vie même le glorifie. En effet, si nous le blasphémonsen vivant mal, nous le glorifions, le bénissons , le sanctifions, en pratiquant la vertu. Voici le sens de ces paroles : accordez-nousde passer toute notre vie dans la vertu , afin que nous contribuions aussià faire de votre nom un objet de bénédictions. " Dulever du soleil à son couchant, louable est le nom du Seigneur (3)." Voyez-vous comment il annonce en quelque sorte la cité nouvelle,et fait entrevoir dès lors la noblesse de l'Eglise. Ce n'est plusseulement de la Palestine, de la Judée qu'il est ici question, maisde toutes les contrées de la terre. Or quand cela s'est-il vu,,sinon depuis les progrès de notre foi? Dans l'ancien temps, le nomde Dieu, loin d'être béni en Palestine ; était encoreblasphémé à (136) cause des Juifs qui habitaient cepays. Il est écrit.: " A cause de vous, mon nom est blasphéméparmi les nations. " (Isaïe, LII, 5.) Et aujourd'hui ce mêmenom est célébré par toute la terre. C'est ce qu'unautre prophète annonçait en disant: " Le Seigneur paraîtra,et exterminera tous les dieux des nations ; et ils l'honoreront, chacunde sa place. " (Soph. II, 11.) Un autre prophète dit également: " Parce qu'en nous les portes seront fermées, et que le feu demon autel ne sera pas allumé gratuitement, car du lever du soleilà son couchant mon nom a été glorifié parmiles nations et en tout lieu l'on offre à mon nom l'encens et uneoblation pure. " (Mal. I, 10, 11.)
2. Voyez-vous comment il ravale, il anéantit le judaïsme,étend sur toute la terre le gouvernement de lEglise, et préditnotre culte? Le prophète qui parle ainsi vivait après leretour de Babylone. S'il fit alors cette prophétie, ce fut pourempêcher les Juifs de dire que cette captivité, cet abandonsont ceux de Babylone. Ces épreuves étaient finies, les Juifsétaient revenus à leur premier régime: c'est alorsque le messager de Dieu s'exprime ainsi, par allusion à l'abandonqui devait avoir lieu sous Vespasien et Titus, abandon qui doit resterà jamais irréparable. Car le tour de l'Eglise est venu. Delà ces mots: " Mon nom est grand parmi les nations; " c'est-à-direbéni, loué par leur vie , dans le même sens qu'il ditici; " Que le nom du Seigneur soit béni. Le Seigneur est élevéau-dessus de toutes les nations (4). "
Vous voyez encore ici son culte pénétrer chez les nations,non pas seulement chez une, deux ou trois, mais chez toutes les nationsde la terre. Quoi de plus clair que cette prophétie ? Mais commentDieu est-il élevé sur toutes les nations ! Est-ce nous quil'élevons? Ce n'est pas sans doute qu'il nous appartienne d'ajouterquelque chose à sa grandeur? A Dieu ne plaise ! Il s'agit ici desdogmes, du culte, de l'adoration et de tous les autres hommages que nouslui rendons, en concevant de lui non pas une idée basse comme lesJuifs, mais une idée beaucoup plus haute et plus relevée.Telle est en effet notre loi : autant le ciel est au-dessus de la terre,autant la nouvelle loi surpasse l'ancienne. De là ces expressions: "Le Seigneur est élevé sur toutes les nations. " En effet,lorsque nous le relevons en un sens par le culte que nous lui rendons,nous n'ignorons pas que ce culte appelle sa condescendance. Il surpassecelui de l'ancienne loi, mais il est encore bien peu digne de Celui àqui il s'adresse. Paul a dit, pour montrer cela et marquer la différencequi sépare la connaissance que nous avons aujourd'hui, de cellequi nous est réservée dans la vie future : " Quand j'étaispetit enfant, je raisonnais comme un petit enfant, mais quand je suis devenuhomme, je me suis dépouillé de ce qui était de l'enfant." (I Cor. XIII, 11.) Et encore : " C'est imparfaitement que nous connaissonset imparfaitement que nous prophétisons. " Et enfin : " Nous voyonsmaintenant à travers un miroir en énigme, mais alors nousverrons face à face. " (Ibid. IX, 12.) Il montre par là quela connaissance actuelle diffère autant de la connaissance futureque l'enfant diffère de l'homme parvenu à la pleine maturité." Sa gloire est au-dessus des cieux. " Après avoir parléde la louange, de la glorification qui résulte de la conduite humaine, après nous avoir invités à exalter Dieu, àle louer, le glorifier de la sorte; en progressant dans la vertu, il indiquel'endroit où cela se fait principalement. Cet endroit est le ciel.Là réside la gloire de Dieu. Ce sont les anges, avant tout,qui le glorifient : ils le glorifient non-seulement par leur propre nature,mais encore par une obéissance de bons serviteurs, en accomplissantavec scrupule ses ordres et ses volontés. Voilà pourquoiil dit ailleurs : " Puissants, accomplissant sa parole. " (Ps. CII, 20.)Voilà pourquoi dans les Evangiles le Christ ordonne de prier etde dire : " Que votre volonté soit faite sur la terre comme auxcieux. " C'est-à-dire qu'il nous soit donné, à nousaussi, de le sanctifier comme le sanctifient les anges, exempts de toutvice et fidèlement attachés à la pratique de la vertu.Le Psalmiste fait entendre la même chose en disant : " Sa gloireest au-dessus des cieux. " Ne vous bornez pas à considérersur la terre les créatures visibles, ni même l'ordre des corpscélestes, élevez-vous, par la pensée des choses sensiblesaux choses intelligibles, contemplez la beauté des essences célestes, la magnificence de l'empire qui est là-haut, et vous saurez alorscomment sa gloire est dans les cieux.
" Qui est comme le Seigneur notre Dieu qui habite les hauteurs (5) etregarde les choses humbles (6) ? " Ne vous semble-t-il pas que (137) voilàune grande parole? Néanmoins, si vous songez de qui il est question,vous la trouverez bien insuffisante. Il ne tarit pas, je l'ai dit, s'entenir aux paroles, il tarit porter plus haut sa pensée. Commentpeut-il habiter dans les cieux, celui dont la présence remplit leciel et la terre, celui (lui est partout, celui qui dit : " C'est Dieu,c'est moi qui m'approche, Dieu n'est pas loin. (Jér. XXIII, 23.)Celui qui a mesuré le ciel à l'empan et la terre dans lapaume de la main, celui qui embrasse le tour de la terre." (Isaïe,XL, 12,22.) C'est parce qu'alors il s'adressait aux Juifs qu'il emploiece langage afin d'initier peu à peu leur esprit, d'élever,de soulever de terre insensiblement leur pensée. Voilà pourquoile Psalmiste ne se borne pas à dire : " Celui qui habite les hauteursleurs et qui regarde ce qui est humble; " il commence par dire d'abord: " Qui est comme le Seigneur notre Dieu? " et par là il expliquela seconde partie de sa phrase. Il parie ainsi pour condescendre àla faiblesse des Juifs qui avaient la superstition des images et adoraientdes dieux enfermés dans des temples et des lieux déterminés.Voilà pourquoi il procède par comparaison, bien que Dieusoit hors de comparaison avec quelque chose que ce soit, comme je l'aidit plus haut (et je ne me lasserai pas de le répéter) :il approprie ainsi son langage à la faiblesse de ses auditeurs.Il songeait moins alors à parler dignement de la majestédivine, qu'à se faire comprendre des Juifs. C'est pour cela qu'iln'avance que pas à pas, sans néanmoins s'en tenir àla bassesse de leurs idées et tout erg leur découvrant desperspectives plus hautes. En effet, après ces mots : " Lui qui habiteles hauteurs et regarde ce qui est humble, " il passe à un ordrede conception plus relevé, en ajoutant : " Dans le ciel et sur laterre. " Par là il indique que Dieu est à la fois là-hautet ici-bas. S'il considère ce qui se passe sur la terre, ce n'estpas de loin ni du tond du ciel, il n'est pas emprisonné dans leciel, il est partout présent, il est auprès de chaque être.
3. Voyez-vous comment il élève progressivement l'espritde ses auditeurs? Après cela, quand il les a soulevés deterre, qu'il a fixé sur le ciel leurs regards, afin de leur proposerencore un plus grand spectacle, il passe à une autre preuve de lapuissance divine, en disant: " Celui qui tire de la poussière l'indigent,et relève le pauvre de dessus son fumier (7). " (137) Car c'estle propre d'une grande, d'une infinie puissance, que d'élever jusqu'auxpetites choses. Ailleurs l'Ecriture nous représente le contraire,à savoir, les grandes choses abaissées, par exemple en cepassage: " Broyant la force, et déchaînant le malheur contreles solides remparts. " (Amos, V, 9.) Ici au contraire il est dit queDieu sait élever les petits. Tout cela est dit en général.Si l'on veut néanmoins y chercher un sens figuré, on verraque cela s'applique très-bien aux nations, que le genre humain apassé par un tel changement lors de la venue du Christ. En effet,quoi de plus misérable que notre espèce? Cependant le Christl'a relevée, l'a fait monter au ciel avec nos prémices, l'afait asseoir sur le trône paternel. " Et relève le pauvrede dessus son fumier. Pour le faire asseoir avec les chefs, avec les chefsde son peuple (8). " Par ce mot fumier il désigne une basse condition,et le coup subit qui vient la changer, montrant ainsi que tout pour Dieuest aisé et facile. Il passe ensuite à quelque chose de plusélevé. Qu'est-ce donc? C'est que Dieu sait non-seulementbouleverser les fortunes et changer la bassesse en élévation,mais déplacer les bornes de la nature même, et rendre mèreune femme stérile. Il poursuit donc ainsi : " Celui qui donne àcelle qui était stérile la joie de se voir dans sa maisonmère de plusieurs enfants (9). " C'est ce qui advint pour Anne etpour mille autres femmes. Voyez-vous que l'hymne est désormais completet terminé? Le Psalmiste a dit le bonheur réservéà la terre, comment le judaïsme devait finir, comment la lumièred'une nouvelle loi, celle de l'Eglise; devait briller à son tour,comment le sacrifice serait offert désormais en tout lieu. Ensuiteafin de convaincre les hommes les plus grossiers de la véritéde sa prédiction, il confirme au moyen de faits passés cequ'il annonce pour l'avenir. Voici le sens de ses paroles: N'allez pas.douter de ce grand changement, qui doit porter au plus haut degréde gloire les nations perdues. Ne voyez-vous pas ces choses arriver tousles jours? Les petits grandir et prendre place au premier rang. Ne voyez-vouspas la nature corrigée dans ses imperfections, des lemmes stérilesqui deviennent mères tout à coup? Il est arrivé quelquechose de semblable pour l'Eglise : elle était stérile, etelle est devenue mère d'innombrables enfants. De là ces parolesd'Isaïe : " Réjouis-toi, femme stérile, toi qui n'enfantespoint: (138) élève la voix et crie, toi qui ne portes pasparce que les enfants de la délaissée sont plus nombreuxque ceux de l'épouse." (Isaïe, LIV, 1.) Il prédit ainsila future destinée de l'Eglise. Voilà pourquoi le Psalmistetermine son hymne en cet endroit, après avoir donné àsa prophétie la confirmation des faits précédemmentopérés par la grandeur de Dieu. Car tout ce que Dieu jugeà propos, il n'a pas de peine à l'accomplir. Il peut changerl'ordre de la nature, convertir la bassesse en grandeur, et réformerle coeur de l'homme. Instruits de ces vérités, faisons notredevoir, et nous jouirons d'une gloire parfaite, nous atteindrons l'ineffablesommet, grâce à la protection de Dieu, à qui puissanceet gloire, au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours,dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit il.
EXPLICATION DU PSAUME CXIII
" LORSQU'ISRAEL SORTIT DE L'ÉGYPTE,ET LA MAISON DE JACOB D'UN PEUPLE BARBARE, DIEU PRIT POUR SANCTUAIRE LAMAISON DE JUDA, ET ÉTABLIT SON EMPIRE DANS ISRAEL. "
1. Le Psalmiste témoigne ici de la bonté de Dieu, de soninfinie douceur. En quoi consiste cette bonté ? C'est que Dieu commencepar nous donner des preuves de son pouvoir avant de réclamer notreadoration. Telle est la signification de ces paroles: " Lorsqu'Israëlsortit de l'Egypte, Dieu prit pour sanctuaire la maison de Juda. " Alors,veut-il dire, il montra sa puissance par les miracles d'Egypte, par ceuxdu désert: alors aussi il prit possession de son peuple. Il avaittenu la même conduite avec Adam. D'abord il avait fait le monde etprouvé par là sa sagesse et sa puissance: ensuite il créal'homme et exigea son adoration. De même encore le Fils unique deDieu avait commencé par donner mille signes divers de sa mission
ayant de réclamer la foi. Voilà pourquoi il ne dit pastout d'abord à ceux qui l'approchèrent les premiers, sansavoir encore aucun gage, aucune preuve de sa divinité: Croyez-vousque je puis faire cela? Il se bornait à montrer ses miracles. Maisquand il eut laissé dans chaque endroit de la Palestine des monumentsde son pouvoir, guérissant les infirmes, chassant le vice, discourantsur le royaume, promulguant les lois de salut, alors il exigea la foi deceux qui l'approchaient. Les hommes veulent commander d'abord, et ensuiteils songent à faire le bien: mais Dieu commence par les bienfaits.Et à quoi servirait-il de rappeler tous ceux que nous lui devons,quand il est allé jusqu'à endurer le supplice de la croix,et n'est devenu (139) le maître du monde qu'après avoir donnécette marque de sa sollicitude? Le psaume fait allusion à la mêmechose, en disant : " Lorsqu'Israël sortit de l'Egypte, et la maisonde Jacob du milieu d'un peuple barbare, Dieu prit pour sanctuaire la maisonde Juda. " Lors de la sortie d'Egypte, du départ, de la délivrance.Que s'il ne se borne pas à dire " d'Egypte " et ajoute " du milieud'un peuple barbare, " c'est pour indiquer la sollicitude de Dieu par cenom donné aux ennemis de son peuple. En effet, les Hébreuxn'auraïent pu échapper à la servitude de ce peuple dur,inhumain, barbare, s'ils n'avaient été assistés parune main puissante, par un bras invincible. Ils étaient plus farouchesque des bêtes sauvages, plus durs que des bêtes féroces,ces hommes qui s'étaient vu frapper de tant de plaies sans céder.En disant "peuple barbare," le Psalmiste montre l'infinie puissance deDieu qui sut persuader à une nation barbare et inhumaine de laisserpartir ses esclaves, puis l'y contraindre par la force, vaincre son obstinationen la précipitant dans les flots, et délivrer ainsi son peuple.
Qu'est-ce à dire " Dieu prit pour sanctuaire la maison de Juda? " C'est-à-dire que cette maison devint son peuple fidèle,dévoué, consacré à son service. Ce mot sanctuaires'employait ordinairement en parlant du temple, du saint des saints : c'estainsi que Zacharie nous représente des hommes qui font la questionsuivante : " Le sanctuaire est entré ici : est-ce que nous jeûnerons?"(Zach. VII, 3.) il s'agit ici du retour de l'arche et des autres chosessaintes. " Dieu prit pour sanctuaire la maison de Juda. " Auparavant lepays était impur et souillé , mais après le retourdu peuple, la ville devint le sanctuaire de Dieu c'est-à-dire qu'ellefut sanctifiée par les cérémonies saintes, les sacrifices,le culte, et tout l'appareil de la religion. " Et établit son empire" dans Israël. " Ce n'est pas que tout l'univers ne fût déjàsous son empire, mais les Israélites devinrent alors plus particulièrementses sujets. Ils entendaient les prophéties, ils écoutaientla voix de Dieu, et leurs intérêts étaient de sa partl'objet d'une attention spéciale. Il y a encore une autre raisonqui justifie ce titre de peuple de Dieu : c'est que souvent pour obéirà Dieu, ils marchaient au combat, ou à quelque autre entreprise.Car après les avoir tirés des mains des barbares, affranchisde la tyrannie, de la servitude, sauvés d'un extrême périlet d'une erreur impie, il était devenu leur roi. Ailleurs il ditpour établir son droit et montrer qu'avant d'exiger rien d'eux,il avait commencé par payer de sa personne : " Est-ce que j'ai étéun désert pour la maison d'Israël, ou une terre en friche ?" Voici le sens de cette parole : ai-je été stérilepour vous ? Ne vous ai-je pas comblé de biens ? Ne suis-je pas alléjusqu'à changer l'ordre de la nature ? n'ai-je pas plié leséléments à votre service? Ne vous ai-je pas nourrissans vous imposer aucune des fatigues humaines ? Voilà pourquoiil dit : " Est-ce que j'ai été un désert pour la maisond'Israël ? " En d'autres termes, n'ai-je pas porté mille fruitspour elle ? délivrance d'Egypte, affranchissement de l'esclavagedes barbares, prodiges, vivres dans le désert, partage de la Palestine,victoires sur les nations, trophées sans nombre, victoires multipliées,inconcevables merveilles, prodiges sur prodiges, fertilité de laterre, accroissement de population, gloire répandue par toute laterre, et mille autres bienfaits ? Voyez-vous les fruits de Dieu? Aussile Prophète poursuit-il en disant " Est-ce que j'ai étéune terre en friche ? " En d'autres termes : N'avez-vous pas reçude moi mille bienfaits ? n'ai-je pas béni votre entrée etvotre sortie, vos bergeries, votre bétail, votre pain, votre eau?ne vous ai-je pas mis en sûreté ? ne vous ai-je pas rendusindomptables, terribles, invincibles à tous ? tous les biens dela terre et du ciel n'affluaient-ils pas chez vous en abondance ? En effet,le roi se révèle surtout par l'intérêt, la sollicitudequ'il montre pour ses sujets.
2. C'est pour cela que le Christ a dit " le bon " berger... " qu'attendez-vous? est honoré, courtisé ? non, " le bon berger donne sa vie" pour ses brebis. " En cela consiste l'autorité, en cela le talentd'un pasteur : à négliger ses propres affaires pour s'occuperde ses sujets. il en est d'un prince, comme d'un médecin ou plutôtce qui est vrai de celui-ci l'est encore bien plus de celui-là.Le médecin consacre son art au salut d'autrui ; le prince y emploiejusqu'à ses propres périls. Ainsi fit le Christ, souffleté,crucifié, en butte à mille tortures ; d'où ce motde Paul : " Le Christ ne s'est point complu en lui-même ; mais, commeil est écrit : les outrages de ceux qui vous outrageaient sont tombéssur moi. " (Rom. XV, 3 ; Ps. LXVIII, 10.) En conséquence le Psalmiste(140) rappelle ici un bienfait ou plutôt trois, et même uneinfinité: la fin de la captivité en pays barbare, de l'exil,de la servitude, de tant de maux et de misères, et une multitudede miracles accomplis : puis il rapporte comment Dieu a choisi les Juifspour sanctuaire, pour sujets, car ceci même est un bienfait, et desplus grands, que de les avoir admis au rang de ses sujets. " La mer levit et s'enfuit ; le Jourdain retourna en arrière (3). " Voyonsle langage s'élever et le bienfait grandir. A quoi bon parler desbarbares et des gentils, quand la création elle-même céda,changea de face à la vue d'un tel guide, à la voix d'un pareilconducteur ? En effet rien ne résistait alors au peuple hébreu,afin que tous pussent juger que les événements ne se passaientpoint suivant l'ordre des choses humaines, que c'était une puissancedivine et cachée qui opérait tant de miracles. Considérezla sublimité du langage, et comme elle est bien à sa place.Le Psalmiste ne dit pas : " reculé ni a fait place, mais bien lamer le vit et s'enfuit. " Par là il veut représenter la vitessede cette retraite, le degré de cet effroi, la facilité del'opération divine.
Et pour qu'on n'aille pas croire que ces choses s'accomplirent par hasardou dans un temps marqué par la nature, elles né se renouvelèrentpas: elles n'eurent lieu qu'une fois, sur l'ordre de Dieu et avec acceptionde personnes. La violence désordonnée des eaux devint àsa voix, comme une force animée et raisonnable, pour sauver lesuns, perdre les autres, ensevelir ceux-là , faciliter le passagede ceux-ci. On peut observer la même chose au sujet de la fournaisede Babylone. Le feu, cet élément indiscipliné parnature se montra docile à la volonté de Dieu, lorsqu'il épargnaceux qui étaient dans la fournaise et s'élança surceux qui étaient alentour pour les consumer. " Le Jourdain retournaen arrière. " Voyez-vous que les miracles s'opèrent dansdes temps et des lieux divers? Afin de montrer aux hommes que la puissancede Dieu est répandue partout, qu'aucun lieu ne l'enferme, Dieu fitéclater ses prodiges dans le désert, dans le pays des barbareset partout, tantôt en mer, tantôt sur les fleuves, tantôtà l'époque de Moïse, tantôt à celle deJésus : partout les miracles accompagnaient le peuple de Dieu, afinque sa dureté et son aveuglement, cédant à la vertude ces prodiges, devinssent capables d'accueillir avec docilitéla vraie doctrine. " Les montagnes ont bondi comme des béliers etles collines comme des agneaux (l4). " Ici une importante question s'élève.Quelques-uns conçoivent des doutes, et disent: nous sommes instruitsdes événements pissés ; l'histoire nous apprend quela Mer Rouge s'entr'ouvrit à la sortie, que le Jourdain retournaen arrière au passage de l'arche : mais que les montagnes et lescollines ont tressailli, c'est ce qu'aucune relation ne nous révèle.Que répondre à cela? Il faut répondre que le Prophètevoulant représenter avec force l'allégresse , ainsi que lagrandeur des miracles, prête aux choses inanimées elles-mêmes,les tressaillements et les soubresauts que la joie cause chez les êtresvivants. De là cette comparaison ajoutée " comme des bélierset comme des agneaux." En effet, quand ces animaux se réjouissent;ils marquent leur plaisir par des trépignements. Ainsi donc, demême qu'un autre dit à propos de malheurs, que la vigne etle vin ont été dans le deuil (Is. XXIV, 7), non que la vignepuisse être dans l'affliction, mais afin d'indiquer un extrêmeabattement par cette hyperbole qui associe les êtres inaniméseux-mêmes à la douleur générale : de mêmele Psalmiste, en cet endroit., fait participer la création àla joie dont il parle, afin de montrer combien elle est grande. Ne disons-nouspas de même que la joie anime tout à l'approche d'un personnageillustre ? Vous avez rempli de joie notre maison, disons-nous: non pasque nous ayons en vue les murs, mais afin de représenter l'excèsde l'allégresse. " Pourquoi, ô mer, as-tu fui? et toi, Jourdain,pourquoi es-tu retourné en arrière (5) ? " "Pourquoi avez-vousbondi, montagnes, comme des béliers, collines, comme des agneaux(6) ? " Il continue sous forme d'interrogation, et converse avec les éléments,en vertu de la même idée qui lui a dicté cette expression" bondir? " S'il pariait ainsi sans attribuer d'ailleurs le sentiment àces choses, mais pour marquer comme je l'ai dit plus haut un excèsde joie et de bienfaits, c'est dans le même sens qu'il leur adressecette question : il ne croit pas qu'elles puissent lui répondreni qu'elles sentent rien: il ne veut que donner plus d'énergie àson langage, et montrer ce qu'il y a d'extraordinaire dans les événements.
3. C'est parce qu'il s'agit d'un fait inouï et (141) contraireà l'ordre de la nature qu'il interroge, et fait ensuite la réponse.Quelle est cette réponse ? " La terre a été ébranléeà la présence du Seigneur, à la présence duDieu de Jacob (7). " Ici encore ébranlement signifie surprise, étonnement,stupeur, et est destiné à faire ressortir la grandeur desévénements. Puis, afin de montrer ce que vaut la vertu d'unhomme, il recourt au nom du serviteur pour désigner le Maître.Ce que Paul signale comme la plus glorieuse prérogative qui aitété conférée aux saints de ce temps, en récompensede leur détachement à l'égard de toutes les chosesterrestres. En effet , il ne se borne pas à faire mention du privilège,il en indique encore la raison , afin de révéler àson auditeur le moyen d'y participer. En quoi consiste ce privilège? en ce que le Maître est désigné par le nom de sesserviteurs. De là cette parole : " Pour ce motif Dieu ne rougitpoint d'être appelé leur Dieu. " ( Hébr. XI, 16.) Maiscomment s'appelait-il leur Dieu? En disant : " Je suis le Dieu d'Abraham,et le Dieu d'Isaac, et le Dieu de Jacob. " (Exode, III, 6.) . Plus haut,Paul indique le motif de cette appellation , en disant : " Et torrs ceux-cisont " morts, n'ayant pas reçu les biens promis, " mais les voyantet les saluant de loin et confessant qu'ils étaient étrangerset voyageurs sur la terre. " (Hébr. XI, 13.) Voilà le motif,et par là s'explique la suite : " Pour ce motif, Dieu ne rougitpoint d'être appelé leur Dieu. " Quel est ce motif? dites-moi.C'est qu'ils ont confessé qu'ils étaient étrangerset voyageurs, qu'ils n'avaient rien de commun avec ce monde; c'est qu'ilsont rompu avec les choses terrestres , et vécu ici-bas comme enexil. Qui changea la "pierre en des torrents d'eau, et la roche en desfontaines (8). " Quel pardon peuvent espérer encore, je vous ledemande, les obstinés et les endurcis? Quand la roche et la pierreamollissent leur dureté pour obéir aux ordres de Dieu, l'hommedoué du privilège de la parole, l'homme, le moins farouchedes êtres, se montrera plus insensible ! Par roche il désigneici un genre de pierre que le fer entame difficilement, et dont il peuttout an plus écorcher la surface. Eli bien ! la roche elle-mêmes'est amollie, a changé de nature pour ! livrer passage àune onde jaillissante. En effet, le Créateur de la nature sait aussien déplacer les bornes, en bouleverser l'ordre : et il l'a faitplus d'une fois pour montrer que c'est lui qui a tiré toutes chosesdu néant. En conséquence, après avoir rappeléles anciens bienfaits de Dieu, ses prodiges, ses miracles, comment il mitfin à la servitude en pays barbare, comment il remit son peupleen liberté, bouleversa les éléments, répanditpartout la joie, le Psalmiste l'invoque au secours de sa détresseprésente, et se réfugie dans le même port. Ensuitecomme ces anciens bienfaits n'avaient point été accordésau mérite, mais dus seulement à la bonté de Dieu,et octroyés en vue de son nom : " Afin que mon nom ne soit pas profané," est-il écrit (Ezéch. XX, 9), afin aussi que tous fussentinstruits par la vue des événements du pouvoir de la divinité,et en tirassent un enseignement, il fait valoir cette nouvelle considération,en disant : Quand bien même notre vie ne plaiderait pas pour nous,quand nos actions ne nous donneraient pas crédit auprès devous, agissez pour votre nom, comme disait autrefois Moïse. Voicices paroles, analogues à celles de ce personnage : " Non pas pournous, Seigneur, non pas pour rions; mais donnez la gloire à votrenom (9). " Non pas pour nous, non pas pour nous rendre illustres ou renommés,mais pour manifester en tous lieux votre propre puissance. Mais si sonnom est glorifié quand il nous prête aide et protection, ill'est aussi quand nous vivons dans la vertu et brillons par notre conduite." Que votre lumière brille devant les hommes, " afin qu'ils voientvos belles actions, et qu'ils a glorifient votre Père qui est dansles cieux. " Comme il est glorifié par nos vertus, il est blasphémépar nos mauvaises actions. C'est ce qu'il indique par la bouche dit Prophète,en disant : " Mon nom est blasphémé à cause de vousparmi les nations. " (Isaïe, LII, 5.) N'ayant pas d'autre moyen deplaider la cause des hommes, le Psalmiste recourt au même moyen queMoïse.
Mais Dieu n'agit pas toujours de même dans sa sollicitude pournotre salut. S'il devait toujours opérer de même, beaucoupde tièdes deviendraient pires, parce qu'ils compteraient sur sagloire comme sur un gage infaillible de sécurité et de salutpour eux-mêmes. Mais il n'en est pas ainsi. Car Dieu ne se souciepas tant de sa gloire que de notre salut. S'il est des hommes qui méprisentla gloire, à plus forte raison en est-il ainsi de Dieu, qui n'abesoin d'aucune des choses que nous pouvons donner : mais comme je l'aidit, le Prophète, (142) ayant rôle d'avocat emploie le moyende justification dont il dispose, et le reproduit même à deuxreprises, en disant : " Non pas pour nous, Seigneur, non pas pour nous; " insistant ainsi sur l'indignité de ceux dont le salut est enquestion . " mais donnez la gloire à votre nom. " Quant ànous, nous méritons mille maux, mais faites en sorte que votre nomne soit pas profané. " Pour votre miséricorde et votre vérité(10). " Un autre interprète dit : " A cause de votre miséricorde." Vous le voyez, il n'ignore pas lui-même que souvent Dieu, dansson mépris pour cette première considération, n'envisagequ'une chose, l'amendement des pécheurs. Voilà pourquoi ilajoute : " Pour votre miséricorde et votre vérité." En d'autres termes, à cause de votre miséricorde, secourez-nous:quand bien même vous vous souciez peu de la gloire qui vient deshommes, songez à votre miséricorde, à votre vérité.On peut en effet, on peut acquérir de la gloire par lé châtimentnon moins que par la compassion. Mais ce n'est pas en cette considérationque je vous sollicite, c'est au nom de votre miséricorde. Nous devrionsglorifier votre nom par notre vie, notre conduite. Mais puisque nous noussommes privés nous-mêmes de ce titre, aidez-nous par bonté,par miséricorde : " De peur que les nations ne viennent àdire : où est leur Dieu? "
4. J'entends bien des personnes, aujourd'hui encore, proférerle même veau : mais il est à craindre qu'elles ne parlentsans savoir ce qu'elles disent : autrement verrions-nous tant de rapines,d'injustices, de crimes de toute sorte?
" Notre Dieu a fait dans le ciel et sur la terre tout ce qu'il a voulu(11): " Ici il redresse l'erreur des hommes déraisonnables. Attenduque beaucoup d'hommes méconnaissent l'existence de Dieu, il combatcette opinion en disant : " Notre Dieu a fait dans le a ciel tout ce qu'ila voulu. " Par conséquent, il l'a fait à bien plus forteraison sur là terre. Mais qu'est-ce à dire, il a fait dansle ciel tout ce qu'il a voulu? Il veut parler ou des puissances d'en-hautet des peuples innombrables qui habitent le ciel, ou de la facilitéavec laquelle les ordres divins sont accomplis. Que si la terre offre beaucoupde désordre et de confusion, ne vous en étonnez point. Celaprovient de la méchanceté des hommes, et non de l'impuissancede Dieu , dont les choses célestes montrent assez la force et lepouvoir. S'il n'en est pas ainsi sur la terre, la faute en est àceux qui se rendent indignes.
On en trouvera encore une autre raison, si l'on considère quela longanimité s'oppose à ce que beaucoup d'actions reçoiventici-bas la rétribution qui leur est due. Voilà pourquoi onvoit des méchants obtenir l'avantage sur des justes : c'est quele bon Dieu ne veut pas demander sur-le-champ compte à chacun deses fautes, sans cela notre espèce serait anéantie depuislongtemps. Ce passage signifie donc que Dieu est fort, puissant, capablede punir; les choses du ciel en sont la preuve : s'il ne punit pas, c'estqu'il use de longanimité, et veut attirer les coupables au repentir." Les idoles des nations sont de l'argent et de l'or, des ouvrages de lamain des hommes (12). Elles ont une bouche et elles ne parlent point, ellesont des yeux et elles ne verront point (13). Elles ont des oreilles etn'entendront point, elles ont des narines et ne sentiront point (14). Ellesont des mains sans pouvoir toucher, elles ont des pieds sans pouvoir marcher,elles ne crieront point avec leur gorge (15). Que ceux qui les font leurdeviennent semblables (16)." Dans le psaume CV, pour montrer leur démence,il disait : " Ils ont sacrifié leurs fils et leurs filles aux démons." (37). Ici il fait voir la stupidité de ces adorateurs d'une matièreinanimée. Et il passe en revue tous les membres des idoles, afinde compléter la dérision. Puis il poursuit en disant : "Que ceux qui les font leur deviennent semblables, et tous ceux qui s'yconfient." C'est vertu, en général, que de ressembler àDieu : ici c'est un, malheur qu'il leur souhaite. Songez à ce quepeuvent être ces dieux, quand on ne saurait rien souhaiter de pireà quelqu'un que de leur ressembler. Il s'y prend à merveille,on le voit, pour railler l'extrême folie des idolâtres et lescouvrir de ridicule.
Et comment ne serait-il pas ridicule, je vous le demande, de rendreun hommage fidèle à une statue qui offre l'image de la suprêmeindécence? Qui voudrait voir une femme nue? Eh bien ! le démonne nous guette pas moins auprès d'une représentation semblable.Les idoles sont des images tantôt de fornication, tantôt desodomie. Que signifient cet aigle, ce Ganimède , cet Apollon quipoursuit une vierge, et tant d'autres figures abominables? (143) Partoutluxure, partout incontinence, partout des représentations d'amoursillicites et furieuses. Images, fêtes, solennités, mystères,toutes ces choses attestent, rappellent, enseignent des infamies, et nonpas seulement des ordures, mais encore des homicides. C'est ainsi que l'ons'y prend pour apaiser ces démons. Là on ne trouve qu'incontinence,orgies, cruauté, barbarie, homicides : tels sont les seuls élémentsdes fêtes. Après avoir raillé, en conséquence,l'insensibilité des idoles, et l'aveuglement de ceux qui s'y confient,il en revient aux louanges de Dieu, en disant : " La maison d'Israëla espéré dans le Seigneur, il est leur auxiliaire et leurprotecteur (17). La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur,il est leur auxiliaire et leur protecteur (18). Ceux qui craignent le Seigneuront espéré dans le Seigneur, il est leur auxiliaire et leurprotecteur (19)." Par là, il proclame à la fois la puissancede Dieu et son élévation incomparable au-dessous de tousles êtres. En mettant sous nos yeux ce que Dieu a fait pour le peupleJuif, il nous rappelle un double ou plutôt un triple bienfait. Enpremier lieu, Dieu a délivré les Juifs des démons;en second lieu, il s'est fait connaître; en troisième lieuil a prêté son assistance.
Le Psalmiste parle ensuite séparément d'Israël, dela race sacerdotale, et de ceux des Gentils qui vinrent se joindre au peuplede Dieu. Ce n'est pas la même chose, en effet, qu'un prêtreet un simple particulier : le prêtre a un titre de plus. La divisionest donc en ce point justifiée par la prérogative de l'ordresacerdotal.
5. Ensuite, voulant montrer que la Providence divine ne s'étendaitpoint seulement sur la Judée, il fait mention également desétrangers, des païens réunis, et dit que le secourset la bénédiction sont devenus choses communes à tous." Le Seigneur s'étant souvenu de nous, nous a bénis. Il abéni la maison d'Israël; il a béni la maison d'Aaron(20). Il a béni ceux qui craignent le Sei" gneur (21). " Qu'est-ceà dire : " Il a béni?" C'est-à-dire il a combléde biens. L'homme peut aussi bénir Dieu, en disant, par exemplebénis, mon âme, le Seigneur. Mais celui qui bénit Dieune rend service qu'à lui-même; il ajoute à sa propregloire sans obliger Dieu en aucune façon. Dieu, au contraire, ennous bénissant, nous rend plus glorieux sans y rien gagner lui-même.Rien ne manque, en effet, à la divinité : de sorte que, dansles deux cas, le profit est pour nous-mêmes. Mais comment les a-t-ilbénis? Il leur a envoyé du pain du haut du ciel, il a faitjaillir pour eux l'eau d'un rocher, il a protégé leur entrée,leur sortie; il a multiplié leur bétail, leurs troupeaux,il les a nommés son peuple, il a fait de la prêtrise une royauté,il a donné la loi, il a envoyé ses prophètes. De là,ces assurances qu'on lit ailleurs : " Il n'a pas fait ainsi pour chaquepeuple, et il ne leur a pas manifesté ses jugements. " (Ps. CXLVII,9.) Et encore : " Quelle nation est assez sage pour que le Seigneur Dieus'en approche? Les petits avec les grands. " (Deut. IV, 7.) C'est-à-direqu'aucune race n'était privée de bénédiction,et que les mêmes grâces étaient répandues surtous. " Que le Seigneur vous multiplie, vous et vos fils (22). " Encoreune espèce de bénédiction, l'accroissement de la race.Le contraire est représenté par un autre comme un châtiment,en ces termes : " Nous avons diminué de nombre, et nous sommes bienpeu par rapport à tous ceux qui habitent la terre. " (Dan. III,37.) Même en Egypte, ils jouissaient de cette bénédiction; malgré la foule des obstacles, les travaux, la misère,la barbarie de leurs tyrans, rien ne pouvait arrêter l'accomplissementde la parole divine, et la bénédiction produisit de telseffets qu'en deux cents années ils devinrent six cent mille. Encela consistait alors la bénédiction; aujourd'hui, sous lerègne de la nouvelle loi, elle produit des effets bien plus relevés.Paul a dit : " Béni Dieu, qui nous a bénis de toute bénédictionspirituelle, des dons célestes dans le Christ ! " (Ephés.I, 3.) Et ailleurs : " Mais à celui qui est puissant pour tout fairebien au delà de ce que nous demandons ou concevons, à luigloire dans l'Eglise! " (Ib. III, 20, 21.) Les prophètes de l'ancientemps, quand ils voulaient faire du bien à quelqu'un, avaient recoursà la bénédiction qu'on a vue. Elisée fit présentd'un fils à la femme qui l'avait accueilli. Sous la nouvelle loi, les bienfaits sont autres et incomparablement plus grands. Ce n'est paslà ce que la marchande de pourpre demandait aux apôtres. Qu'était-cedonc? " Si vous n'avez pas jugé que je suis indigne devant le Seigneur,entrez et restez chez moi. " (Act. XVI, 15.)
Voyez-vous la différence, la diversité des (144) prièresaux temps de l'Ancien et sous le Nouveau Testament? Le Christ a dit demême: " Réjouissez-vous de ce que vos noms ont étéinscrits dans les cieux. " Et Paul : " Que Dieu vous remplisse de toutegrâce et de toute gloire dans votre joie, afin que vous abondiezdans l'espérance et dans la vertu de l'Esprit-Saint. " (Rom. XV,13.) Bénédiction dont la vertu est d'accorder des biens ineffableset n'a rien de terrestre. Paul dit encore : " Dieu écrasera Satansous vos pieds promptement. " Mais aux temps de l'ancienne loi, quand leshommes étaient plus grossiers, c'étaient les choses sensiblesqui formaient le tissu de la bénédiction, et la féconditédes femmes était regardée comme un bien incomparable. Eneffet, une fois que la mort eut été introduite à lasuite du péché, Dieu voulant consoler notre espèce,et lui montrer que loin de vouloir l'exterminer, l'anéantir, illa rendrait au contraire bien plus nombreuse, prononça ces paroles: " Croissez et multipliez. " (Gen. IX, 1.) Mais la mort n'eut pas étéplus tôt reconnue pour un simple sommeil, que la virginitédevint un titre d'honneur. D'où ces mots de Paul : " Je voudraisque tous les hommes fussent dans la continence, ainsi que moi. " Et encore: " Il est avantageux à lhomme de ne toucher aucune femme. " (ICor. VII, 7.) Et ces paroles du Christ : " Il y a des eunuques qui se sontfaits eunuques en vue du royaume des cieux. " (Ib. V, 1; Matth. XIX, 12.)D'ailleurs, dès le principe, Dieu avait fait entendre qu'on a besoinde vertu et non d'une postérité nombreuse. Ecoutez en quelstermes un sage dit : " Ne désirez point une troupe inutile d'enfants,s'ils n'ont pas la crainte de Dieu; et ne vous occupez pas de leur nombre.Car mieux vaut un que mille et mourir sans postérité qued'avoir des enfants impies; et mieux vaut un qui fait la volontédu Seigneur que mille qui transgressent la loi. " (Eccli. XVI, 4.) Maisles stupides Juifs, dans leur attachement à la chair, dans leurinsouciance pour la vertu, disaient : " Que cherche Dieu, sinon la progéniture?" (Malach. II, 15.) Aussi, voulant leur montrer que ce n'est pas. celaqu'il cherche, en mille circonstances, il punit leurs vices par la mort." Soyez bénis du Seigneur (23). " Remarquez ces derniers mots. Voilà,en effet, la bénédiction véritable. Il y a aussi desgens qui sont bénis parmi les hommes; mais les biens qui leur enreviennent sont humains. La suprême bénédiction, lavoici : les hommes, bénissent, en ce sens qu'ils louent, célèbrentles hommes riches, puissants, glorieux. Mais c'est là une bénédictiontemporaire, et inutile au moment même où elle se fait sentir: celle de Dieu est perpétuelle, et elle nous seconde dans les plusgrandes choses. " Qui a fait le ciel et la terre. "
6. Voyez-vous le pouvoir de la bénédiction? Les parolesde Dieu deviennent des réalités. c'est une de ces paroles,du moins , qui a créé le ciel. " Par une parole du Seigneur," est-il écrit , " les cieux furent établis, " (Psal. III,2-6.) La parole dont il vous bénit, c'est cette parole puissante.
" Le Ciel du ciel est au Seigneur; la terre, il l'a donnée auxfils des hommes (24). " Que dites-vous ? Il a choisi le ciel pour en faireson séjour, et après s'être réservé l'étagesupérieur, il nous a assigné cette terre pour habitation? A Dieu ne plaise ! ce langage est celui de la condescendance. S'il enétait ainsi que vous dites, comment subsisterait dès lorscette autre parole divine : " Est-ce que je ne remplis pas le ciel et laterre? dit le Seigneur. " (Jér. XXIII, 24.) Car ces deux chosessont contradictoires, si nous nous en tenons au sens qui s'offre tout d'abord, au lieu d'approfondir la doctrine qui y est renfermée. Que signifiedonc ceci: " Le Ciel du ciel est au Seigneur : la terre, il l'a donnéeaux fils des hommes?" C'est une expression de condescendance qui n'impliquepoint que Dieu soit confiné dans le Ciel. Ce n'est pas. non plusparler dignement de lui que de dire : " Le ciel est son trône, etla terre son escabeau, (Isaïe LXVI, 4) : " encore le langage de lacondescendance. Dieu embrasse tout, supporte tout, loin d'être assujettià aucune condition de lieu, il domine lui-même et contienttoutes choses; s'il est écrit que le ciel est sa maison , c'estparce que ce lieu est pur d'iniquité. Le ciel ne marque donc pasen cet endroit un séjour choisi, non plus que dans cet autre passage: " Il a marqué les limites des peuples selon le nombre des angesde Dieu, (Deut. XXXII, 8) ; " et dans celui-ci: " Il a choisi la maisonde Jacob. " (Ps. CXXXIV, 4.) N'entendez point par là que les Juifsdeviennent les siens, à l'exclusion des autres hommes,. abandonnésdésormais de sa providence , et frustrés de son secours.Dieu est commun à tous les hommes. ce langage (145) n'est employéici que pour marquer la tendresse particulière qu'il avait pourles Juifs, comme valant mieux, il faut bien le croire, que les autres hommes.En effet, qu'il ne les choisit pas à l'exclusion des autres, quesa sollicitude demeura toujours universelle, c'est ce que montrent et lesfaits d'avant Moïse, et tout ainsi bien ceux qui arrivèrentde son temps ; enfin ceux qui se passèrent successivement aprèslui. Le soleil , la terre , la mer, tout le reste fut donné àtous en commun par le Seigneur; chez tous il implanta pareillement la loinaturelle. Abraham était perse (1) : Dieu l'aima, le fit, changerde pays, il se servit de lui pour corriger les Egyptiens , les habitantsde Chanaan , ceux qui venaient de la Perse; de son fil. et de son petit-filspour rendre meilleures, autant qu'il lui appartient, beaucoup de peupladesvoisines. Après la naissance de Moïse, il achemina les Egyptiensà la doctrine sainte par sa conduite envers les Juifs; de mêmeles habitants de la Palestine, et ensuite ceux de Babylone : Ainsi, endisant: " Le ciel du ciel est au Seigneur, " le Psalmiste entend que leSeigneur se complaît, dans les habitants de ce séjour, parcequ'ils sont exempts de toute iniquité. Et vous-même, si vousne restez pas attaché à la terre , si vous devenez un ange,vous monterez promptement au ciel et dans la maison paternelle; mêmeavant le jour de la résurrection, vous voilà émigréd'ici-bas , et promu aux honneurs. Car de même que beaucoup de sénateursconservent leur dignité, quoique vivant à la campagne; demême si vous voulez devenir citoyens du ciel, même en vivantici-bas, vous jouirez de cette dignité. " Les morts ne vous louerontpas , Seigneur, ni tous ceux qui descendent dans l'enfer (25)."
"Mais nous les vivants, nous bénirons le Seigneur dèsmaintenant et dans tous les siècles (26). " Par " morts " il n'entendpas ici les trépassés, mais ceux qui sont décédésdans l'impiété , ou ceux qui ont vieilli clans le péché.Abraham, Isaac, Jacob, avaient déjà fini leurs jours, qu'ilsvivaient encore, en ce sens que leur méritoire était honoréepar les vivants. Quand Moïse prie pour le peuple placé soussa conduite, il se sert de leurs noms pour émouvoir Dieu, il lesadjoint à sa supplication. C'est encore en leur nom, que les troisenfants sollicitent leur délivrance. " Ne détournez pas
1 Saint Chrysostome ne signe par ce nom les Chaldéens, ainsique dans d'autres passages Abraham venait de la Chaldée.
votre miséricorde de nous, à cause d'Abraham qui fut aiméde vous, d'Isaac votre serviteur, et d'Israël votre saint. " (Dan.III, 35.) Comment les appeler morts, eux qui jouissaient d'un pareil pouvoir?Le Christ a dit : " Laissez les morts ensevelir leurs morts. " (Matth.VIII, 22.) C'est pour cela que Paul appelle les défunts non pasles morts, mais: " Les endormis: Je ne veux pas que vous ignoriez , " dit-il," mes frères , au sujet des endormis. " (I Thess. VI, 12.) Car lejuste même trépassé n'est pas mort, il n'est qu'enétat de sommeil. Celui qui doit être envoyé dans unevie meilleure, n'est qu'endormi : celui qui doit. être traînéà la mort. éternelle , celui-là est mort, qu'il soitdéfunt ou en vie. Les uns descendent dans l'enfer, les autres monterontau ciel , et seront avec le Christ. Aussi le Prophète ne dit-ilpas simplement: les vivants, mais " Nous les vivants , " se désignantainsi lui-même. Et d'où vient cette addition? De ce que Pauls'est exprimé de même en disant " Nous les vivants, nous quirestons, nous narriverons pas les premiers en la présence du Seigneur." (I Thess. IV, 16.) De même qu'ici , ce mot " Nous " ne permet pasd'appliquer la phrase à tout le monde, mais seulement aux fidèles, à ceux qui imitent la conduite de Paul , ainsi dans notre texte:" Nous les vivants, " doit s'entendre de ceux qui vivent dans la vertu, à la façon de David. " Dès maintenant et dans tousles siècles. " Voyez-vous comme la suite confirme cette interprétation,à savoir, qu'il parle de ceux qui vivent selon la vertu ? Personnene vit ici-bas jusque dans l'éternité, c'est le privilègede ceux-là seuls, comme destinés à une immortalitéglorieuse. Les pécheurs vivent aussi ; mais c'est dans les tourments,les supplices, les grincements de dents : les autres vivent dans tout l'éclatde la gloire, et leur seule occupation est d'offrir à Dieu les hymnesmystiques avec les puissances incorporelles. Tâchons d'obtenir cettevie afin de goûter le même bonheur, afin d'entrer en possessiondu partage que rien ne peut représenter, pas plus l'esprit que laparole , et dont l'expérience seule peut révéler lesdélices, desquelles puissions-nous tous jouir, par la grâceet la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à quigloire et puissance, maintenant et toujours , et dans les sièclesdes siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXIV
" J'AI AIME PARCE QUE LE SEIGNEUR EXAUCERALA VOIX DE MA PRIÈRE. "
1. Et quel est l'homme, direz-vous. qui n'aime pas, quand on l'exauce?Beaucoup de mondains. Ils ne veulent pas écouter quelles sont leschoses qui leur importent, et ils en souhaitent qui ne leur sont pointavantageuses : puis, exaucés, ils gémissent et se désolent.Ce qui nous est avantageux, c'est ce que Dieu connaît pour tel, quandce serait la pauvreté, la faim, la maladie, que sais-je encore?Ce que Dieu juge nous être utile, ce qu'il nous donne, voilàles choses profitables. Ecoutez plutôt ce qu'il dit à Paul: " Ma grâce te suffit, car ma puissance se consomme dans la faiblesse." (II Cor. XII, 9.) C'est que l'intérêt de Paul étaitd'être persécuté, affligé, opprimé. Instruitpar cette réponse, il dit "Aussi, je me complais dans les infirmités,les injures, les persécutions. " (Ib. 10.) 1l n'appartient doncpas aux premiers venus de se réjouir quand Dieu les exauce, en procurantleur bien. Beaucoup veulent de faux biens et s'y complaisent. Tel n'étaitpas le Prophète: il aima, quand Dieu l'eut exaucé, en luiaccordant ce qui lui était utile, " Parce qu'il a inclinéson oreille vers moi (2). " Encore des expressions humaines pour représenterle consentement de Dieu. Cette parole renferme de plus une autre allusion;il a l'air de dire : je ne méritais pas d'être entendu ; maisil est descendu jusqu'à moi. " Et dans mes jours je l'invoquerai." Qu'est-ce à dire, " dans mes jours?" Parce que j'ai étéexaucé, veut-il dire, je ne veux pas pour cela m'enfuir ni me relâcher;je consacrerai tous mes jours à cette occupation.
