HOMÉLIE PREMIÈRE
1. En disant dans la première épître: " Jour etnuit nous désirons vous voir, et encore nous n'y résistonsplus, et encore nous sommes restés seuls à Athènes,et j'ai envoyé Timothée " (I Thess. III, 10, 1 , 2); partoutes ces expressions, il marque son désir de se rendre auprèsde ceux de Thessalonique. C'est, à ce qu'il semble, parce qu'iln'a pas encore pu satisfaire son désir, c'est parce qu'il lui estimpossible de leur communiquer de vive voix les enseignements dont ilsavaient encore besoin, qu'il leur écrit cette seconde lettré,destinée à le remplacer auprès d'eux. Il n'étaitpas allé les voir; c'est ce que l'on peut conjecturer des parolesde cette lettre même, où il dit : " Nous vous conjurons, mesfrères, par l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ".(II Thess. II, 1.) Car dans la première lettre il leur disait :" Pour ce qui regarde les temps et les moments, il n'est pas besoin devous en écrire ". (I Thess. V,1.) S'il avait fait le voyage, unelettre eût été inutile; mais la question ayant étéajournées, il leur écrit. Il s'exprime ainsi, dans l'épîtreà Timothée : " Quelques-uns bouleversent la foi, en disantque la résurrection est déjà arrivée ". (IITim. II , 18.) Le but de ces prédicateurs de mensonges était,en étant aux fidèles toute grande et glorieuse espérance,de les décourager devant les fatigues. L'espérance redressaitles fidèles, les empêchait de succomber aux maux présents.C'était, pour eux, comme une ancre que le démon voulûtbriser. Or, ne pouvant leur persuader gaie les choses futures n'étaientque des mensonges, Il s'y prit d'une autre manière; il envoya deces hommes perdus qui devaient lui servir à tromper les fidèlesen leur insinuant que cette grande et glorieuse destinée avait reçusots accomplissement. Et tantôt ces imposteurs disaient que la résurrectionétait déjà arrivée; tantôt , que le jugementétait proche , qu'on allait voir paraître le Christ; ils voulaientenvelopper (246) jusqu'au Christ dans leurs mensonges. En montrant qu'iln'y a plus désormais ni rémunération, ni jugement,ni châtiment, ni supplice pour les coupables, ils voulaient rendreles oppresseurs plus audacieux, et enlever à leurs victimes touteénergie. Et ce qu'il y a de plus grave, c'est que, parmi ces imposteurs,les uns envoyaient des paroles qu'ils prétendaient sorties de labouche de Paul; les autres allaient jusqu'à fabriquer des lettresqu'il était censé avoir écrites.
Voilà pourquoi l'apôtre, pour s'opposer à ces hommes,disait : " Que vous ne vous laissiez pas ébranler ni par quelquesprophéties, ni par quelques discours, ni par quelques lettres qu'onsupposerait venir de nous". " Ni par quelques prophéties". (IIThess. II, 2.) Il indique par là les faux prophètes; maiscomment s'y reconnaître, dira-t-on ? par le signe qu'il donne. Aussiajoute-t-il : " Je vous salue de ma propre main, moi Paul; c'est làmon seing, dans toutes mes lettres j'écris ainsi. La grâcede Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous ". (Ibid. III,17,18.)Il ne dit pas que ce qu'il écrit soit son signe, car il est vraisemblableque d'autres aussi l'avaient imité, mais il dit : Je vous écrisma salutation de ma propre main. C'est ce qui se passe aujourd'hui encoreparmi nous. La suscription des lettres montre qui les écrit. Maintenantil les avertit des maux dont ils sont infectés; il les loue, pourle présent, et il tire de l'avenir les exhortations qu'il leur envoie.Il les avertit, en leur parlant du supplice, de la distribution des biensqui leur sont préparés; il insiste sur ce point oùil répand la lumière; sans indiquer l'époque précise,il montre le signe qui fera reconnaître les derniers temps, àsavoir, l'antéchrist. Pour procurer la certitude à l'âmefaible, il ne suffit pas de lui parler simplement, il faut lui donner dessignes et des preuves. Le Christ se montre plein de sollicitude àcet égard; assis sur la montagne, il met un soin extrême àrévéler à ses disciples tout ce qui concerne la consommationdes temps. Pourquoi? pour ne pas laisser le champ libre à ceux