" Les douleurs de la mort m'ont environné, les dangers de l'enferm'ont surpris. J'ai trouvé l'affliction et la douleur (3); et j'aiinvoqué le nom du Seigneur (44). " Voyez-vous quelle forte armure?quelle consolation efficace contre toutes les épreuves? quelle âmeéchauffée par l'amour du Maître? Voici ce qu'il veutfaire entendre : il m'a suffi, pour échapper aux maux qui m'environnaient,d'invoquer, le Seigneur. Pourquoi nous, l'invoquons-nous tant de fois sansêtre tirés de peine ? C'est que nous ne l'appelons pas commeil faut. Pour lui il est toujours prêt à (117) nous seconder.Ecoutez plutôt ce qu'il dit dans les Evangiles : " Quel est d'entrevous l'homme qui , si son fils lui demande du pain, lui "présenteraune pierre? Ou, si c'est un poisson qu'il lui demande, lui présentera-t-ilun serpent? si donc vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonneschoses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dansles cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent?"(Matth. VII, 9, 49.) Voyez-vous combien grande est cette bonté auprèsde laquelle la nôtre ne paraît plus que méchanceté?Puisque tel est notre maître , recourons toujours à lui ,invoquons-le, lui seul , à notre aide et nous le trouverons prêtà nous sauver. Si des naufragés réfugiés surune planche flottante n'ont qu'à appeler les premiers venus du plusloin qu'ils les aperçoivent, pour émouvoir leur charité,bien qu'ils n'aient rien de commun avec eux, et pas d'autre recommandationque leur infortune, à bien plus forte raison le bon Dieu en quila miséricorde est innée a-t-il pitié des malheureux,pour peu qu'ils consentent à recourir à lui, à l'invoqueravec ferveur, renonçant à toutes les espérances humaines.Par conséquent , si vous venez à tomber dans quelque infortuneimprévue, ne vous laissez pas abattre, relevez aussitôt votrecourage et réfugiez-vous dans ce port sans orages , dans cette imprenabletour qui est l'assistance de Dieu. Car si Dieu vous laisse tomber, c'estafin que vous l'invoquiez. Mais c'est justement alors que la plupart selaissent décourager et perdent jusqu'à la piétéqu'ils avaient , quand ils devraient faire tout le contraire. C'est l'amourextrême de Dieu pour nous, c'est son désir de nous attacherplus étroitement à lui qui le détermine à souffrirque nous tombions dans la peine. Les mères se servent de masqueseffrayants pour forcer leurs enfants rebelles à se jeter dans leursbras: ce n'est pas qu'elles veuillent leur causer du chagrin, mais ellesimaginent ce moyen pour les retenir auprès d'elles. De mêmeDieu , dans son désir constant de vous attacher à lui, dansson amour extrême, si ce n'est trop peu dire encore, permet que voustombiez dans de telles épreuves: et c'est afin que vous vaquiezperpétuellement à la prière, que vous l'invoquiezcontinuellement, que vous négligiez tout le reste pour ne songerqu'à lui. " O Seigneur, délivrez mon âme. " Un autreinterprète traduit: " Je vous en prie, Seigneur , retirez mon âme." Un autre : " O Seigneur, sauvez mon âme. "
Voyez-vous la sagesse du Psalmiste? Comment il oublie toutes les chosesmondaines pour s'occuper d'un seul objet, de maintenir son âme àl'abri de toute atteinte qui pourrait lui porter préjudice? En effet,si l'âme se porte bien, tout le reste suivra : au contraire si elleva mal, il n'est point de prospérité qui puisse dèslors nous être bonne à quelque chose. Aussi ne faut-il négligeraucun moyen, action ou parole, pour la sauver. C'est le sens cachédans cette parole : " Soyez prudents comme les serpents. " (Matth. X, 16.)Ainsi que le serpent sacrifie le reste de son corps pour sauver sa tête,ainsi vous devez, vous, tout immoler au salut de votre âme. En effet,ni la pauvreté, ou la maladie, ni cet autre mal qui paraîtêtre comme le résumé des autres, la mort, ne sont enétat de nuire à ceux qu'ils frappent, tant que leur âmereste intacte: pareillement la vie même cesse d'être un avantage,quand l'âme est perdue ou gâtée. C'est pour cela quele Psalmiste parle de l'âme et de l'âme seule , qu'il souhaiteque le jugement ne lui soit pas rigoureux, et qu'elle échappe auxintolérables supplices. " Le Seigneur est miséricordieuxet juste, et notre Dieu a pitié (5). " Voyez-vous comment il enseigneà l'auditeur à ne pas désespérer, àne point se décourager? C'est à peu près comme s'ildisait: point de désespoir: Dieu est miséricordieux. Pointde découragement: Dieu est juste. De cette façon il guéritl'un du relâchement, l'autre du désespoir: et par làil travaille doublement à notre salut.
2. Puis, afin de montrer que Dieu incline plutôt vers la miséricorde,il poursuit en répétant : " Et notre Dieu a pitié." Il dit à dessein " notre Dieu, " afin de l'opposer aux dieux dontil a parlé précédemment. Ces autres dieux ont pouroccupation le meurtre, le massacre, les guerres sans trêve. Le nôtrene songe qu'à répandre ses bienfaits, à pardonner,à nous tirer de péril et rien n'est plus propre àmontrer que ces divinités ne sont que des démons funestes,tandis que notre Dieu est un Dieu bon, un Dieu protecteur, un Dieu véritable.
" Le Seigneur veille sur les petits enfants, j'ai étéhumilié et il m'a sauvé (6). " Il touche ici un côtéfort important de la Providence. " Miséricordieux et juste, il apitié, " il aborde une des oeuvres les plus frappantes de cette(148) bonté. Quelle oeuvre? Celle qui s'opère sur les petitsenfants. Nous avons, nous. dans la raison un maître qui nous instruitde ce que nous devons éviter, rechercher, qui nous enseigne àrepousser loin de nous les maux qui s'approchent, à nous affranchirde ceux qui nous accablent, nous avons des forces, nous connaissons desexpédients ; faute de pareils secours, les enfants seraient sansprotecteur, pour ainsi dire, s'ils ne trouvaient une assistance assuréedans la Providence divine qui ne saurait s'éloigner d'eux un seulmoment sans les livrer tous à une perte certaine. Sans cela lesserpents, les volatiles domestiques, tant d'autres animaux qui hantentles maisons tueraient dans les langes les jeunes nourrissons. Ni nourrice,ni mère, ni personne, ne sauraient montrer une sollicitude suffisante,pour les préserver, s'il leur manquait l'appui d'en-haut. Quelques-unscroient d'ailleurs qu'il s'agit ici des enfants encore emprisonnésdans le sein maternel. " J'ai été humilié et il m'asauvé. " Il ne dit pas : Dieu n'a pas permis que je fusse en péril,mais bien, j'ai été en péril et il m'a sauvé.En effet, après avoir parlé de la Providence en général,il continue à parler en son propre nom, suivant son usage d'associerpartout le général et le particulier. N'allez donc pas, meschers frères, rechercher une vie à l'abri de tous les orages,ce ne serait pas un bien pour vous. Si les prophètes n'y trouvaientpoint leur avantage, à plus forte raison n'y trouveriez-vous pasle vôtre. Ils n'y trouvaient point leur avantage, dis-je, écoutezen effet : " C'est un bien pour moi que vous m'ayez humilié, afinque je connaisse vos jugements. " Ici Dieu est remercié de deuxchoses, d'avoir permis le péril et de n'avoir pas abandonnél'homme en danger. Ce sont deux espèces de bienfaits, et le premiern'est pas inférieur à l'autre, ou même, si j'ose ledire, il est plus grand. En effet, le second n'a eu pour effet que d'écarterle péril, le premier a rendu l'âme plus sage. " Rentre, ômon âme, dans le repos, parce que le Seigneur a répandu surtoi ses bienfaits (7). Parce qu'il a délivré mon âmede la mort, mes yeux, des larmes, mes pieds de la chute (8). Je serai agréableen présence du Seigneur, au pays des vivants (9). " L'interprétationhistorique fait voir ici une délivrance merveilleuse, un soulagement,un affranchissement. Mais si l'on veut prendre ce passage dans le sensanagogique, on pourra se représenter cet affranchissement commenotre départ d'ici-bas et retrouver lit le repos dont il s'agit.Car on échappe par là à tous les dangers imprévuset l'avenir cesse d'être un mystère inquiétant, onest en sûreté une fois qu'on a quitté la terre le coeurplein de bonnes espérances. En effet, quoique la mort ait étéintroduite ici-bas par le péché, cela n'empêche pasque Dieu ne la fasse servir à notre avantage. Voilà pourquoiil n'en est pas resté là, mais a rendu de plus notre existencepénible : c'est afin de nous faire comprendre qu'il n'aurait paspermis la mort elle-même, si cette oeuvre de sa sagesse n'étaitpas très-utile. Voilà pourquoi après avoir dit : "Au jour où tu en mangeras, tu mourras, " il ne s'est pas bornéà exécuter sa menace, en disant : " Tu es terre et tu retournerasen terre. " Mais voici ce qu'il ajoute : " Tu mangeras ton pain àla sueur de ton front. La terre produira pour toi des épines etdes ronces, elle te nourrira dans la peine. " Et il dit à la femme: " Je multiplierai tes douleurs et tes gémissements. Tu enfanterasdans les douleurs. " C'est que la mort n'aurait pas suffi pour les rendresages. Il est vrai qu'elle corrige beaucoup d'hommes, car sa venue lesrend insensibles. Mais les épreuves de la vie nous améliorentde notre vivant. Que si l'on y voit un sujet de terreur, la faute en està la faiblesse des âmes. C'est ce que montrent les prièresde saint Paul et ses transports de joie, lorsqu'il dit, par exemple : "Partir et être avec le Christ, c'est bien préférable," et encore : " Je me réjouis , je partage votre joie à tous, de même, vous aussi, réjouissez-vous, partagez ma joie." Mais le contraire l'afflige : " Nous gémissons en nous-mêmes," dit-il, " attendant l'adoption , la délivrance de notre corps." Et ailleurs : " Nous qui sommes dans cet abri, nous gémissonsaffligés. "
3. Voyez-vous combien c'est une belle chose que la sagesse? Ce qui paraîtaux autres mériter des larmes, lui semble valoir des prières:ce qui paraît aux autres sujet de joie et de contentement, il n'ytrouve que des raisons de gémir. N'est-ce pas, en effet, un dignesujet de lamentations, que d'être exilé, expatrié?N'est-ce pas un bonheur que de se réfugier promptement dans le portde tranquillité, et d'être admis dans la cité céleste,affranchi enfin des douleurs, des peines, des gémissements? Mais,direz-vous, en quoi cela regarde-t-il un (149) pécheur tel que moi?Voyez-vous que ce n'est pas la mort qui fait l'affliction, mais le mauvaisétat de la conscience ? Cessez donc d'être un pécheur,et vous soupirerez après la mort. " Mes yeux des larmes. " Riende plus naturel: là-bas il n'y a ni chagrins, ni tristesse, ni pleurs." Mes pieds de la chute. " Ceci est plus important encore. Comment cela?C'est que nous sommes affranchis non-seulement du chagrin, mais encoredes piéges qui pourraient nous faire trébucher. Il est établisur un roc, celui qui est parti chargé de bonnes oeuvres ; il estentré au port; il ne trouve plus d'obstacles; le trouble, les alarmesont disparu. Celui-là vit au sein d'une gloire perpétuellequi a quitté dans cette disposition le séjour d'ici-bas." Je serai agréable en présence du Seigneur, au pays desvivants. " Un autre dit " devant le Seigneur. " Un autre "je marcherai." C'est ce que Paul, lui aussi, indique par ces mots : " Et nous seronsravis dans des nuées en l'air, au-devant du Seigneur et ainsi nousserons éternellement avec le Seigneur. " (I Thes. IV, 16.) Et remarquezcette parole " au pays des vivants. " C'est là-haut qu'est lavraie vie, exempte de mort, et riche de biens sans mélange. Quand" il aura détruit, " dit le même apôtre, " tout pouvoir,tout empire, toute puissance, il détruira un dernier ennemi, lamort. " (I Cor. XV, 24.) Mais ces choses détruites, il ne resteplus aucun sujet d'affliction, ni souci, ni épreuve, tout est joie,tout paix, tout amour, tout joie, tout allégresse, tout est parfait,solide. Car il n'y a là-haut aucune chute pareille, ni colère,ni chagrin, ni avarice, ni désirs charnels ou pauvreté, nirichesse, ni infamie, ni rien de semblable. Aspirons donc à cettevie, et faisons toutes choses en vue d'elle. Voilà pourquoi noussommes exhortés à dire dans notre prière : " Que votreroyaume arrive: " c'est afin que; nous ayons perpétuellement cejour devant les yeux. En effet celui qui est possédé d'unpareil amour, celui qui vit dans l'espoir de ces biens, celui-làne souffre ici-bas aucun naufrage, et ne se laisse abattre par aucun deschagrins de ce monde. De même que ceux qui se rendent dans unecapitale ne se laissent arrêter par aucune des choses qu'ils peuventrencontrer sur leur route, prairies, vergers, ravins, déserts, et,indifférents aux divertissements comme aux obstacles, ne songentqu'à la patrie qui les attend : ainsi celui qui chaque jour se représentela ville céleste, et qui nourrit en lui cet amour, ne se laisseraébranler par aucune épreuve, trouvera sans charme et sansgloire ce qu'il verra de plus glorieux et de plus charmant. Que dis-je? il n'en verra rien: car il aura d'autres yeux. ceux dont. parle Paul,en disant: " Comme nous ne considérons pas les choses visibles,mais les invisibles: en effet, les choses visibles sont éphémères;les choses invisibles sont éternelles. " Voyez-vous comment ilnous montre la route avec d'autres paroles? Attachons-nous donc àla poursuite de ces choses invisibles, afin de les posséder et dejouir de la vie éternelle: à laquelle puissions-nous tousarriver par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christà qui gloire et puissance, maintenant et toujours et dans les sièclesdes siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXV
" J'AI CRU, C'EST POURQUOI J'AI PARLÉ: MAIS J'AI ÉTÉ HUMILIÉ ENTIÉREMENT. "
1. A propos de ces paroles qu'il cite, le bienheureux Paul s'exprimeainsi : " Et parce que nous avons un même esprit de foi, selon qu'ilest écrit: J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé, nous croyonsaussi nous, et c'est pourquoi nous parlons. " ( II Cor. IV, 13.) Il fautdonc commencer par dire comment l'Apôtre a entendu ces paroles, enexaminant le sujet qu'il avait entrepris de traiter, ce sera un bon moyende connaître la pensée du Prophète. Du reste, la meilleuremanière d'instruire c'est, non pas de prendre dans un discours unpassage détaché, pour s'arrêter au point particulierqu'on a choisi, mais de remonter jusqu'au début du texte en question.A quel propos donc saint Paul rappelle-t-il ces mots du Psalmiste. Cestà propos de la résurrection et de l'acquisition des biensfuturs qui surpassent toute parole, toute intelligence et toute pensée.Et précisément parce qu'un tel sujet était infinimentau-dessus de toute parole, et ne pouvait être expliqué, lafui était nécessaire pour le saisir. Mais les Juifs, àraison des vaines espérances qui les gonflaient d'orgueil, auraientpu être troublés et croire qu'on les trompait, aussi l'Apôtrese hâte-t-il de redresser leur grossière ignorance par lacitation des paroles du Prophète, comme s'il leur eût dit:Je ne vous demande pas une chose nouvelle en vous demandant la foi, vousvoyez qu'elle date de loin : Voilà pour saint Paul. Quant au roiDavid, comme il devait, lui aussi, annoncer aux Juifs les biens àvenir, qui étaient en dehors de l'ordre des choses humaines, pourqu'on ne pût pas refuser d'y croire, il commença ainsi sonpsaume : " J'ai cru, c'est (151) pourquoi j'ai parlé. " Jérusalemn'était plus, son temple avait été renversé,et tous ses habitants avaient été emmenés captifset chargés de chaînes dans une terre étrangère: les barbares avaient pris possession de leur terre, et le vainqueur avaitforcé les Juifs à planter des vignes, à bâtirdes maisons, à contracter des mariages. Un tel état de chosesjetait les Juifs dans le désespoir et ils pensaient en eux-mêmes: si alors que nous avions une ville, des armes, des remparts, de l'argenten si grande abondance, un temple avec son autel, son culte et ses cérémonies,tout ce qui concerne, en un mot, l'exercice de notre religion, nous avonsété faits prisonniers et emmenés en captivité,comment pourrons-nous recouvrer notre patrie, maintenant que nous sommesen pays étranger, dépouillés de tout, sans armes etsans liberté ? Et ces pensées en troublaient un grand nombredes plus faibles, et ils ne faisaient plus attention aux. prophéties,prédisant leur retour. C'est pourquoi David s'exprima de la sortepour montrer que la foi est nécessaire dans tout ce que Dieu nousannonce. D'autres , comme Isaïe, leur parlent autrement. " Rappelezdans votre esprit, " leur dit-il , " cette roche dont vous avez ététaillés et cette citerne profonde d'où vous avez ététirés. " ( Isaïe, LI, 1. ) Puis il ajoute : " Jetez les yeuxsur Abraham votre père et sur Sara qui vous a enfantés, etconsidérez que l'ayant appelé lorsqu'il était seul,je l'ai béni et je l'ai multiplié. " (Ibid. 2.) Ces parolespeuvent se traduire ainsi : Abraham n'était-il pas étranger? N'était-il pas sans enfants et déjà avancéen âge ? N'avait-il pas une femme qui à raison de ses annéeset de sa constitution était stérile ? Toutes ses espérancesn'étaient-elles pas anéanties complètement ? Et pourtantavec ce seul vieillard jusque-là sans enfants, j'ai peupléla terre. Pourquoi donc vous troubler? Si avec un seul homme j'ai pu peuplerle monde, à plus forte raison, avec vous quoique vous soyez en petitnombre, je repeuplerai Jérusalem. Voilà pourquoi il dit :" Rappelez dans votre esprit cette roche d'où vous avez ététaillés, " pour indiquer Abraham, " et cette citerne profonde dontvous avez été tirés, " désignant ainsi Sara.Car de même qu'une citerne n'a pas de source jaillissante, mais seulementl'eau qu'elle reçoit des pluies du ciel, ainsi Sara reçutd'en-haut la faculté de concevoir dont elle était privée.Et de même encore qu'une pierre n'a jamais porté de fruit,ainsi en était-il d'Abraham (1). Et pourtant c'est de làque je vous ai tirés pour peupler des régions aussi nombreuseset aussi étendues. Voilà pourquoi encore le Seigneur conduitEzéchiel dans une plaine où il lui fait voir un amas d'ossementsqui revivent à la parole du Prophète. Alors les montrantaux Juifs il leur dit : " Si je puis ainsi ressusciter les morts, àplus forte raison , je saurai vous ramener dans votre patrie, vous quivivez. " (Ezéch. XXXVII, 1-13. ) Très-bien pour ces prophètes,mais que veut dire le Psalmiste par cette parole : " J'ai cru, c'est pourquoij'ai parlé? "
C'est-à-dire, il faut avoir confiance dans les promesses. Car,pour moi qui les méditais ces divines promesses, qui les conservaisdans mon coeur, j'ai chassé tout trouble aussitôt que j'aicru. Saint Paul parlant de nos biens sensibles et visibles requiert lafoi. D'où il suit que s'il en est ainsi pour les choses matérielles,à plus forte raison pour les biens invisibles. Si la foi fut nécessaireaux Juifs pour recouvrer leur ville, combien plus à nous qui attendonsle Ciel. Toutes les fois donc qu'il s'agit de quelque chose de grand quenous ne saurions atteindre ni par la pensée, ni par le raisonnement,il faut avoir recours à la foi et ne point examiner les choses d'aprèsles règles d'une logique humaine : car les opérations miraculeusesde Dieu leur sont infiniment supérieures. Il faut donc imposer silenceà la raison, et recourir à la foi pour glorifier Dieu. Essayezpar le raisonnement de trouver le secret de ses opérations, ce n'estpoint le glorifier, c'est vouloir soumettre à notre humble raisonles desseins admirables de la Providence.
2. C'est pourquoi saint Paul parlant, lui aussi, d'Abraham et de lamanière admirable dont il fit taire sa raison pour ne considérerque la puissance de Celui qui lui faisait des promesses, nous assure quepar sa conduite il glorifia Dieu souverainement : " Il n'hésitapoint, " nous dit-il, " et il n'eut pas la moindre défiance de lapromesse que Dieu lui avait faite, mais il se fortifia par la foi, rendantgloire à Dieu et étant pleinement persuadé qu'il esttout-puissant pour faire tout ce qu'il a promis. " (Rom. IV, 20, 21.)
1 A la vérité, Sara était stérile, puisquela sainte Ecriture nous l'apprend. Mais comment notre auteur a-t-il pudire qu'Abraham le lut également, et qu'il n'était pas pluscapable d'engendrer qu'une pierre, puisqu'après la mort de Sara,malgré son âge bien plus avancé, il eut sept enfantsde Céthura ? (Note des Bénédictins.)
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Mais que signifient ces autres paroles : " Et parce que nous avons unmême esprit de foi, selon qu'il est écrit : J'ai cru, c'estpourquoi j'ai parlé : Nous croyons aussi, nous, et c'est aussi pourquoinous parlons?" (II Cor. IV, 43.) Elles nous révèlent un grandmystère : à savoir, que : L'Esprit qui a inspiré leNouveau Testament a également inspiré l'Ancien, et qu'ila parlé dans l'un aussi bien que dans l'autre, que la foi nous enseignetoutes choses et que sans elle nous ne pouvons absolument rien. " Nouscroyons aussi, nous," est-il écrit, " et c'est pourquoi nous parlons." Otez-nous la foi, nous ne pourrons pas même ouvrir la bouche. Maispourquoi l'Apôtre n'a-t-il pas dit : " Parce que nous avons une mêmefoi, " au lieu de dire : " parce que nous avons " un même espritde foi? " Outre la raison que nous venons de dire, c'était pourmontrer qu'il faut l'assistance de l'Esprit-Saint pour s'éleverà la hauteur de la foi et pour sentir le néant et la faiblessede notre raison. C'est toujours dans le même but que dans un autreendroit il s'exprime ainsi : " Or, ces dons du Saint-Esprit qui se fontconnaître au dehors sont donnés à chacun pour l'utilitéde toute l'Église. Car, l'un reçoit du Saint-Esprit le donde parler avec sagesse, un autre reçoit du même Esprit ledon de parler avec science, un autre reçoit le don de la foi, unautre la grâce de guérir les maladies. " (I Cor. XII, 7, 8,9.) On me dira peut-être, qu'il s'agit ici, ce qui est vrai du reste,de la foi nécessaire pour opérer les miracles. Mais je sais,moi aussi, qu'il y a une autre foi dont lés apôtres disaient." Augmentez en nous la foi (Luc, XVII, 5), " sans parler de celle par laquellenous sommés tous chrétiens, et qui ne nous fait point fairede prodiges, mais qui nous donne la science infuse de la piété.Or, dans ces deux derniers cas, nous avons encore besoin de l'assistancede l'Esprit-Saint, selon cette parole de saint Luc " Le Seigneur lui ouvritle coeur pour entendre ce que Paul disait (Act. XVI, 14), " et celle autredu Christ : " Personne ne vient à moi si mon Père ne l'attire." (Jean, VI, 44.) Mais si la foi vient de Dieu, comment donc pèchentceux qui ne croient pas, puisque l'Esprit ne vient pas à leur secours,que le Père ne les attire pas, et que le Fils ne les met pas dansla voie? Car il dit de lui-même : " Je suis la voie (Jean, XIV, 6)," pour montrer que sans
Lui on ne saurait être amené vers le Père. Si doncle Père attire, le Fils conduit, l'Esprit illumine, comment peuventêtre coupables ceux qui ne sont ni attirés, ni conduits, niilluminés? En ne se rendant pas dignes de recevoir cette lumière.Voyez ce qui arriva à corneille. (Act. X) Il ne trouva point enlui le bienfait de la foi, mais Dieu l'appela après qu'il s'en futrendu digne par ses prières et ses bonnes oeuvres. Aussi Paul parlantde la foi aux Ephésiens, leur dit : " Et en effet, cela ne vientpas de vous puisque c'est un don de Dieu. " (Eph. II, 8.) Ce qui ne veutpas dire que nous soyons impuissants à produire des bonnes actions.Car bien qu'il appartienne à Dieu d'attirer et de conduire, il choisitcependant les âmes droites et dociles à ses inspirations pourleur donner son secours.
C'est pourquoi saint Paul, dans un autre endroit, parle "de ceux quiont été appelés selon le décret de Dieu. "(Rom. VIII, 28.) Car ni notre vertu, ni notre salut ne sont le résultatde la nécessité. Et quoique nous soyons redevables de laplus grande partie et presque de tout à Dieu, il nous a cependantlaissé une certaine part à notre salut, afin d'avoir uneraison apparente de nous couronner un jour. Voilà pourquoi aprèsavoir dit que " nous avons un même esprit de foi, " c'est-à-dire,ce même Esprit qui a parle; dans l'Ancien Testament, Paul a ajouté: " Nous croyons aussi nous, et c'est pourquoi nous parlons. " (II Cor.IV, 43.) Nous avons du reste un besoin de la foi bien plus grand qu'autrefois,et à cause de la nature des biens qui nous sont promis, lesquelssont invisibles et spirituels, et à cause de l'ordre des temps.Car ce n'est pas dans cette vie mais dans l'autre qu'on sera récompensé.En outre, il fallait la foi même pour les biens présents,car les dons qui nous étaient faits, comme la participation auxsaints mystères, la grâce du baptême, ne pouvaient êtrereçus sans la foi ! Et puis, la vertu de ces dons surpasse touteintelligence. Si donc la foi était nécessaire quand il s'agissaitde biens grossiers et sensibles, à plus forte raison l'est-elleaujourd'hui : Mais les paroles de l'Apôtre ont étésuffisamment expliquées. Il est temps de revenir à notreprophétie et de vous faire comprendre ce que dit ici le saint roiDavid. Que dit-il donc ? " J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé." Il n'avait encore rien dit, mais il fait allusion au langage intérieurqu'il avait tenu (153) et qui peut se traduire ainsi : Alors, dit-il, queje repassais dans mon esprit et les malheurs des Juifs, et leurs infortunes, et leur extermination, et les derniers ravages, je n'ai pas désespéréde voir des jours meilleurs. Au contraire, je les ai attendus, je les aiannoncés et j'ai parlé. Dans mes premiers psaumes j'ai traitélonguement cette question et je n'ai fait que vous annoncer ce que la foim'enseignait.
3. Voyons maintenant combien est chancelant et troublé celuiqui n'est pas instruit par cette même foi. Quoiqu'il s'agisse encored'un psaume de David, ce ne sont pas ses propres sentiments qu'il a exprimés,mais les troubles intérieurs d'une âme sans consistance quandil s'est écrié : " Que Dieu est bon à Israëlet à ceux qui ont le coeur droit, mais mes pieds ont failli me manqueret mes pas ont été chancelants. " (PS. LXXII, 2.) Ce quidoit s'entendre non des pieds et des pas, mais des raisonnements défectueux.Il en donne aussitôt un exemple en ajoutant . " Car j'ai ététouché "d'un zèle d'indignation contre la prospérité" des méchants. " (Ibid. 7.) C'est-à-dire, en voyant lesbarbares florissants et les Juifs humiliés et abattus. Mais voicile vice du raisonnement. " Et j'ai dit : C'est donc inutilement que jaitravaillé à purifier mon coeur et que j'ai lavé mesmains dans la compagnie des innocents. " (Ibid. 13.) Et il nous apprendlui-même ce qui l'a poussé à s'exprimer ainsi : " C'estqu'il a vu les pécheurs eux-mêmes dans l'abondance de tousles biens de ce monde, et qu'ils ont acquis de grandes richesses. " (Ibid.12.) Mais entendez-le se reprendre ensuite lui-même : " Que si jedisais: je parlerai de la sorte : un grand travail s'est présentedevant moi et j'ai reconnu que je ne "pouvais le comprendre jusqu'àce que j'entre dans le sanctuaire de Dieu et que j'y apprenne quelle doitêtre leur fin. " (Ibid. 15, 16, 17.) C'est comme s'il eût dit: j'étais indigné, affligé dans mes raisonnements,car c'est toujours le résultat qu'ils produisent. Ensuite, j'aipensé que j'entreprenais une oeuvre difficile , car mes recherchessur de semblables sujets ne pourront m'amener à rien de certaintant que je ne serai pas dans ma patrie.
Jugez par là combien il est dangereux d'abandonner les chosesde la foi aux raisonnements humains, au lieu de les confier à lafoi elle-même. Si celui dont parle le Prophète eût étéferme et constant dans sa foi, il n'eût pas été troublé,les pieds n'auraient pas failli lui manquer et ses pas n'auraient pas étéchancelants. Mais il n'en est pas de même du Psalmiste. Solidementétabli sur la pierre il n'était pas troublé, et malgréle triste état où il voyait les affaires des Juifs, malgréla prospérité des barbares, dans un grand nombre de psaumes,il parlait souvent en termes clairs et avec assurance du retour clans sapatrie. Et sa foi était si grande qu'il ne faisait attention nià la puissance de ses ennemis, ni à l'impuissance des Juifs,mais à la toute-puissance du Seigneur dont il tenait les promesses.Et voilà pourquoi il s'écrie : " J'ai cru et c'est pourquoij'ai parlé; j'ai été humilié extrêmement." Une autre version porte : " J'ai été affligé extrêmement." " Dans mon abattement j'ai dit : Tout homme est menteur (2). " Ou selonune autre version : " J'ai dit dans le trouble de mon esprit: Tout hommement. " C'est ici qu'apparaît de nouveau la splendeur de la foi,car avec elle, l'infortune la plus grande ne saurait précipiterdans le désespoir. Cette vertu, en effet, est comme une ancre sacréequi retient et affermit de toutes parts le vaisseau de notre esprit quis'y attache et on le remarque principalement dans les rencontres les plusfâcheuses de la vie où la foi nous persuade d'attendre avecpatience l'effet de l'espérance qu'elle nous inspire, et nous faitrejeter tous les raisonnements humains. C'est ce qu'il veut nous faireentendre par ces paroles : " Pour moi, j'ai été affligéextrêmement. " En d'autres termes : J'ai été bien affligésans doute, mais je n'ai pas désespéré ni perdu courage.Pour nous montrer ensuite qu'il a été non-seulement affligé,mais dans l'angoisse la plus grande il ajoute ces paroles : " Dans monabattement, j'ai dit : " Tout homme est menteur. " Qu'est-ce à dire," dans mon abattement ? " Dans mon malheur extrême, dans l'excèsde mes maux. Car j'ai été assailli par une épreuvesi violente qu'elle m'a plongé dans l'anéantissement et dansun profond sommeil. Il s'agit ici de cette défaillance, de cetteinsensibilité que produit le malheur. De même, ce qui estdit d'Adam, que Dieu lui envoya un profond sommeil doit s'entendre d'unecertaine privation de sentiment. Car l'extase ou le ravissement d'espritconsiste à être hors de soi. Dieu avait donc envoyéà Adam un sommeil extatique pour (154) l'empêcher de sentirl'extraction de sa côte et d'en éprouver de la souffrance,et en le privant ainsi secrètement du sentiment de la peine, illui déroba par cet anéantissement momentané, la douleurqu'il aurait ressentie. Il est encore écrit : " Il leur survintun ravissement d'esprit. " (Act. X, 10.) Il s'agit encore ici d'un sommeilextatique et d'une absence de sentiment, c'est le sens du mot " ravissement." Mais cela a lieu, ou par l'action de Dieu, ou par la grandeur des mauxqui produisent un sommeil profond et une sorte d'engourdissement, les malheursayant coutume en effet, d'amener l'anéantissement et le sommeil.Par son a abattement, " le Psalmiste entend donc ici l'excès desmaux qui l'ont accablé. Mais que signifient ces mots : " Tout hommeest menteur. " N'y a-t-il donc personne de véridique? Comment alorsJob a-t-il pu être appelé un homme véridique, justeet religieux? Et les prophètes? S'il ont été menteurs,s'ils ont trompé dans ce qu'ils ont dit, il n'y a plus rien de solide.Et Abraham? et tous les Justes? Vous voyez combien il serait mauvais des'en tenir à la lettre de l'Ecriture sans chercher à en pénétrerl'esprit. Qu'a donc voulu dire le Psalmiste par ces expressions : " Touthomme " est menteur? " La même vérité que dans cesautres paroles : " L'homme est devenu a semblable au néant. " (Ps.CXLIII, 4.) C'est ce qu'a dit encore un autre prophète. " Toutechair n'est que de l'herbe et toute sa gloire est comme la fleur des champs(Isaïe, XL, 6), " pour exprimer une chose très-vile, passagère,semblable à l'ombre, à un songe et à quelque fantôme.
4. Et afin que vous sachiez que mon raisonnement s'appuie sur des motifssolides, remarquez qu'une version porte: " Tout homme est mensonge. " Uneautre: " Tout homme ment; " ou bien encore: " défaille. " Expressionsbien différentes les unes des autres; car, mentir est l'effet d'unvice qui réside dans l'âme, tandis que défaillir, êtrepassager, ressembler à une onde qui s'écoule, à unsonge, à une fleur, à une ombre indique la bassesse de notrenature. Cela revient à ce qu'on lit ailleurs: " Je ne suis que terreet que cendre." (Gen. XVIII, 27). Et encore: "Pourquoi la terre et la cendres'élèvent-elles d'orgueil? " (Eccli. X, 9). Ou bien àces autres paroles du Psalmiste: " Qu'est-ce que l'homme pour que vousvous souveniez de lui ? " (Ps. VIII, 5.) Partout le témoignage dela bassesse de notre nature, de son néant. Ne disons-nous pas desmoissons quelles ont été trompeuses pour marquer qu'ellesn'ont pas répondu à notre attente et qu'elles n'ont pas rapportéautant que nous espérions; et dans le même sens, que l'annéea été trompeuse? L'homme est chose vile et de nul prix, etnous ne nous en apercevons jamais mieux que dans le malheur, parce qu'alorsnous jetons ordinairement les yeux sur le néant de notre nature.C'est pourquoi le Psalmiste ayant l'âme abattue et sentant sa natureconfondue, veut nous montrer combien elle est abjecte et misérablesous tous rapports eu disant: " Tout homme est menteur. " C'est-à-direl'homme n'est que néant, comme il avait exprimé la mêmevérité dans cet autre passage : " L'homme passe comme enimage. " (Ps. XXXVIII, 7). " Que rendrai-je au Seigneur pour tous lesbiens qu'il m'a faits (3)."
Comme il fait bien ressortir la grandeur des bienfaits de Dieu, non-seulementparce qu'il a reçu mais encore par sa propre indignité, car,malgré la diversité du langage, on sent qu'il est animéici des mêmes sentiments que dans un autre psaume où il disait:" Qu'est-ce que l'homme pour que vous vous souveniez de lui, ou le filsde l'homme pour que vous le visitiez?" (Ps. VIII, 5.) Or, ce qui doublele prix des bienfaits, c'est d'être grands par eux-mêmes etd'être conférés à ceux qui ne sont que néant.Dans ce cas, la reconnaissance pour être en rapport avec le bienfait,doit être d'autant plus grande. C'est ce que le Prophète avoulu nous faire entendre par ces mots: " Que rendrai-je au Seigneur ?" Pour indiquer que lui, homme de mensonge, n'étant que bassesseet néant, a reçu des biens extraordinaires: " Pour tous lesbiens qu'il m'a faits. " C'est le propre d'un coeur reconnaissant de rechercheravec soin à donner quelque chose en retour des bienfaits reçuset de croire qu'il n'a rien fait, quand il a payé tout ce qu'ilpouvait. Et c'est bien ce que nous voyons se réaliser ici de lapart du Prophète. Car il témoigne doublement sa reconnaissance,et en donnant tout ce qu'il peut et en pensant que ce qu'il a donnén'a pas de valeur. Que va-t-il donc faire? Il va nous l'apprendre lui-même,écoutez-le: " Je prendrai le calice " du salut et j'invoqueraile nom du Seigneur (4)."
Ceux qui entendent ces paroles dans le sens (155) anagogique veulentqu'il s'agisse de la participation aux saints mystères. Pour nous,qui nous en tenons à l'histoire, nous disons en suivant notre penséequ'il est question des oblations de liqueur, des sacrifices et des hymnesen actions de grâces. Il y avait autrefois, en effet, divers sacrifices;on distinguait le sacrifice de louanges, le sacrifice pour les péchés,les holocaustes, les hosties pacifiques, celles pour le salut et un grandnombre d'autres. Tout ce qui précède revient donc àceci : Je ne puis payer Dieu ce qui lui revient, mais je ferai ce que jepourrai. J'offrirai au Seigneur un sacrifice d'actions de grâces,et je le ferai souvenir de mon salut. " Je m'acquitterai de mes voeux"envers le Seigneur devant tout son peuple (5)."
Par ses voeux il entend ici ses promesses et ses engagements, car dansses malheurs il avait eu recours à Dieu et il s'était constituéson débiteur, promettant que s'il échappait à sesennemis, il lui offrirait en retour les sacrifices dont nous venons deparler. Donc, s'écrie-t-il, puisque mes épreuves ont cessé," je m'acquitterai de mes voeux envers le Seigneur devant tout son peuple. C'est une chose précieuse devant les yeux du Seigneur que la mortde ses saints (6). " Une autre leçon porte : " C'est une chose honoréedevant le Seigneur. " Pourquoi cette conclusion et quel rapport a-t-elleavec ce qui précède? Elle en a un très-grand si onveut l'examiner avec soin. Comme le Psalmiste avait dit, pour montrer lesbienfaits de Dieu : " Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'ilm'a faits?" En preuve de ces bienfaits il ajoute que Dieu prend soin non-seulementde la vie, mais encore de la mort de ses saints, soit qu'elle arrive d'aprèsles lois de la nature ou par la volonté du Seigneur. N'entendez-vouspas saint Paul qui vous crie: " Il est plus utile pour votre bien que jedemeure encore en cette vie, c'est pourquoi j'ai une certaine confiancequi me persuade que je demeurerai encore avec vous tous et que j'y demeureraimême assez longtemps? " (Philip. I, 24, 25). Et qu'y a-t-il d'étonnantqu'il en soit de la mort comme de la génération de quelqueshommes, qui ne sont pas nés selon les lois de la nature; ainsi Isaacet Samuel. Aussi ne sont ils pas appelés enfants de la chair, maisenfants de la promesse. Ainsi encore Moïse n'est pas mort purementet simplement, mais il est mort par l'ordre exprès de Dieu ; etJean est mort par sa permission. Cette dernière mort fut la récompensed'une courtisane, mais elle n'en fut pas moins honorée, et ce qu'ily a même de particulièrement admirable, c'est que malgrécette circonstance elle fut comblée de gloire. C'est que le saintprécurseur avait été martyr de la véritéet il fut tellement en honneur qu'il inspira de la crainte à sonmeurtrier. Nous en trouvons la preuve dans l'évangélistesaint Marc, car voici ce qu'il rapporte d'Hérode " Cependant Hérodedisait: voilà Jean-Baptiste qui est ressuscité et c'est pourcela qu'il se fait par lui tant de miracles. " (Marc, VI, 14.) Voyez encorecomment la mort d'Abel était précieuse et honorée:" Où est Abel ton frère? La voix du sang de ton frèrecrie vers moi. " (Gen. IV, 9, 10).
5. Considérez, à propos de Lazare, comment aprèssa mort, les anges l'accompagnaient. (Luc, XVI, 22.) Contemplez, auprèsdu tombeau des martyrs, ce concours des villes et des peuples que leuramour enflamme. Les paroles du Psalmiste peuvent donc se traduire ainsiDieu est rempli de sollicitude pour la mort do, ses saints et il en prendun soin extrême. Ils ne meurent pas d'une manière quelconque,ni fortuitement; mais selon les desseins de sa divine providence. C'estce qu'il voulait nous montrer par ces mots : " Devant les yeux du Seigneur.O Seigneur, je suis votre serviteur, je suis votre serviteur et le filsde votre servante (7). "
Il ne s'agit pas ici d'une servitude ordinaire, mais de celle qui estproduite par un grand amour et une vive affection. C'est ce désirenflammé dont est rempli le Psalmiste, et qui est sa plus bellecouronne et son plus beau titre de gloire. Dieu lui-même en a faitle plus grand sujet de louanges, en disant : " Moïse, mon serviteur,est mort. " (Josué, 1, 2.) " Et le fils de votre servante. " C'est-à-dire,depuis les siècles les plus reculés, dans la personne demes ancêtres, je suis attaché à votre service. Paul,de son côté, regardait cette dépendance comme la principalegloire de Timothée, quand il disait : " J'ai le souvenir de cettefoi sincère qui est en vous, qu'a eue premièrement Loïde,votre aïeule et Eunice, votre mère. Je suis aussi très-persuadéque vous l'avez et que vous avez été nourri dès votreenfance dans les Lettres saintes. " (II Tim. I, 5; III,15.) Et en parlantde lui-même: " Je suis né hébreu, de pères hébreux"(156) (Philip. III, 5), ou bien : " Sont-ils hébreux? Je le suis." Sont-ils Israélites? Je le suis aussi. " (II Cor. xi, 22.) Ilsavaient quelque chose de plus que les prosélytes, ceux qui étaienttels par leurs ancêtres, et c'est dans ce sens que le Psalmiste s'écrie: " Et le fils de votre servante."
"Vous avez rompu mes liens. " Il ne dit pas, vous avez affaibli, mais" vous avez rompu, " afin de montrer que désormais ils seraientsans effet. Ce qu'il entend ici par ses liens, ce sont les afflictions,les tentations et les dangers. Il y a des liens qui sont bons, dont onsouhaite d'être enchaîné, comme dans ces paroles: "Le lien de la dilection (Eph. IV, 3), " et " c'est le lien de la perfection." (Coloss. III, 14.) Il y a d'autre part un lien opposé àcelui-ci: " Chacun est enchaîné par les liens de ses péchés."(Prov. V, 22.) C'est ce que veut faire entendre le Christ, quand il dit: " Pourquoi donc ne fallait-il pas délivrer de ses liens cettefille d'Abraham que satan avait enchaînée?" (Luc, XIII, 16.)Isaïe lui-même dit du Sauveur : " Je vous ai établi pourêtre le réconciliateur des nations... pour dire à ceuxqui étaient dans les chaînes, sortez." .(Is. XLIX, 8-9.) Ilne s'est donc pas contenté de délier ces liens, il les arompus, ce qui est beaucoup plus: Que si l'on veut prendre ces parolesdans le sens anagogique et dire qu'il s'agit ici des liens du péchéet de tout le vieil homme, on ne se trompera pas. Il y a encore, un autrelien, le plus beau de tous, que Paul ne quittait jamais, répétanttoujours: " Moi, Paul, enchaîné pour l'amour de Jésus-Christ(Eph. III, 1 et VI, 20), " ou bien : " Jésus-Christ pour l'amourduquel je suis lié de cette chaîne.." (Act. XXVIII, 20.)
" Je vous sacrifierai une hostie de louanges (8). " C'est ainsi qu'audébut, à la fin, partout et toujours, le Prophètepaye à Dieu le même tribut. Il a commencé par lui dire: " Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur." Ici : " Je vous sacrifierai une hostie de louanges. " C'est-à-dire,je vous rendrai grâces, je vous louerai. " Et j'invoquerai le nomdu Seigneur. " Pour nous faire comprendre comment c'est un sacrifice delouanges : " Je m'acquitterai de mes voeux envers le Seigneur, devant toutson peuple (9); à l'entrée de la maison du Seigneur, au milieude vous, ô Jérusalem (10)." Ce n'était point par ostentationni pour s'attirer de la gloire qu'il en agissait ainsi, mais pour exciterun semblable zèle dans tous lés autres et leur inspirer deprendre part à sa reconnaissance envers Dieu. C'est ainsi qu'agissenttorrs les saints, invitant à s'associer à leurs louanges,non-seulement les autres gommes, mais encore toute créature. Iln'y a rien qui soit plus agréable au Seigneur que la reconnaissance,non seulement dans la prospérité, mais même dans l'adversité.C'est la principale hostie, c'est la meilleure offrande. Ainsi agissaient,et Job, et Paul et Jacob. Ainsi ont agi tous les justes, témoignantà Dieu leur piété et leur gratitude,. surtout au milieudes difficultés. Imitons ces exemples et rendons constamment grâcesà Dieu, afin de mériter les biens éternels. Puissions-noustous tes obtenir, par la grâce et la miséricorde de Notre-SeigneurJésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, maintenantet toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXVI
" NATIONS, LOUEZ LE SEIGNEUR, PEUPLES,LOUEZ-LE TOUS : " PARCE QUE SA MISÉRICORDE A ÉTÉ PUISSAMMENTAFFERMIE SUR NOUS ET QUE LA VÉRITÉ DU SEIGNEUR DEMEURE ÉTERNELLEMENT."
Il est évident pour tous que ces paroles contiennent la prédictionde l'établissement de l'Eglise chrétienne et de la prédicationde l'Évangile dans toute la terre. Car le Psalmiste ne s'adressepas à une, à deux ou à trois nations seulement, maisà la terre entière et à la mer. Cette prophétiese vérifia quand le Christ fit son apparition glorieuse. Passantensuite à la cause de notre salut, le Psalmiste dit qu'il ne vientpas de nos couvres, ni de notre vie, ni de notre foi, mais uniquement dela miséricorde de Dieu. " Parce que sa miséricorde a étépuissamment affermie sur nous. " C'est-à-dire qu'elle est devenuestable, ferme et plus solide que la pierre. Chaque jour même ellereçoit de l'accroissement. " Et la vérité du Seigneurdemeure éternellement. " Quoique à l'arrivée du Christla vérité ait paru dans sa plus belle splendeur, ces dernièresparoles indiquent qu'avant Lui tout ce qui arrivait était symboleet figure, selon cette autre parole de l'Évangéliste : "La loi a été donnée par Moïse, mais la grâceet la vérité a été faite par Jésus-Christ." (Jean, I, 17.)
EXPLICATION DU PSAUME CXVII
" LOUEZ LE SEIGNEUR PARCE QU'IL EST BON,PARCE QUE SA MISÉRICORDE S'ÉTEND DANS TOUS LES SIÈCLES."
1. Il y a une parole de ce psaume que le peuple a coutume de répéteren choeur après chaque vers, et c'est la suivante: " C'est ici lejour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous y donc et soyons pleinsd'allégresse. " A ces mots, presque tous se lèvent, et c'estsurtout le chant que les fidèles ont l'habitude de faire entendredans cette assemblée spirituelle, dans cette fête céleste.Pour nous, si vous le voulez bien, nous parcourrons ce psaume dèsle début et nous commencerons notre explication dès les premiersmots et non pas au verset qui sert de refrain. Nos pères permirentaux simples fidèles de s'en tenir à ce verset parce qu'ilétait harmonieux et qu'il renfermait un dogme sublime. Du reste,ils n'auraient pu retenir le psaume en entier et ces paroles exprimaientla doctrine la plus parfaite. Quant ! nous, il faut que nous le voyionsdans son ensemble, quoique la plus grande prophétie soit au milieu.Car c'est au verset 22 qu'on lit : " La pierre que ceux qui bâtissaientavaient rejetée, a été placée à la têtede l'angle. " C'est du reste ce que le Christ lui-même dit aux Juifs,un peu moins clairement sans doute : il ne voulait pas augmenter encorela colère dont ils étaient enflammés, " car il nebrisera point le roseau cassé et il n'éteindra point la mèche" qui fume encore. " (Isaïe, XLII, 3.) Néanmoins il le leurdit : attaquons donc ce psaume par (159) son début, connut, nousl'avons déjà dit. Et quel est ce début : " Louez leSeigneur parce qu'il est bon , parce que sa miséricorde s'étenddans tous les siècles. " Le Prophète avant présentsà l'esprit les bienfaits dont le Seigneur a comblé toutela terre, sa bonté infinie et sa miséricorde qui éclatenten toutes choses, s'attache à faire ressortir la source de tantde biens " Que la maison d'Israël dise maintenant que le Seigneurest bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(2). "
Qu'est-ce que j'entends? " La maison d'Israël" qui a souffert descaptivités nombreuses, qui a servi en Egypte, qui a étéemmenée aux extrémités de la terre, qui en Palestinea enduré des maux sans nombre! Sans doute, me répond le Palmiste.Il n'y a point de meilleurs témoins de ces bienfaits et personnen'en a reçu de plus nombreux et de plus signalés. Bien plus,leurs épreuves mêmes sont une marque de son infinie bonté,et un examen un peu attentif prouvera qu'ils lui doivent de grandes. actionsde grâces pour la venue du Sauveur, car les maux dont elle a étépour eux la source doivent être attribués à leur maliceet non à. Notre-Seigneur. En effet , c'est pour eux qu'il venaitet il leur répétait souvent : " Je n'ai étéenvoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matth.XV, 24), " et à ses disciples: " N'allez point dans les terres desGentils, mais plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël(Ibid. X, 5, 6) ; " et à la Chananéenne " Il n'est pas justede prendre le pain des en" Gants pour le donner aux chiens. " (Ibïd.xv, 26. ) Toutes ses démarches, toutes ses actions se rapportaientdonc à leur salut. S'ils parurent dans la suite indignes de cesbienfaits, c'est à leurs crimes et à leur ingratitude extraordinairequ'il faut l'imputer. " Que la maison d'Aaron dise maintenant que le Seigneurest bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(3). "
Le Prophète fait ici un appel spécial aux prêtres,afin qu'ils viennent chanter les louanges du Seigneur, montrant ainsi l'excellencedu sacerdoce. Car, par cela même qu'ils étaient supérieursaux autres ils reçurent de Dieu plus de gloire, non-seulement parl'honneur du sacerdoce , mais dans bien des circonstance,. Ainsi quandle feu sortit du Tabernacle (Lévit. X, 2), ce fut à caused'eux; et la terre qui s'entr'ouvre (Nomb. XVI, 32), et la verge qui fleurit(Ibid. XVII, 8), et tant d'autres prodiges ont lieu à cause d'euxet pour eux. " Que tous ceux qui craignent le Seigneur disent maintenantqu'il est bon, que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(4). " Car ce sont ceux-là principalement qui peuvent voir sa bontéet en toutes circonstances trouver les preuves de sa miséricorde.Que signifient ces paroles : " Sa miséricorde s'étend danstous les siècles?" C'est-à-dire due continuellement et sansinterruption elle se montre avec éclat dans tous les événements.Il est vrai que ceux dont les yeux de l'âme sont trop faibles ouque quelques passions rendent malades, n'aperçoivent pas cette bontéet cette miséricorde, pas plus que ceux dont les yeux sont malsainsne peuvent contempler le soleil. Et ceux mêmes qui les ont bien disposéssont forcés de les détourner de sa splendeur. Ainsi en est-ilde la Providence générale de Dieu dont la prudence et lasagesse sont si élevées qu'elles Font infiniment au-dessusde toute raison humaine. Ajoutez à cela mille cupidités qui,en nous rendant insensés, nous ôtent la vue et nous empêchentde l'apercevoir. La première est l'amour de la volupté quifait passer par-dessus les choses les plus manifestes sans qu'on les découvre.La seconde est l'ignorance et le dérèglement de l'esprit.Si nous voyons un père châtier son enfant, nous l'approuvons,nous le louons même, et c'est à ce signe surtout que nousreconnaissons qu'il est père. Que Dieu veuille au contraire nouspunir de nos mauvaises actions, nous ne le supportons pas, nous sommesindignés. Quelle absurdité ! quelle perversité comparableà celle-là, puisqu'elle nous fait révolter contredes choses tout à fait opposées et nous fait gémirici de la présence du châtiment, là de son absence.Que l'on aperçoive des hommes qui volent, qui envahissent le biend'autrui, on veut bien qu'ils soient punis. Quand il s'agit de ses propresfautes on raisonne tout autrement. Ce qui est l'indice d'un coeur dépravéet corrompu. La troisième, c'est le défaut de discernementde ce qui est bien d'avec ce qui est mal , ce qui fait porter des jugementsfaux; ce défaut vient de ce qu'on est entièrement adonnéau vice et qu'on se complaît dans le mal. La quatrième, lepeu de connaissance qu'on a de la grandeur de ses fautes. Une cinquièmecause de notre aveuglement, c'est la distance infinie qui se rencontreentre Dieu et les hommes. Il faut ajouter que Dieu ne veut pas tous lesjours tout découvrir parce (160) qu'il juge qu'il doit nous suffirede connaître peu il peu les événements.
2. Il ne faut donc pas trop chercher à pénétreren foules choses la Providence divine, ce serait prétendre àdés choses infinies et infiniment au-dessus de toute nature créée.Quant à ceux qui veulent la comprendre sur certains points il fautqu'ils soient exempts de ces passions dont nous venons de parler, et alorsils la verront plus clairement que le soleil, quoique partiellement, etle peu qu'ils en verront leur apprendra à rendre grâces pourle tout. " J'ai invoqué le Seigneur du milieu de l'affliction, etle Seigneur m'a exaucé, et m'a mis au large (5). " Quelle miséricorde! quelle ponté de la part du Seigneur : Le Psalmiste ne dit pas: j'étais digne, il ne dit pas : j'ai montré mes bonnes oeuvres,mais simplement : " J'ai invoqué, " et ma prière a suffipour éloigner de moi le malheur. C'est ainsi que parle Dieu àpropos des Egyptiens : " J'ai vu l'affliction de mon peuple et je suisdescendu pour le délivrer. " (Exod. III, 7-8.) Il ne dit pas : J'aivu la vertu de mon peuple ou son retour a de meilleurs sentiments, maisson affliction, et j'ai entendu ses cris de détresse. Qui ne reconnaîtrait,à ces traits, le père bienfaisant et miséricordieuxqui s'empresse dé secourir par le seul motif qu'on est malheureux? Les hommes ne regardent pas comme digne d'être sauvé quiconqueest :affligé, et s'il leur arrive de voir torturer et battre deverges des esclaves, ils ne volent pas à leur, secours, mais ilssont arrêtés par la considération de leurs fautes.Dieu. a pardonné par cela seulement qu'on était affligé, et non content d'avoir délivré de l'affliction., il a procuréune grande sécurité. " Il m'a exaucé, " dit le Psalmiste,et il m'a mis au large. Il y a plus : l'affliction n'a étépermise qu'afin de rendre meilleurs et plus sages ceux qu'elle a frappés." Le Seigneur est mon soutien et je ne craindrai point ce que l'homme pourrame faire (6). ".
Quelle grandeur d'âme ! quel esprit élevé ! Commeil sait monter au-dessus de la,faiblesse humaine pour mépriser toute,la nature ! Ne nous contentons pas de constater le fait , ruais apportonsdes preuves à l'appui. Le Psalmiste rie dit pas : Je ne souffriraiplus, mais : " Je ne craindrai point ce que l'homme pourra me faire. "C'est-à-dire, quoique je souffre, je ne craindrai rien , exprimantla même pensée que saint Paul quand il s'écrie : "Si Dieu est, pour nous qui sera contre nous ? (Rom. VIII, 31). Pourtantles ennemis des Juifs étaient innombrables , mais rien ne les accablait.Ne faudrait-il pas en effet, une âme bien pusillanime et bien bassepour craindre ses semblables quand elle a la protection et l'amitiédu Seigneur? Ici au contraire elle est supérieure à toutesles craintes qui l'assaillent de toutes parts. Agissons nous-mêmesde la sorte de peur que nous rie nous privions du secours de Dieu en redoutanttrop les obstacles humains, car cette crainte serait une insulte enversl'assistance divine. Telle fat ta cause des malheurs qui fondirent surla maison d'Ezéchias. En effet, le soleil avait rétrogradéet était revenu sur ses pas, et ce miracle aurait suffi pour remplird'effroi ceux qui étaient venus pour le constater; mais le roi craignantd'être un jour assailli par ses visiteurs voulut les effrayer etexciter leur admiration. non par les prodiges dont il avait étél'objet, mais par des choses humaines : c'est pourquoi il leur montra sestrésors dans lesquels il plaçait toute sa confiance. (IVRois. XX, 14, et suiv.) Aussi, Dieu irrité lui dit par son prophète: " Tout cela te sera ravi (Ibid.), " c'est-à-dire, ces objets danslesquels tu te confies et tu mets tes espérances. Israël, àson tour, est accusé de se confier dans ses trésors et dansses chevaux. Que fait le prophète ? Il les avertit de se hâterd'apaiser le Seigneur par une conduite tout opposée et de dire :" Nous ne monterons pas sur nos chevaux. " (Osée, XIV, 4.) Dieuvous honore et vous le méprisez. Dieu vous honore en vous offrantson secours et vous vous abandonnez aux, espérances Humaines, prétendanttrouver le salut dans l'argent qui, n'est qu'une vile matière. Non-seulementil veut nous sauver, mais il veut nous honorer en mémé temps.Il nous aime ardemment, voilà pourquoi il veut nous séparerde tout pour nous attacher à lui seul : il nous retranche tout pournous amener à lui et chacun de ses actes semble nous dire : " Espérezen moi " et demeurez-moi, constamment attachés. " Le Seigneur estmon soutien et je mépriserai mes ennemis (7). "
Il ne se venge pas, il ne punit pas ses ennemis, mais il remet ce soinà Dieu. " Il est bon de se confier au Seigneur plutôt quede se confier dans l'homme (8). Il est bon d'espérer au Seigneurplutôt que d'espérer dans les princes (9). Il ne s'agit pasici d'une (161) comparaison, mais l'Ecriture a coutume de s'exprimer ainsi,même dans les choses qui n'admettent pas de comparaison, pour condescendreà la faiblesse de ceux auxquels elle s'adresse. Le Psalmiste n'adonc pas voulu établir une comparaison, mais simplement s'abaisserjusqu'à notre intelligence. C'est dans le même sens qu'unautre prophète a dit : " Maudit soit l'homme qui met sa confianceen l'homme ! " (Jér. XVII, 5.) Rien n'est plus faible, en effet,que cette espérance. Une toile d'araignée offrirait plusde ressource. Cette espérance n'est pas seulement faible, elle estencore dangereuse. J'en prends à témoin ceux qui se sontsouvent confiés dans les hommes avec lesquels ils ont étéaccablés. La confiance en Dieu n'est pas seulement solide, maiselle est sûre et à l'abri de tout changement. Aussi saintPaul proclamait que l'espérance en Dieu ne trompe jamais ; et dansun autre endroit la sagesse s'exprime ainsi: " Considérez tout cequ'il y a d'hommes parmi les nations et voyez s'il y en a un seul qui aitespéré dans le Seigneur et qui ait été confondu." (Eccli. XI, 11.) Mais moi, direz-vous, j'ai espéré en vain.Voilà une bonne parole, mes frères, mais elle ne contrediten rien la sainte Ecriture. En effet, si vous . avez étéconfondus, c'est que vous n'avez pas espéré comme il fallait,que vous avez cessé d'espérer, que vous n'avez pas attendula fin, que vous avez été faibles. Agissez autrement désormais,et quand vous serez sous le poids des malheurs ou des difficultés,ne perdez pas courage, car l'espérance consiste surtout àdemeurer fermes au milieu des maux et des périls les plus grands.
3. Quel malheur comparable à celui de ces barbares Ninivites! Ils étaient déjà enlacés dans les filetsde leurs ennemis, la ruine de leur ville était imminente : néanmoins,ils ne perdirent pas courage, mais ils donnèrent les plus grandssignes de pénitence et ils obtinrent que Dieu révoquâtsa sentence. Voilà qui nous montre bien la vertu de l'espérance.Et croyez-vous que dans le ventre de la baleine le Prophète ne songeaitpas encore et au temple, et à son retour dans la ville de Jérusalem?(Jon. II, 5.) Vous aussi, fussiez-vous aux portes de la mort et exposésde toutes parts aux plus grands périls, ne désespérezpas, car Dieu sait des les circonstances même les plus difficilestrouver une heureuse issue. C'est ce qui a fait dire à la sagesse: " Du matin au soir il y a de nombreux changements et tout cela est faibleaux yeux de Dieu. " (Eccli. XVIII, 26.) Rappelez-vous l'histoire de cetribun mourant de faim au milieu de l'abondance la plus grande. (IV Rois,VII, 2.) Et celle de la veuve qui était dans l'abondance malgrésa pauvreté. (III Rois, XVII, 2 et suiv.) Plus la misèredans laquelle vous vous trouvez est extrême, plus vous devez espérer.Car le moment que Dieu choisit de préférence pour montrersa puissance, ce n'est pas aussitôt que commencent nos épreuves,mais c'est lorsque tout semble désespéré. C'est alorsle vrai temps du secours de Dieu. Aussi voyons-nous qu'il ne délivrapas d'abord les trois jeunes hommes de Babylone, mais seulement aprèsqu'ils eurent été jetés dans la fournaise. (Dan. III,93.) Ni Daniel avant qu'il eût été mis dans la fosseaux lions, mais seulement sept jours après. (Dan. XIV, 39, 40.)Il ne faut pas faire attention à la nature des choses qui ne peutque jeter dans le désespoir, mais à la puissance de Dieuqui amène à bonne fin ce qui paraissait sans ressource. C'estce que veut nous montrer le Psalmiste en même temps que nous fairecomprendre les ressources de la puissance divine qui peut délivrerceux qui sont tombés dans les plus grands maux dont ils sont accabléset comme écrasés, quand il ajoute : " Toutes les nationsm'ont assiégé (10). "
Comprenez-vous l'imminence du danger? Il ne s'agissait pas de livrerune bataille, de résister aux ennemis d'un seul pays, mais le Roi-Prophèteétait cerné et comme enveloppé d'un filet ou commepris dans un piége; et cela, non par un, par deux ou par trois ennemis,mais par toutes les nations réunies. Et cependant tous ces biens,malgré leur nombre et leur force, sont brisés par la confianceen Dieu. " Mais je les ai repoussées au nom du Seigneur. Elles m'ontassiégé et environné et je les ai repousséesau nom du Seigneur (11). " Elles m'ont toutes environné, comme desabeilles le rayon de miel, et elles se sont embrasées comme un feuqui a pris à des épines, mais je les ai repousséesau nom du Seigneur (12). "
Comme le Psalmiste nous dépeint bien la grandeur de son infortune! Il ne s'est pas contenté de dire : " Elles m'ont environné," mais il les compare à des abeilles et au feu dans les épines.Les abeilles indiquent une grande vivacité dans l'action et lesépines une (162) colère irrésistible et. une soifde vengeance inextinguible. Est-il possible en effet de résisterau feu (lui est tombé sur des épines ? Cependant, dit leProphète; alors que rues ennemis excités contre moi m'assaillaientavec la violence et la rapidité de l'incendie, non-seulement j'aipu m'échapper, mais je les ai repoussés. Le même prodiges'opère sur la matière, le feu brûlait un buisson,et le buisson n'était pas consumé, et le feu ne s'éteignaitpas, mais ces deux substances demeuraient ensemble sans se détruire.(Ex. III, 2.) Cependant., qu'y a-t-il de plus faible que le bois d'un buisson,de plus ardent que le feu? Mais la puissance admirable de Dieu, qui opèredes miracles qui nous surpassent, permit qu'il en fût ainsi. Il seproduisit un miracle semblable pour le Roi-Prophète. Ses ennemisaccouraient avec la rapidité de la flamme, et comme des abeilles,ils l'entouraient avec une grande vivacité, ils le cernaient detous côtés, mais leurs efforts furent vains. Les armes invincibleset le secours inexpugnable du nom de Dieu les dispersa tous. " J'ai étépoussé, on a fait effort pour me renverser, et le Seigneur m'a soutenu(13). "
Le Psalmiste nous a fait connaître la grandeur de ces maux parla multitude et les dispositions menaçantes, par l'ardeur et l'acharnementde ceux qui l'entouraient: maintenant il arrive à ce qu'il a souffert.J'ai été en butte à tant d'infortunes, nous dit-il,que j'ai failli être renversé et abattu. J'ai ététellement pressé et presque renversé que j'étais surle point de tomber, mais au moment de m'abattre sur mes genoux, comme j'étaisdéjà penché et sans espoir dans les secours humains,le Seigneur a fait paraître son secours. Or Dieu en use de la sorteafin que personne ne lui ravisse et ne s'attribue la gloire qui revientà lui seul. C'est ainsi qu'il fit pour Gédéon dansl'histoire des Juges. (Juges, VII.) Et voilà pourquoi encore, sousle règne d'Ezéchias, il choisit la nuit pour remporter unebrillante victoire. (IV Rois, XIX, 35.) En effet, si ce prince qui n'avaitpris part ni au combat, ni à la victoire, devint néanmoinssi téméraire, il l'eût été bien davantages'il eût assisté à la défaite de ses ennemiset s'il les eût vus tomber. C'est donc bien à l'instant oùtout semble désespéré que Dieu donne son secours.Témoin Goliath (I Rois, XVII), témoins les apôtres.Ecoutez saint Paul : " Nous avons entendu prononcer en nous-mêmesl'arrêt de notre mort, afin que nous ne mettions point notre confianceen nous, mais en Dieu qui ressuscite les morts. " (II Cor. I, 9.) " LeSeigneur est ma force et le sujet de mes louanges. C'est bien en lui quej'ai trouvé mon salut (14). "
En d'autres termes, il a été ma puissance et mon secours.Mais que signifient ces mots " Le sujet de mes louanges? " C'est que non-seulementil délivre des périls, mais il rend célèbreet illustre et partout on peut constater qu'il sauve et qu'il glorifietout à la fois. Ces paroles ont encore un autre sens cachéque voici: qu'à jamais, dit-il, je chante l'hymne de ma reconnaissance,que ma voix lui soit consacrée entièrement, et que je nesois occupé désormais qu'à le louer.
4. Combien donc sont coupables et quelle perte éprouvent ceuxqui se souillent par des chants diaboliques, et qui se plaisent àfaire entendre continuellement les cantiques du démon, bien différentsde ce juste qui loue sans cesse son Sauveur. " Les cris d'allégresseet du salut se font entendre dans les tentes des justes (15). " Aprèsun succès complet remporté par Dieu, ceux qui jouissent dela victoire sont dans la joie et l'allégresse, par la double raisonqu'ils sont sauvés et qu'ils le sont par Dieu. La cause de leurjoie est le Seigneur lui-même qui a triomphé. Mais il fautque nous sachions ce qui a engagé Dieu à donner son assistance,et le Psalmiste ajoute : " Dans les tentes des justes. " Il ne s'agit pasde maison, mais de " tentes, " pour indiquer que c'est une demeure oùl'on ne doit s'arrêter qu'en passant. Telle était la tented'Abraham, quand après avoir vaincu les rois il revenait couvertde la gloire que ses exploits lui avaient méritée. Tellela lente de Paul quand il rentrait après avoir triomphé desdémons, fait disparaître l'erreur, et s'être rendu célèbrepar ses succès. " La droite du Seigneur a fait éclatersa puissance, la droite du Seigneur m'a élevé (16). "
Tel est le sujet de l'allégresse du Psalmiste. Il ne fait querépéter ici ce qu'il disait tout à l'heure en montrantque tous ses succès sont l'oeuvre de Dieu : Il est donc bien vraique sa bonté ne se borne pas à nous délivrer des maux,mais qu'elle nous met encore en possession de la gloire et de l'illustration.En effet, après avoir dit : " La droite du Seigneur a fait (163)éclater sa puissance, " il a ajouté : " La droite du Seigneurm'a élevé, " pour faire ressortir la gloire qui avait rejaillisur lui. Car, " m'a élevé " signifie, m'a comblé degloire, et c'est ainsi que Dieu donne non-seulement la force, mais encorela grandeur. " Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterailes oeuvres du Seigneur (17). "
Les périls me menaçaient de la mort, mais j'ai dit: "Je ne mourrai point, mais je vivrai." C'est-à-dire, la puissancedu Seigneur est si grande que même avant la Nouvelle Loi, il a délivréde la mort au milieu de périls qui ne laissaient plus d'espoir,préconisant ainsi d'avance la résurrection future dont ilnous a du reste donné une image dès l'origine en enlevantHénoch au ciel. (Gen. V, 21.) Si vous né croyez pas possiblela résurrection des morts, que ce fait vous serve de preuve. Comment,en effet, ce corps a-t-il pu subsister aussi longtemps? Car il y a biende la différence entre relever une maison qui tombe eu ruines etconserver autant de temps celle qui s'écroule de vétusté.Ne songez-vous donc point que le Seigneur a créé l'hommequi n'existait pas? A plus forte raison pourra-t-il le rendre àla vie. Nous avons encore une autre figure de la résurrection dansl'enlèvement d'Elie qui n'est pas encore mort. (IV Rois, II, 11.)Pour Dieu, tout se fait vite et facilement. " Il n'y a rien d'impossibleà Dieu, " dit l'Evangéliste (Luc, I, 37); et le Prophète: " Tout ce qu'il a voulu, il l'a fait. " (Ps. CXIII, 11.) Le travail d'unartisan quelconque ne vous serait-il pas impossible? Néanmoins vousvous inclinez devant sa science. Et ainsi, tandis que vous consentez àvous soumettre , devant l'habileté de votre semblable, vous voulezcontrôler les couvres de la sagesse du Seigneur, et pour ne pas lesadmettre, vous refusez un acte de foi. Quelle folie! " Je ne mourrai pas,mais je vivrai. " On peut, sans crainte de se tromper, entendre ces parolesdans le sens anagogique, car bien qu'elles aient été ditesde la résurrection, " Je ne mourrai pas " signifiant que la mortn'est pas une mort véritable, elles veulent dire aussi dans uneacception différente, " Je ne mourrai pas " d'une seconde mort.C'est dans ce dernier sens que le Christ disait : " Je suis la résurrectionet la vie ; celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra, et quiconquevit et croit en moi ne mourra jamais. " (Jean, XI, 25, 26.)
" Et je raconterai les oeuvres du Seigneur. " Voilà principalementen quoi consiste la vie Lover Dieu et annoncer à tous ses merveilles.De quelles oeuvres s'agit-il ici, je vous prie? De celles qui vont êtrerapportées : " Le Seigneur m'a châtié pour me corriger,mais il ne m'a point livré à la mort (l8). " Comme on voitapparaître les oeuvres admirables du Seigneur et l'utilitéque nous en retirons ! David ne rend pas seulement grâces àDieu de ce qu'il a été délivré, mais il regardemême sa chute comme un très-signalé bienfait et latentation comme un avantage en disant : " Le Seigneur m'a châtiépour me corriger. " Car l'utilité de la tentation consiste en cequ'elle nous rend meilleurs. Admirons la puissance de Dieu et le soin qu'ilprend de nous. Il a permis que David fût accablé de maux,puis il l'a délivré, car, dit ce saint roi, " il ne m'a pas" livré à la mort. " Ou, selon la belle interprétationd'une autre version : " Il ne m'a pas " donné à la mort." Paroles qui nous font bien voir que tout dépend de sa puissance.Et ainsi David a été sauvé deux fois, d'abord desmaux du corps, et ensuite du péché. C'est pourquoi saintPaul disait aux Hébreux dans son épître: " Si vousn'êtes point châtiés, tous les autres l'ayant été,vous êtes donc des bâtards et non des enfants légitimes."(Héb. XII, 8.) " Ouvrez-moi les portes de la justice afin quej'y entre et que je rende grâces au Seigneur (l9). " Les portes s'ouvrentà ceux qui sont châtiés, qui déposent le fardeaude leurs péchés.
5. Celui qui a été châtié peut dire avecassurance, " ouvrez-moi les portes de la justice. " Il faut prendre cesparoles dans le sens anagogique et les entendre des portes du ciel quidemeurent fermées aux méchants et qui ne s'ouvrent qu'àla vertu , à l'aumône et à la justice. " C'est làla porte du Seigneur, et les justes entreront par elle (20). " Il y a lesportes de la mort, les portes de la perdition , et les portes de la vie,les portes étroites et difficiles. Comme il y a plusieurs portes,le Prophète fait connaître ce qui distingue la porte du Seigneuren ajoutant "C'est là la porte du Seigneur. " Les premièresne sont pas du Seigneur. Mais quelle est la marque de celle du Seigneur? C'est qu'elle s'ouvre pour ceux qui sont châtiés et affligés,car elle est étroite et basse. Or, si elle est basse, ceux qui sontaffligés et opprimés entrent par (164) elle, de mêmeque celle qui mène à la mort est large et spacieuse. "Je vous rendrai grâces de ce que vous m'avez exaucé et dece que vous êtes devenu mon salut (21). " Le Psalmiste ne dit passeulement à Dieu: " Vous m'avez exaucé ; " mais comme ilavait été châtié et par là rendu meilleur,il lui rend grâces non-seulement d'avoir été exaucé,mais encore d'avoir été châtié : c'est en celadu reste qu'il a été exaucé et il ne pouvait assezen remercier le Seigneur. Car, comme je vous l'ai dit et comme je ne cesseraide vous le répéter, il n'y a pas d'oblation ni de sacrificecomparables à l'oblation et au sacrifice de l'action de grâces. " La pierre qu'ont rejetée ceux qui ont bâti a étéplacée à la tête de l'angle (22)." Qu'il s'agisse icidu Christ, c'est évident pour tous. Car lui-même dans lesEvangiles cite cette prophétie en se l'appliquant, quand il dit" N'avez-vous jamais lu que la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaienta été placée à la tête de l'angle ? "(Matth. XXI, 42 ; Luc, XX,17.)
Si ces paroles paraissent sans liaison avec ce qui précèdeet si cette prophétie ne fait qu'interrompre le cours de notre histoire,ce n'est pas une nouveauté qui doive nous surprendre, parce quela plupart des prophéties de l'Ancien Testament sont énoncéesde la sorte. Car si elles n'eussent pas été ainsi voilées,les Livres saints auraient été détruits. Ainsi, quandil est question de la naissance de notre Sauveur, quoique la prophétieparaisse se rattacher à l'histoire dont il s'agissait alors, ellen'a rien néanmoins de commun avec elle, comme par exemple celle-ci:" Une vierge concevra et elle enfantera un fils à qui on donnerale nom d'Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous. (Is. VII, 14; Math.I, 27.) La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient. " Par ceux qui bâtissaient on entend ici les Juifs, les docteurs dela loi, les scribes, les pharisiens, qui ont rejeté le Sauveur endisant: " Vous êtes un Samaritain, vous êtes possédédu démon. " (Jean, VIII, 48.) Et encore: " Cet homme n'est pas deDieu, mais il séduit le peuple. " (Jean, VIII, 12.) Malgrécette réprobation il a pourtant été jugé dignede devenir la principale pierre de l'angle. C'est que toute pierre n'estpas propre à être placée dans les angles: mais il fautpour cela des pierres de choix, capables de relier ensemble les deux côtés.Les paroles du Prophète peuvent donc s'interpréter ainsi: Celui que les Juifs ont rejeté avec mépris a paru tellementadmirable que non-seulement il a pu tenir sa place dans l'édifice,mais que même il a servi à relier les deux murs. Et quelssont ces deux murs? Les Juifs et ceux qui croyaient d'entre les Gentils,selon ce mot de saint Paul : " Car c'est lui qui est notre paix, qui desdeux peuples (du Juif et du Gentil) n'en a fait qu'un, qui a rompu en sachair la muraille de séparation, cette inimitié qui les divisait,et qui par sa doctrine a aboli la loi de préceptes, afin de formeren soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples. " (Eph. II,14, 15.) Et encore : " Vous êtes édifiés sur le fondementdes apôtres et des prophètes en Jésus-Christ, qui estla principale pierre de l'angle. " (Ibid. 20.)
Dans ce qui précède, ce sont les Juifs surtout qui sonten cause, eux qui, voulant construire, n'ont pas su discerner la pierreconvenable, mais qui ont rejeté, au contraire, comme défectueuse,celle qui pouvait faire la solidité de l'édifice. Maintenant,si nous voulons savoir de Notre-Seigneur lui-même quels sont cesdeux murs, écoutons-le nous dire: " J'ai encore d'autres brebisquine sont pas de cette bergerie et il faut que je les amène. Ellesentendront ma voix et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur. " (Jean,X, 16.) Ce fait avait été figuré bien des sièclesauparavant dans la personne d'Abraham qui fut le père de ces deuxpeuples, à savoir, les circoncis et les incirconcis. Mais encoreune fois, ce n'était que la figure, nous avons la réalitédans Notre-Seigneur qui " est devenu la principale pierre de l'angle, "en réunissant ces deux nations. " C'est le Seigneur qui a faitcette pierre (23)." Qu'est-ce à dire : " C'est le Seigneur qui afait cette pierre? " C'est que ce qui a été exécutéétait au-dessus des hommes, et il n'était au pouvoir d'aucund'eux, pas plus qu'au pouvoir' des anges et des archanges de former unpareil angle. Nul ne peut opérer ce prodige, fût-il juste,prophète, ange ou archange ; à Dieu seul était réservéecette oeuvre admirable, elle est de son domaine exclusif. Une autre versionporte: " C'est le Seigneur qui a fait cela. " C'est-à-dire cetteoeuvre admirable qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer, l'uvre de L'angle." Et c'est ce qui paraît à nos yeux digne d'admiration. "Qu'est-ce qui paraît admirable? l'angle, la réunion de cesdeux peuples en une mètre religion. Parmi les Juifs (165) il y eutplusieurs myriades de croyants: les apôtres avaient étépris parmi eux. Le Psalmiste a eu bien raison de dire : " A nos yeux."Car ce prodige ne brille pas à tous les regards. Qui ne serait étonné,ravi, en songeant que le Christ fut adoré là même oùil avait été crucifié et que ceux qui le crucifièrentsont dans l'ignominie, tandis que ses adorateurs sont couverts de gloire? Sa parole se répandit dans tout l'univers, ralliant tous les hommesà la vérité. C'est donc quelque chose d'admirablepour tous, à quelque point de vue qu'on se place, mais surtout etavec beaucoup plus d'évidence pour ceux qui croient, comme le marquentces mots: " A nos yeux. C'est ici le jour que le Seigneur a fait: réjouissons-nous,et soyons pleins d'allégresse (24). " Le mot jour doit s'entendreici non du cours périodique du soleil, mais des choses merveilleusesqui ont été accomplies. Car, de même qu'on dit d'unjour qu'il est mauvais, en faisant allusion, non à la marche dusoleil, mais aux malheurs arrivés dans ce temps, ainsi on appellebon le jour où il s'est passé de belles choses. Les parolesdu Psalmiste peuvent donc se traduire ainsi: C'est Dieu qui a fait leschoses admirables accomplies en ce jour, car sa main seule étaitcapable de les réaliser.
6. Y a-t-il rien qui soit comparable à ce jour? C'est àpareil jour, en effet, qu'a eu lieu la réconciliation de Dieu avecles hommes; alors l'antique guerre a été terminée,et la terre a envahi le ciel, et les hommes indignes de la terre ont parudignes du royaume céleste, et les prémices de notre natureont été élevées au-dessus des cieux, et leparadis a été ouvert, et nous avons recouvré notreancienne patrie, et la malédiction a été abolie, etle péché a été détruit, et ceux quiavaient été punis par la loi ont été sauvéssans la loi, et la terre entière et la mer ont reconnu leur souverain,sans parler d'autres prodiges innombrables que notre discours ne suffiraitpas à énumérer. Aussi le Prophète, aprèsavoir repassé dans son esprit ces merveilles, les attribue toutesà Dieu, montrant que ce qui a été fait, a étéfait par Dieu. " Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse."Il s'agit ici d'une joie spirituelle, joie de lesprit, joie de l'âme." Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse" d'avoir été mis en possession de si grands biens. C'estla marque d'une grande vertu de se réjouir du bien, d'en tressaillir,d'en être rempli d'allégresse, de recevoir avec plaisir lesbienfaits de Dieu. " O Seigneur, conservez, je vous en " prie; ôSeigneur, faites prospérer le règne " de votre Christ, jevous en prie. " En voyant la prospérité de la terre, leschangements et les transformations heureuses qui s'accomplissaient, lePsalmiste félicite ceux qui en sont l'objet et il s'écrie: " O Seigneur, conservez, je vous en prie, ô Seigneur, faites prospérerle règne de votre Christ, je vous en prie. " C'est-à-dire,conservez ceux qui jouissent, et pour que leurs désirs soient accompliset qu'ils produisent des fruits dignes de votre grâce, rendez-leurla voie facile, afin qu'après être arrivés au termede leurs désirs, ils ne se séparent plus de tels biens. "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (26) ! " C'est quenos biens ne consistent pas seulement dans ce qui a été fait,mais ils nous conduisent à d'autres biens, infiniment supérieurs: la résurrection, la vie éternelle , l'héritage avecle Christ; toutes choses que le Psalmiste veut faire entendre par ces paroles: " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " Notre Sauveura dit la même chose aux Juifs : " En vérité, en véritéje vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ? " (Matt. XXIII,39.) En effet, comme ils lui jetaient à la face, à tout propos,qu'il n'était pas de Dieu, qu'il était l'ennemi de Dieu,il leur dit : Vous me rendrez vous-mêmes témoignage que jene suis pas l'ennemi de Dieu, quand vous m'aurez vu venir, sur les nueset que vous vous serez écriés : Béni soit celui quivient au nom du Seigneur ! Paroles admirables et pleines de louanges quirendront les Juifs inexcusables; car les événements qui s'accomplirontalors apporteront une telle lumière qu'ils arracheront ce cri quisera tout à la fois, et la glorification de Dieu et l'accusationla plus terrible contre ceux qui le proféreront. " Nous vous bénissonsde la maison du Seigneur. Le Seigneur est le vrai Dieu et il a fait paraîtresa lumière sur nous (27). " Il est question ici de tout le peuplefidèle qui a trouvé la bénédiction dans lamaison du Seigneur. Partout on entend les prophètes appeler bienheureuxceux qui croiront. Pourquoi les bénédictions dont il s'agitici et d'où vient ce bonheur? C'est que " le Sauveur nous est apparu.La grâce de Dieu notre Sauveur a paru, (166) tel et elle nous a apprisque renonçant à l'impiété et aux passions mondaines,nous devons vivre avec tempérance, avec justice et avec piété,étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espéronset de l'avènement du grand Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ." (Tit. II,11, 12, 13.) Le Psalmiste admire ici les bienfaits de l'Incarnation,dans laquelle Notre-Seigneur a paru parmi nous, bien qu'il fût Dieu,et de la substance divine. Il a voulu dire qu'il était apparu, qu'ils'était revêtu de notre chair, qu'il avait passé parle sein d'une vierge, qu'il s'était fait homme et qu'il avait habitéparmi nous. C'est pourquoi il s'est écrié : " Nous vous bénissons" de nous avoir octroyé nu tel bienfait. C'est ce que voulait faireentendre le Christ, quand il disait : " Beaucoup de prophètes etde justes ont souhaité de voir ce que vous voyez et ne l'ont pointvu, et d'entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu." (Matt.XIII,17.) "Rendez ce jour solennel en couvrant de branches tous ces lieux,jusqu'à la corne de l'autel. " Une autre version porte : " Rassemblezdes branches nombreuses pour orner le lieu de vos réunions. " Etune troisième : " Sacrifiez en ce jour de fête des victimeschoisies." Nous passons ainsi de la prophétie à l'histoire.C'est comme si le Psalmiste disait : " Mettez-vous en fête , rassemblez-vousen grand nombre. " Mais qu'est-ce à dire : " Rendez ce jour solennelen couvrant de branches tous les lieux? " Ou bien, selon un autre interprète: " Sacrifiez des victimes choisies ? " Ou bien encore : " Ornez le templede bran" ches et de couronnes? " On pourrait lire dans l'hébreu: " Esrou ag baad oth thim. " " Amenez l'agneau au milieu des branchestouffues, jusqu'aux cornes de lautel. " Mais quel que soit le sens qu'onadopte, il est question d'une fête, d'un jour de joie, d'une assembléenombreuse. Et c'est ainsi qu'après avoir parlé de chosesspirituelles, le Psalmiste revient aux objets matériels et rappelleleur retour. " Vous êtes mon Dieu et je vous rendrai mes actionsde grâces ; vous êtes mon Dieu et je vous exalterai. Je vousrendrai grâce de ce que vous m'avez exaucé et de ce que vousêtes devenu mon salut (28). " David montre ici qu'il faut remercierDieu, alors même qu'on n'en a reçu aucun bienfait, et qu'ondoit le combler d'honneur et de gloire à cause de sa majesté,à cause de sa nature, à cause de sa gloire ineffable. C'estle sens de ces dernières paroles placées après l'énumérationdes bienfaits qu'il a répandus avec profusion sur ses enfants, etil semble nous crier à tous: Même sans ces bienfaits, je seraisreconnaissant et je rendrais grâces d'avoir au Seigneur si grand,si élevé, qu'il ne peut être ni vu ni compris. Carici, "exalter" signifie glorifier. "Louez le Seigneur parce qu'il est bon,parce que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(29)." Ce n'est point assez pour le Psalmiste d'offrir lui-même cesacrifice de louanges, mais il appelle tous les hommes afin qu'ils s'unissentà lui pour prendre part à sa reconnaissance et à sesactions de grâces. Et il chante la bonté de Dieu, célébrantsa perpétuité et sa grandeur. Maintenant que nous sommesinstruits de ces choses, soyons fidèles, nous aussi, à rendrecontinuellement nos actions de grâces à ce Dieu bon, àlui offrir ce sacrifice de louanges, afin de mériter les biens futurs,par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui soit la gloire, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenantet toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il!
EXPLICATION DU PSAUME CXIX
CANTIQUE DES DEGRÉS, OU SELON UNEAUTRE VERSION : CANTIQUE POUR LESMONTÉES. 1 " J'AI CRIÉ VERSLE SEIGNEUR LORSQUE J'ÉTAIS DANS L'AFFLICTION, ET IL M'A EXAUCÉ."
l. Chacun des autres psaumes a une inscription particulière ,mais ici on en a réuni plusieurs sous un même titre : " Cantiquesdes degrés " ou "des montées, " selon un autre interprète." Quelques-uns même les nomment simplement, "degré." Et pourquoicette dénomination, direz-vous? Au point de vue historique, c'estparce qu'ils parlent du retour de Babylone, et qu'ils font mention de lacaptivité des Juifs en ce pays. Dans le sens an agogique , c'est, au dire de plusieurs interprètes , parce qu'ils conduisent dansle chemin de la vertu; or, la voie par laquelle nous y arrivons est semblableà des degrés par lesquels l'homme vertueux et sage montelentement jusqu'à Dieu. D'autres voient dans ces psaumes une figurede l'échelle de Jacob qui fut montrée à David et quitouchait le ciel. C'est aussi au moyen de degrés et d'échellesqu'on peut s'élever aux lieux qui sont inabordables ou trop élevés.Hais comme ceux qui montent, arrivés à une certaine hauteursont menacés du vertige, il est nécessaire d'affermir non-seulementceux qui s'élèvent, ruais encore ceux qui sont parvenus ausommet. Il n'y a qu'un moyen de salut : c'est de ne pas considérerà quelle élévation nous sommes parvenus , de peurde nous enorgueillir, mais d'examiner combien il nous reste encore de cheminà faire et de nous efforcer d'arriver au but, comme voulait nousle faire entendre saint Paul quand il disait: " Oublions ce qui est derrièrenous, avançons-nous vers ce qui est devant nous. " (Philip. III,13.) Telle est l'explication du sens anagogique. Maintenant, si vous letrouvez bon, revenons à l'histoire et considérons ceux (168)qui furent délivrés de la captivité. Comment donceut lieu cette délivrance ? Par le désir de voir Jérusalem;tandis que ceux qui n'avaient pas le même souci, ne profitèrentpas de la grâce de Dieu, mais passèrent leurs jours dans uneperpétuelle servitude; ce sera aussi notre sort si nous agissonscomme eux. Car si, au lieu d'être embrasés de l'amour deschoses saintes et du désir de la céleste Jérusalem, nous nous attachons sans cesse à la vie présente, noussouillant dans la fange des choses terrestres, nous ne pourrons arriverà la patrie.
" J'ai crié vers le Seigneur lorsque j'étais dans l'afflictionet il m'a exaucé. " Comme l'affliction nous est avantageuse ! commela clémence est prompte à nous secourir ! la premièrenous porte à répandre des supplications saintes , la secondeexauce sur-le-champ ceux qui l'invoquent. C'est ce que nous voyons pource peuple juif en Egypte. Ecoutez le Seigneur: " J'ai vu l'affliction demon peuple, et j'ai en tendu ses gémissements, et je suis descendupour le délivrer. " (Exod. III, 7, 8.)
Donc, mes très-chers, vous aussi, quand vous êtes dansl'affliction, ne vous désespérez pas, ne devenez pas nonchalants;mais alors principalement ranimez votre courage, parce que dans ce momentnos prières sont plus pures et que plus grande aussi est la miséricordede Dieu pour vous. Vivez constamment de telle sorte que la vie vous soità charge ; n'oubliez pas que: " Tous ceux qui veulent vivre avecpiété en Jésus-Christ seront persécutés(II Tim. III, 12 ) ; et que c'est par beaucoup de tribulations que nousdevons entrer dans le royaume des cieux. " (Act. XIV, 21.)
Ne courons donc pas après une vie molle et dissolue et ne cherchonspas à entrer par la voie large, car elle ne conduit pas au ciel,mais par la voie étroite et difficile. Si nous voulons parveniraux demeures célestes, fuyons les plaisirs, foulons aux pieds lapompe extérieure du siècle, méprisons les richesses, la gloire , et la puissance, attachons-nous à la pauvreté,à la componction du coeur, à la confession, aux larmes, etpoursuivons tout ce qui peut nous procurer le salut. C'est le moyen d'êtreplus en sûreté et de faire monter plus facilement nos prièresvers Dieu. Si nous nous préparons de la sorte et si nous invoquonsle Seigneur avec de semblables dispositions, il nous exaucera certainement,selon cette parole du Prophète : " Lorsque j'étais dans l'affliction,j'ai crié et j'ai été exaucé. " Apprenons doncà nous élever peu à peu et à donner pour ainsidire des ailes à nos prières en chassant toute inquiétudeet tout trouble dans les afflictions; ce sera le moyen de les rendre très-profitables.Si le prophète Elisée , tout homme qu'il était, nepermit pas à son disciple de repousser une femme qui venait àlui, disant: " Laissez-la parce que son âme est dans l'amertume "(IV Rois, IV, 27) , " afin de nous montrer que son affliction étaitpour elle une excuse et une défense très-grandes, àplus forte raison, Dieu ne nous repoussera pas si nous nous présentonsà lui avec une âme remplie de tristesse. Voilà pourquoiencore le Christ appelle bienheureux ceux qui pleurent et malheureux ceuxqui rient. Aussi a-t-il commencé par là ses béatitudesen disant. " Bienheureux ceux qui pleurent (1)?" (Matth. V, 5.) Si doncvous voulez monter les degrés de la vertu, retranchez dans vos habitudestout ce qu'il y a de désordonné et de vain; astreignez-vousà un genre de vie difficile, abstenez-vous des choses terrestres.C'est là le premier degré. Car il est impossible, d'une impossibilitéabsolue, de monter en même temps l'échelle et de rester attachéà la terre.
2. Vous voyez comme le ciel est élevé, vous connaissezla brièveté du temps, vous savez combien l'heure de la mortest incertaine. Ne tardez donc pas, ne différez point, mais entreprenezce voyage avec une grande ardeur, afin que vous puissiez franchir deux,trois, dix et vingt degrés par jour. " Seigneur, délivrezmon âme des lèvres injustes et de la langue trompeuse (2)." On voit briller ici ce précepte évangélique: " Priezafin que vous " n'entriez pas en tentation. " (Luc, XXII, 46.) C'est qu'iln'y a point, ô mes très-chers, de tentation plus dangereuse,que d'être livré à un homme trompeur : il est plusà craindre que n'importe quelle bête sauvage. Elle, du moins,se montre telle qu'elle est, mais le fourbe cache souvent son poison sousle masque de la douceur, afin qu'on ne puisse découvrir les embûcheset qu'on tombe sans défiance dans ses piéges. C'est pourquoile
1 Nous ne comprenons pas pourquoi saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneurcommença ses béatitudes par ces mots: Bien. heureux ceuxqui pleurent, puisque ni saint Matthieu, ni saint Luc ne placent cettebéatitude la première. (Note des Bénédictins.)