quiintroduisent les antéchrists et les pseudochrists. Lui-mêmedonne beaucoup de signes; il en donne un surtout et c'est le plus grand:Quand l'Evangile aura été prêché dans toutesles nations. Il donne encore un second signe pour qu'on ne se trompe passur son avènement : " Il viendra " , dit-il, " comme l'éclair" ; il ne se cachera pas dans un coin; on le verra partout resplendissant.Il n'a besoin de personne pour l'annoncer, tant sa splendeur éclate;l'éclair aussi n'a pas besoin qu'on l'annonce. Jésus-Christdit encore quelque part, en parlant de l'antéchrist : " Je suisvenu au nom de mon Père, et vous ne m'avez pas reçu ; siun autre vient en son propre nom, vous le recevrez ". (Jean, V, 43.)
Il donne aussi comme des signes de son arrivée, les calamitéssurvenant coup sur coup, des malheurs inexprimables. Autre signe encore: la venue d'Elie. Or, à cette époque, les habitants de Thessaloniqueétaient dans le doute, et leur doute nous a été utileà nous-mêmes, car les paroles de l'apôtre ne devaientpas servir seulement aux hommes de Thessalonique, mais à nous-mêmes,pour nous délivrer de fables puériles et d'extravagancesde vieilles femmes. N'avez-vous pas entendu souvent, dans votre enfance,certaines conversations sans fin, sur l'antéchrist et sur la génuflexion?.Ce sont des impostures que le démon fait entrer dans nos âmesencore tendres, de telle sorte que cette croyance se fortifie en nous,quand nous grandissons, et trompe nos esprits. Paul, parlant de l'antéchrist,n'aurait pas négligé ces fables, s'il y eût eu du profitpour nous à nous en parler. Ne cherchons donc pas de pareils signes,car il ne viendra pas ainsi, fléchissant les genoux. Mais, " s'élevantau-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou adoré, jusqu'às'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu". (II Thess. II, 4.) Car, de même que c'est l'arrogance qui a causéla chute du démon, de même celui que le démon faitmouvoir, est rempli d'arrogance.
2. Aussi, je vous en prie, appliquons-nous tous à repousser cevice loin de nous, afin de ne pas subir le même jugement, de ne pasencourir la même peine, de ne pas partager le même supplice." Que ce ne soit point un néophyte " , dit-il, " de peur qu'enfléd'orgueil il ne tombe dans la même condamnation que le démon". (I Tim. III, 6.) Ainsi, celui qui est enflé d'orgueil, sera punide la même manière que le démon. " Car le commencementde l'orgueil, c'est de méconnaître le Seigneur". (Eccl. X,14.) Le commencement du péché c'est l'orgueil. C'est làle premier élan, le premier mouvement vers le mal ; peut-êtreen est-ce et la racine et (247) la base. Le mot " commencement " veut dire,en effet, le premier élan vers le mal, ou ce qui le constitue: parexemple, si l'on disait que s'abstenir des mauvais spectacles c'est lecommencement de la chasteté, cela signifierait le premier élan,le premier pas dans la voie de la chasteté. Si au contraire nousdisons: Le commencement de la chasteté c'est le jeûne; c'estcomme si nous disions Voilà ce qui la fonde, ce qui la constitue.Ainsi, le commencement du péché c'est lorgueil ; c'est parlui, en effet, que tout péché commence, c'est l'orgueil quiforme le péché. En effet, quelles que soient nos bonnes oeuvres,ce vice les détruit; c'est comme une racine quine permet pas auxplantes de prendre de la consistance. Voyez, par exemple, toutes les bonnesactions du pharisien, elles lui ont été inutiles parce qu'iln'en a pas coupé la funeste racine; la racine a tout perdu et corrompu.De l'orgueil naissent le mépris des pauvres, la cupidité,l'amour de la prédominance, le désir d'une gloire insatiable.Un homme de ce caractère est porté à se venger detous les outrages, car l'orgueil ne souffre pas les insultes qui viennentmême des plus puissants, à plus forte raison celles qui viennentdes plus faibles. Mais celui qui ne peut souffrir l'insulte, ne peut supporteraucun mal. Voyez comme il est vrai de dire que l'orgueil est le commencementdu péché ; mais est-il bien vrai que le commencement de l'orgueil,c'est de méconnaître le Seigneur?