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Psalmiste demande sans cesse à Dieu, avec instance, d'êtredélivré de tels ennemis. Que s'il faut fuir les gens fourbeset dissimulés, à plus forte raison les trompeurs, et ceuxqui répandent des doctrines perverses. Les lèvres les plusdangereuses sont celles qui attaquent la vertu et qui portent au mal. C'estpourquoi le Prophète demande que son âme en soit délivrée.C'est vers ce point qu'il dirige tous ses traits: " Que recevrez-vouset quel fruit vous reviendra-t-il, ô langue trompeuse (3) ? " Uneautre version porte: " Que vous produira, que vous rapportera la languetrompeuse? " Et une troisième : " Que vous donnera, que vous rapporterala langue selon l'imposture? " Expressions qui tendent toutes àmontrer qu'il s'agit d'une grande malice et d'une espèce de vicehorrible. C'est pourquoi vous voyez le Prophète irrité, ému,s'écrier : " Que recevrez-vous et quel fruit vous reviendra-t-il,ô langue trompeuse? " Ce qui revient à ceci quel supplicesera digne d'un tel crime ! Ce qu'Isaïe voulait dire aux Juifs parces paroles " A quoi servirait de vous frapper de nouveau, vous qui ajoutezpéché sur péché (Is. I, 5), " le Psalmistele dit par celle-ci : " Que retirerez-vous et quel fruit vous reviendra-t-il,ô langue trompeuse? " C'est comme s'il disait le méchant trouveson châtiment dans sa propre faute, et il devance le jugement deDieu pour se punir puisque de lui-même il engendre le vice . caril n'y a pas de plus grand supplice pour l'âme que d'être livréeau vice, même avant qu'il sort puni. Quel châtiment donc pourun tel crime? Il n'y en a point ici-bas; Dieu seul pourra le trouver, l'hommen'y parviendrait pas, car c'est une malice qui surpasse tout châtiment.Mais Dieu se charge de la vengeance, et c'est ce que veut faire entendrele Prophète quand il ajoute aussitôt : " Vous avez étépercé avec des flèches très-pointues pousséespar une main puissante, et vous serez brûlé avec des charbonsdévorants (4). "
Le Psalmiste compare ici à des flèches les supplices dontil s'agit. Une autre version porte : " Les flèches de l'homme puissantqui me poursuit sont aigres, elles sont brûlantes comme des charbonsaccumulés. " Ou bien encore : " Comme des charbons de genévrier;" expressions métaphoriques et variées qui augmentent ennous la crainte du supplice. Car ces mots : " charbons accumulés,charbons de genévrier " ont le même sens. Dans le premiercas on veut faire ressortir le nombre des peines, dans le second, leurintensité. C'est ce qu'ont voulu nous faire entendre les Septantequand ils ont traduit par " charbons dévorants, " c'est-à-dire,dévastateurs, destructeurs, ruineurs. Les saintes Lettres, pournous donner une idée de la vengeance de Dieu, la comparent àdes choses que nous regardons comme terribles et elles nous la représententcomme des flèches ou comme du feu. Il me semble aussi qu'il y adans ces mots une allusion aux barbares, et c'est dans ce sens qu'un autreinterprète a dit : " Délivrez mon âme de la lèvrementeuse. " Car telles sont leurs paroles, telles leurs ruses et leursembûches. Tout en eux respire la fraude et les plus grands crimes. " Que je suis malheureux de ce que mon exil est si long ! J'ai demeuréavec les habitants de Cédar (5). " On lit dans une autre leçon: " Que je suis malheureux d'avoir prolongé mon exil ! " Et dansune troisième : "Que je suis malheureux d'avoir étési longtemps dans la terre étrangère ! "
Ce sont des lamentations au sujet de la captivité de Babylone.Saint Paul parlant de l'exil de cette vie qui se prolonge trop longtempss'écrie : "Pendant que nous sommes dans le corps comme dans unetente, nous gémissons sous le poids de notre condition mortelle(II Cor. V, 4); " et encore : " Et non-seulement les créatures soupirent,mais nous qui avons reçu les prémices de l'Esprit nous gémissonsnous-mêmes. " (Rom. VIII, 23.) C'est que la vie présente estun exil. Que dis-je, un exil ? C'est quelque chose de pire. Et Notre-Seigneurlui-même l'a appelée un passage quand il a dit : " La portede la vie est petite et la voie qui y mène est étroite. "(Matth. VII, 14.) Aussi la meilleure, et par conséquent la premièrescience pour nous, c'est de savoir que nous ne sommes dans ce monde quedes voyageurs. Les anciens patriarches n'avaient pas d'autre doctrine etsaint Paul les en loue hautement, comme on peut le voir dans ses Epîtres: " Pour cette cause Dieu ne rougit point d'être appelé leurDieu. " (Héb. XI, 16.) Pour quelle cause, je vous le demande? Parcequ'ils confessèrent qu'ils étaient étrangers et voyageurs.(Héb. XI, 13.) Car c'est là le principe et le fondement detoute vertu, parce que celui qui est étranger au milieu de ce (170)monde sera citoyen du ciel. Celui qui est étranger aux objets d'ici-bas,ne se complaira point dans le présent; maison, argent., bonne chère,rien ne le touchera; mais semblable à ceux qui habitent un paysétranger, dont tous les actes, toutes les pensées tendentà les faire rentrer dans leur patrie, et qui chaque jour ont hâtede revoir la terre qui les a vus naître; ainsi celui qui est enflammédu désir des biens futurs, ne se laissera ni abattre par les adversités,ni enorgueillir par les prospérités du présent, maisil passera par-dessus tout, comme le voyageur qui fait sa route. C'estpourquoi nous devons dire dans notre prière : " Que votre règnearrive ! (Matth. VI, 10; Luc, XI, 2), " afin qu'entretenant dans notreâme la pensée et le désir ardent de cet avènement,et que l'ayant sans cesse devant les yeux, nous ne considérionsplus les choses présentes. Si les Juifs, désireux de revoirJérusalem, même après leur délivrance, pleurentencore au souvenir du passé, serons-nous pardonnables, pourrons-nousêtre excusés de ne pas être embrasés d'un violentamour de la Jérusalem céleste ?
3. Voyez donc comme ils se lamentent d'être obligés devivre avec leurs ennemis : " J'ai demeuré, " disent-ils, " avecles habitants de Cédar, mon âme a été longtempsétrangère. " Ils ne gémissent pas seulement d'êtredétenus sur la terre, de l'exil, mais encore d'habiter avec desbarbares, imitant en cela l'exemple des autres prophètes qui selamentent en ces termes sur la. vie présente : " Malheur àmoi, parce qu'on ne trouve plus de saints sur la terre; il n'y a personnequi ait le coeur droit. " (Mich. VII, 12.) Le Psalmiste lui mêmene s'est-il pas écrié dans un autre endroit? " Sauvez-moi,Seigneur, parce qu'il n'y a plus de saints sur la terre! " (Ps. XI, 2.)C'est qu'en effet cette vie n'est pas seulement pénible parce qu'ellerenferme une grande vanité et des soucis importuns, mais encoreà cause du grand nombre des méchants. Car il n'y a rien deplus fâcheux pour les gens de bien que d'être obligésde vivre avec des hommes pervers. La fumée et la vapeur fatiguentmoins les yeux que le commerce des méchants n'attriste l'âme.Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même prend soin de nous montrercombien de pareils rapports sont à charge. En effet, quand il s'écrie: " Jusqu'à quand serai-je avec vous? Jusqu'à quand voussupporterai-je?" N'est-ce pas dire en termes moins clairs : " J'ai demeuréavec les habitants de Cédar? " Ces peuples barbares ont pour habitudede traiter leurs inférieurs avec la cruauté des bêtessauvages, en sorte qu'ils vivent sous des tentes et qu'ils sont réduitsà la férocité de ces animaux. Mais plus terriblesencore sont ces ravisseurs cupides qui passent leur vie dans les débauches,dans le luxe et les plaisirs de toutes sortes. " Mon âme a étélongtemps en exil (6). "
Pourtant il semble que non, car cet exil ne fut que de soixante-dixans. Mais le Psalmiste a moins en vue le nombre des années que lespeines qu'il avait endurées, car quelque court que soit le tempsd'une affliction, il paraît fort long à ceux qui souffrent.Tels doivent être nos propres sentiments, et quoique nous vivionspeu d'années sur cette terre, elles doivent nous paraîtrenombreuses à cause du désir des biens célestes. Eten parlant de la sorte, je ne veux point accuser la vie présente; loin de moi une telle pensée, car cette vie est l'uvre de Dieu,mais je voudrais faire naître en vous le désir des biens futurset y détruire toute complaisance dans la possession des objets présentset tout attachement à voire corps, comme aussi vous empêcherde ressembler à ces âmes vulgaires qui, après une longuevie, se plaignent de n'avoir eu que peu d'années sur cette terre.Quoi de plus insensé ! Quelle n'est pas la stupidité de ceshommes à qui on offre le ciel avec tous ses biens que l'il n'apoint vus, que l'oreille n'a point entendus (I Cor. XI, 9), et qui soupirentaprès des ombres, et qui veulent traverser le fleuve de cette vie,trouvant leur plaisir à rester continuellement au -milieu des flots,des tempêtes et des naufrages. Il n'en était pas ainsi desaint Paul. Niais il avait hâte d'avancer, et il n'y avait qu'unechose qui pût le retenir, le salut de ses frères. " Je gardaisun esprit de paix avec ceux qui haïssaient la paix; dès queje leur parlais, ils s'élevaient contre moi (7). "
C'est ainsi que le Prophète nous montre combien il est péniblede demeurer dans cette vie. Il n'a pas dit : " Avec ceux qui n'ont pasla paix, " mais, " avec ceux qui haïssent la paix, j'étaispacifique. " Voilà l'avantage de l'affliction, voilà le fruitde la captivité. Qui de nous pourrait maintenant en dire autant?Nous trouvons que c'est déjà beaucoup d'être pacifiqueavec les pacifiques, tandis que le (171) Prophète gardait un espritde paix avec ceux qui haïssaient la paix. Que devons-nous donc fairepour n'être pas en défaut sur ce point? C'est de demeurersur cette terre comme des étrangers car j'en reviens toujoursà mon premier raisonnement, comme des voyageurs qui ne se laissentarrêter par aucune des choses présentes. Il n'y a rien, eneffet, contre quoi nous devions lutter et combattre autant que contre l'amourdes choses présentes et le désir de la gloire, de l'argentet des délices. Mais quand nous aurons coupé tous ces lienset que notre âme ne sera plus retenue par aucun, nous verrons oùétait le principe de la lutte et sur quoi doivent reposer les basesde la vertu. Ainsi encore, le Christ veut que nous soyons " comme des brebisau milieu des loups (Matth. X, 16), " afin que nous ne disions pas J'aitant souffert que je suis devenu violent. Car, nous répond-il,quand vous auriez souffert mille maux, gardez la douceur de la brebis etvous triompherez des loups. Cet homme est méchant et vif, mais vousdisposez de forces si considérables que vous êtes au-dessusde tous les méchants. Quoi de plus doux que la brebis, de plus sauvageque le loup? Elle triomphera de lui cependant, comme on l'a vu par tesmartyrs. C'est qu'il n'y a rien de plus puissant que la mansuétude,rien de plus fort que la douceur. Aussi le Christ nous ordonne-t-il d'êtrecomme des agneaux au milieu des loups. Puis, après avoir parléde la sorte, comme si celle douceur ne suffisait pas à qui veutparaître son disciple, il ajoute autre chose encore : " Soyez, "nous dit-il, " simples comme des colombes (Matth. X, 16), " réunissantainsi la mansuétude des deux animaux doux et simples par excellence.Tant est grande la vertu qu'il exige de nous quand nous sommes avec desgens sauvages ! Et ne me dites pas : Cet homme est méchant, je nepuis le souffrir. Car c'est surtout avec des personnes grossièreset inhumaines qu'il faut faire preuve de douceur. C'est alors qu'éclatela vertu, c'est alors que son utilité, son heureux succès,ses fruits brillent à tous les yeux.
" Dès que je leur parlais ils s'élevaient contre moi." Un autre interprète dit . " Et quand je leur parlais, ils combattaient." Ce qui signifie : " J'étais pacifique avec ceux qui haïssaientla paix; " ou bien : Quand je leur parlais ils combattaient contre moi.Expressions qui reviennent toutes à ceci: Au moment même oùje parlais à mes ennemis, alors surtout que je montrais ma charitéen proférant les paroles les plus affectueuses, ils s'emportaient,ils me dressaient des embûches et rien ne les arrêtait. Néanmoins, je faisais paraître ma vertu, sans avoir égard àleurs mauvaises dispositions.
Ainsi doit-il en être de nous. Quoiqu'on réponde ànotre amour en nous frappant, en nous blessant, en nous tendant des piéges,ne cessons point de nous montrer pleins de bonté, nous souvenantde la parabole qui nous ordonne d'être comme des agneaux et des colombesau milieu des loups. En agissant ainsi nous rendrons nos ennemis meilleurset nous mériterons les biens célestes. Puissions-nous tousles posséder un jour, par la grâce et la miséricordede Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soit la gloire dansles siècles des siècles! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXX
CANTIQUE DES DEGRÉS, OU BIEN, CANTIQUESDES MONTÉES. 1. " J'AI LEVÉ MES YEUX VERS LES MONTAGNES D'OUME VIENDRA LE SECOURS. " OU BIEN , " JE LÈVE, " ETC.
1. Voici l'âme qui, accablée de maux, ne peut se débarrasserni trouver une issue, et qui se tourne vers Dieu pour y puiser sa consolation.Constatons de nouveau l'avantage des épreuves: elles élèventet fortifient l'âme, elles la portent à implorer le secoursd'en-haut et la détachent de tout ce qui appartient à cettevie. Si les Juifs grossiers et attachés à la terre étaientrendus meilleurs par la douleur de leur captivité, au point de tournerainsi leurs regards vers le ciel, il est bien juste que dans nos maux,nous les imitions en recourant au Seigneur, car nous sommes tenus àune plus grande perfection. Ils étaient alors au milieu de leursennemis, sans ville, sans forteresse, sans armes, sans argent, sans ressourceen un mot; mais captifs et esclaves, ils demeuraient avec leurs maîtreset leurs vainqueurs. Accablés sous le poids de leurs malheurs, ilsrecouraient à une force invincible, et privés de tout secourshumain, ils trouvaient dans cet abandon même le principe de leurforce, en disant à Dieu: " J'ai levé les yeux vers les montagnesd'où me viendra mon secours. " En d'autres termes : Tout ce queles hommes peuvent nous procurer nous manque ou bien nous a abandonnés,nous avons tout perdu, il ne nous reste désormais qu'un moyen desalut: c'est Dieu. " Mon secours me doit venir du Seigneur qui a fait leciel et la terre (2). " Comme ils cherchent Dieu partout., sur la terre,au ciel, sur les montagnes, dans les déserts. de toutes parts ilsle placent devant leurs yeux. Comme leur âme s'élèvetoujours davantage (173) et comme en toutes circonstances ils annoncentla providence de Dieu ! Ce n'est pas sans motif que le Psalmiste a ajouté: " Qui a fait le ciel et la terre. " Mais il y a dans ces paroles un raisonnementcaché qui revient à dire : Si Dieu a fait le ciel et la terre,il peut, même dans une terre étrangère, porter secourset tendre partout, jusque dans un pays barbare , une main secourable; commeaussi, conserver ceux qui ont été chassés de leurpatrie. Si une seule parole lui a suffi pour produire tous ces éléments,à plus forte raison pourra-t-il nous délivrer de nos ennemis.Voyez, depuis qu'ils sont dans un pays étranger, avec quelle sagesseraisonnent ceux qui avaient moins d'intelligence que des pierres. Ils nesongent plus à leur temple, mais au ciel et à la terré.Admirons comment ils proclament la création du monde, la sagessede Dieu et sa providence. Ceux qui un peu auparavant disaient au bois :" Vous êtes mon Dieu, " et à la pierre : " Vous m'avez donnéla vie (Jér. II, 27)," reconnaissent aujourd'hui le Créateurde tout l'univers. Mon secours me doit venir du Seigneur et non des hommes,ni du nombre des chevaux, ni des richesses, ni de la fidélitédes alliés, ni de la force des remparts. Notre secours nous doitvenir du Seigneur, c'est une assistance insurmontable, une protection invincible,et non-seulement invincible, mais encore prompte et facile. Il est toutprès de nous et il ne faut, pour l'obtenir, ni flatter les gardiensde la maison, ni dépenser de grandes sommes, ni envoyer des ambassades,mais chacun peut, sans sortir de sa maison, en être favorisé,en le demandant à Dieu avec un coeur détaché des choseshumaines et plein de confiance, pourvu qu'il ait les regards fixéssur le ciel. C'est afin de nous faire sentir la nécessitéde nous détacher des choses sensibles pour nous élever plushaut, que Dieu a créé l'homme droit, à l'exclusiondes autres animaux, et qu'il lui a placé les yeux à la partiesupérieure du corps. Il n'y a que lui, en effet, qui soit fait dela sorte, car les autres animaux sont courbés vers la terre, etils ont le regard tourné en bas. L'homme au contraire se dressevers le ciel afin d'en contempler les objets, de les méditer, deles approfondir et de rendre ainsi plus pénétrants les yeuxde son âme. C'est ce qui faisait dire à la sagesse : " Lesyeux du sage sont à la tête. " (Ecclés. II, 14.) C'est-à-direqu'il est affranchi de tous les objets terrestre, il vit dans le ciel pouren contempler les merveilles. " Ne permettez donc point, ô enfantd'Israël, que votre pied soit ébranlé. Et que celuiqui vous garde ne s'endorme point (3). " Quelle diligence ces paroles exigentde nous ! Comme les Juifs se sont souvenus du secours de Dieu et qu'ilsimplorent son assistance, le Prophète vient les aider de ses conseils,leur disant en quelque sorte : Si vous voulez être exaucés,faites tout ce qui dépendra de vous. Mais que leur recommande-t-il?Ecoutez : "Ne permettez point que votre pied soit ébranlé." C'est-à-dire, ne soyez point renversés ni abattus et vousverrez Dieu vous tendre la main, et il ne vous délaissera pas, ilne se retirera pas de vous. Tout dépend donc de nous, et le succèsest en notre pouvoir. Mais puisqu'il en est ainsi, si nous voulons obtenirquelque chose, nous ne devons rien négliger, car telle est la volontéde Dieu ; quelque faibles et de peu d'importance que soient nos efforts,nous devons les faire valoir, et ne pas rester oisifs, engourdis, mouset abattus, mais agir et employer tous nos soins pour notre salut. C'estce qui est signifié par les ouvriers de la onzième heure.(Matt. XX, 6.) Et si vous me demandez ce qu'ils pouvaient faire de si importantà la onzième heure, je vous répondrai que leur travaildevait être l'occasion et la cause de leurs couronnes, et voilàpourquoi David ajoute : " Ne permettez donc pas que votre pied soit ébranlé,et Celui qui vous garde ne s'endormira point." Faites ce que vous pourrez,et Dieu fera le reste. Il résulte également de ce qui précèdeque, malgré nos efforts, nous avons besoin du secours de Dieu pourêtre en sûreté et pour demeurer fermes et solides.
2. Mais quel est l'homme dont le pied est ébranlé, sinoncelui qui se porte vers les objets passagers, qui ne reposent sur riende solide? Tel, l'amour de l'argent, le désir des choses qui ontrapport à cette vie. C'est pourquoi il est souvent renverséet abattu et il court de grands dangers au sujet des choses les moins importantes.C'est qu'en effet les choses du monde ne sont jamais stables ni immobiles;mais toujours elles changent, elles sont en mouvement; elles sont plusagitées que les flots, elles passent plus vite que la pluie quitombe, elles offrent moins de consistance que le sable et elles se répandentplus promptement. " Assurément, celui qui garde Israël ne (174)s'assoupira point et rie s'endormira point (4)." Si vous vous êtesprémunis , comme je viens de le dire, continue le Psalmiste, leSeigneur ne " s'assoupira point et ne s'endormira point; " en d'autrestermes, il ne vous quittera pas, il ne vous délaissera pas , ilne vous abandonnera pas dans votre nudité et votre isolement. Etc'est pour nous bien pénétrer de cette pensée qu'ila ajouté à dessein : " Celui qui garde Israël. " Cequi revient à dire : si par un acte continuel de sa providence,depuis un temps qui remonte jusqu'à vos ancêtres, il a prissoin de vous, il ne cessera pas de faire ce qu'il a fait et il agira commepar le passé, à moins dire " votre pied ne soit ébranlé." Et non-seulement, il ne vous abandonnera pas, mais il vous défendraet il vous tiendra en grande sûreté. Voilà pourquoile Psalmiste poursuit en ces termes : " Le Seigneur vous gardera, le Seigneursera sur votre droite pour vous donner sa protection (5). " Une autre leçonporte : " Le Seigneur sera à votre droite. " Il sera votre défenseur, votre aide , votre secours. Remarquez comment, dans cette circonstanceencore , le Seigneur vent que nous agissions. Semblable à ceux quiassistent dans les combats, il sera à notre droite, afin que noussoyons indomptables, forts, puissants, que nous triomphions, que nous remportionsla victoire, car c'est principalement par sa protection que nous faisonstoutes choses. Non-seulement il sera près de nous, mais il noussecourra , mais il nous protégera. Je le dis de nouveau, c'est parles choses qui sont sous nos yeux que le Prophète exprime le secoursde Dieu : et par " sa droite et sa protection " il figure sa garde la plusabsolue en tous points et son secours le plus prochain. " Le soleil nevous brûlera point durant le jour, ni la lune pendant la nuit (6)." C'est ce qui eut lieu pour les Juifs quand ils sortirent de l'Egypteet qu'ils vivaient dans le désert. Ici le Psalmiste a voulu figurerune grande sécurité. il est même vraisemblable queces mêmes Juifs, à leur retour de la captivité, fuientfavorisés de quelque miracle de cette sorte. Et ce prophèten'a ajouté ce qui précède que pour nous montrer abondammentcette providence de Dieu qui, non contente de délivrer des maux,affranchit même ses enfants des incommodités auxquelles leshommes sont sujets. Il donne son secours avec une telle générositéet une bonté si ineffable que non-seulement il est proportionnéà nos besoins, mais qu'il nous récompense au delàde nos espérances. " Le Seigneur vous gardera de tout mal, le Seigneurgardera votre vie (7). "
Celui , en effet, qui étend son souci et sa providence jusqu'auxplus petites choses pour empêcher qu'elles ne vous nuisent, saurabien vous délivrer de ceux qui voudraient vous assiéger.Tout ce qui peut nous arriver de fâcheux, cède au moindresigne de Dieu; ce qui n'est pas au pouvoir de l'homme. Car si bien souventil a délivré d'un mal , il n'a pu délivrer d'un autre,ou s'il l'a pu, il ne l'a pas voulu. Mais la main de Dieu est forte ettoute-puissante, et il sera toujours à même de repousser etde dissiper tout ce qui nous assaillira et de nous délivrer en toutecirconstance. " Le Seigneur protégera votre sortie et votre entrée,ou votre approche, " selon une autre version.
L'entrée et la sortie de la vie n'indiquent-elles pas un secourscontinuel et incessant? Y a-t-il rien de comparable à une pareillecharité, à une pareille miséricorde? Le Psalmisteembrasse ici toute la vie, car elle est renfermée tout entièreentre ces deux termes, l'entrée et la sortie. Et pour nous le fairecomprendre plus clairement encore il a ajouté : " Dès maintenantet jusque dans l'éternité. " Ce n'est point un jour, dit-il,ni deux, ni trois, ni vingt, ni cent, mais toujours. Les hommes seraientincapables de pareilles choses, étant sujets, comme ils le sont,à des changements nombreux, à une grande instabilité,à des vicissitudes continuelles. Tel est aujourd'hui votre ami,qui demain est votre ennemi, et celui qui vous secourt en ce moment vousabandonne bientôt après. Souvent même, il ne se contentepas de vous abandonner, mais il vous opprime et il vous tend des piègesplus dangereux que ceux de n'importe quel ennemi. Mais en Dieu, tout demeureimmobile, perpétuel, immortel, stable et sans fin.
Faisons donc tout notre possible pour mériter ses biens. Nousnous rendrons ainsi dignes de jouir d'une grande paix et d'être misen possession des biens futurs, en Jésus-Christ Notre-Seigneur,à qui soit la gloire dans les siècles des siècles.Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXI
" JE ME SUIS RÉJOUI, LORSQU'ON M'ADIT : NOUS IRONS DANS LA MAISON DU SEIGNEUR. "
1. Voilà une parole qu'on n'aime guère aujourd'hui. Qu'onsoit invité à aller au cirque, au théâtre d'iniquités,on accourt en foule, mais s'il s'agit de la maison de prière, ily a bien des indifférents. Il n'en fut pas ainsi des Juifs: et,chose bien grave à observer, c'est que les Chrétiens paraissentplus négligents qu'eux. Mais d'où venaient aux Juifs de pareilssentiments? Je l'ai déjà dit, ce fut la captivitéqui les rendit meilleurs. A dater de ce temps ceux qui auparavant abandonnaientavec dégoût, le temple et l'audition de la parole sainte pourcourir sur les montagnes, sur les collines, dans les bois se livrer àtoutes sortes d'infamies, se détachèrent de ce culte impieet depuis lors cette annonce les ranima, les excita, les fortifia et remplitleur âme de joie. Ils étaient encore tourmentés parla faim et parla soif, mais cette fois il ne s'agissait plus de pain nid'eau, mais bien de la parole de Dieu dont ils étaient affaméset altérés. (Amos, VIII, 11.) Ainsi corrigés par lechâtiment qu'ils venaient
de subir, ils désiraient ardemment de recouvrer cette maisonde Dieu qu'ils avaient perdue. Alors ils embrassaient jusqu'au sol lui-même,et ils s'écriaient: " Ces ruines ont été agréablesà vos serviteurs et ils auront compassion de cette terre (Ps. CI,15); " et encore: " Quand viendrai-je et quand paraîtrai-je devantla face de mon Dieu (Ps. XLI, 3) ? " ou bien . " Je me souviendrai de vousdans la terre du Jourdain, près d'Hermon, et de la petite montagne(Ibid. 7) ; " enfin : " Je me suis souvenu de ces choses et j'ai répandumon âme au dedans de moi-même. " (Ib. 5.) Mais dites-nous quellessont ces choses dont vous vous êtes souvenu : " C'est que je passeraidans le lieu du tabernacle admirable où paraît la gloire duSeigneur, et que j'irai jusqu'à la maison de mon Dieu. " (Ib. 5).C'est-à-dire, je verrai de nouveau les danses et les grandes assemblées,le culte de mon Dieu et ses cérémonies. " Mes pieds étaientfermes dans ton enceinte, ô Jérusalem {2) ! " Une (176) autreleçon porte: " Je me suis réjoui lorsqu'on m'a dit : Nousallons dans la maison du Seigneur. Nos pieds sont arrêtésà tes portes, ô Jérusalem ! " Quelle allégresseextraordinaire ! On croirait les voir déjà en possessionde ce qu'ils souhaitent si ardemment, tant ils se réjouissent d'enparler, 'embrassent de leurs désirs la maison de prière etla ville sainte. C'est ainsi que Dieu a toujours coutume d'agir: quandnous ne savons pas apprécier les biens que nous possédons,il les arrache de nos mains, afin que la privation opère ce quel'usage n'a pu faire. Aussi les Juifs remis en possession de leur villeet de leur temple rendent de grandes actions de grâces pour avoirrecouvré leur patrie. "Jérusalem qui est bâtie commeune ville (3) ; " ou bien: " Jérusalem bâtie comme une ville."
Selon les Septante, il s'agit ici du temps qui a précédéla construction de Jérusalem et il faut traduire : " Jérusalemsera bâtie comme une ville. " Selon un autre interprète,il est question de ce qui est arrivé après la captivitéet on doit lire : " Nous avons recouvré a Jérusalem bâtiecomme une ville. " Comme il régnait alors une solitude extrêmedans la ville sainte qui n'offrait que des ruines, en sorte que ses toursrasées, ses murailles abattues ne présentaient plus que desvestiges de l'ancienne patrie, les Juifs, en voyant à leur retourune pareille désolation, se souviennent de la prospéritéd'autrefois; ils racontent les splendeurs du passé et rapportentcomment a été réduite à un état si honteux,celle qui était autrefois magnifique et illustre, qui possédaitun temple, des princes, des rois et des pontifes, qui était la plusbelle et la plus ornée. Si vous doutez qu'il en fût ainsi,écoutez ce qui suit: " Jérusalem qui est bâtie commeune ville. " Donc, ce n'était plus une ville alors, et cette véritéressort encore de ce qui suit: " Dont toutes les parties sont dans uneparfaite union entre elles. " Ces paroles indiquent qu'avant la captivitéil y avait des édifices nombreux, solides et bien disposés,en sorte qu'ils présentaient un ensemble compacte et harmonieuxet servaient de retraite à une population immense. Et c'est ce qu'avoulu faire entendre un autre interprète quand il a dit de Jérusalemqu'elle était "parfaitement unie." Voici d'autres attributs de Jérusalemqui proclament sa gloire: " C'est là que sont montées toutesles tribus, les tribus du Seigneur, comme les témoins et les députésd'Israël, pour y célébrer les louanges du nom du Seigneur(4). " Ce qui en effet faisait une des plus belles gloires de la cité,c'était moins sa grandeur et ses édifices, que parce qu'elleétait le centre où tout aboutissait, soit qu'il s'agîtd'un conseil, d'une assemblée sainte ou d'une délibérationsur un sujet quelconque. C'est qu'en effet là était le templeoù s'accomplissaient tous les rites, toutes les cérémonies;là étaient les prêtres, les lévites, la demeureroyale, le sanctuaire, les vestibules, et l'autel des sacrifices, et lesfêtes, et les grandes assemblées, et les prières, etles lectures publiques, et pour tout dire en un mot, là résidaittout ce qui constituait la forme du gouvernement. Et voilà pourquoitoutes les tribus devaient s'y réunir principalement trois foispar an, aux fêtes publiques et solennelles de Pâques, de laPentecôte et de la Scénopégie ou des Tabernacles. Etil n'était pas permis d'aller ailleurs. C'est donc pour célébrercette prérogative glorieuse de Jérusalem que le Psalmistes'écrie : "C'est là que sont montées toutes les tribus." Ou, " que sont montés tous les sceptres, " selon une autre version.Et remarquez que le Prophète n'a pas dit simplement " toutes lestribus, " mais, " toutes les tribus du Seigneur. " Bien que toutes lestribus appartinssent au Seigneur, il ne leur était pas permis d'exercerclans leur pays les actes dont nous venons de parler. C'étaitun privilège réservé à la métropolequi rassemblait tout et attirait tout à elle.
2. Il en était ainsi afin que les Juifs eussent une raison deconnaître Dieu; car, dispersés çà et là,ils auraient pu être portés à l'idolâtrie ets'engager dans le culte des fausses divinités. C'est pourquoi leSeigneur leur ordonna de s'assembler à Jérusalem pour y célébrerleurs fêtes, sacrifier et prier, afin que leurs dispositions au vagabondageet à t'impiété fussent ainsi limitées, compriméeset retenues. Tel est le sens de ces paroles : " Les tribus du Seigneur,comme les témoins et les députés d'Israël. "Que signifient ces " témoins d'Israël? " C'est-à-dire,le témoignage le plus grand, la marque évidente de la Providencedivine, en sorte qu'il n'était plus possible d'excuser ceux quiabandonneraient leur Dieu pour courir aux idoles , car le Seigneur ne pouvaitpas donner une preuve plus éclatante de sa providence, de sa puissanceet de sa sagesse. C'est là, en effet, qu'on lisait la Loi (177)contenant le récit des faits mémorables du passé etde l'histoire. Ce temps qu'ils passaient ensemble resserrait les liensde la charité qui les unissait. Les fêtes qu'on devait célébrerétaient un motif de réunion , et une plus grande craintedu Seigneur, une piété plus vive et d'autres biens innombrablesrésultaient de leur assemblée dans la ville sainte. " Poury a célébrer les louanges du nom du Seigneur, " c'est-à-direpour rendre grâces, adorer, prier, offrir des sacrifices qui lesportaient à la piété et rendaient plus sûrel'observance des moindres détails de leur religion. " Car c'estlà qu'ont été établis les trônes pourla maison de David (5). "
Voici encore une autre prérogative de la ville sainte, qui estd'être la demeure des rois. Car c'est le sens de ces paroles : "C'est là qu'ont été établis les trônespour la maison de David, " ou " de la maison de David. " Jérusalem,en effet, était le centre d'une double principauté; la principautédes prêtres et celle des rois, qui étaient en quelque sorteinséparables, en sorte que la ville était ornée commed'une double couronne et d'un double diadème. C'est là querésidaient les juges auxquels on déférait tout cequi surpassait l'intelligence, de la multitude. Si, dans les autres villes,il avait été porté une sentence sur la justice delaquelle il y avait doute, la cause était déféréeaux juges qui siégeaient à Jérusalem, comme il arrivedans les appels. Quand ils avaient prononcé, on ne pouvait plusen revenir. C'est ainsi qu'il en était autrefois, mais aujourd'huiquel spectacle navrant ! partout la solitude et des ruines; on aperçoitquelques restes d'édifices ravagés par le feu, d'une apparencemisérable, tristes vestiges et souvenirs bien minimes d'une grandeurqui n'est plus. Aussi le Prophète ne termine-t-il pas son discourspar cet affligeant tableau, mais il rappelle les Juifs à des espérancesplus joyeuses en leur disant: " Demandez tout ce qui peut contribuer àla paix de Jérusalem (6). " Que signifient ces paroles : " Demandeztout ce qui peut contribuer à la paix de Jérusalem? " C'est-à-direpriez, sollicitez. Une autre leçon porte : " Embrassez, " ou, "saluez Jérusalem. " En d'autres termes : Demandez à ce qu'ellerevienne à son ancienne prospérité, afin qu'elle soità labri des guerres fréquentes et que désormais ellejouisse de la sécurité. Si tel n'est point le sens de cesparoles, elles sont une prédiction, et alors " demandez tout cequi peut contribuer à la paix de Jérusalem, " indique qu'ellejouira de la paix. " Et que ceux qui laiment, ô ville sainte, soientdans l'abondance, " ou bien, " qu'ils soient en paix; " ou bien encore," qu'ils soient dans la prospérité. " C'est là unegrande source de bonheur, que non-seulement les biens soient dans Jérusalem,mais que ceux qui l'aiment puissent en jouir. C'est le contraire qui arrivaitautrefois. Car ceux qui la haïssaient et qui l'opprimaient étaientles plus puissants, les plus célèbres et les plus illustreset ils triomphaient facilement. Mais maintenant ceux qui la chérissentseront dans une grande sécurité, ainsi que ceux qui fontcause commune avec elle. Par ces derniers, le Psalmiste entend ceux quidevaient soutenir son parti, ou ses propres habitants. " Que la paix soitdans tes forteresses. " ou " dans ton avant-mur, " ou bien, " dans tesremparts (7). "Dans tes forteresses, c'est-à-dire dans ta substance,dans ceux qui t'habitent, dans ta prospérité. Comme la guerreest chose pernicieuse et que c'est ce qui l'a perdue, il lui souhaite lapaix, " et l'abondance dans tes tours, " ou bien, " dans les palais. "Selon un autre interprète le Psalmiste souhaite à Jérusalem" la félicité " ou " le repos. " Il ne prédit passeulement sa future délivrance des maux, mais la possession de biensinnombrables, la paix, l'abondance, la fertilité. De quel prix,en effet, peut être la paix pour ceux qui vivent dans la pauvreté,la faim et la misère ? A quoi sert l'abondance dans les périlsde la guerre? C'est pourquoi le Prophète prédit ces deuxbiens à la fois : l'abondance et la paix qui permettra d'en jouir. " A cause de mes frères et de mes proches (8). " Ou il s'agitdes voisins qui se sont réjouis de la chute des Juifs, et. il souhaitela paix afin qu'à leur tour ils soient confondus et qu'ils reconnaissentla puissance de Dieu; ou, par ses frères il entend ceux qui habitentla ville, et dans ce dernier cas il veut dire : A cause de mes frèreset de mes proches je prie pour la paix afin qu'ils respirent enfin, maintenantque le malheur les a rendus meilleurs.
" J'ai parlé de paix pour toi, ô Jérusalem ! J'aicherché à te procurer toutes sortes de biens à causede la maison du Seigneur, notre Dieu (9). " Une autre version porte : "Je parlerai afin que la paix soit au milieu de toi. " Comme le Psalmisteavait dit : " A (178) cause de mes frères et. de mes proches, "il a voulu montrer qu'il n'appuyait pas sa prière sur leurs mérites,mais qu'il souhaitait seulement de les voir comblés d'un plus grandbienfait, et voilà pourquoi il a ajouté : " A cause de lamaison du Seigneur, notre Dieu." C'est-il dire, par sa gloire je souhaitela paix, afin que son cule soit de nouveau rétabli et sa doctrinerépandue partout. Comme il y avait des Juifs qui étaientnés au temps de la captivité, tandis que les autres avaientété témoins du départ et du retour; quand ilss'étaient acquittés de leurs devoirs envers Dieu, ils s'entretenaientensemble du passé, et les anciens parlaient et de leur félicitéd'autrefois, et de la prospérité dont, ils avaient joui etqu'ils avaient perdue. Admirons aussi comment le Psalmiste réprimel'arrogance des Juifs : Dans la crainte qu'ils ne s'imaginent qu'ils ontsuffisamment expié leurs fautes , puisqu'ils ont recouvréleurs biens, il leur apprend que c'est à cause de la gloire de Dieuqu'ils sont de retour dans leur patrie, afin que cette connaissance leurprocure la sécurité et les préserve du péchéqui leur attirerait de nouveau les mêmes châtiments.
Pour nous, qui sommes instruits de ces choses, faisons tous nos effortspour ne pas tomber; et, s'il nous est arrivé de commettre le mal,appliquons-nous à nous relever promptement, et à ne pas retomberde nouveau dans la crainte d'encourir la menace qui fut faite au paralytique: " Vous voilà guéri, ne péchez plus à l'avenir,de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis. " (Jean, V, 14. )Enparlant ainsi, Notre-Seigneur a voulu exhorter les bons à se conserveravec soin dans la vertu et ceux qui sont délivrés de leurspéchés à persévérer dans leur conversion,afin que tous ensemble nous obtenions les biens célestes. Puissions-nousen jouir tous, par la grâce et la miséricorde de Notre-SeigneurJésus-Christ, à qui soient la gloire et la puissance, dansles siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXII
" J'AI ÉLEVÉ MES YEUXMAIS VOUS QUI HABITEZ DANS LES CIEUX. "
On voit briller partout l'heureux fruit de la captivité , carceux qui étaient attachés aux choses temporelles et qui mettaientleur confiance dans les Assyriens et les Egypliens , aussi bien que dansla puissance de leurs murailles et la quantité de leurs richesses,ont abandonné toutes ces espérances, pour se réfugiersous la main invincible du Seigneur, en laquelle seule ils espèrent,l'esprit tourné en haut et détaché des choses de cemonde. Comme ils ne peuvent plus aller, selon leur coutume, dans le templequi a été détruit, ils invoquent enfin le Dieu duciel. Quand nous disons qu'il habite dans le ciel, nous ne prétendonspas qu'il puisse être circonscrit dans un lieu: loin de nous unepareille idéel car il remplit tout. Mais c'est que le ciel est plusspécialement le siège de sa puissance et le lieu de son repos.N'est-il pas écrit aussi qu'il demeure parmi les hommes ? " J'habiteraien eux et je m'y promènerai. " (II Cor. VI, 16.) Donc, pendant queles Juifs demeuraient parmi les barbares, ils reçurent une grandeleçon, car dans le dénuement où ils étaient,de toutes les choses de la vie, ils virent clairement comment Dieu , quelquepart qu'on l'invoque, exauce promptement nos prières. Comme le rayond'un nouveau genre de vie allait briller bientôt à leurs regards,le Prophète prélude aux événements futurs ensoulevant peu à peu et d'une manière énigmatique levoile qui les cache.
" Comme les yeux des serviteurs sont attachés sur les mains deleurs maîtres et comme les yeux de la servante le sont sur les mainsde sa maîtresse, de même nos yeux sont fixés vers leSeigneur notre Dieu, en attendant qu'il ait pitié de nous (2). "Ici encore, quelle piété ferme et solide ! Ils n'ont pasune espérance d'un instant, mais ils y demeurent constamment attachéset comme enchaînés. Aussi , par l'exemple qu'ils ont apporté, ils veulent nous faire comprendre qu'ils D'espèrent pas d'autreassistance ni d'autre secours, et que c'est vers Dieu seul qu'ils tournentleurs regards. C'est ainsi que la servante et le serviteur n'ont d'autreressource pour préparer la nourriture, les vêtements et lesautres choses (180) nécessaires que d'avoir recours à leursmaîtres. Ils ne se retirent point, ils attendent jusqu'à cequ'ils aient reçu ce qu'il faut,, et après avoir reçu,ils rendent grâces, c'est là un devoir auquel ils ne manquentjamais. Voilà pourquoi le Psalmiste, pour nous faire comprendreque les Juifs ont les yeux tournés vers le Seigneur. et cela assidûment,qu'ils n'ont pas d'autre espérance et qu'ils sont tellement attentifsà attendre son secours qu'ils le regardent seul comme l'auteur detout bien, a rappelé l'exemple de la servante et des serviteurs.
Remarquez comment ceux qui, avant leurs malheurs, avaient besoin d'êtreexcités à recourir à Dieu et qui recevaient ces exhortationsavec ennui et dégoût, sont devenus meilleurs. C'est àun point que maintenant ils ne veulent plus se passer de lui ; mais fidèlesà son service ils l'invoquent jusqu'à ce qu'il ait pitiéd'eux. Ils ne disent pas : En attendant qu'il nous ait satisfaits ou récompensés,mais, "Jusqu'à ce qu'il ait pitié de nous. " Vous donc, chrétiens,persévérez avec constance dans vos prières, que vousreceviez ou non ce que vous demandez. et quand même vous ne seriezpas exaucés tout de suite, ne vous retirez point, vous le serezplus tard. Si la persévérance de la veuve fléchitce juge cruel dont parle l'Evangile (Luc, XVIII), quelle excuse ferontvaloir ceux qui sont si portés au découragement, àla paresse, au silence ? N'avez-vous pas remarqué comme les servantessont sous la dépendance de leurs maîtresses, fixant sur ellesleurs pensées et leurs regards? Qu'il en soit de même pounous à l'égard de Dieu. Attachons-nous à lui seul,et mettant tout le reste de côté, soyons au nombre de sesserviteurs. Alors, tout ce qui nous sera utile, nous l'obtiendrons sûrement.
" Ayez pitié de nous; Seigneur, ayez pitié de nous, parceque nous sommes remplis de confusion et dans le dernier mépris (3).En " effet, notre âme est toute remplie (4). " Voilà bienle langage du coeur contrit. Les Juifs s'appuient sur la miséricordedu Seigneur pour demander leur salut, et cette miséricorde ils necroient point la mériter, alors ils invoquent les grands châtimentsqu'ils ont endurés, selon ce mot de Daniel : " Nous sommes réduitsà un plus petit nombre que toutes les autres nations qui sont surla terre. " (Dan. III, 37.) Ils s'écrient dans leurs prières: Nous avons enduré la dernière misère, nous avonsété dé
pouillés de notre patrie et de notre liberté, conduitsen esclavage chez tes barbares, depuis longtemps nous vivons dans l'opprobre,consumés par la faim, la soif et les privations de toutes sortes,nous n'avons cessé d'être conspués, foulés auxpieds; épargnez-nous donc, ayez donc pitié de nous. Maisque signifient ces mots : " Notre âme est toute remplie? " C'est-à-dire,notre âme a été fondue, anéantie par la grandeurde nos maux. Il y en a que l'excès du malheur trouve courageux,mais il n'en a pas été de même pour nous, l'afflictionnous est insupportable et nous abat. C'est ainsi que Dieu leur fait payerpar l'adversité l'abus qu'ils ont fait des honneurs, car il a coutumed'agir de la sorte en toute circonstance. Ainsi, avait-il puni Adam enle chassant du paradis terrestre, pour avoir abusé des avantagesde ce séjour, et Eve trouva dans la servitude et la dépendancele remède à la faute qu'elle avait commise en voulant s'égalerà Dieu. De même, les Juifs que la liberté et une longuesécurité dans leurs foyers avaient rendus pervers et dissolusfurent corrigés par l'excès contraire. Et maintenant qu'ilsimplorent la miséricorde de Dieu, ils lui disent : " Notre âmeest toute remplie de confusion , étant devenue un objet d'opprobreaux riches et de mépris aux superbes. " Une autre version porte: " Notre âme est bien rassasiée des blâmes de ceuxqui sont dans l'abondance et des mépris des superbes; " une troisième: " des railleries des arrogants, " ou bien, " du mépris de ceuxqui sont dans l'abondance. " Mais toutes ces expressions ont le mêmesens et nous montrent les Juifs déplorant leur malheur en disant: " Notre âme est rassasiée de mépris. "
Les Septante renferment un autre sens que voici : Puissent nos maux,en accablant nos ennemis, leur faire éprouver ce qu'ils nous ontfait et rabattre ainsi leur force et leur orgueil ! C'est du reste, ceque nous voyons fréquemment., car le Seigneur a coutume d'abaisserles esprits superbes et d'humilier ceux qui s'élèvent., afinde les détourner de la voie qui les conduirait à leur perte.C'est qu'il n'y a rien de pire que l'orgueil. C'est là, en effet,que sont venues les tentations et les peines, la mort et tous les malheursqui nous accablent, de là les souffrances et les maladies qui sontcomme autant de freins destinés à réprimer l'âmesuperbe et enflée par l'orgueil. Ne vous (181) troublez donc pas,mes très-chers, lorsque vous êtes tentés, mais souvenez-vousde cette parole du Prophète : " Il est bon que vous m'ayez humilié,afin que j'apprenne vos ordonnances pleines de justice. " (Ps. CXVIII,71.) Recevez le malheur comme un remède et sachez profiter de latentation, alors vous pourrez acquérir une plus grande tranquillité.Puissions-nous en être trouvés dignes, par la grâceet la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, àqui soient la gloire et l'empire dans les siècles des siècles!Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXIII
" SI LE SEIGNEUR N'AVAIT ÉTÉAVEC NOUS. "
1. Ce que j'ai dit souvent, je le répète en ce momentet je le répéterai encore, à savoir, que la captivitéoffre un grand enseignement et qu'elle peut ramener à la sagessetout esprit attentif. Voyez, en effet, ceux qui se précipitaientvers les idoles, qui méprisaient Dieu et qui s'adonnaient àl'impiété, que disent-ils après leur captivité?En quels termes attribuent-ils leur salut à lieu ? Le Prophètelui-même, comme un excellent conseiller, leur ordonne de répétersouvent les mémés choses. Il commence donc par parler lepremier, après quoi il leur commande, comme un maître àses disciples, de redire après lui : " Qu'Israël dise maintenant: Si le Seigneur n'avait été avec nous lorsque les hommess'élevaient contre nous, ils auraient pu nous dévorer toutvivants. " (182) Ils s'étaient vus sans armes, dépouillésde tout, captifs et esclaves; récemment délivrés deleurs maux, ils avaient une ville qui n'était pas environnéede murailles, ce n'était pas même une ville, et ainsi aprèsleur retour ils étaient comme une proie sans défense. MaisDieu leur servit de rempart et de citadelle. Disons, nous aussi, en cemoment . " Si le Seigneur n'avait été avec nous nos ennemisauraient pu nous dévorer tout vivants. Que n'aurait pas fait, eneffet, le diable, notre ennemi, si le Seigneur n'eût étépour nous? Ecoutez ces paroles du Sauveur à Pierre : " Simon, Simon,Satan a demandé souvent à vous cribler, comme on crible lefroment, mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaillepoint. " (Luc, XXII, 31.) C'est une bête méchante et insatiable,et si elle n'était continuellement réprimée, ellesèmerait partout le désordre et la destruction. Dieu ne luilâcha qu'un instant la bride contre le saint homme Job, et il renversasa maison de fond en comble, disloqua son corps et fit comme une affreusetragédie, en détruisant ses richesses, en tuant ses enfants,en faisant sortir de sa chair des vers en abondance , en soulevant contrelui sa femme, ses amis, ses ennemis, jusqu'à ses serviteurs quil'accablaient de leurs reproches. Il nous anéantirait nous-mêmessi le Seigneur ne le retenait par mille moyens. C'est pourquoi le Psalmistes'écrie : " Si le Seigneur n'avait été avec nous." Les Juifs étaient en petit nombre et méprisés, età peine de retour ils avaient à supporter de nombreuses attaques.Or, la sagesse de Dieu se montrait encore, en ce qu'il ne leur donnaitpas la sécurité subitement et d'un seul coup, ruais àla longue et par degrés, afin de les maintenir dans la connaissancede son saint nom, et de ne pas laisser passer sans fruit la leçonqu'ils avaient reçue dans leur captivité. Comme la délivrancedes maux a pour effet de rendre les hommes plus négligents, le Seigneur,tout en leur accordant les biens, permet qu'ils soient constamment tentés,afin qu'ils trouvent, dans les épreuves, un exercice continuel dela sagesse. Cependant, il ne les laisse pas toujours dans l'affliction,car ils succomberaient; ni dans le repos et la prospérité,pour les préserver du relâchement; mais il les sauve en lesfaisant passer par des vicissitudes sans fin.
" Ils auraient pu nous dévorer tout vivants." Quelle cruautédans leurs ennemis ! Ce sont des hommes qui montrent une férocitéégale à celle des bêtes sauvages. Que dis-je? Ellela surpasse même puisqu'elle s'exerce centre leurs semblables. Aprèsson premier choc, l'animal se calme et se retire; repoussé, il nerevient pas à la charge ; mais quand les hommes ont échouédans leurs projets pervers, ils attaquent de nouveau , et ils se montrentavides de sang. Telle est la colère insensée, tels sont l'ardeuret le feu que cette passion allume dans l'âme. Comment guérircette maladie? Songeons à ce que nous sommes, réfléchissonsà la mort et à ceux qui nous quittent tous les jours, méditonssur notre nature ; nous ne sommes que cendre et poussière. Si labeauté de votre visage vous fait encore illusion, allez visiterles tombeaux et les cercueils de vos pères, contemplez-les dansleur repos, et en voyant cette poignée de terre, vous trouverezune grande occasion de vous abaisser. Ne trouvez pas ce langage trop sévère.De même que ceux qui out eu la fièvre ont besoin d'un airpur après leur guérison, ainsi ceux que les passions poussentà la folie, trouveront dans les tombeaux, comme dans une demeuretrès-salutaire, un remède à de nombreuses maladies.La vue seule d'une urne suffit, en effet, pour abaisser les plus arrogants.Transportez-vous ensuite, par la pensée, à ce jour terribledu jugement dernier, où personne ne prendra votre défense;songez aux questions qui vous seront adressées, au compte que vousaurez à rendre, à ces supplices où il n'y a plus desoulagement à espérer, Ces réflexions seront commeun charme qui calmera vos passions. Voyez aussi, parmi les hommes, ceuxqui, dans la vie présente, ont passé de la richesse àla pauvreté, de la gloire à l'ignominie, et si vous éprouvezencore de la colère , que ce ne soit pas contre votre semblable,mais contre l'esprit du mal. Voilà de quoi vous fâcher. Nevous réconciliez jamais avec lui, tournez et épuisez contrelui toute votre fureur, c'est contre lui qu'il faut diriger vos coups etlui faire une guerre acharnée. " Lorsque leur fureur s'est irritéecontre nous, sans doute alors les eaux nous auraient submergés (4),un torrent aurait été amené sur notre âme. Assurémentnotre âme eût trouvé cette inondation insupportable."L'eau et le torrent marquent ici la grande colère des ennemis desJuifs. L'eau, en effet, se précipite (183) en désordre, entraînantavec une grande force et une grande violence tout ce qu'elle rencontre.Il ne s'agit pas seulement ici de l'invasion des maux, mais de leur peude durée.
2. Ne nous décourageons donc pas quand le malheur fond sur nous.Ce n'est qu'un torrent qui se précipite, une nuée qui passe.S'agit-il de quelque chose de fâcheux? cela aura une fin ; de quelquechose de difficile? cela ne durera pas toujours. S'il en était autrement,la nature n'y suffirait pas. Mais, direz-vous, un grand nombre sont entraînéspar le torrent. Sans doute. Mais la cause en est moins clans sa violenceque dans la lâcheté de ceux qui se laissent abattre trop facilement.Afin donc que le torrent ne nous entraîne pas et que nous puissionsmarcher d'un pas ferme jusque dans ses plus grandes profondeurs, sondons-leet saisissons l'ancre divine, pour n'avoir plus à redouter aucunnaufrage. Un torrent n'est terrible que pour un temps, bientôt aprèsil s'apaise d'une manière étonnante: " Les eaux nous auraientsubmergés. " Selon une autre version : " Alors les eaux nous auraientinondés en passant sur notre âme comme un torrent, et notreâme eût trouvé cette inondation insurmontable; " oubien : " Alors les superbes auraient passé sur notre âme commeun torrent. " Admirons la grandeur du secours de Dieu et comment, au milieude tant de maux, il ne permet pas que ses enfants soient submergés.En effet, s'il laisse augmenter les maux, ce n'est pas pour nous accabler,mais pour nous éprouver davantage et faire éclater sa puissance.Les superbes, dont il est ici question, sont les ennemis qui, tout en seprécipitant sur les Juifs avec plus de violence qu'un torrent quelconqueou qu'une inondation insurmontable, ne leur ont fait aucun mal. La causeen est dans la protection de Dieu, dans son assistance divine et son secoursinvincible. Aussi, après avoir dit qu'il a été délivrédes maux, il nomme son libérateur et il le comble de louanges. "Béni soit le Seigneur qui ne nous a pas laissés en proieà leurs dents (5) ! Car notre âme a été arrachéede leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. "
Quel contraste entre la faiblesse des Juifs et la puissance de leursennemis. Ces derniers se précipitaient semblables à des bêtesféroces et à des lions prêts à se nourrir deleur chair, pleins de force et de colère; eux, au contraire étaientplus faibles que le passereau. Mais les miracles de la puissance divinen'apparaissent jamais mieux que quand la faiblesse triomphe de la forceinsurmontable. Et puis, ce qui rendait ces embûches intolérables,ce n'était pas seulement la puissance redoutable des uns, leur colère,et leur soif de carnage, et fa faiblesse des, autres, leur petit nombreet leur peu de défense: mais, de plus, ces derniers étaientenvironnés de maux, comme enveloppés par les difficultés,et ayant de toutes parts des guerres à soutenir. Cependant, Celuiqui est la puissance par excellence, dit le Psalmiste, et qui peut toujourssauver, quels que soient les maux et les périls dont on est environné,nous a délivrés avec une grande facilité. Tel estle sens de ces paroles : " Notre âme a été arrachéede leurs mains comme un passereau du filet des chasseurs. " " Le fileta été rompu et nous avons été délivrés(7). " Mais comment cela s'est-il fait? C'est ce qu'indiquent les parolessuivantes : " Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le cielet la terre (8). " Comme il est fort, comme il est puissant, Celui quiest venu à leur secours ! Il a même fait disparaîtrece qui servait à dresser des embûches. Tout ce qui précèdepeut être pris dans le sens anagogique et doit s'entendre du diableet du genre humain. Nous y voyons comment le Seigneur a renverséet détruit les piéges de Satan depuis le jour où ila dit à ses disciples : " Foulez aux pieds les serpents et les scorpionset toute la puissance de l'ennemi de votre salut." (Luc, IX, 19.) Il nes'agit plus d'une guerre ouverte, la partie n'est pas égale , notreennemi est renversé par terre et abattu, tandis que nous sommesdebout, le dominant et le frappant de haut. Il est sans force, tandis quenous sommes pleins de vigueur. Comment se fait-il alors qu'il triomphesi souvent? C'est l'effet de notre lâcheté et de la paressede ceux qui dorment; si vous vouliez résister il n'oserait pas vousattaquer de front. S'il triomphe de ceux qui s'endorment, ce n'est pointà cause de sa puissance, mais de notre négligence. Qui netriompherait d'un homme endormi, fût-on le plus faible de tous? Lefort est enchaîné, tous ses filets sont rompus, sa puissancebrisée, sa demeure renversée, ses armes sans effet. Que faut-ilde plus? Pouvez-vous encore le craindre? Pourquoi trembler? On nous ordonnede fouler aux pieds celui qui est déjà terrassé. (184)Encore une fois, pourquoi tremblez-vous? pourquoi attendre pourquoi hésiter?Oublions-nous clone quel est Celui qui nous doit secourir? Non-seulementnotre ennemi est devenu moins fort, mais notre secours est plus grand.Le triomphe de la chair a été arrêté, le poidsdu péché enlevé, et nous avons reçu la grâcedu Saint-Esprit qui donne la force. " Ce qu'il était impossibleque la loi fît, parce qu'elle était affaiblie par la chair,Dieu l'a fait, ayant envoyé son propre Fils revêtu d'une chairsemblable à celle qui est sujette au péché; et parle péché commis contre ce même Fils, lorsqu'il a étéconduit à la mort, il a condamné le péché quirégnait dans notre chair, afin due la justice de la loi soit accomplieen nous qui ne marchons pas selon la chair. " (Rom. VIII, 3, 4.) Il nousa assujetti la chair, il nous a donné pour armure le bouclier dela justice, la ceinture de la vérité, le casque du salut,l'épée de la foi, le glaive de l'esprit. Il nous a laissédes arrhes, en nous présentant sa chair pour nourriture, son sangpour breuvage; il nous a offert sa croix comme une lance, mais une lancequi ne cède jamais. Il a lié notre ennemi, il l'a terrassé.Il ne nous reste donc plus d'excuse si nous sommes vaincus, et si nouscédons, nous n'avons plus de pardon à espérer. Nousavons en effet mille moyens de vaincre.
" Le filet a été rompu, " dit-il, " et nous avons étédélivrés. Notre secours est dans le nom du Seigneur qui afait le ciel et la terre. " Nous avons donc pour généralet pour roi Celui qui a créé l'univers, et qui par sa seuleparole a produit tant d'êtres, et cette masse de la terre, et cetteimmensité de l'espace. Point d'abattement donc, mais résistezcourageusement, rien ne peut vous empêcher de triompher.
Sachant cela, mes bien-aimés, soyons sobres, combattons vaillamment,ne nous endormons pas, ruais après avoir préparé nosarmes et raffermi notre courage, frappons notre ennemi avec ardeur, afinqu'après avoir remporté une victoire éclatante noussoyons mis glorieusement en possession du royaume des cieux. Puissions-nousl'obtenir, par la grâce et la miséricorde de Notre-SeigneurJésus-Christ, à qui soient la gloire et l'empire, dans lessiècles des siècles! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXIV
" CEUX QUI METTENT LEUR CONFIANCE DANSLE SEIGNEUR SONT FEMMES COMME LA MONTAGNE DE SION. "
l. Que signifie: " de Sion? " Pourquoi n'avoir pas dit simplement :" Comme une montagne, " au lieu de nommer cette montagne? C'est pournous apprendre que nous ne devons pas perdre courage dans les épreuvesni en être accablés ; mais mettre en Dieu toute notre espéranceet tout supporter avec courage, les guerres, les combats et les troubles.De même que cette montagne , qui avait été autrefoisdéserte et sans habitants , était revenue à sa prospéritépremière , et. dans son premier état, s'était de nouveaupeuplée d'habitants et avait vu s'opérer des miracles; ainsil'homme fort, malgré les malheurs sans nombre qui l'accablent, nesera jamais renversé. Ne recherchez donc pas une vie exempte desoucis et de peines, hais courageuse au milieu des dangers. Il y a biende la différence entre rester tranquillement au port, et traverserla mer en fureur. Dans le premier cas on devient mou , lâche et énervé;tandis que celui qui a eu à lutter contre les rochers cachésdans la mer, contre les écueils du rivage , la violence des ventset une foule d'autres périls et qui en a triomphé, a renduson âme plus courageuse. C'est que cette vie ne nous a pas étédonnée pour que nous la passions dans l'oisiveté , ou ledécouragement et à l'abri de l'adversité, mais afinque la souffrance nous rende plus illustres. Ne recherchez donc pas uneexistence oisive et inutile, semée de plaisirs et de délices.Ce n'est point là le désir d'un homme fort, d'un êtreraisonnable, mais plutôt d'un ver de terre , d'un animal sans intelligence.Priez surtout afin que vous n'entriez point en tentation ; que s'il vousarrive parfois d'y tomber, n'en soyez ni attristés, ni troublés,mais faites tous vos efforts pour en sortir meilleurs. Voyez un vaillantsoldat: quand le clairon l'appelle il ne pense qu'au triomphe, àla (186) victoire, aux couronnes, aux exemples de ses ancêtres quise sont signalés. Vous aussi, quand la trompette spirituelle sonne,résistez avec le courage d'un lion: qu'on vous oppose le fer oule feu , avancez. Les éléments eux-mêmes savent respecterles mâles courages. Les bêtes féroces, elles aussi,ont coutume de craindre les hommes valeureux, et malgré la faim. malgré la nature qui les aiguillonne et les excite, elles oublienttout en présence du juste , elles mettent un frein à leurcourroux. Soyez donc remplis d'une sainte ardeur et vous ne craindrez pasles flammes, quand même vous les verriez s'élever jusqu'auciel. Vous avez un chef généreux et tout-puissant qui d'unsimple signe peut faire disparaître tout ce qui vous importune. Iltient tout en son pouvoir: le ciel, la terre, la mer, les animaux sauvages,et le feu. Il peut tout transformer, tout mouvoir à son gré.Je vous demande donc d'où peuvent venir vos craintes, sinon de votrelâcheté et de votre nonchalance personnelle. La mort n'est-ellepas le plus grand de tous les maux? Eh bien ! ce n'est cependant qu'unedette que nous payons à la nature. Pourquoi ne travaillez-vous pasà vous la rendre profitable? Puisqu'il faut bon gré, malgré , avancer dans cette vie, pourquoi ne serait-ce pas ànotre avantage ? Aux rudes épreuves de ce monde succéderontles biens de l'éternité, qui seront une source de jouissancesinfiniment au-dessus de la douleur présente. Que si ces épreuvesvous paraissent insupportables, songez à ceux qui , sans aucunerécompense, se consument à la longue, en proie à unefaim continuelle , à des maladies incurables et longues qui leurfont souvent souhaiter la mort. On en a vu qui se sont poignardés,d'autres qui se sont pendus pour en finir avec la vie. Pour vous, qui avezdevant les yeux et le ciel et les biens qu'il renferme, vous ne craignezpas, vous ne tremblez pas d'être mous et lâches, surtout quandvous avez un aide aussi puissant! Ecoutez donc le Prophète qui vouscrie: " Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont fermes commela montagne de Sion; " voulant nous faire entendre par cette montagne ,que notre confiance cri Dieu doit être immuable, solide, invincibleet inexpugnable. Car, de même que les machines les plus nombreuseset les plus puissantes ne sauraient ni renverser, ni ébranler cettemontagne, ainsi celui qui a placé en
Dieu son espérance, résistera à toutes les attaques:il n'y a pas de montagne, en effet, dont la force puisse être comparéeà la confiance en Dieu. " Celui qui demeure dans Jérusalemne sera jamais ébranlé. " Une autre leçon porte " Il sera inébranlable à tout jamais celui qui demeure prèsde Jérusalem. "
Mais quoi ? Daniel et les trois enfants ne lurent-ils pas ébranlés? Nullement, car s'ils furent expatriés, conduits en captivité,ils ne furent pas ébranlés un seul instant. Et au milieud'une si grande perturbation de toutes choses, malgré la violencedes flots, ils étaient immobiles comme le rocher et restaient tranquillesdans le port, sans éprouver rien de pénible. N'appelez pasébranlement , l'émotion causée par les événementsde la vie. Etre ébranlé, c'est donner la mort à sonâme , perdre sa vertu ; ce qui n'a pas lieu pour ceux qui sont sobreset vigilants au milieu des périls; leur sagesse au contraire, ypuise une nouvelle vigueur et ils en sortent avec plus d'éclat.Si vous voulez entendre dans un sens anagogique ces paroles: " Celui quidemeure dans Jérusalem ne sera jamais ébranlé , "représentez-vous la cité céleste. Ceux qui y sontparvenus sont à l'abri des épreuves. Il n'y a rien qui puisseles faire déchoir, ni passions, ni plaisirs, ni occasion de pécher,ni douleur, ni ennui, ni danger: tout cela est bien loin. " Jérusalemest environnée de montagnes et le Seigneur est autour de son peuplepour le défendre dès maintenant et pour toujours (2). " Cesparoles signifient que Jérusalem tire un grand secours de sa positionmême, mais le Prophète ne veut pas qu'elle s'y confie, etil l'élève jusqu'à un autre secours inexpugnable ,qui est Dieu.
2. Sans doute, dit le Psalmiste, les montagnes la défendent,mais il lui faut encore un protecteur qui la rende inexpugnable, seloncette parole d'un autre interprète: " Le Seigneur environne sonpeuple. " En d'autres termes, ne vous fiez pas à la hauteur desmontagnes, car ce qui rend Jérusalem inexpugnable, c'est que " leSeigneur ne laissera pas toujours le sort des justes sous la verge despécheurs(2). " Montrant ainsi aux justes un motif légitimed'attendre le secours de Dieu, et de s'y confier. Quel est ce motif ? C'estque le Seigneur ne laissera pas les biens des justes aux mains des pécheurs:paroles bien propres à nous faire confier dans l'assistance divineet (187) à persévérer dans la vertu, puisque c'estle moyen de jouir à jamais de son secours et de conserver nos biens.Il résulte de là, en effet, qu'il ne tient qu'à nousd'avoir la paix et de n'être pas dépouillés. Ici "la verge des pécheurs, " signifie le règne de nos ennemiset ce verset peut s'entendre ainsi : il ne permettra pas que les pécheurss'emparent de l'héritage des justes. Si parfois le contraire a lieupour un temps, c'est à titre de correction, de châtiment etde leçon. " De peur, que les justes a n'étendent la mainvers l'iniquité." Ou bien : " C'est pourquoi les justes n'étendentpoint les mains vers l'iniquité. " Comme il a étédit que le Seigneur les défendrait, les vengerait; repousseraitleurs ennemis, et les maintiendrait dans leurs possessions, le Psalmistesemble ajouter maintenant: Châtiés par les épreuveset rendus meilleurs par les biens qu'ils auront reçus, les justesauront, pou r persévérer dans la vertu, un double motif quiles préservera du mal. Tout a donc été fait pour rendreleur âme meilleure ; l'adversité a servi à la corriger,et les faveurs reçues à augmenter son zèle. " Faitesdonc du bien, Seigneur, " ou bien, " accordez vos bienfaits à ceuxqui sont bons et dont le coeur est droit (4). " Mais pour ceux qui sedétournent dans les voies obliques, le Seigneur les joindra àceux qui commettent l'iniquité (5)." C'est ainsi qu'en toute circonstanceles biens que nous recevons, les châtiments que nous encourons, dépendentde nous. Toutefois, la bonté de Dieu n'en brille pas avec moinsd'éclat, car elle triomphe de nos résistances par des récompensesqu'elle nous distribue avec une largesse extraordinaire. Tombons-nous enfaute? elle ne nous inflige qu'une faible peine; tandis qu'elle paye lebien que nous avons fait par une récompense infiniment au-dessusde nos mérites.
Par " coeurs droits " on entend ici les coeurs simples, ennemis de ladissimulation, ignorant les détours ou les feintes. Dieu attacheun tel prix à la droiture que partout il la met en premièreligne. Telle est aussi la vertu, simple et franche, contrairement au vicequi est hideux, ami des détours et de l'obscurité. Des exemplesferont mieux ressortir la chose. Voyez celui qui veut monter et dresserdes embûches : que d'essais, que de tentatives variées, dediscours trompeurs! quel artifice ! quelle éloquence ! Chez celuiqui dit la vérité, au contraire, il n'y a ni travail, nidifficulté, ni feinte, ni art, ni fourberie, ni rien de semblable,car la vérité se montre assez par elle-même. Et commeles corps difformes ont besoin de beaucoup d'art et de déguisementspour masquer leur laideur naturelle, tandis que ceux qui sont naturellementbeaux, se prisent assez, sans avoir besoin d'un éclat emprunté,ainsi en est-il de la vérité et du mensonge, de la vertuet du vice. D'où il résulte clairement, qu'indépendammentde la justice divine, le vice porte avec lui son supplice et la vertu sarécompense. Et' de même que celle-ci a en elle des récompensesqui précèdent les couronnes immortelles, ainsi le vice contientun châtiment qui devance la punition de Dieu. Car en fait de châtiment,y en a-t-il de plus grave que le péché lui-même ?Aussisaint Paul parlant de ceux qui exercent des métiers infâmes,en prostituant la fleur de l'âge et en renversant les lois de lanature, a-t-il proclamé que leurs actions étaient leur plusgrand supplice, même avant tes châtiments de Dieu : " Les hommescommettant avec les hommes une infamie abominable, et recevant ainsi eneux-mêmes la juste peine qui était due à leur erreur." (Rom. I, 27). Appelant ainsi récompense du péché,le péché lui-même et les excès auxquels il porte." Que la paix soit sur Israël. " Le Psalmiste termine par une prière.Telles sont les âmes des saints : à l'exhortation, aux conseils,ils joignent la prière pour donner à leurs auditeurs le plusgrand secours possible. Il s'agit ici non. de la paix terrestre, mais decelle qui est infiniment au-dessus. Le Prophète dit d'oùelle vient et il demande que l'âme ne se jette pas dans un troublefuneste en entrant en guerre avec elle-même. Recherchons-la, nousaussi, cette paix, afin de pouvoir obtenir les biens qui nous sont promis,par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui soient la gloire et l'empire, dans les siècles dessiècles. Ainsi soit-il !
EXPLICATION DU PSAUME CXXV
" LORSQUE LE SEIGNEUR A FAIT VENIR CEUXDE SION QUI ÉTAIENT CAPTIFS, NOUS AVONS ÉTÉ COMBLÉSDE CONSOLATIONS. " UN AUTRE INTERPRÈTE DIT : " LORSQUE LE SEIGNEURAURA FAIT REVENIR CEUX QUI ÉTAIENT CAPTIFS, NOUS SERONS CONSOLÉS."
1. Le mot " captivité " n'a qu'une signification, il est vrai,mais il s'entend de bien des façons. Il y a, en effet, une bonnecaptivité, selon ce mot de saint Paul : " Réduisant en captivitétous les esprits pour les soumettre à Jésus-Christ (II Cor.X, 5), " et il y en a une mauvaise, d'après ces autres paroles :" Traînant après eux, comme captives, des femmes chargéesde péché. " (II Tim. III, 6.) Il y a une captivitéspirituelle exprimée ainsi par Isaïe : " Prêchez la grâceaux captifs (Is. LXI , 1) ; " et il y a une captivité matérielle,sensible, infligée par l'ennemi. De ces deux dernières, lapremière est la plus grave, car souvent ceux qui ont fait des prisonniersde guerre, épargnent les vaincus, et quand même ils leur ordonneraientde transporter du bois, de l'eau , ou des vivres pour les chevaux, ilsne peuvent atteindre leur âme. Celui, au contraire, qui est devenul'esclave du péché a un maître dur et intraitable,qui le force à faire les choses les plus honteuses et les plus déshonorantes,car la tyrannie du vice ne pardonne pas, elle est s'ans pitié. Aussi,voyez comment après avoir rendu captif le misérable et infortunéJudas, elle est cruelle à son égard au point d'en faire unsacrilège et un traître. Et puis, après qu'il a commisson crime, elle le conduit en présence des Juifs pour qu'il avouesa faute : mais ne voulant pas que cet aveu lui serve, elle le potasseà se pendre au lieu de lui laisser recueillir les fruits de sa pénitence.C'est un tyran redoutable, en effet, que celui qui nous commande le malet qui déshonore ceux qui lui obéissent. C'est pourquoi,je vous en conjure, fuyons son empire avec le plus grand soin, luttonsavec lui, qu'il n'y ait pas de réconciliation possible , et unefois délivrés, demeurons clans notre liberté.
Si ceux qui ont échappé à la captivité des(189) barbares ont été consolés , à plus forteraison, nous qui avons été arrachés au ,joug du péchédevons-nous être dans la joie et l'allégresse et conserverà jamais notre bonheur, évitant de le troubler ou de le perdreen retombant aussitôt dans les mêmes fautes.
" Nous avons été comblés de consolation. " Ou selond'autres interprètes d'accord avec l'hébreu: " Nous avonsété comme des gens qui rêvent. " (Dans l'étonnementoù nous étions notre délivrance nous a paru commeun songe. ) Que signifie le mot: " Consolés ? " Cest-à-dire, remplis de repos, de joie et de plaisir. " Alors notre bouche a étéremplie de cantiques de joie et notre langue de cris d'allégresse.Alors on dira de nous, parmi les nations : le Seigneur a fait de grandeschoses en leur faveur (2). Oui, le Seigneur a fait pour nous de grandeschoses (3). " En d'autres termes: la joie que nous ressentons d'êtredélivrés de la captivité ne doit pas peu contribuerà nous rendre meilleurs. Mais le moyen, direz-vous, de ne passe réjouir d'un tel bien? Cependant, quand leurs pèreseurent été affranchis de la servitude d'Egypte et remis enliberté , par la plus noire ingratitude ils murmuraient malgréles biens dont ils étaient comblés, ils s'indignaient, ilsétaient tristes, mécontents. Pour nous, semblent-ils dire,il en sera tout autrement: nous nous réjouissons, nous sommes dansl'allégresse, apprenez d'eux le sujet de leur joie. Nous nousréjouissons, s'écrient-ils, non-seulement parce que nousavons été délivrés de nos maux, mais encoreparce que tous verront par là que Dieu prend soin de nous. "Caralors, on dira de nous parmi les nations : Le Seigneur a fait de grandeschoses en leur faveur. Oui, le Seigneur a fait pour nous de grandes choses." Cette répétition ne sert qu'à faire mieux ressortirle sujet de leur joie. Dans le premier cas, ce sont les nations qui parlent,dans le second membre de phrase ce sont eux-mêmes. Et puis, remarquezqu'ils n'ont pas dit: " Le Seigneur nous a sauvés; " ni, " le Seigneurnous a délivrés; " mais, " il a fait pour nous de grandeschoses, " afin de faire éclater davantage la conduite admirableet merveilleuse de Dieu à leur égard. Et c'est ainsi , commeje vous l'ai fait observer bien des fois, que le monde entier étaitinstruit par ce peuple tandis qu'il était conduit en, captivitéet rendu à la liberté. Leur retour lui-même étaitcomme une prédication, car on parlait deux partout, la miséricordede Dieu envers eux brillait à tous les regards à cause desmiracles frappants dont ils avaient été l'objet et qui dépassaienttout ce qu'on pouvait imaginer. Aussi bien, Cyrus qui les retenait leslaissa partir sans qu'on l'en priât, mais parce que Dieu avait fléchison coeur; et non content de les renvoyer il voulut encore les comblerde largesses et de présents. " Et nous en sommes remplis de joie. Seigneur, faites revenir nos frères captifs, qu'ils se répandentdans cette terre comme un torrent dans le pays du midi (4) " Comment leProphète a-t-il pu dire ait commencement de ce psaume : " Lorsquele Seigneur a fait revenir ceux de Sion qui étaient captifs? " etici: " Faites revenir, " comme s'il s'agissait d'une chose future? Du reste,ce dernier sens nous est particulièrement indiqué par laversion qui porte, non point: " Lorsque le Seigneur a fait revenir; " maisbien: " Lorsque le Seigneur aura fait revenir; " parce que la chose étaitalors commencée et qu'elle ne fut pas accomplie tout d'un coup ,car il y eut plusieurs captivités: on en compte trois.
2. Voici donc ce qu'on peut dire : Le Prophète demande que ladélivrance soit complète et absolue, contrairement au désirde beaucoup de Juifs qui voulaient rester au milieu des barbares , et dansson immense désir de la voir se réaliser, il s'écrie:" Faites revenir le reste de nos frères captifs. " Qu'ils se répandentdans cette terre comme un torrent dans le pays du midi. " En d'autres termes,excitez-nous , pressez-nous avec une grande ardeur et une grande violence.C'est ce que voulaient exprimer d'autres interprètes quand ils disaient:" Qu'ils se répandent comme des canaux; " ou bien: "Comme des bassinsqu'on vide; " ou bien encore : " comme des écluses qu'on ouvre. Ceux qui sèment dans les larmes, moissonneront dans la joie (5)." Ces paroles ont été dites des Juifs, mais elles peuventtrouver leur application dans bien d'autres cas. C'est en effet le proprede la vertu d'être largement récompensé de ses peines.Mais il faut d'abord commencer par travailler et par souffrir avant dechercher le repos. C'est du reste ce qui a lieu pour tout ce qui se rapporteà cette vie. Et voilà pourquoi le Psalmiste y fait allusiondan:t son discours, en nous parlant du semeur et (190) de la moisson. Demême que celui qui sème doit travailler, souffrir, endurerle chaud et le froid, ainsi en est-il de celui qui est à la poursuitede la vertu. C'est que rien n'est, moins que l'homme, fait pour le repos;et voilà pourquoi Dieu a rendu étroit et difficile le cheminqui conduit à la vertu. Bien plus , ce n'est pas seulement la vertuqui est pénible, mais c'est tout ce qui a rapport à cettevie, et même à un plus haut degré. Car, celui qui sèmecomme celui qui bâtit, le voyageur, le charpentier, l'artisan, quiconqueen un mot, veut se procurer quelque avantage, doit travailler et souffrir:et de même qu'il faut les pluies aux semeurs, il nous faut les larmes;et comme la terre a besoin d'être labourée et retournée,ainsi l'âme fidèle a besoin des tentations et des afflictionspour l'empêcher de produire des mauvaises herbes, pour la rendreplus souple et tempérer son effervescence et son orgueil. Car laterre, elle aussi, ne produit rien de bon, si on ne la cultive avec soin.Le Prophète veut donc que les Juifs se réjouissent non-seulementde leur retour, mais encore de leur captivité et qu'ils remercientDieu de ces deux bienfaits. Voilà pour le semeur, passons maintenantà ce qui regarde la moisson.
Semblables, leur dit-il encore, à ceux qui sèment avecpeine pour recueillir ensuite des fruits abondants , on vous a vus pendantvotre captivité affligés, repoussés, persécutés, supportant l'hiver, la rigueur des saisons, la guerre , les pluies, lefroid et la glace et répandant des larmes. Car les larmes sontà l'affliction ce que les pluies sont aux semences. Mais voici quevous avez reçu la récompense de toutes ces peines. Ainsidonc ces paroles: " En s'en allant, ils marchaient en pleurant et ilsrépandaient leur semence (6). Mais en s'en revenant ils marcherontavec des transports de joie, en portant les gerbes de leur moisson, " doivents'entendre non du blé, mais des événements de la vie,et elles nous apprennent à ne pas nous inquiéter et àne pas gémir dans les afflictions. De même que celui qui sèmene se laisse pas abattre par les difficultés sans nombre qu'il rencontre, dans la prévision d'une moisson splendide et abondante, ainsicelui qui est éprouvé ne doit pas s'inquiéter ni setourmenter, quelle que soit la grandeur de ses maux, dans l'attente d'uneriche moisson, et en considération des avantages nombreux dont l'afflictionest pour lui la source. Que ces mêmes réflexions nous fassentremercier Dieu des épreuves comme du repos et de la paix. Quelleque soit la diversité des événements, tous tendentau même but comme pour la semence et la moisson. Supportons doncles adversités avec un coeur fort et généreux, enrendant grâces à Dieu dont nous célébreronségalement la gloire dans le repos et la prospérité,afin de mériter les biens éternels, par la grâce etla miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à quisoient la gloire et l'empire, dans les siècles des siècles.Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXVI
" SI LE SEIGNEUR NE BATIT UNE MAISON,C'EST EN VAIN QUE TRAVAILLENT CEUX QUI LA BATISSENT; SI LE SEIGNEUR NEGARDE UNE VILLE, C'EST EN VAIN QUE VEILLE CELUI QUI LA GARDE. 2. C'ESTEN VAIN QUE VOUS VOUS LEVEZ AVAIT LE JOUR, LEVEZ-VOUS APRÈS QUEVOUS VOUS SEREZ REPOSÉS. "
1. Ce psaume traite de l'état des choses après le retourdes Juifs. Délivrés de la captivité, sortis du milieudes barbares, ils trouvèrent leur ville en ruine, leurs murailleset leurs tours renversées, et ils s'efforcèrent de les relever;mais leurs voisins en grand nombre les attaquaient de toutes parts, pourles en empêcher, soit jalousie de leur bonheur, soit crainte de leurssuccès. Cependant le temps marchait, et avec une telle rapidité,qu'on employa plus de quarante ans, seulement pour construire le temple,comme les Juifs le proclamèrent plus tard : " On a étéquarante-six ans à bâtir ce temple. " ( Jean, II, 20. ) Parolesqui doivent s'entendre non de la première construction faite parSalomon, mais de celle qui fut exécutée après la délivrancede la domination des Perses. Ainsi donc, comme la construction de la ville,du temple et des murailles exigeait beaucoup de temps (car il en fallutconsidérablement pour relever la ville), le Psalmiste l'exprimede la sorte pour apprendre aux Juifs à recourir à Dieu, enleur montrant que tous leurs efforts seront vains et inutiles, s'ils n'attirentsur eux le secours divin. Car non-seulement ce secours leur a étéindispensable pour être délivrés de la captivité,mais il l'est encore afin qu'après leur délivrance ils puissentrelever leurs murailles. Et sans parler de murs à élever,ni de ville à bâtir, quand même tout cela serait terminéet parfaitement organisé , on ne pourrait pas même les gardersans l'assistance divine. En parlant ainsi, le Prophète voulait,par tous les moyens possibles, porter les Juifs à implorer la protectiond'en-haut, car il craignait que le repos et la prospériténe les rendissent,pus négligents. C'est pour les mêmes raisonsque Dieu ne leur donna pas tous ses bienfaits à la fois et d'unseul coup, mais successivement et (192) à la longue, de peur que,délivrés trop promptement de leurs maux. ils ne retombassentdans leurs premiers égarements. Et puis, à mesure qu'il leuraccordait ses biens, il les avertissait fréquemment, en réveillantde temps en temps leur torpeur par les attaques de l'ennemi. Par conséquent,ce qui est dit ici ne doit pas être restreint au cas particulierdont il s'agit, hais il faut y voir un principe général quis'applique à tout, et en conclure que dans les événementsde la vie, nous ne devons jamais être lâches ni nous laisserabattre, mais faire tous nos efforts et ensuite nous abandonner complètementà la volonté du Seigneur, plaçant en lui toutes nosespérances. De même que sans l'aide de Dieu nous ne pourronsréussir en rien, ainsi notre négligence et notre lâchetéparalyseront son assistance au point de nous empêcher d'arriver ànos fins . " C'est en vain que vous vous levez avant le jour pour vousenrichir par votre travail. Levez-vous après que vous vous serezreposés. " Un autre interprète dit : " C'est en vain quevous attendez pour vous reposer, " et un troisième : " Que vousdifférez de vous reposer. " Ce qui revient à dire : malgrévotre vigilance, quoique vous vous leviez de grand matin et que vous vouscouchiez fort lard, passant tout votre temps à travailler et àsouffrir, sans le secours d'en-haut, tous ces efforts purement humainsn'aboutiront à rien, et toute cette application, toute cette peineseront sans fruit.
" Vous qui mangez d'un pain de douleur. " Ces dernières parolesnous font voir combien pénible est la vie des Juifs qui sont obligésd'être sous les armes pour bâtir. C'est qu'en i ffet, d'unemain ils portaient la corbeille ou la pierre et de l'autre le glaive, obligésqu'ils étaient de se partager pour travailler et pour combattreet de joindre des armes à leurs instruments de travail. Car la villeétait sans fortifications et par conséquent à découvert,ils craignaient à chaque instant les attaques de l'ennemi. Cestpourquoi ils se tenaient sous les armes, pour élever leurs murs,tout prêts à saisir le glaive ou l'épée au casoù les sentinelles avancées donneraient le signal d'une irruptionsoudaine en sonnant de la trompette aussitôt qu'ils verraient unmouvement. Mais malgré tant de précautions, ajoute le Psalmiste,quand même vous " mangeriez le pain de la douleur," vos efforts serontinutiles à moins que vous n'attiriez sur vous la protection divine.Que si, pour relever une ville et der murailles, l'assistance du Seigneurétait si indispensable , quel besoin plus grand n'en avons-nouspas, nous qui voulons parcourir la voie qui conduit au ciel? car " aprèsle sommeil qu'il aura donné à ses bien-aimés. ilsverront naître des enfants qui seront comme un héritage etun don du Seigneur (3). " Que signifie cette conclusion? Elle est admirableet bien en harmonie avec ce qui précède, car elle revientà ceci : sans l'aide de Dieu rien ne subsiste ; mais qu'il paraisse,il apporte avec lui, le sommeil agréable, le repos, la vie exemptede périls et pleine de sécurité.
2. Lors donc que Dieu aura donné le repos à ses enfants,quand il aura réparé leurs forces, repoussé cens quiles attaquaient, non-seulement. ils pourront bâtir leur ville etla garder, mais ils recevront des biens infiniment plus importants : ilsdeviendront les pères de nombreux enfants, et leur postéritécroîtra brillante. Et ainsi " le fruit de leurs entrailles sera larécompense de leurs travaux , " ou bien " leur récompensesera la fécondité du sein de la mère. " En d'autrestermes, ils recevront en récompense une postériténombreuse. Car bien que ce soit là une chose qui paraisse toutenaturelle , quand Dieu s'en mêle, elle réussit mieux ; lesecours d'en-haut lui est même indispensable, et c'est la conditionpour que Jérusalem soit peuplée d'habitants. Mais tout leurbonheur consistera-t-il à élever une ville, à la biengarder, à posséder une postérité nombreuse? Non, car à ces biens viendront s'en ajouter d'autres que le Psalmistenous indique dans les paroles suivantes : " Telles sont les flèchesdans la main d'un homme fort, tels sont les enfants de ceux qui ont étééprouvés par l'affliction, " ou, selon une autre version,par la captivité: " Ce qui revient à dire: non-seulementils seront en sûreté derrière leurs murailles, et dansl'intérieur de leur ville fortifiée, non-seulement leur postéritésera nombreuse, mais, de plus, ils seront terribles pour leurs ennemiset redoutables comme des flèches. Et remarquez qu'ils ne sont pascomparés simplement à des flèches, mais " àdes flèches dans la main des forts. " Les flèches en effetne sont pas terribles par elles-mêmes, et c'est seulement quand ellessont lancées par un bras vigoureux qu'elles portent la mort oùelles sont dirigées. C'est donc ainsi qu'ils (193) seront terribles.Mais de qui s'agit-il? " Des enfants de ceux qui ont étééprouvés par l'affliction. " C'est-à-dire, de ceuxqui étaient autrefois faibles et enchaînés. Le Prophèterappelle souvent aux Juifs, pendant leur prospérité, lesmalheurs du passé, afin de ramener leur esprit à de meilleurssentiments, et par les maux qu'ils ont soufferts et dont ils sont délivrés,et par les biens qui les attendent. " Heureux l'homme qui a accomplison désir en eux; de tels enfants ne seront point confondus lorsqu'ilsparleront à leurs ennemis à la porte de la ville (5). " On lit dans l'hébreu : " Heureux l'homme qui a rempli son carquoisde telles flèches; " parce qu'avec cette grâce ils obtiendrontla force du corps, une vigueur irrésistible, une nombreuse et bellefamille, la sécurité et la splendeur de la cité, lavictoire et le triomphe dans les guerres. Aussi le Psalmiste proclame-t-ilbienheureux ceux auxquels est réservée une pareille félicité,car, dit-il, ils seront armés pour la défense. Mais ce nesera pas encore là tout leur bonheur : ils auront de plus, le privilègede ne pouvoir être humiliés. " Ils ne seront point confonduslorsqu'ils parleront à leurs ennemis à la porte de la ville." Que signifient ces paroles, sinon, la plus grande gloire, la plus belleillustration, le comble de l'allégresse et de la félicité? On ne pourra plus leur reprocher d'avoir un Dieu qui n'a pas eu soind'eux, un Dieu impuissant, ou bien un Dieu fort dont leurs péchésont éloigné l'assistance. Illustres en tout, à causede leur ville, de leurs murailles, de leurs forteresses, de leurs enfants,de leurs armes, de leur puissance, ils ne se cacheront pas de honte àla vue de leurs ennemis, mais ils marcheront vaillamment leur rencontre,pleins de confiance et d'ardeur, parce que Dieu montrera. toujours qu'ils'est chargé de leur défense. Le comble de leur félicitéet leur souverain bien consistent désormais à êtrearmés du secours d'en-haut. Et le Prophète termine son psaumepar ces paroles pour nous apprendre à rechercher, nous aussi, cetornement qui doit faire notre unique gloire. Que tel soit donc le but detous nos efforts, et nous serons dignes des biens éternels, parla grâce et la miséricorde de Notre- Seigneur Jésus-Christ,à qui soit la gloire, en union avec le Père et le Saint-Esprit,dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXVII
" LOUEZ LE SEIGNEUR PARCE QU'IL EST BON,PARCE QUE SA MISÉRICORDE S'ÉTEND DANS TOUS LES SIÈCLES."
1. Il y a une parole de ce psaume que le peuple a coutume de répéteren choeur après chaque vers, et c'est la suivante: " C'est ici lejour que le Seigneur a fait, réjouissons-nous y donc et soyons pleinsd'allégresse. " A ces mots, presque tous se lèvent, et c'estsurtout le chant que les fidèles ont l'habitude de faire entendredans cette assemblée spirituelle, dans cette fête céleste.Pour nous, si vous le voulez bien, nous parcourrons ce psaume dèsle début et nous commencerons notre explication dès les premiersmots et non pas au verset qui sert de refrain. Nos pères permirentaux simples fidèles de s'en tenir à ce verset parce qu'ilétait harmonieux et qu'il renfermait un dogme sublime. Du reste,ils n'auraient pu retenir le psaume en entier et ces paroles exprimaientla doctrine la plus parfaite. Quant ! nous, il faut que nous le voyionsdans son ensemble, quoique la plus grande prophétie soit au milieu.Car c'est au verset 22 qu'on lit : " La pierre que ceux qui bâtissaientavaient rejetée, a été placée à la têtede l'angle. " C'est du reste ce que le Christ lui-même dit aux Juifs,un peu moins clairement sans doute : il ne voulait pas augmenter encorela colère dont ils étaient enflammés, " car il nebrisera point le roseau cassé et il n'éteindra point la mèche" qui fume encore. " (Isaïe, XLII, 3.) Néanmoins il le leurdit : attaquons donc ce psaume par (159) son début, connut, nousl'avons déjà dit. Et quel est ce début : " Louez leSeigneur parce qu'il est bon , parce que sa miséricorde s'étenddans tous les siècles. " Le Prophète avant présentsà l'esprit les bienfaits dont le Seigneur a comblé toutela terre, sa bonté infinie et sa miséricorde qui éclatenten toutes choses, s'attache à faire ressortir la source de tantde biens " Que la maison d'Israël dise maintenant que le Seigneurest bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(2). "
Qu'est-ce que j'entends? " La maison d'Israël" qui a souffert descaptivités nombreuses, qui a servi en Egypte, qui a étéemmenée aux extrémités de la terre, qui en Palestinea enduré des maux sans nombre! Sans doute, me répond le Palmiste.Il n'y a point de meilleurs témoins de ces bienfaits et personnen'en a reçu de plus nombreux et de plus signalés. Bien plus,leurs épreuves mêmes sont une marque de son infinie bonté,et un examen un peu attentif prouvera qu'ils lui doivent de grandes. actionsde grâces pour la venue du Sauveur, car les maux dont elle a étépour eux la source doivent être attribués à leur maliceet non à. Notre-Seigneur. En effet , c'est pour eux qu'il venaitet il leur répétait souvent : " Je n'ai étéenvoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël (Matth.XV, 24), " et à ses disciples: " N'allez point dans les terres desGentils, mais plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël(Ibid. X, 5, 6) ; " et à la Chananéenne " Il n'est pas justede prendre le pain des en" Gants pour le donner aux chiens. " (Ibïd.xv, 26. ) Toutes ses démarches, toutes ses actions se rapportaientdonc à leur salut. S'ils parurent dans la suite indignes de cesbienfaits, c'est à leurs crimes et à leur ingratitude extraordinairequ'il faut l'imputer. " Que la maison d'Aaron dise maintenant que le Seigneurest bon et que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(3). "
Le Prophète fait ici un appel spécial aux prêtres,afin qu'ils viennent chanter les louanges du Seigneur, montrant ainsi l'excellencedu sacerdoce. Car, par cela même qu'ils étaient supérieursaux autres ils reçurent de Dieu plus de gloire, non-seulement parl'honneur du sacerdoce , mais dans bien des circonstance,. Ainsi quandle feu sortit du Tabernacle (Lévit. X, 2), ce fut à caused'eux; et la terre qui s'entr'ouvre (Nomb. XVI, 32), et la verge qui fleurit(Ibid. XVII, 8), et tant d'autres prodiges ont lieu à cause d'euxet pour eux. " Que tous ceux qui craignent le Seigneur disent maintenantqu'il est bon, que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(4). " Car ce sont ceux-là principalement qui peuvent voir sa bontéet en toutes circonstances trouver les preuves de sa miséricorde.Que signifient ces paroles : " Sa miséricorde s'étend danstous les siècles?" C'est-à-dire due continuellement et sansinterruption elle se montre avec éclat dans tous les événements.Il est vrai que ceux dont les yeux de l'âme sont trop faibles ouque quelques passions rendent malades, n'aperçoivent pas cette bontéet cette miséricorde, pas plus que ceux dont les yeux sont malsainsne peuvent contempler le soleil. Et ceux mêmes qui les ont bien disposéssont forcés de les détourner de sa splendeur. Ainsi en est-ilde la Providence générale de Dieu dont la prudence et lasagesse sont si élevées qu'elles Font infiniment au-dessusde toute raison humaine. Ajoutez à cela mille cupidités qui,en nous rendant insensés, nous ôtent la vue et nous empêchentde l'apercevoir. La première est l'amour de la volupté quifait passer par-dessus les choses les plus manifestes sans qu'on les découvre.La seconde est l'ignorance et le dérèglement de l'esprit.Si nous voyons un père châtier son enfant, nous l'approuvons,nous le louons même, et c'est à ce signe surtout que nousreconnaissons qu'il est père. Que Dieu veuille au contraire nouspunir de nos mauvaises actions, nous ne le supportons pas, nous sommesindignés. Quelle absurdité ! quelle perversité comparableà celle-là, puisqu'elle nous fait révolter contredes choses tout à fait opposées et nous fait gémirici de la présence du châtiment, là de son absence.Que l'on aperçoive des hommes qui volent, qui envahissent le biend'autrui, on veut bien qu'ils soient punis. Quand il s'agit de ses propresfautes on raisonne tout autrement. Ce qui est l'indice d'un coeur dépravéet corrompu. La troisième, c'est le défaut de discernementde ce qui est bien d'avec ce qui est mal , ce qui fait porter des jugementsfaux; ce défaut vient de ce qu'on est entièrement adonnéau vice et qu'on se complaît dans le mal. La quatrième, lepeu de connaissance qu'on a de la grandeur de ses fautes. Une cinquièmecause de notre aveuglement, c'est la distance infinie qui se rencontreentre Dieu et les hommes. Il faut ajouter que Dieu ne veut pas tous lesjours tout découvrir parce (160) qu'il juge qu'il doit nous suffirede connaître peu il peu les événements.
2. Il ne faut donc pas trop chercher à pénétreren foules choses la Providence divine, ce serait prétendre àdés choses infinies et infiniment au-dessus de toute nature créée.Quant à ceux qui veulent la comprendre sur certains points il fautqu'ils soient exempts de ces passions dont nous venons de parler, et alorsils la verront plus clairement que le soleil, quoique partiellement, etle peu qu'ils en verront leur apprendra à rendre grâces pourle tout. " J'ai invoqué le Seigneur du milieu de l'affliction, etle Seigneur m'a exaucé, et m'a mis au large (5). " Quelle miséricorde! quelle ponté de la part du Seigneur : Le Psalmiste ne dit pas: j'étais digne, il ne dit pas : j'ai montré mes bonnes oeuvres,mais simplement : " J'ai invoqué, " et ma prière a suffipour éloigner de moi le malheur. C'est ainsi que parle Dieu àpropos des Egyptiens : " J'ai vu l'affliction de mon peuple et je suisdescendu pour le délivrer. " (Exod. III, 7-8.) Il ne dit pas : J'aivu la vertu de mon peuple ou son retour a de meilleurs sentiments, maisson affliction, et j'ai entendu ses cris de détresse. Qui ne reconnaîtrait,à ces traits, le père bienfaisant et miséricordieuxqui s'empresse dé secourir par le seul motif qu'on est malheureux? Les hommes ne regardent pas comme digne d'être sauvé quiconqueest :affligé, et s'il leur arrive de voir torturer et battre deverges des esclaves, ils ne volent pas à leur, secours, mais ilssont arrêtés par la considération de leurs fautes.Dieu. a pardonné par cela seulement qu'on était affligé, et non content d'avoir délivré de l'affliction., il a procuréune grande sécurité. " Il m'a exaucé, " dit le Psalmiste,et il m'a mis au large. Il y a plus : l'affliction n'a étépermise qu'afin de rendre meilleurs et plus sages ceux qu'elle a frappés." Le Seigneur est mon soutien et je ne craindrai point ce que l'homme pourrame faire (6). ".