Assurément, car celui qui connaît Dieu, comme il faut leconnaître, celui qui sait que le Fils de Dieu s'est abaisséà un état si humble, celui-là ne cherche pas às'élever; celui, au contraire, qui ne sait pas ces choses, s'enfleet s'élève; car l'orgueil le prédispose à l'arrogance.En effet, dites-moi comment ceux qui font la guerre à l'Eglise,peuvent-ils prétendre qu'ils connaissent Dieu? N'est-ce pas làune folie orgueilleuse ? Et voyez dans quel précipice les jettel'ignorance où ils sont de Dieu ; car si Dieu aime un coeur contrit,en revanche il résiste aux superbes; c'est aux humbles qu'il réservesa grâce. Non, aucun malheur n'est comparable à l'orgueil; de l'homme, il fait un démon, insolent, blasphémateur,parjure; l'orgueil fait qu'on aspire au carnage ; car toujours l'orgueilleuxvit dans les douleurs, toujours indigné, toujours chagrin, et rienne peut rassasier la funeste passion qui le tourmente ; il verrait l'empereurincliné devant lui et l'adorant, qu'il ne serait pas rassasié,il lui faudrait plus encore. Plus les avares amassent, plus ils ont debesoins. De même pour ces âmes superbes; de quelque gloirequ'elles jouissent, c'est pour elles une raison d'en désirer uneplus grande; la passion s'augmente (car c'est une passion). Or, la passionne connaît pas la mesure ; elle ne s'arrête qu'aprèsavoir tué celui qui la porte en soi. Ne voyez-vous pas combien degens ivres, toujours altérés, car la passion mauvaise n'estpas un désir fondé sur la nature, mais une dépravation,une maladie. Ne voyez-vous pas que les affamés ont toujours faire?Cette infirmité, comme disent les médecins, franchit toutesles limites de la nature; ainsi ces investigateurs curieux et oisifs ontbeau apprendre, ils ne s'arrêtent pas; c'est une passion mauvaise,et qui ne connaît pas de bornes. Et ceux maintenant qui trouventdes charmes aux plaisirs impurs, ceux-là non plus ne s'arrêtentpas. " [Car pour le fornicateur ", dit l'Ecriture, " toute espècede pain est agréable"] (Ecclés. XXIII, 20) ; il ne s'arrêteraque quand il sera dévoré ; c'est une passion. Mais, si cesont là des passions funestes, elles ne sont pas toutefois incurables,la cure en est possible, et beaucoup plus possible que pour les affectionsdu corps; nous n'avons qu'à vouloir, nous pouvons les éteindre.Comment donc; éteindre l'orgueil ? Connaissons Dieu. Si notre orgueilprovient de l'ignorance où nous sommes en ce qui concerne Dieu,la connaissance de Dieu chasse l'orgueil. Pensez à la géhenne,pensez à ceux qui sont bien meilleurs que vous, pensez àtoutes les expiations que vous devez à Dieu, de telles penséesauront bien vite réduit, bien vite dompté votre esprit superbe.