Quelle grandeur d'âme ! quel esprit élevé ! Commeil sait monter au-dessus de la,faiblesse humaine pour mépriser toute,la nature ! Ne nous contentons pas de constater le fait , ruais apportonsdes preuves à l'appui. Le Psalmiste rie dit pas : Je ne souffriraiplus, mais : " Je ne craindrai point ce que l'homme pourra me faire. "C'est-à-dire, quoique je souffre, je ne craindrai rien , exprimantla même pensée que saint Paul quand il s'écrie : "Si Dieu est, pour nous qui sera contre nous ? (Rom. VIII, 31). Pourtantles ennemis des Juifs étaient innombrables , mais rien ne les accablait.Ne faudrait-il pas en effet, une âme bien pusillanime et bien bassepour craindre ses semblables quand elle a la protection et l'amitiédu Seigneur? Ici au contraire elle est supérieure à toutesles craintes qui l'assaillent de toutes parts. Agissons nous-mêmesde la sorte de peur que nous rie nous privions du secours de Dieu en redoutanttrop les obstacles humains, car cette crainte serait une insulte enversl'assistance divine. Telle fat ta cause des malheurs qui fondirent surla maison d'Ezéchias. En effet, le soleil avait rétrogradéet était revenu sur ses pas, et ce miracle aurait suffi pour remplird'effroi ceux qui étaient venus pour le constater; mais le roi craignantd'être un jour assailli par ses visiteurs voulut les effrayer etexciter leur admiration. non par les prodiges dont il avait étél'objet, mais par des choses humaines : c'est pourquoi il leur montra sestrésors dans lesquels il plaçait toute sa confiance. (IVRois. XX, 14, et suiv.) Aussi, Dieu irrité lui dit par son prophète: " Tout cela te sera ravi (Ibid.), " c'est-à-dire, ces objets danslesquels tu te confies et tu mets tes espérances. Israël, àson tour, est accusé de se confier dans ses trésors et dansses chevaux. Que fait le prophète ? Il les avertit de se hâterd'apaiser le Seigneur par une conduite tout opposée et de dire :" Nous ne monterons pas sur nos chevaux. " (Osée, XIV, 4.) Dieuvous honore et vous le méprisez. Dieu vous honore en vous offrantson secours et vous vous abandonnez aux, espérances Humaines, prétendanttrouver le salut dans l'argent qui, n'est qu'une vile matière. Non-seulementil veut nous sauver, mais il veut nous honorer en mémé temps.Il nous aime ardemment, voilà pourquoi il veut nous séparerde tout pour nous attacher à lui seul : il nous retranche tout pournous amener à lui et chacun de ses actes semble nous dire : " Espérezen moi " et demeurez-moi, constamment attachés. " Le Seigneur estmon soutien et je mépriserai mes ennemis (7). "
Il ne se venge pas, il ne punit pas ses ennemis, mais il remet ce soinà Dieu. " Il est bon de se confier au Seigneur plutôt quede se confier dans l'homme (8). Il est bon d'espérer au Seigneurplutôt que d'espérer dans les princes (9). Il ne s'agit pasici d'une (161) comparaison, mais l'Ecriture a coutume de s'exprimer ainsi,même dans les choses qui n'admettent pas de comparaison, pour condescendreà la faiblesse de ceux auxquels elle s'adresse. Le Psalmiste n'adonc pas voulu établir une comparaison, mais simplement s'abaisserjusqu'à notre intelligence. C'est dans le même sens qu'unautre prophète a dit : " Maudit soit l'homme qui met sa confianceen l'homme ! " (Jér. XVII, 5.) Rien n'est plus faible, en effet,que cette espérance. Une toile d'araignée offrirait plusde ressource. Cette espérance n'est pas seulement faible, elle estencore dangereuse. J'en prends à témoin ceux qui se sontsouvent confiés dans les hommes avec lesquels ils ont étéaccablés. La confiance en Dieu n'est pas seulement solide, maiselle est sûre et à l'abri de tout changement. Aussi saintPaul proclamait que l'espérance en Dieu ne trompe jamais ; et dansun autre endroit la sagesse s'exprime ainsi: " Considérez tout cequ'il y a d'hommes parmi les nations et voyez s'il y en a un seul qui aitespéré dans le Seigneur et qui ait été confondu." (Eccli. XI, 11.) Mais moi, direz-vous, j'ai espéré en vain.Voilà une bonne parole, mes frères, mais elle ne contrediten rien la sainte Ecriture. En effet, si vous . avez étéconfondus, c'est que vous n'avez pas espéré comme il fallait,que vous avez cessé d'espérer, que vous n'avez pas attendula fin, que vous avez été faibles. Agissez autrement désormais,et quand vous serez sous le poids des malheurs ou des difficultés,ne perdez pas courage, car l'espérance consiste surtout àdemeurer fermes au milieu des maux et des périls les plus grands.
3. Quel malheur comparable à celui de ces barbares Ninivites! Ils étaient déjà enlacés dans les filetsde leurs ennemis, la ruine de leur ville était imminente : néanmoins,ils ne perdirent pas courage, mais ils donnèrent les plus grandssignes de pénitence et ils obtinrent que Dieu révoquâtsa sentence. Voilà qui nous montre bien la vertu de l'espérance.Et croyez-vous que dans le ventre de la baleine le Prophète ne songeaitpas encore et au temple, et à son retour dans la ville de Jérusalem?(Jon. II, 5.) Vous aussi, fussiez-vous aux portes de la mort et exposésde toutes parts aux plus grands périls, ne désespérezpas, car Dieu sait des les circonstances même les plus difficilestrouver une heureuse issue. C'est ce qui a fait dire à la sagesse: " Du matin au soir il y a de nombreux changements et tout cela est faibleaux yeux de Dieu. " (Eccli. XVIII, 26.) Rappelez-vous l'histoire de cetribun mourant de faim au milieu de l'abondance la plus grande. (IV Rois,VII, 2.) Et celle de la veuve qui était dans l'abondance malgrésa pauvreté. (III Rois, XVII, 2 et suiv.) Plus la misèredans laquelle vous vous trouvez est extrême, plus vous devez espérer.Car le moment que Dieu choisit de préférence pour montrersa puissance, ce n'est pas aussitôt que commencent nos épreuves,mais c'est lorsque tout semble désespéré. C'est alorsle vrai temps du secours de Dieu. Aussi voyons-nous qu'il ne délivrapas d'abord les trois jeunes hommes de Babylone, mais seulement aprèsqu'ils eurent été jetés dans la fournaise. (Dan. III,93.) Ni Daniel avant qu'il eût été mis dans la fosseaux lions, mais seulement sept jours après. (Dan. XIV, 39, 40.)Il ne faut pas faire attention à la nature des choses qui ne peutque jeter dans le désespoir, mais à la puissance de Dieuqui amène à bonne fin ce qui paraissait sans ressource. C'estce que veut nous montrer le Psalmiste en même temps que nous fairecomprendre les ressources de la puissance divine qui peut délivrerceux qui sont tombés dans les plus grands maux dont ils sont accabléset comme écrasés, quand il ajoute : " Toutes les nationsm'ont assiégé (10). "
Comprenez-vous l'imminence du danger? Il ne s'agissait pas de livrerune bataille, de résister aux ennemis d'un seul pays, mais le Roi-Prophèteétait cerné et comme enveloppé d'un filet ou commepris dans un piége; et cela, non par un, par deux ou par trois ennemis,mais par toutes les nations réunies. Et cependant tous ces biens,malgré leur nombre et leur force, sont brisés par la confianceen Dieu. " Mais je les ai repoussées au nom du Seigneur. Elles m'ontassiégé et environné et je les ai repousséesau nom du Seigneur (11). " Elles m'ont toutes environné, comme desabeilles le rayon de miel, et elles se sont embrasées comme un feuqui a pris à des épines, mais je les ai repousséesau nom du Seigneur (12). "
Comme le Psalmiste nous dépeint bien la grandeur de son infortune! Il ne s'est pas contenté de dire : " Elles m'ont environné," mais il les compare à des abeilles et au feu dans les épines.Les abeilles indiquent une grande vivacité dans l'action et lesépines une (162) colère irrésistible et. une soifde vengeance inextinguible. Est-il possible en effet de résisterau feu (lui est tombé sur des épines ? Cependant, dit leProphète; alors que rues ennemis excités contre moi m'assaillaientavec la violence et la rapidité de l'incendie, non-seulement j'aipu m'échapper, mais je les ai repoussés. Le même prodiges'opère sur la matière, le feu brûlait un buisson,et le buisson n'était pas consumé, et le feu ne s'éteignaitpas, mais ces deux substances demeuraient ensemble sans se détruire.(Ex. III, 2.) Cependant., qu'y a-t-il de plus faible que le bois d'un buisson,de plus ardent que le feu? Mais la puissance admirable de Dieu, qui opèredes miracles qui nous surpassent, permit qu'il en fût ainsi. Il seproduisit un miracle semblable pour le Roi-Prophète. Ses ennemisaccouraient avec la rapidité de la flamme, et comme des abeilles,ils l'entouraient avec une grande vivacité, ils le cernaient detous côtés, mais leurs efforts furent vains. Les armes invincibleset le secours inexpugnable du nom de Dieu les dispersa tous. " J'ai étépoussé, on a fait effort pour me renverser, et le Seigneur m'a soutenu(13). "
Le Psalmiste nous a fait connaître la grandeur de ces maux parla multitude et les dispositions menaçantes, par l'ardeur et l'acharnementde ceux qui l'entouraient: maintenant il arrive à ce qu'il a souffert.J'ai été en butte à tant d'infortunes, nous dit-il,que j'ai failli être renversé et abattu. J'ai ététellement pressé et presque renversé que j'étais surle point de tomber, mais au moment de m'abattre sur mes genoux, comme j'étaisdéjà penché et sans espoir dans les secours humains,le Seigneur a fait paraître son secours. Or Dieu en use de la sorteafin que personne ne lui ravisse et ne s'attribue la gloire qui revientà lui seul. C'est ainsi qu'il fit pour Gédéon dansl'histoire des Juges. (Juges, VII.) Et voilà pourquoi encore, sousle règne d'Ezéchias, il choisit la nuit pour remporter unebrillante victoire. (IV Rois, XIX, 35.) En effet, si ce prince qui n'avaitpris part ni au combat, ni à la victoire, devint néanmoinssi téméraire, il l'eût été bien davantages'il eût assisté à la défaite de ses ennemiset s'il les eût vus tomber. C'est donc bien à l'instant oùtout semble désespéré que Dieu donne son secours.Témoin Goliath (I Rois, XVII), témoins les apôtres.Ecoutez saint Paul : " Nous avons entendu prononcer en nous-mêmesl'arrêt de notre mort, afin que nous ne mettions point notre confianceen nous, mais en Dieu qui ressuscite les morts. " (II Cor. I, 9.) " LeSeigneur est ma force et le sujet de mes louanges. C'est bien en lui quej'ai trouvé mon salut (14). "
En d'autres termes, il a été ma puissance et mon secours.Mais que signifient ces mots " Le sujet de mes louanges? " C'est que non-seulementil délivre des périls, mais il rend célèbreet illustre et partout on peut constater qu'il sauve et qu'il glorifietout à la fois. Ces paroles ont encore un autre sens cachéque voici: qu'à jamais, dit-il, je chante l'hymne de ma reconnaissance,que ma voix lui soit consacrée entièrement, et que je nesois occupé désormais qu'à le louer.
4. Combien donc sont coupables et quelle perte éprouvent ceuxqui se souillent par des chants diaboliques, et qui se plaisent àfaire entendre continuellement les cantiques du démon, bien différentsde ce juste qui loue sans cesse son Sauveur. " Les cris d'allégresseet du salut se font entendre dans les tentes des justes (15). " Aprèsun succès complet remporté par Dieu, ceux qui jouissent dela victoire sont dans la joie et l'allégresse, par la double raisonqu'ils sont sauvés et qu'ils le sont par Dieu. La cause de leurjoie est le Seigneur lui-même qui a triomphé. Mais il fautque nous sachions ce qui a engagé Dieu à donner son assistance,et le Psalmiste ajoute : " Dans les tentes des justes. " Il ne s'agit pasde maison, mais de " tentes, " pour indiquer que c'est une demeure oùl'on ne doit s'arrêter qu'en passant. Telle était la tented'Abraham, quand après avoir vaincu les rois il revenait couvertde la gloire que ses exploits lui avaient méritée. Tellela lente de Paul quand il rentrait après avoir triomphé desdémons, fait disparaître l'erreur, et s'être rendu célèbrepar ses succès. " La droite du Seigneur a fait éclatersa puissance, la droite du Seigneur m'a élevé (16). "
Tel est le sujet de l'allégresse du Psalmiste. Il ne fait querépéter ici ce qu'il disait tout à l'heure en montrantque tous ses succès sont l'oeuvre de Dieu : Il est donc bien vraique sa bonté ne se borne pas à nous délivrer des maux,mais qu'elle nous met encore en possession de la gloire et de l'illustration.En effet, après avoir dit : " La droite du Seigneur a fait (163)éclater sa puissance, " il a ajouté : " La droite du Seigneurm'a élevé, " pour faire ressortir la gloire qui avait rejaillisur lui. Car, " m'a élevé " signifie, m'a comblé degloire, et c'est ainsi que Dieu donne non-seulement la force, mais encorela grandeur. " Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterailes oeuvres du Seigneur (17). "
Les périls me menaçaient de la mort, mais j'ai dit: "Je ne mourrai point, mais je vivrai." C'est-à-dire, la puissancedu Seigneur est si grande que même avant la Nouvelle Loi, il a délivréde la mort au milieu de périls qui ne laissaient plus d'espoir,préconisant ainsi d'avance la résurrection future dont ilnous a du reste donné une image dès l'origine en enlevantHénoch au ciel. (Gen. V, 21.) Si vous né croyez pas possiblela résurrection des morts, que ce fait vous serve de preuve. Comment,en effet, ce corps a-t-il pu subsister aussi longtemps? Car il y a biende la différence entre relever une maison qui tombe eu ruines etconserver autant de temps celle qui s'écroule de vétusté.Ne songez-vous donc point que le Seigneur a créé l'hommequi n'existait pas? A plus forte raison pourra-t-il le rendre àla vie. Nous avons encore une autre figure de la résurrection dansl'enlèvement d'Elie qui n'est pas encore mort. (IV Rois, II, 11.)Pour Dieu, tout se fait vite et facilement. " Il n'y a rien d'impossibleà Dieu, " dit l'Evangéliste (Luc, I, 37); et le Prophète: " Tout ce qu'il a voulu, il l'a fait. " (Ps. CXIII, 11.) Le travail d'unartisan quelconque ne vous serait-il pas impossible? Néanmoins vousvous inclinez devant sa science. Et ainsi, tandis que vous consentez àvous soumettre , devant l'habileté de votre semblable, vous voulezcontrôler les couvres de la sagesse du Seigneur, et pour ne pas lesadmettre, vous refusez un acte de foi. Quelle folie! " Je ne mourrai pas,mais je vivrai. " On peut, sans crainte de se tromper, entendre ces parolesdans le sens anagogique, car bien qu'elles aient été ditesde la résurrection, " Je ne mourrai pas " signifiant que la mortn'est pas une mort véritable, elles veulent dire aussi dans uneacception différente, " Je ne mourrai pas " d'une seconde mort.C'est dans ce dernier sens que le Christ disait : " Je suis la résurrectionet la vie ; celui qui croit en moi, quand il serait mort, vivra, et quiconquevit et croit en moi ne mourra jamais. " (Jean, XI, 25, 26.)
" Et je raconterai les oeuvres du Seigneur. " Voilà principalementen quoi consiste la vie Lover Dieu et annoncer à tous ses merveilles.De quelles oeuvres s'agit-il ici, je vous prie? De celles qui vont êtrerapportées : " Le Seigneur m'a châtié pour me corriger,mais il ne m'a point livré à la mort (l8). " Comme on voitapparaître les oeuvres admirables du Seigneur et l'utilitéque nous en retirons ! David ne rend pas seulement grâces àDieu de ce qu'il a été délivré, mais il regardemême sa chute comme un très-signalé bienfait et latentation comme un avantage en disant : " Le Seigneur m'a châtiépour me corriger. " Car l'utilité de la tentation consiste en cequ'elle nous rend meilleurs. Admirons la puissance de Dieu et le soin qu'ilprend de nous. Il a permis que David fût accablé de maux,puis il l'a délivré, car, dit ce saint roi, " il ne m'a pas" livré à la mort. " Ou, selon la belle interprétationd'une autre version : " Il ne m'a pas " donné à la mort." Paroles qui nous font bien voir que tout dépend de sa puissance.Et ainsi David a été sauvé deux fois, d'abord desmaux du corps, et ensuite du péché. C'est pourquoi saintPaul disait aux Hébreux dans son épître: " Si vousn'êtes point châtiés, tous les autres l'ayant été,vous êtes donc des bâtards et non des enfants légitimes."(Héb. XII, 8.) " Ouvrez-moi les portes de la justice afin quej'y entre et que je rende grâces au Seigneur (l9). " Les portes s'ouvrentà ceux qui sont châtiés, qui déposent le fardeaude leurs péchés.
5. Celui qui a été châtié peut dire avecassurance, " ouvrez-moi les portes de la justice. " Il faut prendre cesparoles dans le sens anagogique et les entendre des portes du ciel quidemeurent fermées aux méchants et qui ne s'ouvrent qu'àla vertu , à l'aumône et à la justice. " C'est làla porte du Seigneur, et les justes entreront par elle (20). " Il y a lesportes de la mort, les portes de la perdition , et les portes de la vie,les portes étroites et difficiles. Comme il y a plusieurs portes,le Prophète fait connaître ce qui distingue la porte du Seigneuren ajoutant "C'est là la porte du Seigneur. " Les premièresne sont pas du Seigneur. Mais quelle est la marque de celle du Seigneur? C'est qu'elle s'ouvre pour ceux qui sont châtiés et affligés,car elle est étroite et basse. Or, si elle est basse, ceux qui sontaffligés et opprimés entrent par (164) elle, de mêmeque celle qui mène à la mort est large et spacieuse. "Je vous rendrai grâces de ce que vous m'avez exaucé et dece que vous êtes devenu mon salut (21). " Le Psalmiste ne dit passeulement à Dieu: " Vous m'avez exaucé ; " mais comme ilavait été châtié et par là rendu meilleur,il lui rend grâces non-seulement d'avoir été exaucé,mais encore d'avoir été châtié : c'est en celadu reste qu'il a été exaucé et il ne pouvait assezen remercier le Seigneur. Car, comme je vous l'ai dit et comme je ne cesseraide vous le répéter, il n'y a pas d'oblation ni de sacrificecomparables à l'oblation et au sacrifice de l'action de grâces. " La pierre qu'ont rejetée ceux qui ont bâti a étéplacée à la tête de l'angle (22)." Qu'il s'agisse icidu Christ, c'est évident pour tous. Car lui-même dans lesEvangiles cite cette prophétie en se l'appliquant, quand il dit" N'avez-vous jamais lu que la pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaienta été placée à la tête de l'angle ? "(Matth. XXI, 42 ; Luc, XX,17.)
Si ces paroles paraissent sans liaison avec ce qui précèdeet si cette prophétie ne fait qu'interrompre le cours de notre histoire,ce n'est pas une nouveauté qui doive nous surprendre, parce quela plupart des prophéties de l'Ancien Testament sont énoncéesde la sorte. Car si elles n'eussent pas été ainsi voilées,les Livres saints auraient été détruits. Ainsi, quandil est question de la naissance de notre Sauveur, quoique la prophétieparaisse se rattacher à l'histoire dont il s'agissait alors, ellen'a rien néanmoins de commun avec elle, comme par exemple celle-ci:" Une vierge concevra et elle enfantera un fils à qui on donnerale nom d'Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous. (Is. VII, 14; Math.I, 27.) La pierre qu'ont rejetée ceux qui bâtissaient. " Par ceux qui bâtissaient on entend ici les Juifs, les docteurs dela loi, les scribes, les pharisiens, qui ont rejeté le Sauveur endisant: " Vous êtes un Samaritain, vous êtes possédédu démon. " (Jean, VIII, 48.) Et encore: " Cet homme n'est pas deDieu, mais il séduit le peuple. " (Jean, VIII, 12.) Malgrécette réprobation il a pourtant été jugé dignede devenir la principale pierre de l'angle. C'est que toute pierre n'estpas propre à être placée dans les angles: mais il fautpour cela des pierres de choix, capables de relier ensemble les deux côtés.Les paroles du Prophète peuvent donc s'interpréter ainsi: Celui que les Juifs ont rejeté avec mépris a paru tellementadmirable que non-seulement il a pu tenir sa place dans l'édifice,mais que même il a servi à relier les deux murs. Et quelssont ces deux murs? Les Juifs et ceux qui croyaient d'entre les Gentils,selon ce mot de saint Paul : " Car c'est lui qui est notre paix, qui desdeux peuples (du Juif et du Gentil) n'en a fait qu'un, qui a rompu en sachair la muraille de séparation, cette inimitié qui les divisait,et qui par sa doctrine a aboli la loi de préceptes, afin de formeren soi-même un seul homme nouveau de ces deux peuples. " (Eph. II,14, 15.) Et encore : " Vous êtes édifiés sur le fondementdes apôtres et des prophètes en Jésus-Christ, qui estla principale pierre de l'angle. " (Ibid. 20.)
Dans ce qui précède, ce sont les Juifs surtout qui sonten cause, eux qui, voulant construire, n'ont pas su discerner la pierreconvenable, mais qui ont rejeté, au contraire, comme défectueuse,celle qui pouvait faire la solidité de l'édifice. Maintenant,si nous voulons savoir de Notre-Seigneur lui-même quels sont cesdeux murs, écoutons-le nous dire: " J'ai encore d'autres brebisquine sont pas de cette bergerie et il faut que je les amène. Ellesentendront ma voix et il n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur. " (Jean,X, 16.) Ce fait avait été figuré bien des sièclesauparavant dans la personne d'Abraham qui fut le père de ces deuxpeuples, à savoir, les circoncis et les incirconcis. Mais encoreune fois, ce n'était que la figure, nous avons la réalitédans Notre-Seigneur qui " est devenu la principale pierre de l'angle, "en réunissant ces deux nations. " C'est le Seigneur qui a faitcette pierre (23)." Qu'est-ce à dire : " C'est le Seigneur qui afait cette pierre? " C'est que ce qui a été exécutéétait au-dessus des hommes, et il n'était au pouvoir d'aucund'eux, pas plus qu'au pouvoir' des anges et des archanges de former unpareil angle. Nul ne peut opérer ce prodige, fût-il juste,prophète, ange ou archange ; à Dieu seul était réservéecette oeuvre admirable, elle est de son domaine exclusif. Une autre versionporte: " C'est le Seigneur qui a fait cela. " C'est-à-dire cetteoeuvre admirable qui surpasse tout ce qu'on peut imaginer, l'uvre de L'angle." Et c'est ce qui paraît à nos yeux digne d'admiration. "Qu'est-ce qui paraît admirable? l'angle, la réunion de cesdeux peuples en une mètre religion. Parmi les Juifs (165) il y eutplusieurs myriades de croyants: les apôtres avaient étépris parmi eux. Le Psalmiste a eu bien raison de dire : " A nos yeux."Car ce prodige ne brille pas à tous les regards. Qui ne serait étonné,ravi, en songeant que le Christ fut adoré là même oùil avait été crucifié et que ceux qui le crucifièrentsont dans l'ignominie, tandis que ses adorateurs sont couverts de gloire? Sa parole se répandit dans tout l'univers, ralliant tous les hommesà la vérité. C'est donc quelque chose d'admirablepour tous, à quelque point de vue qu'on se place, mais surtout etavec beaucoup plus d'évidence pour ceux qui croient, comme le marquentces mots: " A nos yeux. C'est ici le jour que le Seigneur a fait: réjouissons-nous,et soyons pleins d'allégresse (24). " Le mot jour doit s'entendreici non du cours périodique du soleil, mais des choses merveilleusesqui ont été accomplies. Car, de même qu'on dit d'unjour qu'il est mauvais, en faisant allusion, non à la marche dusoleil, mais aux malheurs arrivés dans ce temps, ainsi on appellebon le jour où il s'est passé de belles choses. Les parolesdu Psalmiste peuvent donc se traduire ainsi: C'est Dieu qui a fait leschoses admirables accomplies en ce jour, car sa main seule étaitcapable de les réaliser.
6. Y a-t-il rien qui soit comparable à ce jour? C'est àpareil jour, en effet, qu'a eu lieu la réconciliation de Dieu avecles hommes; alors l'antique guerre a été terminée,et la terre a envahi le ciel, et les hommes indignes de la terre ont parudignes du royaume céleste, et les prémices de notre natureont été élevées au-dessus des cieux, et leparadis a été ouvert, et nous avons recouvré notreancienne patrie, et la malédiction a été abolie, etle péché a été détruit, et ceux quiavaient été punis par la loi ont été sauvéssans la loi, et la terre entière et la mer ont reconnu leur souverain,sans parler d'autres prodiges innombrables que notre discours ne suffiraitpas à énumérer. Aussi le Prophète, aprèsavoir repassé dans son esprit ces merveilles, les attribue toutesà Dieu, montrant que ce qui a été fait, a étéfait par Dieu. " Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse."Il s'agit ici d'une joie spirituelle, joie de lesprit, joie de l'âme." Réjouissons-nous en ce jour et soyons pleins d'allégresse" d'avoir été mis en possession de si grands biens. C'estla marque d'une grande vertu de se réjouir du bien, d'en tressaillir,d'en être rempli d'allégresse, de recevoir avec plaisir lesbienfaits de Dieu. " O Seigneur, conservez, je vous en " prie; ôSeigneur, faites prospérer le règne " de votre Christ, jevous en prie. " En voyant la prospérité de la terre, leschangements et les transformations heureuses qui s'accomplissaient, lePsalmiste félicite ceux qui en sont l'objet et il s'écrie: " O Seigneur, conservez, je vous en prie, ô Seigneur, faites prospérerle règne de votre Christ, je vous en prie. " C'est-à-dire,conservez ceux qui jouissent, et pour que leurs désirs soient accompliset qu'ils produisent des fruits dignes de votre grâce, rendez-leurla voie facile, afin qu'après être arrivés au termede leurs désirs, ils ne se séparent plus de tels biens. "Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur (26) ! " C'est quenos biens ne consistent pas seulement dans ce qui a été fait,mais ils nous conduisent à d'autres biens, infiniment supérieurs: la résurrection, la vie éternelle , l'héritage avecle Christ; toutes choses que le Psalmiste veut faire entendre par ces paroles: " Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! " Notre Sauveura dit la même chose aux Juifs : " En vérité, en véritéje vous le dis, vous ne me verrez plus jusqu'à ce que vous disiez: Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ? " (Matt. XXIII,39.) En effet, comme ils lui jetaient à la face, à tout propos,qu'il n'était pas de Dieu, qu'il était l'ennemi de Dieu,il leur dit : Vous me rendrez vous-mêmes témoignage que jene suis pas l'ennemi de Dieu, quand vous m'aurez vu venir, sur les nueset que vous vous serez écriés : Béni soit celui quivient au nom du Seigneur ! Paroles admirables et pleines de louanges quirendront les Juifs inexcusables; car les événements qui s'accomplirontalors apporteront une telle lumière qu'ils arracheront ce cri quisera tout à la fois, et la glorification de Dieu et l'accusationla plus terrible contre ceux qui le proféreront. " Nous vous bénissonsde la maison du Seigneur. Le Seigneur est le vrai Dieu et il a fait paraîtresa lumière sur nous (27). " Il est question ici de tout le peuplefidèle qui a trouvé la bénédiction dans lamaison du Seigneur. Partout on entend les prophètes appeler bienheureuxceux qui croiront. Pourquoi les bénédictions dont il s'agitici et d'où vient ce bonheur? C'est que " le Sauveur nous est apparu.La grâce de Dieu notre Sauveur a paru, (166) tel et elle nous a apprisque renonçant à l'impiété et aux passions mondaines,nous devons vivre avec tempérance, avec justice et avec piété,étant toujours dans l'attente de la béatitude que nous espéronset de l'avènement du grand Dieu et notre Sauveur, Jésus-Christ." (Tit. II,11, 12, 13.) Le Psalmiste admire ici les bienfaits de l'Incarnation,dans laquelle Notre-Seigneur a paru parmi nous, bien qu'il fût Dieu,et de la substance divine. Il a voulu dire qu'il était apparu, qu'ils'était revêtu de notre chair, qu'il avait passé parle sein d'une vierge, qu'il s'était fait homme et qu'il avait habitéparmi nous. C'est pourquoi il s'est écrié : " Nous vous bénissons" de nous avoir octroyé nu tel bienfait. C'est ce que voulait faireentendre le Christ, quand il disait : " Beaucoup de prophètes etde justes ont souhaité de voir ce que vous voyez et ne l'ont pointvu, et d'entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu." (Matt.XIII,17.) "Rendez ce jour solennel en couvrant de branches tous ces lieux,jusqu'à la corne de l'autel. " Une autre version porte : " Rassemblezdes branches nombreuses pour orner le lieu de vos réunions. " Etune troisième : " Sacrifiez en ce jour de fête des victimeschoisies." Nous passons ainsi de la prophétie à l'histoire.C'est comme si le Psalmiste disait : " Mettez-vous en fête , rassemblez-vousen grand nombre. " Mais qu'est-ce à dire : " Rendez ce jour solennelen couvrant de branches tous les lieux? " Ou bien, selon un autre interprète: " Sacrifiez des victimes choisies ? " Ou bien encore : " Ornez le templede bran" ches et de couronnes? " On pourrait lire dans l'hébreu: " Esrou ag baad oth thim. " " Amenez l'agneau au milieu des branchestouffues, jusqu'aux cornes de lautel. " Mais quel que soit le sens qu'onadopte, il est question d'une fête, d'un jour de joie, d'une assembléenombreuse. Et c'est ainsi qu'après avoir parlé de chosesspirituelles, le Psalmiste revient aux objets matériels et rappelleleur retour. " Vous êtes mon Dieu et je vous rendrai mes actionsde grâces ; vous êtes mon Dieu et je vous exalterai. Je vousrendrai grâce de ce que vous m'avez exaucé et de ce que vousêtes devenu mon salut (28). " David montre ici qu'il faut remercierDieu, alors même qu'on n'en a reçu aucun bienfait, et qu'ondoit le combler d'honneur et de gloire à cause de sa majesté,à cause de sa nature, à cause de sa gloire ineffable. C'estle sens de ces dernières paroles placées après l'énumérationdes bienfaits qu'il a répandus avec profusion sur ses enfants, etil semble nous crier à tous: Même sans ces bienfaits, je seraisreconnaissant et je rendrais grâces d'avoir au Seigneur si grand,si élevé, qu'il ne peut être ni vu ni compris. Carici, "exalter" signifie glorifier. "Louez le Seigneur parce qu'il est bon,parce que sa miséricorde s'étend dans tous les siècles(29)." Ce n'est point assez pour le Psalmiste d'offrir lui-même cesacrifice de louanges, mais il appelle tous les hommes afin qu'ils s'unissentà lui pour prendre part à sa reconnaissance et à sesactions de grâces. Et il chante la bonté de Dieu, célébrantsa perpétuité et sa grandeur. Maintenant que nous sommesinstruits de ces choses, soyons fidèles, nous aussi, à rendrecontinuellement nos actions de grâces à ce Dieu bon, àlui offrir ce sacrifice de louanges, afin de mériter les biens futurs,par la grâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui soit la gloire, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenantet toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il!
EXPLICATION DU PSAUME CXXVIII
" ILS M'ONT SOUVENT ATTAQUÉDEPUIS MA JEUNESSE; OUI, QU'ISRAEL LE DISE. 2. ILS M'ONT SOUVENT ATTAQUÉDEPUIS MA JEUNESSE; C'EST QU'EN EFFET ILS N'ONT RIEN PU CONTRE MOI. UNAUTRE INTERPRÈTE TRADUIT : MAIS ILS N'ONT RIEN PU CONTRE MOI. "" Ils m'ont souvent attaqué depuis ma a jeunesse; oui, qu'Israëlle dise (1). Ils m'ont "souvent attaqué depuis ma jeunesse; c'estqu'en effet ils n'ont rien pu contre moi (2). " Un autre interprètetraduit : " Mais ils n'ont rien pu contre moi. "
Ce psaume se rattache encore au précédent. Car la constructiondu temple ayant été interrompue, et l'ouvrage ne s'achevantpas, le Psalmiste veut donner bon espoir aux Juifs, afin qu'ils ne se découragentpoint, et cherchant dans le passé de quoi les disposer àla confiance pour l'avenir; il leur apprend à dire les paroles dupsaume dont il s'agit. Et que signifient-elles? Que les ennemis des Juifs,quoique les ayant souvent attaqués, ne purent lemporter sur eux,et ne remportèrent point de victoire complète. Et cependant,dit le Psalmiste, ces ennemis firent les Juifs prisonniers, les transportèrenten pays étranger, et les vainquirent dans plusieurs guerres. Oui,mais avant tout, ce ne fut pas par leur propre force que ces ennemis triomphèrentalors, ce fut par l'effet du péché des Juifs; et en outre,ils ne gardèrent pas leur supériorité jusqu'àla fin. Ils ne purent ni exterminer tout à fait la race, ni anéantirentièrement la ville, ni perdre la nation pour toujours; mais aprèsque, par la permission de Dieu, ils eurent eu quelque temps le dessus,ils furent vaincus à leur tour. Et comment le furent-ils? En ceque les Juifs redevinrent florissants comme auparavant. C'est ce qu'exprimeun autre interprète, en traduisant : " Mais ils n'ont pas étéplus forts que (200) moi. Les pécheurs travaillaient sur mon dos,ils ont prolongé leur iniquité (3). " Que signifient cesparoles? Le Psalmiste veut dire : Ils ne m'ont pas tendu des piégesordinaires, mais ils ont formé contre moi nombre de complots etd'embûches, ourdissant mille ruses et m'assaillant en cachette. Carl'expression, " sur mon dos, " indique ou la perfidie et la dissimulation,ou bien un traitement exercé de vive force et avec une grande rigueur.Cela signifie donc, ils cherchaient à briser ma puissance. Un autreinterprète, au lieu de : " Ils travaillaient, " traduit par : "Ils ont labouré, " pour montrer qu'ils mettaient toute leur ardeurà tendre ces piéges contraires à la justice. "Ilsont prolongé leur iniquité. " Que veut dire ici le Psalmiste?Il fait voir qu'ils mirent dans leurs attaques non-seulement beaucoup deviolence, mais encore beaucoup de persistance, y employant un temps considérable,faisant de ces embûches leur grande affaire, et y mettant un acharnementcontinuel. Toutefois, ils n'y gagnèrent rien, grâce non pasà notre force, mais à la puissance de Dieu. C'est pourquoi,voulant montrer Celui qui élève le trophée et quiest l'auteur de 1a victoire, il ajoute : " Le Seigneur dans sa justicea tranché les cous des pécheurs (4). " Et un autre traducteur,au lieu de : " les cous, " a mis : " les lacets, " pour signifier les embûches,les artifices, les ruses. Et le Psalmiste a eu raison de ne pas dire :il a détruit, mais, " Il a tranché, " pour mieux mettre enévidence qu'il a opéré ce résultat en rendantleurs desseins désormais inutiles. Et en effet, lorsque la villecommençait à se rebâtir, une foule de gens, consumésd'envie, attaquèrent les Juifs de tous côtés, et cene fut pas une ou deux fois seulement, mais à bien des reprises.Cela est arrivé aussi à l'Église. Quand elle commençaità s'accroître, tout le monde l'attaquait continuellement:ce furent d'abord les princes, les peuples, les tyrans; puis vinrent lespiéges des hérésies : de toutes parts une vaste guerres'alluma, sous des formes diverses. Malgré cela, elle ne servitde rien les plans des ennemis ont été déjoués,et l'Église est florissante. " Que tous ceux qui détestentSion soient couverts de honte et forcés " à tourner le dos(1) (5). Qu'ils deviennent
1. Apostraphetosan et anatrapetosan ont un sens trop analogue, surtoutsuivis de eis ta opiso , pour qu'on puisse traduire en françaisune différence de versions que donne ici saint Chrysostome. (Em.)
comme l'herbe des toits, qui s'est desséchée avant qu'onl'arrachât (6); dont le moissonneur n'a point rempli sa main (1).Et dont " celui qui ramasse les javelles n'a point rempli son sein (7).Et ceux qui passent n'ont point dit : Que la bénédictiondu Seigneur soit sur vous. Nous vous avons bénis au nom du Seigneur(8). " Le Psalmiste termine par une prière cette exhortation; et,tant par le récit des événements passés quepar cette même prière, il dispose l'auditeur à prendrecourage, et lui montre le motif injuste de cette guerre. C'est l'envie,c'est la haine, qui a fait entreprendre cette suite de combats; aussi dit-il: " Que tous ceux qui détestent Sion soient couverts de honte etforcés à tourner le dos. " Puissent-ils non-seulement avoirle dessous , mais d'une manière honteuse et digne de risée.Ensuite, par ces paroles " Qu'ils deviennent comme l'herbe des toits,"il insiste sur l'image; il ne les compare pas simplement à l'herbe,mais à celle des toits. Pourtant même celle qui croîtdans une bonne terre, passe bien vite; eh bien! pour peindre plus vivementencore le peu de valeur de nos adversaires, il les compare à l'herbequi pousse sur les maisons; de manière que la facilité derenverser nos ennemis ressort pour nous d'un double rapprochement : lanature de l'herbe et la nature du lieu. Telles sont, nous dit-il, leursattaques : elles n'ont ni racine, ni soutien; ces adversaires semblentd'abord un instant fleurir, mais ensuite on les voit ce qu'ils sont, etleurs menées retombent sur eux-mêmes. Telle est aussi la prospéritéde ceux qui vivent dans l'iniquité, tel est le brillant des chosesde la vie; à peine apparu, tout cela s'évanouit, n'ayantni fondement ni force intime. Il ne faut donc pas tenir compte de ces avantages,mais, songeant à leur fragilité, il faut aspirer aux biensimmortels, inébranlables et immuables. Puissions-nous tous les obtenir,par la grâce et la bonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ,avec lequel gloire au Père ainsi qu'au Saint-Esprit, dans les sièclesdes siècles ! Ainsi soit-il.
1 Même remarque pour Kheir main en général, et draxmain fermée pour tenir une poignée de quelque chose; maisavec plero , remplir, il n'y a pas en français deux manièresde traduire. (Em.)
EXPLICATION DU PSAUME CXXIX
" DES PROFONDEURS J'AI CRIÉ VERSVOUS, SEIGNEUR. SEIGNEUR, EXAUCEZ MA PRIÈRE. "
1. Que signifient ces mots : " Des profondeurs? " Ce n'est pas simplementla bouche, ni simplement la langue qui prononce ces mots, tandis que lapensée est errante; non, ils sortent du fond le plus intime du coeur,c'est avec un grand zèle, une grande ferveur, que la penséeles tire de ses profondeurs. Telle est, en effet, l'âme des affligés;elle remue en même temps qu'elle le couur tout entier, en invoquantDieu avec une grande componction, et c'est pour cela qu'elle se fait écouter.Oui, de telles prières ont une grande force, et rien ne les abatni ne les ébranle, quand même le démon viendrait àla charge avec une grande violence. De même qu'un arbre vigoureux,qui envoie de toutes parts ses racines sous terre à une grande profondeur,et en étreint rigoureusement tous les replis, résiste ainsià toute la violence des vents, tandis que celui qui ne tient qu'àla surface du sol est ébranlé au moindre souffle qui arrive,et bientôt, arraché avec sa racine, s'en va joncher la terre;de même les prières, lorsqu'elles partent du coeur, qu'ellesont des racines profondes, alors taille et mille pensées ont. beausurvenir, et le démon déployer tous ses armements, ellesdemeurent fermes et invincibles, rien ne peut les abattre; celles au contrairequi ne partent que de la bouche, que des lèvres, qui ne viennentpas du coeur, ne peuvent pas non plus monter jusqu'à Dieu, àcause de la tiédeur de celui qui les profère. Un tel homme,au moindre bruit le voilà renversé; le moindre tumulte l'arracheà son oraison ; la bouche retentit, mais le cur est vide et lapensée au dépourvu. Ah ! ce n'est pas ainsi que priaientles saints, eux dont la contention d'esprit allait jusqu'à ployerle corps tout entier. Ainsi le bienheureux Elie, voulant prier, cherchad'abord la solitude; puis, s'étant mis la tête entre les genoux,il embrasa son cur d'une grande ferveur, et donna cours alors àses prières. (III Rois, XVIII, 42.) Voulez-vous maintenant le voirprier debout? Contemplez-le une autre fois dressé vers le ciel,et avec une telle contention qu'il fait descendre le feu d'en-haut. (ibid.V, 36-38.) De même lorsqu'il voulut ressusciter le fils de la veuve,c'est en se raidissant tout entier qu'il opéra cette résurrection,et cela sans en être brisé, sans bâiller (202) commenous autres, mais réchauffé au contraire par l'ardeur desa prière. (III Rois, XVII, 19-22.) Mais pourquoi parler d'Elieet de ces saints illustres?
J'ai souvent vu des femmes prier tellement du fond du coeur pour unmari en voyage ou un enfant malade, et verser de tels torrents de larmes,qu'elles obtenaient enfin ce qu'elles demandaient par leur prière.Eh bien! si pour la santé d'un enfant, si pour un mari qui est àl'étranger, des femmes s'enflamment à ce point dans leursprières, quelle excuse aura l'homme qui n'a que de la tiédeurlorsque son âme est morte ? C'est bien pour cela que souvent, aprèsavoir prié , nous nous retirons vides comme auparavant. Ecoutezcomment Anne priait du fond du coeur, quels torrents de larmes elle versait,et comment elle était transportée au sortir de sa prière!(I Rois, I, 10-11.) C'est que celui qui prie ainsi, recueille de grandsavantages de sa prière, même avant d'obtenir ce qu'il demande,car il fait taire toutes ses passions, il apaise sa colère, se dépouillede sa jalousie, mortifie sa concupiscence, dompte son amour pour les chosesde la vie, établit son âme dans un grand calme, enfin s'élèvejusqu'au ciel. Car de même que la pluie, en tombant sur la terredesséchée, la fait devenir molle, ou de même que lefeu assouplit le fer, ainsi une telle prière amollit et attendritplus énergiquement que le feu, plus efficacement que la pluie, lasécheresse que les passions ont communiquée à l'âme.L'âme est chose tendre et impressionnable; mais, semblable àl'Ister, dont l'eau devient souvent dure comme la pierre sous l'influencedu froid, ainsi notre âme, sous l'influence du péchéet d'une grande tiédeur, s'endurcit et se pétrifie. Nousavons donc besoin d'une forte chaleur pour amollir cette dureté.Or, c'est principalement la prière qui en vient à bout. Lorsdonc que vous y avez recours, ne cherchez pas seulement à obtenirce que vous demandez , cherchez aussi comment vous pourrez, en priant,rendre votre âme meilleure. Car c'est là l'uvre de la prière.L'homme qui prie ainsi s'élève au-dessus des choses de cemonde, il s'envole par la pensée, il donne de l'agilité àson intelligence et n'est plus emprisonné par aucune passion. "Desprofondeurs j'ai crié vers vous, Seigneur." Le Psalmiste met icideux choses : " Des profondeurs, " et : " J'ai crié vers vous. "Par ces cris, il ne veut pas dire le son de la voix, mais la dispositionde notre esprit. " Seigneur, écoutez ma voix. " Il y a deux enseignementsà tirer de là : le premier, c'est que nous ne pouvons absolumentrien obtenir de Dieu, si nous n'y apportons ce qui dépend de nous;c'est pour cela qu'il commence par dire : " Des profondeurs , j'ai crié," et qu'il ne dit qu'ensuite : " Ecoutez ma voix. " Le second point, c'estqu'une prière énergique, à laquelle se joignent lesflots de larmes de la componction, a un grand pouvoir auprès deDieu pour le faire accéder à ce que nous implorons. Et eneffet, c'est en homme qui a accompli quelqu'oeuvre très-méritoire,et qui a fait ce qui dépendait de lui, que le Psalmiste ajoute :" Seigneur, écoutez ma voix (1). Que vos oreilles deviennent attentivesà la voix de rua prière (2). " Il appelle " oreilles " lafaculté que Dieu a d'entendre ; et par le mot de " voix, " il faitallusion non pas au son produit par notre souffle, ni à nos cris,mais à notre tension d'esprit. " Si vous considérez les iniquités,Seigneur, " Seigneur, qui pourra résister ? " Ceci, c'est afin quepersonne ne vienne dire : Pécheur comme je suis, et sous le poidsde misères sans nombre, je ne puis m'approcher de Dieu, le prierni l'invoquer ; pour détruire ce prétexte, le Psalmiste s'exprimeainsi : " Si vous considérez les iniquités, Seigneur, Seigneur,qui pourra résister ? " Car cette question : " Qui pourra? " revientà dire : Il n'y a personne qui puisse. Non en effet, cela ne sepeut, il n'y a personne au monde qui, s'il rendait un compte exact de sesactions, fût jamais en état d'obtenir indulgence et miséricorde.
2. Et si je vous parle ainsi, ce n'est pas afin de porter les âmesà la tiédeur, c'est pour consoler ceux qui tombent dans ledécouragement. Car qui pourra se vanter d'avoir le coeur pur, "ou dire avec assurance qu'il est exempt de péché? " (Prov,XX, 9.) Sans aller chercher d'autres exemples, je n'ai qu'à vousciter saint Paul; et si je voulais lui faire passer rigoureusement en revuesa conduite, il n'y résisterait pas non plus. En effet, qu'aurait-ilà dire? Il avait lu les Prophètes avec soin, en observateurzélé de la loi de ses pères, il voyait les prodigesqui s'accomplissaient, et pourtant il restait persécuteur; et ilne changea pas avant d'avoir été favorisé de cettemerveilleuse vision, et d'avoir entendu cette voix terrible ; jusque-làil avait continué à jeter partout le (203) trouble et ledésordre. Néanmoins, Dieu oublia tout cela, il l'appela,et daigna le combler de sa grâce. Et que dirons-nous de Pierre, luiqui occupe le premier rang? Après des miracles et des prodiges sansnombre, après tant d'exhortations et d'avertissements Dieu ne leconvainquit-il point d'avoir gravement failli ? Pourtant, Dieu oublia celaaussi, et il établit Pierre le prince des apôtres. Aussi luidit-il : " Simon, Simon, voilà que Satan a cherché àte passer au crible comme le blé; et moi j'ai prié pour toiafin que ta foi ne vienne pas à manquer. " (Luc, XXII, 31, 32.)Vous le voyez, si après tout cela Dieu n'usait de miséricordeet d'indulgence, s'il venait juger les hommes d'après un examenrigoureux, il les trouverait coupables tous absolument. C'est ce qui faitdire à saint Paul : " Ma conscience ne me reproche rien, mais jene suis pas justifié pour cela (I Cor. IV, 4) ; " et au Psalmiste: " Si vous considérez les iniquités, Seigneur, Seigneur! " La répétition de ce dernier mot n'est pas l'effet duhasard : elle montre un homme saisi d'étonnement et d'admirationdevant l'extrême miséricorde , limmense majesté deDieu, devant l'océan sans bornes de sa bonté. " Qui pourrarésister? " Le Psalmiste ne dit pas : Qui pourra échapper?mais: "Qui pourra résister ? " On ne pourra même , veut-ildire, rester en la présence de Dieu. " Parce que c'est de vous quevient la propitiation (11). " Que signifient ces mots? En voici le sens: Ce n'est pas en vertu de nôs propres mérites, mais c'estgrâce à votre bonté, qu il nous est possible d'échapperau châtiment. En effet, si votre justice nous épargne, celadépend de votre miséricorde. Si cette dernière nousest refusée; nos propres actions ne suffiront pas pour nous soustraireà la colère à venir.