Mais c'est ce qui vous est impossible? Vous êtes trop faible?Pensez aux choses- présentes, à la nature humaine, au néantde l'homme. A la vue d'un mort qu'on porte sur la place publique, des enfantsorphelins qui le suivent, de sa veuve brisée par la douleur, deses serviteurs qui se lamentent, de ses amis dans l'affliction, considérezle néant des choses présentes, qui ne sont que des ombres,des songes, rien de plus. Vous ne le voulez pas? Pensez à ces richesqui ont péri dans les guerres ; voyez ces maisons de grands et illustrespersonnages, ces splendides demeures maintenant abattues; pensez àtoute la puissance qu'ils possédaient, (248) dont il ne reste pasaujourd'hui un souvenir. Il n'est pas de jour, si vous voulez, qui ne vousprésente de pareils exemples, des princes laissant leur place àd'autres, des richesses confisquées. "Un grand nombre de rois sesont assis sur la terre nue, et celui qu'on ne soupçonnait pas,a porté le diadème". (Ecclés. XI, 5.) N'est-ce pasl'histoire de tous les jours? Ne tournons-nous pas sur une roue ? Lisez,si vous voulez, nos livres, et les livres profanes (car les livres du dehorssont remplis de pareils exemples) si vous dédaignez nos écriturespar orgueil; si les ouvrages des philosophes provoquent votre admiration,eh bien, consultez-les; vous y trouverez des leçons, ils vous parlerontdes malheurs antiques, poètes, orateurs, maîtres de philosophie,tous les écrivains quels qu'ils soient. Partout, si vous voulez,les exemples se montreront à vous. Si vous ne voulez rien entendreparmi eux, considérez notre nature même, son origine, sa fin;appréciez ce que vous pouvez valoir, quand vous dormez: n'est-ilpas vrai que le moindre animal pourrait vous ôter la vie? Que defois un animalcule, tombant du haut d'un toit, ou crève l'il, oufait courir quelque autre danger ! Eh quoi? n'êtes-vous pas plusfaible que tout animal, quel qu'il soit? Eh ! que me dites-vous? que vousavez le privilège de la raison? Eh bien, vous ne l'avez pas, laraison, et ce qui prouve qu'elle vous manque, c'est votre présomption.Qu'est-ce qui vous inspire votre fierté, répondez-moi labonne constitution de votre corps? Mais les animaux l'emportent sur vous.Et cela est vrai aussi des brigands, des meurtriers, des profanateurs desépultures. Mais votre intelligence? Mais l'intelligence ne se manifestepas par la présomption ; voilà donc tout d'abord qui vousdépouille de votre intelligence. Sachons donc abaisser clos sentimentsprésomptueux, devenons modestes, humbles, doux et pacifiques carvoilà ceux que le Christ regarde comme heureux avant tous les autres:" Bienheureux les pauvres d'esprit " (Matth. V, 3; et XI, 29); et sa voixnous crie encore : " Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur".Aussi a-t-il lavé les pieds de ses disciples, nous donnant par làun exemple d'humilité. Appliquons-nous à profiter de tousces discours, afin de pouvoir obtenir les biens promis par lui àceux qui l'aiment, par la grâce et par la bonté, etc., etc.
HOMÉLIE II
PAUL, ET SILVAIN, ET TIMOTHÉE, A L'ÉGLISEDE THESSALONIQUE, EN DIEU NOTRE PÈRE, ET EN JÉSUS-CHRIST,NOTRE SEIGNEUR. QUE DIEU NOTRE PÈRE ET LE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST,VOUS DONNENT LA GRACE ET LA PAIX. (I, 1-8.)