3. C'est ce que Dieu nous enseigne encore lorsqu'il dit par son Prophète:" C'est moi qui efface tes iniquités. " (Isaïe, XLIII, 25.)C'est-à-dire, cela n'appartient qu'à moi , c'est le faitde ma bonté, de mon amour pour toi. De sorte que tes actions nesauraient jamais suffire pour te mettre à l'abri du châtiment,si ma miséricorde n'y venait ajouter son uvre. Et plus loin: "Je vous supporte (Isaïe, XLVI, 4), " dit-il encore. " A cause de votrenom, je vous ai a attendu, Seigneur. Mon âme a attendu l'effet devotre parole. " (Ps. CXXIX, 4.) " Mon âme a espérédans le Seigneur. " (Ibid. 5.) Une autre version porte: " A cause de votreloi, " et une troisième: " Afin que votre parole fût connue." Dans tous les cas, voici le sens: à cause de votre miséricorde,à cause de votre loi , j'ai attendu mon salut ; car si je considéraisce qui dépend de moi, il y a. longtemps que j'aurais perdu toutcourage et tout espoir; mais comme je songe à votre loi et àvotre parole , j'en conçois de bonnes espérances. A quelleparole songe-t-il? A la parole de la miséricorde divine. Car c'estce Dieu qui dit: " Autant le ciel est distant de la terre , autant mesrésolutions sont distantes des vôtres, et mes voies de vosvoies. " (Isaïe, LIX, 9.) Et autre part: " Autant le ciel est élevéau-dessus de la terre , autant le Seigneur a affermi sa miséricordesur ceux qui le craignent. " (Ps. CII, 11.) Et ensuite : " Autant l'orientest distant de l'occident, autant il a éloigné de nous nosiniquités. " (Ibid. 12.) C'est-à-dire, je n'ai pas seulementsauvé ceux qui avaient fait de bonnes couvres , mais j'ai épargnéles pécheurs, et au milieu de tes prévarications j'ai faitparaître ma protection et ma sollicitude. Un autre interprètetraduit: " Afin que vous soyez redouté, je vous ai attendu , Seigneur." Redouté de qui? de mes ennemis , de ceux qui me tendent des embûcheset qui me baissent. Maintenant, que signifie: " A cause de votre nom? "C'est-à-dire : Quoique je sois un pécheur, et sous le poidsde misères sans nombre, cependant, je le savais, de peur que votrenom ne fût profané, vous ne nous auriez pas laisséspérir. C'est ce que Dieu dit aussi dans Ezéchiel: " Ce n'estpas à cause de vous que je le fais, mais à cause de mon nom,afin qu'il ne soit pas profané parmi les nations. " (Ezéch.XXXVI, 22. ) Ce qui veut dire : par nous-mêmes, nous ne méritionspas d'être sauvés, et nous ne pouvions fonder aucune espérancesur nos actions; mais nous attendons notre salut à cause de votrenom, et cet espoir nous est laissé. Dans une autre version nouslisons: " A cause de la crainte j'ai attendu le Seigneur. " Dans une autre: " A cause de la loi j'ai attendu le Seigneur. Mon âme a attendul'effet de ta parole. " Dans une autre : " Mon âme a espéréen sa parole. " Et dans une autre : " Mon âme a attendu , et j'aiprêté l'oreille pour entendre sa parole. " C'est-à-dire,j'avais une ancre sainte qui m'était fournie par les déclarationset les promesses continuelles attestant sa miséricorde et sa (204)bonté, et je ne désespérais pas de mes propres intérêts." Depuis la première heure du matin jusqu'à la nuit, qu'Israëlespère dans le Seigneur (6). " Il veut dire par là: toutela vie, puisque c'est: le jour et la nuit durant. Car il n'est rien detel pour le salut, que de l'avoir toujours en vue, et de rester attachéà cette espérance, malgré les mille événementsqui peuvent survenir et nous porter au découragement. Cette idéeest un rempart indestructible , un abri inviolable , une forteresse inattaquable.Ainsi , quand même les circonstances vous menaceraient de la mort,de quelque danger, d'une ruine totale , ne renoncez pas à espéreren Dieu, à attendre de lui votre salut. Tout est pour lui facileet aisé, et il saura bien trouver une issue pour vous tirer d'uneposition inextricable. Ce n'est donc pas seulement lorsque les événementssuivent leur cours naturel, que vous devez vous attendre à ce queDieu vous accorde ses secours, c'est encore et surtout quand survient latempête, quand se gonflent les flots, et que nous courons les derniersdangers. Car c'est surtout alors que Dieu déploie sa puissance.Tel est donc le sens de ce passage: il faut espérer continuellementdans le Seigneur, tout le temps de notre existence , durant toute notrevie. " Parce qu'auprès du Seigneur est la miséricorde, etque la rédemption abonde auprès de lui. Et lui-mêmerachètera Israël de toutes ses iniquités (7). " Quesignifie: " Parce qu'auprès du Seigneur est la miséricorde(8) ? " C'est-à-dire, il y a en lui une source, un trésord'amour pour les hommes, qui se répand continuellement sur eux.Où est la miséricorde, est aussi la rédemption : etune rédemption non pas ordinaire , mais considérable , unocéan immense d'amour pour nous. Ainsi, même quand nous sommescompromis par nos péchés, il ne faut ni perdre courage nidésespérer. Car là où il y a miséricordeet monté, on n'exige pas un compte rigoureux des fautes commises,attendu que le juge, dans sa grande compassion, et entraînépar son penchant à nous aimer, néglige la plupart des griefs.Tel est Dieu en effet. il est porté, il est enclin à fairecontinuellement miséricorde et à nous accorder notre pardon:" Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités." Si donc Dieu est ainsi, si la grandeur de son amour pour nous se déversede toutes parts , il est aisé de voir qu'il sauvera aussi son peuple,et qu'il l'affranchira non-seulement du châtiment, mais encore despéchés. Instruits de cette vérité , persévéronsdans l'invocation et dans la prière, et n'y renonçons jamais,soit que nous obtenions, soit que nous n'obtenions pas. Car s'il est lemaître de donner, il l'est aussi de donner quand il veut, et c'estlui également qui connaît à point le moment favorable.Persévérons donc dans nos supplications , dans nos invocations, dans notre confiance en sa miséricorde et en sa bonté,et ne désespérons jamais de notre salut, mais contribuons-yselon notre pouvoir, et alors ce qui dépend de lui ne pourra manquerde venir à la suite, puisqu'il y a chez lui miséricorde ineffableet amour illimité pour les hommes. Puissions-nous tous en ressentirles effets, par la grâce et la miséricorde de Notre-SeigneurJésus-Christ, avec lequel gloire au Père et au Saint-Esprit,dans les siècles des siècles ! Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXX
" SEIGNEUR, MON COEUR NE S'EST POINTÉLEVÉ D'ORGUEIL, ET MES YEUX NE SE SONT PAS FIÉREMENTPORTÉS EN HAUT. " AUTRE TEXTE : " MES YEUX NE SE SONT POINT ÉLEVÉSD'ORGUEIL, ET JE N'AI PAS MARCHÉ AU MILIEU DES CHOSES GRANDES, NIAU MILIEU DES CHOSES SURPRENANTES ET AU-DESSUS DE MOI. " AUTRE TEXTE: " AU MILIEU DES CHOSES MAGNIFIQUES. " AUTRE TEXTE : " AU MILIEU DESCHOSES POMPEUSES, NI AU MILIEU DES CHOSES DONT LA GRANDEUR FUT AU-DESSUSDE MOI (1). "
1. Eh quoi ! saint Paul, tout en y étant forcé, dit quec'est une folie, de se louer soi-même; aussi ajoute-t-il : "Je mesuis glorifié a follement, c'est vous qui m'y avez forcé." (II Cor. XII, 11.) Comment donc le Prophète a-t-il ignorécela et se glorifie-t-il maintenant, non pas devant deux ou trois personnes,non pas devant une dizaine d'auditeurs, mais à la face du mondeentier? Et voici en quels termes il se glorifie : Je suis humble et modéré,je suis excessivement humble, je suis simple; car c'est là le sensde : " Comme est l'enfant a sevré à l'égard de samère (2). " Pourquoi donc tient-il ce langage? C'est qu'il n'estpas toujours défendu de se glorifier et que dans Certains cas celaest même nécessaire; bien plus, il y a des circonstances oùce n'est pas en nous glorifiant, mais en ne nous glorifiant pas, que nousserions insensés. C'est pour cela que le même saint Paul nousdit : " Que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur. " (IICor. X, 17.) En effet, celui qui ne se glorifie point de la croix, estle plus insensé et le plus coupable des hommes, celui qui ne seglorifie pas de la foi est le plus malheureux des mortels, celui qui nese glorifie point et ne se confie point en ces choses-là périrainfailliblement. Aussi l'Apôtre disait-il plein d'assurance " Quantà moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie, exceptédans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. " (Gal. VI, 14.) Etl'on trouve ailleurs dans l'Ecriture : " Que le riche ne se glorifie pasdans sa richesse, ni le sage dans sa sagesse, ruais voici de quoi il doitse glorifier, c'est de comprendre et de connaître le Seigneur. "(Jér. IX, 23, 24.) Quelle est donc la mauvaise manière dese glorifier ? C'est quand nous le faisons comme le Pharisien. (Luc, XVIII.)Et pourquoi, demandera-t-on, saint Paul a-t-il dit : " Je me suis glorifié(206) follement, c'est vous qui m'y avez forcé? " Parce qu'il racontaitles actions méritoires de sa vie, sa belle conduite, choses qu'iln'aurait pas dû proclamer s'il n'y avait pas eu nécessité.Il dit aussi un peu plus haut : " Même si je veux me glorifier, jene serai pas insensé, car je dirai la vérité. " (IICor. XII, 6.) De sorte que celui qui dit la vérité, quandla circonstance l'y détermine, n'est pas un insensé. Ainsile Prophète non plus n'était pas insensé lorsqu'ilse glorifiait, car il disait la vérité. Mais quel est lemotif qui l'a amené à tenir ce langage? C'était pourapprendre à ceux qui l'écoutaient qu'après avoir étédélivrés de leurs maux, ils ne devaient pas s'abandonnerde nouveau au vertige de l'orgueil, ni dégagés de leurs chaînes,retomber par de nouveaux écarts, dans la nécessitéd'une autre captivité. Ainsi, en racontant sa propre conduite, ilcorrige l'auditeur et il ne dit pas : Je me suis senti élevéd'orgueil , mais j'ai maîtrisé ma passion; il dit : " Moncoeur ne s'est point élevé d'orgueil; " c'est-à-dire,la malice n'a pas même effleuré mon âme. Sa penséeétait comme un port tranquille où n'entrent point les flotsde ce mal qui est la cause de tous les autres, la source des plus grandesiniquités. Que veut-il dire par ces paroles : " Seigneur, mon coeurne s'est point enflé d'orgueil et mes yeux ne se sont pas fièrementportés en haut? " Cela signifie : Je n'ai point froncé lessourcils, ni dressé la tête. Car le mal de l'orgueil, en débordantde la source de passion qui est au dedans de nous, reproduit sur notrecorps même l'expression de ce bouillonnement intérieur. "Et je n'ai pas marché au a milieu des choses grandes, ni des chosessurprenantes et au-dessus de moi. " Que signifie : " Au milieu des chosesgrandes? " Cela veut dire : Parmi les hommes orgueilleux, riches, vainset arrogants. Voyez-vous quelle humilité rigoureuse ? Non-seulementil était lui-même exempt de cette plaie, mais il allait jusqu'àfuir les gens qui en étaient dévorés et dans sa grandehaine pour l'orgueil, il se dérobait à de telles sociétés.Car comme il détestait ce vice, non-seulement il s'y dérobait,non-seulement il lui fermait tout accès à sa pensée,mais encore il fuyait à une grande distance de ceux qui s'y abandonnaient,de sorte que même de ce côté il n'en pouvait subir lacontagion.
Or ce n'est pas un faible mérite que de fuir les arrogants, dehaïr les orgueilleux, de s'écarter d'eux et de les avoir enhorreur : c'est la plus grande sûreté pour la vertu et lameilleure garde pour l'humilité. " Ni au milieu des choses surprenanteset au-dessus de moi." Ou autrement : " Ni au milieu des choses dont lagrandeur fût au-dessus de moi (1). " Si je n'ai pas étéhumble dans mes sentiments, mais haut dans mes pensées, comme estl'enfant sevré à l'égard de sa mère, vous rétribuerezmon âme en conséquence. " Ou autrement : " Que mon âmesoit rétribuée en conséquence. " Il use ici d'unetransposition; c'est comme s'il y avait : Si je n'ai pas étéhumble comme est l'enfant sevré à l'égard de sa mère,si j'ai été haut dans mes pensées, que mon âmesoit rétribuée en conséquence. Et le sens, le voici: Non-seulement j'étais pur du vice, je veux parler de l'orgueil;non -seulement j'étais étranger à ceux qui le nourrissaienten eux-mêmes, mais je cultivais au dernier point la vertu opposéeà ce vice, savoir, l'humilité, la modération, la contrition.C'est cela même que Jésus-Christ commandait à ses disciplesen ces termes : " Si vous ne changez et si vous ne devenez comme les enfants,vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. " ( Matth. XVIII, 3.) Ainsile Prophète veut dire : J'ai eu autant d'humilité que l'enfantà la mamelle. Car de même que cet enfant se tient attachéà sa mère, qu'il est humble, qu'il est exempt de tout, orgueil,qu'il a en partage l'innocence et la simplicité; ainsi étais-jeà l'égard de Dieu, me tenant continuellement attachéà lui. Et ce n'est pas au. hasard qu'il donne pour exemple l'enfantque l'on a sevré; il veut nous représenter la tribulation,la détresse, le chagrin, la grandeur des maux. Ainsi, comme l'enfantqu'on vient d'arracher à la mamelle, ne se détache pas pourcela de sa mère, mais qu'avec des plaintes et des larmes, des impatiences,des inquiétudes et des gémissements, il persiste àrester attaché à celle, qui lui a donné le jour, etne veut pas s'en séparer; de même, dit le Prophète,quoique je fusse dans les tribulations, dans la détresse, dans denombreux malheurs, je restais attaché à Dieu. Et s'il n'ena pas été ainsi, que mon âme reçoive sa rétribution,c'est-à-dire que je subisse le dernier châtiment. " Qu'Israëlespère dans le Seigneur, depuis maintenant et jusque dans l'éternité(4)! " Vous le voyez, comme je vous le disais en (207) commençant,pour les choses qui regardent la foi et les dogmes, il faut, mêmesans motif particulier, se glorifier continuellement, et celui qui ne s'englorifie pas est perdu; et quant aux actions méritoires de notrevie, nous ne devons jamais reculer à nous en glorifier, quand lescirconstances nous y amènent. Et quelles circonstances? Elles sontnombreuses et diverses, et l'instruction de nos auditeurs est de ce nombre.Le Prophète le savait bien; c'est ce qui fait que, pour nous montrerqu'il rapporte ses propres mérites, afin d'entraîner ses auditeursau même zèle, il ajoute ces paroles : " Qu'Israël espèredans le Seigneur, depuis maintenant et jusque dans l'éternité: " C'est comme s'il nous disait Quand même les malheurs, les découragements,les guerres, les captivités, n'importe quels maux imprévusviendraient vous assiéger, tenez-vous attaché à l'espéranceen Dieu, à l'attente des biens futurs, et alors vous ne pouvez manquerd'obtenir une bonne fin, car Dieu récompensera par la délivrancede vos maux votre bonne espérance d'ici-bas, en Jésus-ChristNotre-Seigneur, auquel appartiennent la gloire et la puissance dans lessiècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION SUR LE PSAUME CXXXI
" SOUVIENS-TOI, SEIGNEUR, DE DAVID,ET DE TOUTE SA DOUCEUR. "
1. Nous voyons d'autres circonstances où, aime titre àson salut, on se contente d'invoquer le souvenir de ses ancêtres: mais ici, on rappelle en outre leurs mérites, et spécialementcelui qui est la source de toutes les vertus, ce caractère de mansuétude,d'humilité, de douceur, qui faisait principalement admirer Moïselui-même. En effet, l'Ecriture nous dit : " Il était le plusdoux de tous les hommes de la terre. " (Nom. XII, 3.) Ici, certains hérétiques,pensant trouver en faute sa conduite, et ce que, 1'Ecriture dit de lui,(208) s'écrient: Comment donc? c'était le plus doux des hommes,celui qui se jeta sur cet Egyptien, et le tua? celui qui sema parmi lesJuifs tant de meurtres et de guerres intestines? celui qui donna ordreaux enfants de Lévi de mettre à mort leurs proches ? celuiqui entr'ouvrit la terre par sa prière, qui attira d'en-haut lafoudre, engloutit les uns dans la mer, et en brûla d'autres ? Sicet homme était doux, quel sera donc l'homme colère et cruel? Arrêtez : ne tenez point de discours superflus. Que Moïsefût doux, qu'il fût le plus doux des hommes , c'est ce queje prétends, c'est ce dont je ne me départirai point; etsi vous voulez, je n'irai pas chercher ma preuve autre part, je tâcheraide la trouver dans les faits mêmes que l'on objecte. Je serais pourtantbien en droit d'alléguer, et le langage qu'il tint à Dieuau sujet de sa soeur, et les supplications qu'il adressa au ciel en faveurde la nation juive, tant de paroles apostoliques et divines, la mansuétudeenfin avec laquelle il conversait avec le peuple. Il me serait permis deciter ces exemples, et d'énumérer bien d'autres faits encore;mais si vous le voulez, laissons-les de côté, et, nous servantdes propres objections de nos ennemis, rapportées en premier lieu,montrons qu'il était très-doux, parles raisons mêmequi font croire à certaines gens qu'il était rigide, cruelet colère. Comment procéderons-nous? Nous distinguerons d'abord,et nous définirons ce que c'est que la douceur, ce que c'est quela dureté. Le seul fait de frapper ne constitue pas absolument ,ladureté, comme celui d'épargner ne prouve pas nécessairementla douceur; celui-là est doux qui, assez courageux pour supporterles offenses qui lui sont faites, défend les opprimés, etse conduit en, vengeur sévère de ceux que l'on outrage; sibien que quiconque agit. autrement est un homme apathique, endormi, unhomme autant dire mort, mais il n'est point doux, il n'a point la, mansuétude.N'avoir aucun souci des victimes de l'injustice, ne pas s'affliger de leursort, ne point s'irriter contre les auteurs de ces outrages, ce n'est paslà de la vertu, c'est de la lâcheté; ce n'est pas dela douceur, c'est de l'apathie. Ainsi, c'est précisémentune preuve de sa douceur que cette chaleur qui allait jusqu'à lefaire bondir quand il voyait les autres injustement traités, incapablequ'il était de maîtriser son indignation en faveur de la justice.Quand c'était lui l'offensé, il ne se vengeait pas, il nesévissait pas , il supportait tout jusqu'au bout avec résignation.S'il avait été dur , colère , cet homme si bouillant,si enflammé pour la défense d'autrui , n'aurait pas pu secontenir pour ses griefs personnels; on l'eût vu au contraire s'irriteralors bien davantage. Car vous le savez, nos propres maux nous affectentplus que ceux des autres. Moïse, lui, quand on faisait tort àautrui, tirait vengeance de l'injure à l'égal de ceux. mêmesqui l'avaient soufferte; mais quant aux offenses dont lui-même étaitl'objet , il en faisait le sacrifice avec une grande patience; de sortequ'il montrait en, lui, portées au plus haut point, les qualitésopposées, la haine de l'iniquité d'une part, et de l'autrela longanimité. Et que devait-il donc faire, selon vous? Laisserl'injustice se commettre, et le mal se répandre par tout le peuple?Mais ce n'était pas là le devoir d'un chef de nation, nile fait d'un homme patient et longanime; cela n'eût dénotéque l'apathie et l'abattement. Quand la gangrène s'étendet menace d'envahir le corps entier, vous ne blâmez pas le médecinqui en arrête les progrès par l'amputation : et vous ditesqu'un homme fut la dureté même, parce qu'il voulut par uncoup d'une certaine rigueur, retrancher un mal bien plus cruel que la gangrèneet qui allait gagnant tout le peuple? Jugement inconsidéré,car à la tête d'un peuple pareil, pour mener une nation siintraitable, si dure et si rétive, il fallait réprimer lesabus dès le principe, couper le mal à sa naissance, pourne pas lui permettre d'aller plus avant. Mais, dira-t-on, il a engloutiDathan et Abiron. Eh quoi ! Fallait-il donc qu'il laissât fouleraux pieds le sacerdoce, renverser les lois de Dieu, détruire cedont toutes choses dépendent, c'est-à-dire la dignitésacerdotale; fallait-il qu'il ouvrît à tout le monde le sanctuaire,et que, par sa faiblesse à l'égard de tels hommes, il livrâtles enceintes sacrées à quiconque eût voulu y porterses pas sacrilèges; fallait-il enfin que l'ordre fût partoutboule. versé ? C'est là surtout ce qui eût étéun acte, non de douceur, mais d'inhumanité et de cruauté,de laisser un si grand mal s'accroître, et, pour épargnerdeux cents hommes, d'eau perdre tant de milliers. En. effet, répondez,lorsque Moïse ordonna aux enfants de Lévi de massacrer leursproches, qu'aurait-il fallu faire? Dieu était irrité, l'impiétéallait (209) croissant et rien ne pouvait les soustraire à la colèrecéleste : Moïse aurait-il dû, laissant le fléaudu ciel s'abattre sur toutes les tribus, livrer ainsi la race hébraïqueà une extermination générale, et, le châtiments'accomplissant, ne point s'occuper du péché, qui devenaitalors irrémédiable. Ou bien n'a-t-il pas dû plutôt,par la punition corporelle et le meurtre de quelques hommes. enlever lepéché, apaiser le courroux du ciel, et rendre Dieu propicea toux qui avaient commis de telles offenses? En examinant de cette manièrela conduite du juste Moïse, vous trouverez que c'est principalementen cette circonstance qu'il nous montre sa douceur.
2. Mais nous laisserons les personnes qui aiment à s'instruireréfléchir là-dessus d'après ce que nous enavons dit, et afin de ne pas donner à l'accessoire des proportionsplus grandes qu'au fond même du discours, revenons à notresujet. Quel était-il? " Souviens-toi, Seigneur, de David, et detoute sa douceur (1) ; du serment qu'il fit au Seigneur, de la prièrequ'il fit au Dieu de Jacob (2). " L'auteur du psaume parle d'abord de ladouceur de David ; puis, omettant le récit de ce qui concerne Saül,les frères de David, Jonathas, ainsi que de la patience de Davidà l'égard du soldat qui l'avait abreuvé de mille outrages;passant également sous silence bien d'autres faits encore, il envient à un autre point, qui était particulièrementl'objet d'un grand zèle. Et pourquoi procède-t-il ainsi ?Pour deux motifs : le premier, c'est que la douceur est la qualitéqui plaît le plus à Dieu; " Car sur qui jetterai-je les yeux," dit-il, " si ce n'est sur l'homme doux et pacifique, et qui redoute mesparoles? (Isaïe, LXVI, 2.) " L'autre motif, c'est que l'affaire laplus urgente, c'était la réédification du temple,la reconstruction de la ville, et le rétablissement des anciennescoutumes: c'est donc principalement à ce point qu'il se hâted'arriver, et laissant le premier de côté comme évidentet reconnu, (ce fait, manifeste pour tout le monde, c'est la douceur deDavid), il aborde ce dont il a surtout besoin pour le but qu'il se propose.En effet, que désirait-on voir? Le temple rebâti, et les ancienssacrifices rétablis. Et comme David s'était spécialementdistingué sous ce rapport, l'auteur du psaume demande à Dieu,en récompense du zèle de David, la reconstruction du temple,et il dit : " Souviens-toi, Seigneur, de David, et de toute sa douceur; du serment qu'il fit au Seigneur, de la prière, qu'il fit au Dieude Jacob (2) : Je jure de ne point entrer sous l'abri de ma maison, dene point monter sur le lit où est ma couche (3), de ne point donnerde sommeil à mes yeux , d'assoupissement à mes paupières(1), ni de repos à ma tête, jusqu'à ce que j'aie trouvéun lieu pour le Seigneur, un tabernacle pour le Dieu de Jacob (5). " Maisen quoi cela te concerne-t-il, demandera Dieu à l'auteur du psaume.C'est que, répondra-t-il à Dieu, je suis le descendant deDavid ; et comme son zèle vous fut agréable, comme vous luipromîtes en récompense d'affermir sa race et sa royauté,nous venons maintenant, à ce titre, réclamer l'effet de cecontrat. Or David n'avait point dit: Jusqu'à ce que j'aie bâti(car cette faveur ne lui avait pas été accordée),mais: " Jusqu'à ce que j'aie trouvé, un lieu pour le Seigneur,et un tabernacle. " Ainsi, l'auteur dit psaume ne parle pas de celui quiavait bâti le temple, et il met en avant celui qui avait promis dele bâtir , afin de vous apprendre quel grand bien c'est qu'une intentiondroite, et comment Dieu a coutume de réserver toujours une récompensepour la bonne volonté : c'est pour cela qu'il rappelle de préférencele souvenir de David, attendu que c'est plutôt lui, que son fils,qui a bâti le temple. L'un a promis de le construire, l'autre ena reçu l'ordre. Et voyez ici l'empressement de David. Non-seulementil dit qu'il n'entrera pas dans sa maison, qu'il ne montera pas sur soulit, mais il déclare qu'il ne goûtera pas même sanstourment ce qui est de nécessité physique, tant qu'il n'aurapas trouvé un lieu et un tabernacle pour le Dieu de Jacob. Dieureprochait aux Juifs le contraire lorsqu'il leur disait : " Vous habitez,vous autres, dans des maisons élégamment, lambrissées;et moi, ma maison est délaissée. (Aggée, 1, 4.) Jusqu'àce que j'aie trouvé un lieu pour le Seigneur, un tabernacle pourle Dieu de Jacob. " Voyez encore par ce passage quel zèle, quelleâme pleine de sollicitude ! " Jusqu'à ce que j'aie trouvéun lieu pour le Seigneur , un tabernacle pour le Dieu de Jacob; " ainsiparle le Roi-Prophète, lui qui avait tout à ses ordres, c'estqu'il ne voulait pas simplement bâtir, il voulait que ce fûtdans l'emplacement le plus convenable; le mieux approprié au temple;et pour cela lit avait besoin de chercher, tant son âme (210) étaitvivante ! " Car nous avons appris que l'arche a été àEphratha, et nous l'avons trouvée dans les champs de la forêt(6). " Ici, l'auteur du psaume rapporte des faits anciens, pour indiquerque l'arche a précédemment erré pendant longtemps,allant de place en place ; c'est ce que signifie-: " Car nous avons apprisqu'elle a été à Ephratha, " c'est-à-dire :nos pères nous ont raconté, nous savons par ouï-dire,que déjà, après avoir erré de tous côtés,dans les plaines et les campagnes, elle s'était ensuite fixée: eh bien ! puisse la même chose arriver encore aujourd'hui ! ParEphratha, il entend ici la tribu de Juda, où elle avait étéamenée après ses nombreux voyages. " Nous entrerons dansles tabernacles du Seigneur, " nous l'adorerons dans le lieu oùse sont tenus ses pieds (7.) " Vous novez de quelles expressions matériellesil s'est servi, à cause de l'extrême grossièretéde ses auditeurs, en leur parlant de tabernacles de Dieu, de ses pieds,et d'un lieu, où ses pieds se sont tenus. Il désigne partous ces mots l'endroit où était l'arche, parce que c'étaitde l'arche que sortaient des voix terribles qui, dans les affaires desJuifs, dissipaient les obscurités, et qui prédisaient l'avenir." Lève-toi., Seigneur, pour te rendre au lieu de ton repos, toiet l'arche de ta sanctification (3). " Ou autrement : " De ta force. "Autrement encore : " De ta puissance." Du reste, les deux sens sont conformesà la vérité. Car c'était de l'arche que Dieuenvoyait la sainteté, et les paroles écrites qui y étaientplacées procuraient à la fois et !a sainteté et laforce.
3. L'auteur du psaume a donc bien dit: oui, Dieu fit éclaterune grande puissance par le moyen de l'arche, non pas une ou deux fois,mais souvent, comme par exemple lorsqu'elle fut prise par les habitantsd'Azot, lorsqu'elle renversa les idoles, lorsqu'elle frappa ceux qui l'avaientprise, lorsqu'ayant été restituée elle arrêtale fléau; enfin, par d'autres merveilles encore qu'elle opéraitlà où elle était alors, elle manifestait sa vertu.Et que signifient ces mots : " Lève-toi pour te rendre au lieu deton repos? " C'est-à-dire, mets un terme à nos marches errantes,aux déplacements de ton arche que nous portons avec nous et faisenfin qu'elle se repose. " Tes prêtres se revêtiront de justice(9). " Suivant une autre version : " Que tes prêtres s'enveloppentde justice, " et suivant une autre encore : " Que tes prêtres serevêtent de justice, " ce qui est certainement plus clair, car cesont ici les paroles, non d'un homme qui prophétise, mais d'un hommequi prie et qui demande la possession de la vertu. Il appelle justice lescérémonies saintes, le sacerdoce, le culte, les sacrifices,les offrandes et aussi la régularité de la conduite, carc'est surtout des prêtres qu'elle doit être exigée." Et tes saints seront dans l'allégresse, " lorsque ces choses arriveront.Voyez, il n'ambitionne ni la reconstruction de la ville, ni l'abondancedes vivres, ni les autres genres de prospérité ; ce qu'ilcherche c'est la dignité du temple, le repos de l',arche, la perfectiondes prêtres, les cérémonies sacrées, le culte,le sacerdoce. Puis, comme les Juifs demandaient aussi tout cela, mais qu'ilsétaient coupables de beaucoup de péchés, il s'autoriseencore de celui dont il descend . " A cause, " dit-il, " de David ton serviteur,ne repousse pas le visage de ton christ (10). " Pourquoi dit-il : " A causede David ton serviteur? " Ce n'est pas seulement, veut-il dire, en faveurde la vertu de David, ni parce qu'il a montré tant de zèlepour la construction du temple, mais encore parce que tu as fait un pacteavec lui. " A cause de David ton serviteur , ne repousse pas le visagede ton christ." Quel est ce christ? Celui qui, ayant reçu l'onctionsainte, gouverne maintenant le peuple et est à la tête dela nation. " Le Seigneur a juré à David la véritéet il ne la démentira pas. Je placerai sur ton trône quelqu'unqui viendra du fruit de tes entrailles (11). " En effet, après avoirévoqué le souvenir de David et de sa vertu, ainsi que deson zèle relativement au temple, après avoir rappeléles événements d'autrefois et réclamé auprèsde Dieu pour que le temple reparût avec ses premières institutions,l'auteur du psaume met en avant ce qui est pour lui l'objet capital, enreproduisant les conventions établies par Dieu. Et quelles sont-elles?" Je placerai sur ton trône quelqu'un qui viendra du fruit de tesentrailles. " Toutefois ce pacte n'a pas été fait purementet simplement, mais avec une certaine restriction. Quelle est-elle donccette restriction ? Écoutez , l'Écriture ajoute : " Si tesfils gardent mon alliance et ces témoignages que je leur enseignerai,et si leurs fils les gardent dans la suite des siècles, ils serontassis sur ton trône (12). " Dieu ayant établi ces conventionsavec les fils (211) de David, leur en remit l'acte entre les mains; etceux-ci disaient en réponse : " Nous ferons et nous écouteronstout ce qu'a dit le Seigneur. " (Exode, XXIV, 7.) Puis, comme l'auteurdu psaume voit que plusieurs d'entre eux ont transgressé les conventions,il reprend ta suite de son discours, il met tout en couvre pour trouverdes paroles de consolation , et voici ce qu'il dit : " Car le Seigneurs'est choisi Sion, il l'a adoptée de préférence pourêtre a sa demeure (13). Elle est, dit-il, mon lieu de a repos dansla suite des siècles. C'est là que "j'habiterai, parce queje l'ai choisie de préférence (14). " Ce qui signifie, cen'est pas un homme qui a choisi ce lieu , c'est Dieu même qui l'adésigné par condescendance pour leur faiblesse. Voici doncle sens : ce lieu que vous ayez choisi, que vous avez élu, que vousavez désigné, que vous avez jugé convenable, ne lelaissez pas tomber en ruines, ne le laissez pas périr. Car vousavez dit : " J'y habiterai. " Mais il avait parlé ainsi aux conditionsprécitées. Quelles conditions donc? "Si tes fils gardentmon alliance. Je comblerai sa chasse (1) de mes bénédictions(15). " Un autre interprète traduit : " Sa nourriture. " Le motchasse signifie ici l'abondance des vivres, des récoltes, ainsiDieu souhaite que tout leur afflue comme de source. En effet, les Juifsétaient autrefois dans de telles conditions d'existence qu'ils neressentaient pas les nécessités physiques; lorsqu'ils avaientDieu pour eux, il n'y avait chez eux ni disette, ni famine, ni peste, nimort prématurée, ni aucun de ces fléaux tels qu'ilen arrive souvent parmi les hommes : tout leur affluait comme de source,la main de Dieu corrigeant la faiblesse des choses humaines. L'auteur dupsaume dit donc ici : Vous avez promis de bénir la chasse de Sion,c'est-à-dire, de lui fournir avec toute garantie l'abondance deschoses nécessaires. " Je rassasierai ses pauvres de pains (15).Je revêtirai ses prêtres de salut et ses saints tressaillerontd'allégresse (16). C'est là que je ferai paraître lapuissance de David , j'ai préparé un flambeau a pour monchrist (17). Je couvrirai ses ennemis de confusion et sur lui fleurirama sanctification (18). "
1. Comme cette version diffère notablement, par suite du changementd'une seule lettre grecque, du sens que l'on est habitué àvoir à ce verset, il n'est pas inutile de remarquer, avec la biblede Vence et lédition Migne de saint Jean Chrysostome, que Theran, venationem, est la vraie leçon, quoique plusieurs exemplaires,même anciens, des Septante, portent déjà Kheran viduam.L'hébreu porte (****), qu'Aquila traduit par episitismon , cibum.(E. M.)
Voyez la prospérité résultant de toutes les conditionsréunies, aucune des choses nécessaires ne leur manque, lesprêtres sont en sûreté, le peuple dans la joie et leroi plein de force. Car ce qu'il appelle ici le flambeau promis au roi,c'est, ou la protection divine, ou le salut, ou la lumière, et cesavantages sont accompagnés du genre de prospéritéle plus insigne. Quel est-il? Les ennemis seront couverts de honte et personnene viendra corrompre tant de biens. Et l'auteur du psaume ne dit pas seulementla ruine, mais la honte, il veut que, restant en vie; ils soient couvertsde confusion, qu'ils se cachent et que par les maux qu'ils endureront,ils témoignent de la force et de la prospérité dece peuple. " Et. sur lui fleurira ma sanctification. " Que signifie : "Et sur lui? " Cela veut dire : Sur le peuple. " Ma sanctification. " Unautre interprète a mis : " La puissance; " un autre " Sa distinction; " et un autre : " Ce qui le distingue. " Quelle est en définitivele sens de ce passage? Je crois que cela signifie le succès, lasécurité, la force, la royauté.
Les dons que je lui ai réservés dès le commencement,veut dire l'auteur du psaume, demeureront florissants et en pleine vigueurils ne se flétriront ni ne dépériront; mais tout celaaura lieu, si la condition dont nous avons parlé plus haut continueà être observée. Quelle condition? " Si tes fils gardentmon alliance. " Car les promesses de Dieu, toutes seules, ne nous procurentpas les différents biens, si, de notre côté, nous nefaisons pas ce qui dépend de nous, et nous ne devons pas, comptantsur ces promesses, nous relâcher et nous endormir. Car il y a beaucoupde biens que Dieu a promis et qu'il ne donne pas, parce qu'il trouve queceux qui en ont reçu les promesses en sont indignes; de mêmequ'il ne donné pas leur effet aux maux dont il nous avait menacés,lorsque ceux qui l'avaient irrité se convertissent ensuite et désarmentsa colère. Instruits de ces vérités, ne nous laissonspas aller à la tiédeur en nous fiant aux promesses de Dieu,afin de ne point faire de chute, et en même temps, ne nous décourageonspas sous l'impression des menaces, mais convertissons-nous. Car c'est ainsique nous pourrons obtenir les biens futurs, par la grâce et la miséricordede Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloireet la puissance dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXXII
" QU Y A-T-IL JE. LE DEMANDE, DE BONOU D'AGRÉABLE? (AUTRE VERSION : QU'Y A-T-IL, JE LE DEMANDE, DE BONET DE BEAU), SI CE N'EST QUE DES FRÈRES HABITENT ENSEMBLE UNIS ?"
Caractères et avantages de la concorde.
Il y a bien des choses moralement belles, qui ne sont pas agréables;d'autres, qui font plaisir. sont dépourvues de la grande et véritablebeauté : quant à trouver ces deux qualités réunies,cela n'est pas fort aisé. Mais dans le fait qui nous occupe, lesdeux conditions se sont rencontrées : plaisir et grande beautémorale. C'est là en effet le principal apanage de la charité: outre son utilité, elle est aussi très-facile, et en mêmetemps agréable à pratiquer. C'est donc bien elle que le Psalmistecélèbre encore ici. En effet, il ne parle pas simplementde la demeure que l'on occupe, ni de réunion dans une seule petitehabitation, mais il parle d'habiter ensemble unis, c'est-à-diredans la concorde et la charité; car il en résulte alors queplusieurs ne font qu'une seule et même âme. Puis, aprèsavoir dit que cela était beau et agréable, il rend son discoursencore plus clair, en mettant sous forme de comparaison ce qu'il vientde dire, et il emprunte des images matérielles capables de le présenterplus nettement à nos yeux. Et voyez quelles sont ces images : "C'est comme ce parfum qui, répandu sur la tête, descenditsur la barbe, sur la barbe d'Aaron (9), et jusqu'au bord de son vêtement(3). " En effet Aaron, en sa qualité de grand prêtre, se frottaitde ce parfum, qui, ruisselant sur lui de tous côtés, le rendaittrès-gracieux à voir, en même temps qu'agréableet attrayant à cause de cette bonne odeur. Ainsi, veut dire le Psalmiste,comme Aaron frotté de ce parfum, offre un aspect brillant, un extérieuréclatant, qu'il est tout enveloppé d'une odeur suave, etqu'il est la joie des yeux qui le contemplent; de même cette unionentre frères est une belle chose; et de même que ce spectaclenon-seulement est beau à voir, mais encore réjouit les yeux,ainsi cette charité met la joie dans l'âme. " C'est commela rosée de l'Hermon qui descend sur les montagnes de Sion (3)." Nouvelle image qu'il emprunte, fort gracieuse aussi, et propre àcharmer l'esprit qui s'y arrête. les expressions qu'il emploie nesont pas l'effet du hasard : avant la captivité , dix tribus avaientvécu séparées des deux autres : cette division étaitdevenue la cause de nombreuses iniquités; elle avait jetéles Juifs dans les dissensions, les querelles elles guerres; afin doncque cet état de choses ne reparaisse point, il avertit le peuple,il lui conseille de ne plus (213) donner l'exemple de cette scission, maisd'habiter ensemble, de rester uni, d'obéir à un seul chef,à un seul roi, et de faire que la charité répandeses flots salutaires dès à présent et à jamais,semblable à la rosée qui pénètre partout. Ilcompare la charité à un parfum et à la rosée,voulant par le premier représenter la bonne odeur, et par la seconde,le repos et le charme de la vue. " Parce que c'est là que le " Seigneura ordonné que fût sa bénédiction (4.). " Quelendroit désigne le mot : " Là? " L'endroit habitéde la manière que l'on vient de dire, avec cet accord, cette bonneintelligence, cette union dont on a parlé. Car c'est là labénédiction, comme le contraire est la malédiction.C'est pourquoi l'Ecriture loue ailleurs la même chose en ces termes: " L'amitié entre les frères, la concorde entre les proches,le mari et la femme ayant de la condescendance l'un pour l'autre. " (Eccli.XXV, 2.) Et autre part, se servant de figures pour donner à entendreleur force, elle s'exprime ainsi : " S'ils se couchent deux ensemble, ilsseront réchauffés, et la corde qui est triple ne sera pasvite rompue. " (Eccle. IV, 11, 12.) En effet elle nous montre ici, et leplaisir et la force; elle nous fait voir que même dans leur reposleur plaisir sera grand, et que s'ils se mettent à agir, grandesera leur force. Elle dit encore : " Le frère secouru par son frèreest comme une ville fortifiée. " (Prov. XII, 19.) Et Jésus-Christnous déclare ceci : " Là où deux ou trois personnessont réunies en mon nom, j'y suis au milieu d'elles. " (Matt. XVIII,20.) C'est notre nature même qui le réclame. Aussi , lorsqueDieu forma l'homme au commencement, il dit : " Il n'est pas bon que l'hommesoit seul " (Gen. II, 18); " et quand il fit cet être due l'on appellela femme, il l'unit à l'homme par les liens étroits du besoin,et il nous rapprocha l'un de l'autre en mille manières. Ensuitele Psalmiste ajoute fort bien : " Et la vie dans l'éternité." Car où est la charité, il y a grande sécurité,et grande assistance de la part de Dieu. En effet, elle est la mèredes biens, elle en est la racine et la source, elle est la suppressiondes guerres, l'anéantissement des dissensions. C'est pour montrercela qu'il ajoute : " Et la vie dans l'éternité. " Car demême que les dissensions et les querelles occasionnent les morts,et les morts prématurées; de même la charitéet la concorde produisent la paix et font les coeurs unis; or, oùil y a paix et union des âmes, l'existence est pleine de confianceet de sécurité. Et pourquoi parler de la vie actuelle? C'estencore la charité qui nous fait obtenir le ciel et les biens mystérieux,et elle est la reine des vertus. Puisque nous le savons, soyons diligentsà en poursuivre la possession , afin de jouir des biens présentset des biens futurs : puissions-nous tous obtenir cette faveur, par lagrâce et la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ,avec lequel, gloire au Père ainsi qu'au Saint-Esprit, dans les sièclesdes siècles. Ainsi soit il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXXIII
" MAINTENANT DONC BÉNISSEZ LESEIGNEUR, VOUS TOUS QUI ÊTES LES SERVITEURS DU SEIGNEUR, VOUS QUIVOUS TENEZ DANS LA MAISON DU SEIGNEUR. "
Ici le Psalmiste termine les psaumes des degrés, et pour lescouronner dignement, il conclut par la louange et la bénédiction.Il veut que l'on se montre serviteurs du Seigneur non-seulement par lacroyance aux dogmes, mais aussi par la pratique des vertus, c'est ce qu'ilfait entendre lorsqu'il ajoute : " Vous qui demeurez dans la maison duSeigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu. " Car à celuiqui est impur et profane , il n'est pas permis de franchir même leseuil de l'enceinte sacrée. En sorte que quiconque est digne d'entrer,est digne aussi de chanter les louanges. La maison de Dieu est comme leciel, et non moins que le ciel , la maison de Dieu est fermée àtoute puissance ennemie.
Considère, ô homme , quelle est ta dignité, et puisquetu es devenu toi-même un temple, quelle pureté tu ne devraispas présenter ? Et en quoi consiste cette pureté? àrejeter toute pensée mauvaise, à rendre la forteresse deton coeur inaccessible aux forces diaboliques, à demeurer commedans un inviolable sanctuaire, tout occupé d'orner ton coeur. Dansle temple juif, tout lieu n'était pas accessible à tout homme,mais il y avait plusieurs enceintes différentes: une pour les prosélytes, une pour les Juifs d'origine, une pour les prêtres, une pour legrand-prêtre , et encore dans laquelle celui-ci n'entrait pas tousles jours, mais seulement une fuis l'année; s'il en étaitainsi pour ce temple matériel, quelle sainteté ne te faut-ilpas à toi dépositaire de sacrements bien plus granas queles symboles que renfermait le Saint des saints ! Tu as pour résideren toi non les chérubins , mais le Maître même des chérubins;ni l'urne d'or , ni la manne, ni les tables de pierre, ni la verge d'Aaron,mais le corps et le sana du Seigneur, et au lieu de la lettre, l'esprit,et une grâce surpassant toute pensée humaine, un don inénarrable.Plus sont, grands les sacrements , et redoutables les mystères donttu as été honoré, plus doit l'être aussi lasainteté exigée de toi , et plus le sera certainement tapunition si tu transgresses les commandements. " Durant les nuits, élevezvos mains vers le sanctuaire (2). " Une autre version: " Saintement; "une autre : " d'une manière sainte et bénissez le Seigneur."
Pourquoi dit-il: " Durant les nuits? " Pour nous apprendre àne pas donner toute la nuit au sommeil , et pour nous faire entendre que(215) les prières sont plus pures, alors que l'esprit est plus prompt,et le repos plus profond. S'il est recommandé de venir dans le sanctuairejusque pendant la nuit, songez quelle sera l'excuse de celui qui durantce temps ne prie pas même dans sa maison. Le Prophète veutque vous quittiez votre couche, que vous vous renfliez au temple, que vousy passiez la nuit en prière, et vous, vous ne priez pas mêmeen ressaut dans l'intérieur de votre maison. " Saintement; " estbien dit, cela nous montre qu'il faut prier sans aucune mauvaise penséedans l'esprit , pensée de rancune , pensée d'avarice, penséed'un péché quelconque de nature à donner la mort àl'âme. " Et bénissez le Seigneur. " La bénédictionparfaite est celle qui résulte de la parfaite harmonie des paroleset de la vie ; elle demande que vous glorifiez aussi par vos actions leDieu qui vous a créés, selon cette parole de l'évangile:" Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voientvos belles actions et qu'ils glorifient votre Père qui est aux cieux." (Matth. V, 16.) " Qu'il vous bénisse de Sion, le Seigneur quia créé le ciel et la terre (3)."
C'est-à-dire si vous faites ces choses, vous obtiendrez en retourla bénédiction de Dieu, c'est-à-dire si vous vouslevez la nuit, si vous priez saintement, si vous êtes digne d'entrerdans la maison du Seigneur, si vous faites en sorte d'être vous-mêmesdes temples convenables. Avant donc exhorté comme il fallait, lePsalmiste clot son discours par une prière. C'est le propre d'unexcellent maître de redresser le disciple par le conseil et de lefortifier ensuite par la prière. Que veut-il montrer en disant :" De Sion ? " C'était un nom agréable à entendre pourles Israélites, c'était le lieu exclusif où s'accomplissaienttous les rites sacrés. C'est pourquoi le Prophète souhaiteà ses compatriotes de recouvrer leur premier état religieux,ainsi que la pratique de leurs cérémonies saintes, afin d'obtenirpar là les bénédictions de Dieu. Puis pour les éleverà des dogmes plus hauts et leur apprendre que Dieu est partout,que c'est pour condescendre à leur faiblesse qu'il a décrétéla construction du temple, mais qu'il convient de l'invoquer partout, lePsalmiste a ajouté : "Qui a créé le ciel et la terre."
Dans ce temps-là c'était à Sion que les fidèlesinvoquaient Dieu, nous, nous l'honorons en tout lieu, en tout endroit,à la maison, sur la place publique, dans la solitude, en vaisseau,dans les hôtelleries, partout. Rien de ce qui est du lieu n'empêchela prière, pourvu que la manière de vivre soit convenableà la prière. Réalisons cette condition, et invoquonsDieu partout, et il viendra, et il nous secourra, et tout ce qui sera difficileil nous le rendra aisé et facile, et il daignera nous mettre enpossession de., biens éternels, à la jouissance desquelspuissions-nous tous parvenir, par la grâce et la charité deNotre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartiennent la gloireet l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles!Ainsi soit-il.
EXPLICATION DU PSAUME CXXXIV
" LOUEZ LE NOM DU SEIGNEUR; LOUEZ LESEIGNEUR, VOUS QUI ÊTES SES SERVITEURS; VOUS QUI DEMEUREZ DANS DANSLA MAISON DU SEIGNEUR, DANS LE PARVIS DE LA DE NOTRE DIEU. LOUEZ LE SEIGNEUR,PARCE QUE LE SEIGNEUR EST BON. (1, 2, 3) "
Nouvelle exhortation au sacrifice par !es louanges ; car c'est làle sacrifice, l'oblation qui convient à Dieu. Aussi, ailleurs encore,le Psalmiste dit-il : " Je louerai le nom de mon Dieu, en chantant un cantique;je le glorifierai par mes louanges, ce qui sera plus agréable àDieu qu'un jeune veau, montrant ses premières cornes et ses ongles." ( Ps. LXVIII, 31, 32.) Et il ne cesse de rappeler la maison, le parvis,le lieu où il attache, où il retient les transports des fidèles.En effet, dès le commencement la loi a voulu l'établissementdu temple, pour prévenir toute impiété, toute idolâtrie; pour tenir en un seul lieu les croyants rassemblés, pour empêcherla licence vagabonde, qui trouvait partout, dans les bois, auprèsdes fontaines, sur les collines, sur les montagnes, des occasions d'impiétés,de sacrifices, de libations sur les hauts lieux. Aussi le législateurva-t-il jusqu'à prononcer la mort contre celui qui sacrifie horsdu temple : " Celui qui n'aura pas présenté l'offrande àl'entrée du tabernacle, pour être offerte au Seigneur, seracoupable de meurtre. " (Lévitique, XVII, 4. ) Si la loi rassemblede toutes
parts les Hébreux en un seul et même lieu, c'est pour leurdonner les enseignements de la sagesse, c'est pour les préserverde tous les écarts de la pensée. Et il leur est enjoint dechanter des cantiques et des psaumes , parce que les louanges adresséesà Dieu les édifient dans la piété, leur exposentles vieilles histoires, les événements de l'Egypte, les événementsdu désert, ce qui est arrivé dans la Terre Promise, ce quis'est passé quand la loi fut donnée, ce qu'on a vu sur leSinaï, les guerres qu'ils ont eu à soutenir; en mêmetemps que le peuple bénissait son Dieu, il chantait et s'instruisaittout ensemble, il apprenait les règles de vie qui le préparaientà des dogmes supérieurs. " Louez le Seigneur, parce que leSeigneur est bon. " Une autre version porte: " Parce que le Seigneur estdébonnaire. " Toutes les qualités qu'on désire leplus en Dieu, l'Ecriture les lui attribue saris cesse, l'affection pourl'homme, la miséricorde, une débonnaire douceur.
" Chantez son nom, parce que cela est beau." Ces paroles montrent quela louange est un plaisir, qu'accompagne l'utilité. Le principal(217) avantage des hymnes qu'on adresse à Dieu, c'est de purifierl'âme, d'élever la pensée, de faire connaîtrela doctrine, d'apprendre la sagesse qui réfléchit sur leprésent et sur l'avenir. A ces avantages, la mélodie ajouteun grand plaisir; c'est une consolation, c'est une récréation,et elle rend vénérable celui qui fait entendre ces chants.Ce qui prouve la vertu efficace des hymnes, c'est ce que dit un interprète:" Parce que cela est convenable; " un second interprète encore :" Parce que cela est doux. " Tous les deux disent la vérité.Quelque libertin que soit celui qui chante, s'il respecte son chant, ilendort la tyrannie de ses passions; quoique accablé sous le poidsde vices sans nombre, quoique possédé d'un mal qui abat sonâme, sous l'action du plaisir qui la caresse, sa pensée devientplus légère, son intelligence prend des ailes, son âmes'élève sur les hauteurs . " Parce que c'est Jacob que leSeigneur s'est choisi pour être à lui; parce que c'est d'Israëlqu'il a fait sa possession (4). " Le psaume ne parle pas des bienfaitspartagés avec les autres peuples, mais du bienfait propre àIsraël, et qui en fait un peuple choisi. Quel était ce bienfait?C'est que Dieu s'est choisi ce peuple, qu'il se l'est consacré,qu'il lui a montré une bienveillance toute particulière;et partout les prophètes se plaisent à rappeler les bienfaitsqu'ils ont reçus de Dieu, ils en font comme la trame de leurs discours.Mais que signifient ces paroles: " sa possession ? " C'est-à-diresa richesse, son luxe. En effet, si chétif que fût ce peuple, Dieu l'a choisi pour lui , comme on recherche la richesse; sans s'arrêterau petit nombre, ne considérant que la vertu à laquelle ilveut amener ce peuple, il l'a choisi, parce que les autres nations ne luiprésentaient pas autant de ressources, et ce peuple est devenu unpeuple de choix, et pour manifester la bienveillance de celui qui l'a choisi,et pour servir d'enseignement aux hommes. C'est en effet l'habitude dePaul lui-même d'appeler richesse, le salut des hommes. Exemple, cesparoles: "C'est le même Seigneur " qui répand ses richessessur tous ceux qui l'invoquent (Rom. X, 12); " et ailleurs: " Cela regardeson maître, s'il demeure ferme ou s'il tombe. " (Rom. XIV, 4). Voyezcomme il montre la bienveillance de Dieu, sa providence, sa sollicitude,son amour pour les fidèles en les considérant comme sa possession.Cette providence si rare se révèle donc de deux manières,et parce que Dieu a choisi ce peuple, et parce qu'il en a fait sa possession.Avez-vous bien compris comment le Psalmiste a montré l'amour deDieu pour l'homme? Voilà pourquoi, dès le commencement, ildit: " Louez le Seigneur, parce que le Seigneur est bon, parce que j'aireconnu que le Seigneur est grand (5). " Voilà un nouveau motifde louanges. Mais que voulez-vous dire, ô Prophète? Vousavez reconnu, dites-vous, que le Seigneur est grand: est-ce que les autreshommes l'ignorent (12) ? Non, certes, mais ils ne le savent pas commemoi. Oui, c'est là surtout le propre des saints, et de ceux quise sont élevés le plus haut; ils connaissent mieux la grandeurde Dieu ; ils ne la connaissent pas tout entière (car cela est impossible), mais ils la connaissent mieux que les autres. " Et que notre Dieu estélevé au-dessus de tous les dieux. " Voyez-vous, objectera-t-on,il a dit: " Que Dieu est grand ; " il a dit: " J'ai reconnu que le Seigneurest grand ; " et en poursuivant son discours, il l'affaiblit ; il compareDieu aux autres dieux et il ne lui accorde qu'une supérioritérelative. Nullement; le Psalmiste a égard à la faiblessede ceux qui l'écoutent, et ce n'est que pas à pas qu'il lesfait monter avec lui; ce n'est pas, en effet, une bien grande preuve dela grandeur de Dieu que de dire qu'il est plus grand que les autres dieux,au-dessus de tous, mais je répète ce qu'il me tardait dedire, il mesure son langage à la faiblesse de ceux qui l'entendent;il les fait monter pas à pas. C'était oeuvre de charitéde ne leur faire entendre que ce qui pouvait produire en eux la persuasion.
2. En effet, que cette supériorité de Dieu défietoute comparaison, c'est ce que le Psalmiste montre par les paroles quisuivent, où il donne la plus forte preuve de la puissance divine,où il montre qu'il a voulu accommoder ses premières parolesà la faiblesse de ceux qui l'entendent. Voilà pourquoi, quandil ne fait qu'énoncer, ses expressions sont faibles; mais quandil veut insister, quand il démontre, quand il fournit les argumentsqui établissent la grandeur de Dieu, ses paroles sont grandes alors.Que dit-il donc ensuite, qui soit digne de Dieu, de Dieu seul? Voyez cequ'il ajoute: " Le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu, dans le ciel,dans la terre, dans les mers, et dans tous les abîmes (6). " Voyez-vousla toute-puissance, qui se suffit à elle-même? Voyez-vousla source (218) de vie ? Voyez-vous la force invincible? Voyez-vous l'incomparablesupériorité? Voyez-vous la force, à qui rien ne faitobstacle? Voyez-vous la facilité absolue, que rien tic gêne?car, dit-il, le Seigneur a fait tout ce qu'il a voulu. " Où cela?répondez-moi. " Dans le ciel et dans la terre; " c'est-à-dire,non-seulement ici-bas, mais dans le ciel même; non-seulement dansle ciel, mais sur la terre ; non-seulement sur la terre, mais de plus," dans les mers et dans tous les abîmes. " Abîmes signifieici les parties les plus profondes de la terre, de même que "dansle ciel, " signifie les parties les plus élevées des cieux.Eh bien ! ces immensités n'ont rien qui embarrassent sa volonté; elle franchit tous les espaces ; et, voyez la merveille ! Il a tout fait,et pour cela il ne lui a fallu ni peine ni fatigue, il n'a pas mêmeeu besoin de commander, sa simple volonté lui a suffi pour toutfaire, il a seulement voulu et l'oeuvre a suivi. Voyez-vous comme le Psalmistemontre la facilité de l'oeuvre, le luxe intarissable des ouvrages,la puissance qui ne connaît pas d'obstacle? Ensuite, cessant de parlerdu ciel et de la mer, il montre les ouvrages qui en dépendent, ilne les nomme pas tous, mais, franchissant rapidement ce qui est dans leciel,.quoiqu'il y ait là des merveilles, il parle de ce qui estautour du ciel. Pourquoi? C'est que ces premières merveilles, siéclatantes qu'elles fussent, étaient ignorées d'ungrand nombre; les autres, quoique moins admirables, étaient pourtantvisibles, tous en avaient le spectacle. S'adressant à des hommesmoins touchés de l'invisible que du spectacle étalésous leurs yeux, il commence son enseignement par les merveilles visibles;le conseil qu'il donne, il le met lui-même en pratique. Que conseille-til donc ? De louer Dieu par ses oeuvres, en les passant en revue l'uneaprès l'autre, et de lui rendre gloire pour chacune de ses oeuvres.En donnant le conseil de louer Dieu, il ne cessait pas de répéter:" Louez le nom du Seigneur; louez le Seigneur, vous qui êtes sesserviteurs. " Et maintenant il montre comment il faut le louer; en parcourantla création tout entière, en admirant, en exaltant la sagessede Dieu, sa providence, sa puissance, sa sollicitude. Par là, nousapprenons que notre nier n'est pas la seule qui existe, ruais qu'il y ena beaucoup d'autres, et d'une étendue immense. En effet, le Psalmistedit : " Dans les mers, et dans tous les abîmes. " La mer Caspienne,la mer des Indes, et la mer Rouge sont séparées de la nôtre;et , en dehors, enveloppant tout le reste, est l'Océan. " Il faitvenir les nuées de " l'extrémité de la terre (7)." Autre version: " Il fait monter; " autre version: " Il attire des dernièreslimites; " autre version: "Du bout du monde. " C'est encore ce qu'on voitdans Job: " C'est lui qui enserre les eaux dans les nuées. " (Job,XXV, 8.) Et Salomon : " Contenant l'eau comme dans un vêtement. "(Prov. XXX, 4.) Le Psalmiste ici parle d'une autre merveille. De laquelle? De celle qui a lieu lorsque l'air devenu plus lourd s'élèvenéanmoins, et, nonobstant le corps pesant qu'il porte, suit unemarche ascendante, et contraire à celle que suivent naturellementles corps graves. Voyez que de merveilles ! l'eau est contenue dans l'air; et, ce qui est bien plus admirable encore, l'eau est contenue dans uncorps plus léger qu'elle qui la porte; mais ce qui est encore plusincroyable, c'est que l'eau contenue dans cet air, une fois répanduehors du nuage, n'est plus retenue par l'air qui est au-dessous, riais s'écouleen divers sens, de tous côtés, et se précipite surla terre. Si elle était contenue dans le nuage naturellement, ilfaudrait qu'elle fût aussi contenue dans l'air. Supposons dans l'air,une outre peine d'eau, supposons que cette outre soit portée parl'air, nécessairement l'air portera aussi l'eau contenue dans l'outre,si cette eau vient à en sortir; voilà la conséquencenaturelle des faits. Mais parce que toutes ces oeuvres sont des merveillesfaites pour confondre la pensée humaine, elles sont supérieuresaux lois ordinaires de la nature comme à la raison de l'homme. Comment! ce qui est contenu dans l'air du nuage n'est plus contenu dans l'airqui suit le nuage? Avez-vous compris ce qu'il y a là de merveilleux,et comment un fait inférieur à tant d'autres merveilles,est encore une merveille? Le Psalmiste montre, de plus, un autre prodige,en disant: soit de " l'extrémité de la terre, " soit des" limites de la terre. " En effet, non-seulement les nuées montent,mais de plus elles voyagent; et ce n'est pas où elles ont d'abordparu, qu'elles envoient la pluie, elles franchissent souvent de grandsespaces, versant ailleurs leurs eaux, par delà les citéset les peuples. La merveille n'est donc pas seulement qu'elles montent, mais qu'elles marchent aussi solidement que sur un plancher, en portantune si grande masse d'eaux.
3. " Il change les éclairs en pluie. " Voyez encore un autreprodige : des natures contraires qui se réunissent; rien n'est plusessentiellement du feu, que l'éclair; rien n'est plus froid quel'eau, et cependant ces éléments se mêlent sans seconfondre, sans se tempérer l'un par l'autre; chacun d'eux conservetoute sa force. Le feu persiste dans l'eau et l'eau dans le feu, et lefeu ne dessèche pas l'eau; l'eau n'éteint pas le feu. L'éclairest plus vif que la lumière du soleil, c'est un feu plus brillant,plus pénétrant; c'est ce qu'atteste le regard de l'hommeen perpétuel rapport avec les rayons du soleil, et incapable desupporter l'éclair, même un seul instant; le soleil met unjour entier à parcourir le ciel, l'éclair en un moment illuminela terre ; c'est ce que le Christ atteste par ces paroles : " Comme una éclair qui sort de l'orient et paraît à l'occident."(Matth. XXIV, 27.) " Et il fait sortir les vents de ses trésors." Autre élément maintenant, qui ne nous est pas d'une minceutilité, au contraire, élément précieux, vital,qui nous ranime, qui nous rafraîchit, qui rend l'air plus léger;telle est, en effet, l'oeuvre des vents; ils secouent l'air en tous lessens; ils en préviennent l'immobilité qui le corromprait;ils font mûrir les fruits, ils nourrissent les corps; comment énumérerles services qu'ils rendent aux navigateurs? ils s'élèventà des époques déterminées, selon un ordre établi;ils se retirent mutuellement les uns devant les autres; ils dansent surla surface de la mer et ils transportent les matelots. Tel vent poussele marin et le transmet à un autre qui le reçoit; dans lesroutes contraires qu'ils suivent, ils se montrent nos serviteurs, et laguerre qu'ils se livrent nous est encore utile. On pourrait parler d'autresservices, en nombre infini, que les vents nous rendent; toutefois, sanss'y arrêter, le Prophète laisse à celui qui écoutele soin de les découvrir; il se borne à montrer la facilitéde la production, car ces paroles : " De ses trésors, " ce n'estpas pour faire entendre qu'il y ait je ne sais quels trésors desvents, c'est pour montrer la facilité de leur production, la rapidité,la toute-puissance du pouvoir qui les tient tout prêts. En effet,celui qui possède un trésor, y puise à son aise, ilen tire toutes choses à sa volonté; c'est ainsi que le Créateurde l'univers a tout créé sans peine, et enrichi la nature.
Voyez, dans l'air, quelle variété, quelles transformationsdans l'eau et dans le feu? Les eaux sortent des fontaines ou de la mer,ou de l'air, ou des nuages, ou du ciel, ou des espaces supérieursau ciel, ou des abîmes de la terre; et le feu maintenant vient dusoleil, ou de la lune, ou des astres, ou des éclairs, ou de l'air,ou du bois, ou de ce qui nous entoure, ou de nos lumières, ou dela terre; et, en effet, partout se rencontre le feu qui vient de la terre;témoin les sources d'eaux chaudes, et le feu qui jaillit des pierrespar le frottement, qui jaillit de la chevelure des arbres, par le frottementencore, et il y a le feu des tonnerres. Variété dans l'airmaintenant : l'un est plus épais, celui qui nous entoure; l'autre,l'air supérieur, est plus subtil et aussi plus mâle de feu.Innombrable variété maintenant dans la nature des vents :l'un est plus subtil, l'autre plus épais; l'un rafraîchit,l'autre dessèche; l'un est plus humide, l'autre est plus chaud.Considérons encore les nuages aériens . les uns s'avancentlentement , les autres vont avec la vitesse d'un cheval au galop; mêmesdifférences dans les nuées poussées par les vents:les unes ressemblent à des urnes, tantôt remplies d'eau, tantôtvides; les autres à un éventail. Quant à toi, au spectaclede cette diversité, de cette variété, apprends àadmirer l'Ouvrier qui a fait toutes ces choses.
" Il a frappé les premiers-nés de l'Egypte (8)." Aprèsles généralités, après avoir montréla providence de Dieu embrassant toute la terre, par ses éclairs,par ses vents, par la variété des fonctions de l'air, parles nuages, par les pluies; après avoir confondu les insensésqui attribuent à la lune même une providence, il arrive auxoeuvres particulières faites dans l'intérêt particulierdes Juifs. Que la terre, que le ciel, que l'univers se ressente de la bontéde Dieu, c'est ce que le Psalmiste a montré; maintenant, pour exciterla reconnaissance des Juifs, ii raconte, de plus, les faits qui les concernenten particulier, il leur montre que le Dieu de l'univers, qui prend soinde toutes choses, leur a départi certains bienfaits qui ne sontque pour eux, quoiqu'à un autre point de vue, il faille reconnaîtreque les faveurs, qui leur étaient départies, étaientencore,des bienfaits pour le monde entier. En effet, le privilègequi les avait choisis entre les autres peuples, était pour les peuplesun motif d'émulation. Ce que Paul fait entendre par ces (220) paroles:" Leur chute est devenue le salut des gentils, jaloux de les remplacer." (Rom. XI, 11.) Comme un père, quand ses enfants s'éloignentde lui, en prend un qu'il fait asseoir sur ses genoux, ce qu'il ne faitpas seulement par amour pour ce fils, mais bien plutôt pour que sesautres enfants se piquent d'émulation à cette vue, s'empressentde revenir, afin de recevoir la même preuve de bonté; ainsiDieu a fait à l'égard des Juifs; il ne les a pas pris surses genoux, mais dans ses bras, comme dit le Prophète; " et il lesa mis sur son dos." (Osée, XI, 3.) Il leur prodigue les faveursqu'ils enviaient, le temple, les sacrifices, et, ce qu'ils désiraientplus ardemment encore, les secours dans les combats, les victoires, lestrophées, l'abondance qui vient de la terre, la fertilitédes fruits ; et par là, en même temps qu'il les enrichit,il porte les autres peuples à rivaliser avec eux. Mais comme lesJuifs se seraient corrompus s'il n'eût eu pour eux que des caresses,il leur fait sentir aussi le frein des châtiments. C'est que la sagessede Dieu est grande, et, de ce qui semble impossible, il fait sortir lesmoyens qui rendent tout facile.
4. Considérez maintenant la sagesse du Prophète; il débutepar des oeuvres d'un caractère général, avant d'envenir à des faits particuliers, afin que nul insensé ne s'imagineque ce soit d'un Dieu particulier à un peuple qu'il parle. Voilàpourquoi il commence par le général, avant de toucher lesdétails, avant de dire: " Il a frappé les premiers-nésde l'Égypte."
Ne vous semble-t-il pas que cette rigueur avait surtout pour but l'intérêtdes Juifs? Eh bien! si je vous montre que Dieu, en frappant ce coup, pensaitaussi aux autres peuples; que diront ceux qui prétendent que laprovidence de Dieu ne s'occupe pas de l'univers? Comment le prouverons-nous?Il suffit. certes de la pensée que Dieu exprime d'une manièresi manifeste par ces paroles : " Car je vous ai établis pour faireéclater en vous ma toute-puissance, et pour rendre mon nom célèbredans toute la terre. " (Exode, IX, 16 ; Rom. IX, 17.) Comprenez-vous quec'était une prédication que cette mort des premiers-nésde l'Égypte? que cette plaie, venue de la main de Dieu, c'étaitune parole destinée à publier partout sa puissance? Cetteprovidence se préoccupe donc de tout l'univers alors mêmequ'elle sert les intérêts des Juifs. Quant à sa puissance, Dieu l'avait fait connaître assez dans les temps anciens, par exemple,par Joseph et par Abraham; en cette circonstance pourtant, il la déclarad'une manière plus manifeste. Comment? C'était alors pardes bienfaits; mais , dans le second cas , ce fut par une plaie terrible.Et il ne cesse pas, comme je l'ai souvent dit, de se montrer à chaquegénération, de se manifester par ses oeuvres; il ne le faitpas toujours de la même manière; ses moyens sont variéset différents. Tantôt, c'est l'épouse d'Abraham qu'ilfrappe de stérilité; tantôt c'est la famine ou l'abondancequ'il envoie; après, ce sont des plaies infligées coup surcoup. Comme ces Égyptiens accusaient Dieu d'impuissance, ils causèrentainsi eux-mêmes la mort de leurs premiers-nés, et changèrenten sang les eaux de leur fleuve. A la même époque, Dieu leurdonna encore d'autres marques, mais moins éclatantes de sa puissance.Ainsi les sages-femmes des Egyptiens, qui avaient méprisédes ordres cruels, éludé un monstrueux décret du roi,jouirent d'une grande abondance de bien. C'était un double effetde la providence de Dieu d'abord, que des femmes eussent montréplus de vertu que ceux qui portaient au front le diadème, et ensuiteque leur vertu eût été récompensée, etque leurs familles se fussent accrues extrêmement. Ces paroles, eneffet, " Dieu fit du bien aux sages femmes (Exode, I, 20)," signifientque leur parenté s'étendit; c'est que, pour les bienfaitsque les Juifs reçurent d'elles, ces femmes avaient méritéla récompense du Seigneur, parce qu'elles ne tuaient pas les enfantsdes Juifs. Dieu accorda à ces égyptiennes une nombreuse postérité.
Mais comme les Egyptiens persistaient dans leur endurcissement, Dieules frappa d'une plaie encore plus terrible, qui fut un enseignement pourla terre, un enseignement pour les Égyptiens; les autres peuplesapprirent par la renommée ce que les Égyptiens connurentpar leurs propres souffrances, par la vue et par l'expérience, ettorts purent. savoir quelle est la puissance de Dieu ; et c'est pour cetteraison que le fléau leur avait été prédit.Dieu ne voulait pas que la plaie parût un effet du hasard, un deces coups que la mort frappe d'elle-même. Aussi pouvons-nous appliquerdans cette circonstance une parole prononcée ailleurs au sujet duSauveur. Quelle est cette parole ? " Dominez au milieu de vos ennemis." (Ps. CIX, 2) Dieu en effet ne les fit pas sortir (221) pour les menerdans le désert, ni ailleurs; ce fut au milieu même de leurville qu'il les frappa. Et maintenant, voyez, jusque dans la plaie , laclémence , car le fléau s'attaqua d'abord aux troupeaux,et ce n'est qu'ensuite qu'il s'étendit sur les hommes. Comment doncne pas admirer ce pouvoir qui produit toute chose dans le même instant,qui montre à la fois une modération et une sagesse ineffables?Et en effet, cette plaie ne fut pas la première qu'il leur infligea; il leur en envoya d'autres d'abord, afin de les corriger, et, quand ilfrappa le dernier coup, ce rie fut qu'après l'avoir annoncé;pourquoi ? C'est qu'il voulait par de simples paroles les ramener àla sagesse, et prévenir ainsi une correction effective. Ensuite,quand ils refusèrent de se corriger, Dieu ne permit pas que la plaieeût un, sens équivoque. On aurait pu croire que c'étaitun effet du hasard, urne maladie, une peste survenue par accident; maisvoyez quel concours de circonstances ! d'abord, dans une seule nuit, toussont frappés; secondement, ce sont tous les premiers-nésqui périrent. Une peste ne se serait pas attaquée seulementà tous les premiers-nés, en épargnant les autres ;elle aurait fait, de tous indistinctement, ses victimes; troisièmement,une peste n'aurait pas absolument respecté les Juifs, de manièreà ne s'attaquer qu'aux Egyptiens ; elle aurait, au contraire, sévibien plus cruellement sur les Juifs, accablés de fatigues, de misères,de tant d'innombrables maux, depuis longtemps épuisés parla pauvreté et par la faim : elle ne serait pas tombée surles personnes royales, élevées en dignité, jouissantde l'abondance de toutes choses, entourées de tant de soins. Unepeste n'aurait pas fait invasion tout à coup ; elle aurait étéprécédée de symptômes précédantson arrivée. Au contraire ici, le mal sévit tout d'abord,dans toute sa rigueur, afin de confondre la démence des Egyptiens.Après cette plaie, malgré la conscience qui leur disait siclairement que c'était là un fléau envoyé deDieu, ils poursuivirent les Juifs qui se retiraient. Ce qui est la preuvede leur délire, et la plus forte justification de la conduite deDieu. Comme les signes allaient cesser, il les termine par un dernier signequi sert à justifier tous les autres, pour peu qu'on veuille réfléchirsur ces événements. A celui (lui dirait : pourquoi tous lesEgyptiens sont-ils punis, quand le roi retient seul les Juifs, est seulcoupable ? le dernier signe est une réponse qui résout laquestion. Comment supprime-t-il l'objection, ce dernier signe ? C'est qu'aprèsque leurs premiers-nés eurent été frappés,les Egyptiens chassèrent les Juifs, même en dépit duroi. Donc, s'ils avaient voulu, dès le commencement, ils auraientété plus forts que le roi; donc s'ils n'ont pas forcéla main au roi, tout d'abord, ce n'est point qu'ils ne le pouvaient pas,c'est qu'ils ne le voulaient pas. Et de plus, ce qu'ils ont fait ensuite,leur acharnement à poursuivre les Juifs, aggrave encore leur faute.
5. C'est précisément ce que noies avons vu, à proposde Saül. Quand il fallut soustraire son fils à sa colère,tous vinrent, poussés par l'esprit d'adulation, lui arracher cefils, quoiqu'il eût transgressé la loi. (I Rois, XIV, 45.)Mais quand le roi voulut mettre à mort tant de prêtres, cesmêmes flatteurs ne firent pas entendre une seule parole pour lesdéfendre. (I Rois, XXII, 17.) S'ils avaient pour eux dans le premiercas, un sentiment naturel, dans le second c'était le sentiment dudroit qu'ils devaient invoquer. Les victimes étaient des prêtres,et le meurtre était tan sacrilège , un effet de la colèreet non d'un juste jugement. Mais la raison de cette conduite c'étaitl'engourdissement des âmes et l'indifférence à l'égarddes prêtres. Eh bien, voyez, plus tard, en punition de ces fautes,quels malheurs ! cette coupable négligence coûta cher. J'enconclus que quand vous serez témoins d'un sacrilège, vousne devrez pas rester dans l'inertie, dans une lâche indolence; ilfaut alors être plus ardent que le feu, ressentir l'injure aussivivement que les victimes; c'est par là qu'on évite des calamitéssans nombre. " Depuis l'homme jusqu'aux animaux. " Pourquoi : " Jusqu'auxanimaux? " Comme ils ont été créés pour l'homme,Dieu les punit aussi, à cause de l'homme, afin d'ajouter àl'épouvante; afin d'aggraver le fléau; afin de montrer quela plaie est envoyée par Dieu, que la guerre vient du ciel. " Etil a fait éclater des signes et des prodiges, au milieu de toi,ô Egypte (9)!"
Qu'est-ce à dire : " Au milieu de toi ? " Ou ce terme désignele lieu, ou il veut dire, d'une manière manifeste. En effet, cesparoles : " Au milieu, " signifient partout la même chose que, ouvertement; c'est ainsi qu'il dit ailleurs : " Il a opéré notre salutau milieu de la terre (Ps. LXIII, 12) ; " ce qui est au milieu, tous levoient. " Il a envoyé des signes et des prodiges (222) au milieude toi, Egypte ; " et c'est avec une grande sagesse; car il s'agissaitde corriger les hommes, et de parler aux yeux de ceux qui profiteraientde ces enseignements. Car ces prodiges n'arrivaient pas au hasard ; c'étaitl'effet d'une conduite admirable; et comme ces merveilles étaientde grands coups, et que ces coups frappaient d'une manière admirable,ils avaient une double utilité. " Contre Pharaon et contre tousses serviteurs. " Voyez-vous l'ineffable puissance? Comprenez-vous bien?Comme ils étaient tous ensemble, le châtiment les a visitéstous ensemble, de manière que les uns en souffraient, que les autresy trouvaient leur profit. Mais maintenant, que veulent dire ces paroles: " Contre tous ses serviteurs? " Assurément. ils n'avaient pastous des premiers-nés; mais le Psalmiste parle des autres signes;et, en Egypte, pendant que les Egyptiens étaient frappés,les Israélites profitaient de la leçon. Dans le désert,pendant que les Juifs recevaient les bienfaits de Dieu , les autres enprofitaient également. Dieu envoya des plaies aux ennemis des Juifs;il combla les Juifs dé bienfaits; et, soit plaies, soit bienfaits,tous y trouvèrent leur utilité. Mais pourquoi ne pas comblerde bienfaits les Egyptiens aussi? c'est que d'ordinaire les hommes frappéspar Dieu apprennent mieux à le connaître que ceux qui reçoiventses bienfaits. Quant à ce qui prouve que Dieu ne voulait pas lespunir, voyez-le différant toujours, retenant les coups, manifestant,par les maux qu'il envoie, comme par les biens, son pouvoir et sa clémence.Certes, après la première, la seconde, la troisièmeplaie, Dieu pouvait les considérer comme atteints d'une maladieincurable et les perdre lotis; mais Dieu ne le voulut pas, et, quoiqu'ilconnût l'avenir, qu'il sût bien que ni la cinquième,ni la sixième, ni la dixième plaie ne les rendraient meilleurs,il ne s'arrêta pas dans la marche qui lui convenait. De là,pour nous, les plus fortes raisons d'admirer sa puissance, sa sollicitude,sa sagesse et sa bonté : sa puissance, parce qu'il a frappé;sa sollicitude, parce qu'il s'est retenu ; sa sagesse, parce que, connaissantl'avenir, il a néanmoins suivi sa marche. Et maintenant ce qui prouvesurtout sa clémence, c'est qu'il frappa, d'abord les êtresmoins considérables , ceux qui ne sont pas doués de raison.Puis, allant progressivement, il atteignit le roi lui-même ; ce quiétait le meilleur moyen de donner du retentissement au fléau.En effet, les manieurs d'un particulier sont obscurs, mais quand un hommeillustre est frappé, la nouvelle aussitôt s'en répandpartout.
Après les raisons qui décident le châtiment, lePsalmiste indique les plaies. Mais il ne les passe pas en revue, il neles détaille pas, un seul mot lui suffit et il passe outre en disant: " Il a fait éclater des signes et des prodiges au milieu de toi,Egypte. " Ensuite, il fait sortir de l'Egypte le peuple de Dieu, pour leconduire dans le désert., montrant partout que Dieu n'est pas seulementle Dieu de quelques hommes, que son empire ne se borne pas à uneseule contrée, que sa domination embrasse l'univers. Voilàpourquoi il ajoute : "Il a frappé plusieurs nations, il a tuédes rois puissants (10). " Dans tout ce voyage, lieu donne des preuvesvariées de sa puissance, se servant de faits sensibles pour instruireles peuples. En effet, leurs guerres et leurs victoires miraculeuses leséclairaient sur la nature des événements arrivésantérieurement en Egypte et leur faisaient comprendre qu'il fallaitles attribuer, non pas à l'air ni aux autres éléments,ni à aucune autre casse naturelle, mais à la main divinequi les guidait et combattait pour eux dans les batailles. En sorte queces deux groupes de faits se renvoyaient une mutuelle clarté, ceuxde l'Egypte aidaient à comprendre ceux du désert et réciproquement.En, effet, lorsque sans amies, sans bataille rangée, les Israélitesmettaient en déroute leurs ennemis, il devenait évident poureux que si, en Egypte, Dieu s'était servi des éléments,ce n'était pas qu'il en eût besoin, mais qu'il voulait manifesterdifféremment et diversement sa puissance. " Séon, roi desAmorrhéens, et Og, roi de Basan (11). " Le Psalmiste ne passe pasen revue les villes, il n'insiste pas sur les détails, il ne racontepas les batailles une à une; mais ici encore, son grand esprit franchitd'un bond d'innombrables prodiges: il pouvait s'arrêter, amplifierce riche et tragique sujet, il n'en fait rien ; à travers cetteincomparable abondance, cette richesse des oeuvres de Dieu, il s'élanceet poursuit sa route. Or ces peuples étaient armés, ils habitaientdes villes fortifiées, ils connaissaient la guerre, l'art de disposerles armées ; les Israélites étaient des exilés,ignorant les batailles, respirant à peine d'une longue servitude,d'une tyrannie interminable, consumés par la faire et par les (223)malheurs. exposés aux mauvais traitements du premier qui voudraitleur faire injure; mais sous la conduite de ce Dieu, ils étaientplus puissants que tous les peuples.
6. Ce n'est pas tout, la guerre était juste, les Israélitesn'auraient pas fait d'invasion, si les peuples ne leur en eussent fournides motifs, en leur barrant le passage, ce qui était de la dernièreinhumanité. Quant aux Iduméens, Dieu ne souffrit pas qu'ilsfussent enveloppés dans la guerre. Le silence de Dieu aurait puautoriser les Israélites, à faire de nouvelles invasions:Dieu les prévint, il leur apprit avec quels peuples ils devaientcombattre, de quels peuples ils devaient se détourner, il leur fitla leçon dans le désert, mais c'est avec des faits qu'ilécrivit en quelque sorte la loi qu'ils devaient suivre en pareilcas et la conduite qu'ils devaient tenir envers les peuples qu'ils rencontreraient,." Et tous les royaumes de Chanaan. " Comprenez-vous que cet enseignements'adresse à la terre entière ? Comme le feu dévoreles épines, de même ils envahissaient tous ces peuples etnul ne pouvait leur résister. Ecoutez les paroles de Balaam, instruit,non par les prophètes, non par Moïse, mais par l'expériencemême : " Voici le peuple qui lèche toute la terre. " (Nombr.XXII, 4.) Comprenez-vous la justesse de la métaphore ? Il ne ditpas : le peuple qui fait la guerre, qui renverse. mais qui lèchela terre, voulant montrer par là la facilité de la victoire,les trophées sans effusion de sang, la conquête au pas decourse; ils n'ont pas besoin, dit-il, d'armées rangées enbatailles, ni de combats ; il leur suffit d'envahir les pays et rien neleur résiste. En effet, Dieu ne leur a pas accordé seulementles victoires qui résultent des lois de la guerre, des règlesde la stratégie ; on aurait pu attribuer les événementsà leur valeur personnelle, mais Dieu soulevait contre leurs ennemistous les éléments de l'univers. D'abord il abattait les courages,la grêle tombant par torrents, tua dans une rencontre beaucoup d'ennemis;le soleil, suspendant sa course, prolongea une bataille ; ajoutez un grandnombre de prodiges du même genre, un bruit de trompettes plus violentque le feu, s'abattant sur des tours, fit écrouler les murailles.Cette conduite de Dieu avait une double utilité, les uns apprenaientque la guerre qui leur était faite, ne leur venait pas des hommes,et les autres apprenaient à lever leurs regards vers Dieu, àne jamais s'enorgueillir des événements, à fuir laprésomption, à pratiquer la modestie. Ils gagnaient moinsà vaincre qu'à vaincre de cette manière : ce qui lesrendait terribles devait les rendre en même temps modestes ; terriblesassurément , puisqu'ils avaient un tel général; modesteseu outre, parce qu'ils n'avaient pas lieu de s'enorgueillir de leurs triomphes." Et il a donné leur terre en héritage à Israël; il l'a donnée, pour être l'héritage de son peuple(12). "
C'est là le plus grand prodige: non-seulement ils chassaientles peuples, mais il leur était donné de s'emparer des pays,et de s'en partager les villes : ce qui était pour eux une grandejoie , un grand triomphe , une grande gloire ; et c'était làun effet de la puissance du Seigneur. Ce n'est pas un mince avantage quede s'emparer d'un pays ennemi : il faut, pour cela, un grand secours quivient de Dieu. " Seigneur, votre nom subsistera éternellement,et le monument de votre gloire persistera à travers les générations(13). " Une autre version dit : " Et votre souvenir. " Ici, le Psalmistes'interrompt pour glorifier Dieu ; c'est l'usage des Saints. Quand ilscommencent à parler de ses miracles, ils s'enflamment, et impossibleà eux de finir leurs récits , sans glorifier Dieu, sans lebénir pour les merveilles qu'ils ont racontées; ils satisfontainsi leur cur. C'est ce que nous voyons encore, à chaque page, dans le bienheureux Paul, surtout au commencement de ses épîtres,comme lorsqu'il dit aux églises de Galatie : " Que la grâceet la paix vous soient données , par Dieu notre Père , etpar Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s'est livré lui-mêmepour nos péchés, selon la volonté de Dieu notre Père, à qui soit la gloire dans tous les siècles des siècles.Ainsi soit-il . (Gal. I, 3, 5.) " Et, dans l'épître aux Romains: " Les Israélites à qui appartient l'adoption des enfantsde Dieu, sa gloire, son alliance, son culte, ses promesses, de qui lespatriarches sont les pères , et desquels est sorti , selon la chair,Jésus-Christ même, qui est Dieu au-dessus de tout, et bénidans tous les siècles. Ainsi soit-il." (Rom. IX, 4.) Et ailleursencore: " Au Roi des siècles , immortel, invisible, à l'uniquesage , à Dieu soient l'honneur et la gloire , dans les sièclesdes siècles. Ainsi soit-il. " (I Tim. I, 17.), C'est ce que faitencore ici le Prophète. Après avoir (224) conçu ,dans sa pensée , cette providence de Dieu qui embrasse le mondeentier, ces plaies de l'Egypte, la diversité des bienfaits qu'ila répandus sur les Juifs dans le désert, tous les prodigesqu'il a opérés contre leurs ennemis, cette ineffable bontél'enflamme, et il laisse s'échapper de son coeur cette glorification" Seigneur , votre nom subsistera éternellement, et le monumentde votre gloire persistera à travers les générations;" c'est-à-dire, votre gloire n'est jamais interrompue; rien ne l'amoindrit, rien n'en suspend le cours; elle demeure toujours, à l'abri detout changement, de toute conversion, florissante, vigoureuse. Que signifiemaintenant: " Et le monument de votre gloire persistera à traversles générations? " Votre mémoire, dit-il, n'a pasde fin, n'a pas de limite. " Parce que le Seigneur jugera son peuple ,et se laissera fléchir aux prières de ses serviteurs (14)." Ce qui peut se dire , soit en appliquant le tout au peuple de Dieu ,à savoir que Dieu lui infligera des châtiments, et ensuites'arrêtera et ranimera son peuple ; soit en faisant une division;il se laissera fléchir par son peuple, il jugera ses ennemis ; c'est-à-dire,les uns, il les ranimera: c'est ce que veut dire: " Il se laissera fléchir;" maintenant, il jugera, à savoir les ennemis de son peuple, c'est-à-dire,il leur infligera des châtiments.
7. Ensuite , ne pouvant pas raconter les oeuvres méritoires desIsraélites, pour les justifier d'une certaine manière , ilemploie ces mots de " peuple " et de " serviteurs. " Après avoirdit: " Il se laissera fléchir, " le Psalmiste montre que la réconciliationest un effet de sa clémence, et non de leurs mérites. Car,du moment qu'on se laisse fléchir c'est qu'il faut pardonner; c'estassez dire, que les actions méritoires manquent , et que le tempsde la clémence est venu. Donc, après avoir dit: " Le monumentde votre gloire persistera à travers les générations;" comme, à cette époque, les Israélites étaientle seul peuple qui reconnût le Seigneur, le Psalmiste ne veut direque ceci: le salut de votre peuple est votre glorification au milieu desnations. La gloire propre à Dieu lui est assurée, mêmequand nul ne l'adore, et ne lui offre son culte; gloire inaltérable,impérissable, inaliénable. Quant à la glorificationde Dieu au milieu des peuples, ce sera un effet de notre conservation ,quand nous aurons recouvré notre cité, notre sainte demeure,notre temple; quand nous aurons été rendus à notrepremier gouvernement. " Les idoles des nations ne sont que de l'argentet de lor, et les ouvrages de la main des hommes (15). "
Le Psalmiste a commencé par dire : "Notre-Seigneur est au-dessusde tous les dieux. " Cette expression semblait donner l'idée d'uneexcellence relative, accommodée à la faiblesse de l'espritdes auditeurs. Voyez maintenant comme il développe cette grandeurincomparable. Il a d'abord rappelé la puissance de Dieu, les merveillesdu ciel, de la terre, des abîmes; les prodiges accomplis pour lesJuifs, dans leur propre pays, sur la terre étrangère, contreleurs ennemis, au milieu des nations; ensuite il a rappelé la bontéde Dieu, son amour pour les hommes, sa sollicitude, sa sagesse, sa force;il a montré qu'il est le Dieu de l'univers, attentif aux besoinsde tout l'univers; alors il raille, il tourne en ridicule la faiblessedes idoles, et, tout de suite, il les attaque par leur propre nature ;ou plutôt, leur seul nom lui fournit son premier reproche. Une idoleen effet, qu'est-ce , qu'un objet sans force, méprisable, dont lenom seul révèle l'infirmité? De là, ces premièresparoles : " Les idoles des nations ne sont que de l'argent et de l'or." Premier reproche, Idoles; second reproche, matière inanimée; troisième reproche, par cela même que ce sont des idoles,non-seulement elles sont d'elles-mêmes, faibles, viles, misérables,mais, en outre, ce sont des choses que les hommes ont faites. Voilàpourquoi il ajoute : Et les ouvrages de la "main des hommes; " ce qui estcertes le plus grand reproche adressé à ceux qui les adorent.En effet, ces hommes, qui ont fait ces idoles, attendent leur propre salutde ce qui n'existerait pas sans eux. " Elles ont une bouche, et ellesne parleront point; elles ont des yeux, et elles ne verront point; ellesont des oreilles, et elles n'entendront point; car il n'y a point d'espritdans leur bouche; que ceux qui les font, leur deviennent semblables, ettous ceux aussi, qui se confient en elles (16, 18). "
Voyez-vous comme il insiste sur le ridicule, comme il démontrela fraude; il arrive en effet souvent que les démons leur communiquentle mouvement; le Psalmiste met à découvert la feinte et lacomédie; il montre (225) qu'il n'y a pas d'esprit dans leur bouche.Et pourquoi le perfide démon ne fait-il, et ne dit-il rien sansles idoles? Parce que ces idoles, à cause des types qu'elles représentent, sont comme les colonnes du temple abominable de la fornication, de l'adultèreet de toutes les turpitudes humaines; la vue de ces simulacres est un moyende séduction que le démon emploie pour induire les hommesà imiter les actions dont les idoles leur offrent les représentations: voilà pourquoi, il est si assidu auprès de ces idoles qu'ilmeut pour mieux tromper. Le Psalmiste les attaque encore par une autreironie : " Que ceux qui les font leur deviennent semblables. " Réfléchissezen vous-mêmes, demandez-vous ce que sont ces dieux, s'il suffit,pour prononcer une imprécation terrible, de demander qu'on leurdevienne semblable. Chez nous, il n'en est pas de même; c'est lecomble de la vertu la plus haute, c'est acquérir d'inestimablesbiens, que de se faire, autant qu'il est possible, semblable à Dieu.Chez les idolâtres, au contraire, tel est le tulle, tels sont lesdieux, que leur devenir semblable, c'est le dernier des malheurs que puissesouhaiter l'imprécation. Donc, que ces dieux soient une matièreinanimée, l'ouvrage de ceux qui leur vouent un culte, des simulacresinformes, sans vie, dépourvus de tout sentiment, que ce soit laplus terrible imprécation que de souhaiter qu'on leur devienne semblable;toutes ces vérités montrent l'erreur profonde des idolâtres.Après avoir mis en lumière la faiblesse, l'égarement,la perversité des démons, la stupidité des fabricateursd'idoles, délivré de ces pensées, le Psalmiste concluten glorifiant le Seigneur; il ne raconte plus les oeuvres que Dieu a faites;il les a suffisamment exposées. Mais, pour toutes les oeuvres qui,sont reconnues de tous, il réclame le tribut d'éloges, dûpar ceux qui jouissent des divins bienfaits; il les appelle donc àglorifier Dieu; il fait entendre ces paroles : " Maison d'Israël bénissezle Seigneur; maison d'Aaron, bénissez le Seigneur (19) ; maisonde Lévi, bénissez le Seigneur; vous qui craignez le Seigneur,bénissez le Seigneur (20) ; que le Seigneur soit béni deSion, lui qui habite dans Jérusalem (21). " Pourquoi n'appelle-t-ilpas tout le peuple à la fois? Pourquoi fait-il une division? C'estpour vous apprendre la grande différence qui distingue les bénédictions.En effet, autre est la bénédiction du prêtre, autreest la bénédiction du lévite; autre est la bénédictiondu laïque, autre est la bénédiction qui vient du peupleentier. Quant à cette expression, " Bénissez, " elle a pourbut de montrer quelle est cette nature bienheureuse et sans mélange." Bénissez, " en effet, cela veut dire, parce que vous êtesaffranchis de vos ennemis; parce que vous avez été jugésdignes d'adorer un tel Dieu; parce que vous avez reconnu la vérité.Dieu, en effet, est de lui-même, béni; il porte en lui labénédiction; il n'a besoin d'aucune louange; et pourtant,vous, de votre côté, bénissez-le; non pas que votrebénédiction ajoute quelque chose à ce qu'il a en lui,mais c'est que, vous-mêmes, vous retirerez, de cette bénédiction,un fruit précieux; quoiqu'il soit de sa nature essentiellement béni,ce qui est de toute certitude, il veut pourtant, il veut, de plus, êtrebéni par nous. Maintenant le Psalmiste nomme encore Sion et Jérusalem.C'est que le gouvernement des Juifs y résidait; c'était làque leur culte avait ses fondements; c'était là qu'ils puisaientl'enseignement et la sagesse; et le Psalmiste veut rendre ces lieux vénérables,magnifiques, en y attachant le nom même de Dieu, afin que la vénérationdont ces lieux seraient l'objet, augmentât le désir de s'yporter; que ce désir croissant y attirât plus de peuple; quele peuple, attiré en plus grand nombre, imprimât plus profondémentdans son âme le culte de Dieu; que ce culte plus profondémentimprimé, produisît un accroissement de cette vertu pour laquelletoutes choses ont été faites. On disait alors: Jérusalemet Sion; nous disons aujourd'hui : le ciel, et ce qui est dans le ciel.C'est donc là, je vous en conjure, qu'il nous faut attacher, afind'obtenir les biens de la vie future, par la grâce et par la miséricordede Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui appartient la gloire,dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.