1. La plupart des hommes ont recours à tous les moyens, fontjouer toutes les machines, pour se mettre un peu en crédit auprèsdes magistrats, des personnes un peu haut placées; on attache beaucoupde prix à leur faveur, on la convoite, c'est un bonheur de l'obtenir.Si la faveur dès hommes est d'un si grand prix, de quel prix serala faveur de Dieu? Voilà pourquoi, dans ses lettres, l'apôtredébut, toujours par le souhait de la grâce de Dieu. Paul saitbien qu'avec cette grâce on n'a plus rien à craindre, quec'en est fait de tous les chagrins, de toutes les contrariétés.Voici qui vous fera comprendre cette vérité : Joseph étaitun (240) esclave, un jeune homme sans expérience, très-simple,et tout à coup le voilà chargé d'administrer une maison,et c'était à un égyptien qu'il devait ses comptes.Vous savez tous combien les gens de cette race sont portés àla colère, et surtout sont vindicatifs. Ajoutez à ces dispositionsnaturelles, une charge qui donne du pouvoir; la colère est plusredoutable, parce qu'elle s'augmente avec le pouvoir. L'égyptienl'a bien montré. La maîtresse porte l'accusation; le maîtrel'accueille, et cependant, s'il y avait eu violence, ce n'étaitpas sur ceux qui avaient le manteau entre les mains, mais sur celui quiavait été dépouillé. L'égyptien auraitdû dire : Vous n'aviez qu'à élever la voix, il auraitpris la fuite; s'il se sentait coupable, il n'aurait pas attendu la présencede son maître. Toutefois de pareilles pensées étaienttrop fortes pour cet homme; il s'abandonna tout entier, aveuglément,à la colère, et jeta Joseph en prison ; tel étaitl'excès de sa démence. Et cependant les témoignagesne lui manquaient pas pour lui apprendre quelle était la sagesse,l'intelligence de Joseph; mais cet égyptien était tout àfait dépourvu de raison, aussi ne fit-il aucun raisonnement. Ehbien, Joseph, avec un maître d'un caractère si misérable,Joseph chargé de tout le soin d'administrer la maison, lui, quiétait un étranger, sans soutien, sans expérience,reçut à grands flots la grâce divine, et toutes cesépreuves furent comme non avenues; il surmonta tout cela, et lescalomnies de sa maîtresse, et les dangers qui menaçaient savie, et la prison; enfin il arriva jusqu'au trône.
Eh bien donc, notre bienheureux Paul sait combien est grande la grâcede Dieu, et,voilà pourquoi il la souhaite à ceux qui recevrontsa lettre. Il a aussi en tête une autre pensée : il veut qu'onfasse bon accueil à ce qu'il écrit; il veut que, s'il réprimande,s'il gronde, on ne regimbe pas. Voilà pourquoi il leur parle, avanttout, de la grâce de Dieu; il adoucit leur cur; il veut que, dansles afflictions, ils se souviennent de la grâce qui les a sauvésau `milieu d'épreuves plus difficiles, de telle sorte que, dansde moindres épreuves, ils ne désespèrent pas, qu'aucontraire ils soient consolés. C'est ainsi que, dans un autre endroit,il leur disait : " Si, lorsque nous étions ennemis de Dieu , nousavons été réconciliés avec lui par la mortde son Fils, à plus forte raison, maintenant que nous sommes réconciliés,serons-nous sauvés par la vie de ce même Fils ". (Rom. V,10.)
" Que Dieu Notre Père ", dit-il, " et le Seigneur Jésus-Christ,vous donnent la grâce et la paix. Nous devons , mes frères,rendre pour vous à Dieu de continuelles actions de grâces,comme il est juste ". Voyez quel excès d'humilité ! En disant: "Nous devons rendre des actions de grâces ", voici la pensée,la réflexion qu'il leur suggère: Si ce n'est pas vous queles autres commencent par admirer pour vos bonnes oeuvres, si c'est Dieud'abord qu'ils admirent, à plus forte raison doit-il en êtreainsi de nous. L'apôtre en outre élève leurs pensées;ce qui arrive aux Thessaloniciens n'est pas fait pour provoquer, ni leslarmes, ni les lamentations, loin de là, mais les actions de grâcesadressées à Dieu. Si Paul bénit le Seigneur pour lesbiens décernés aux autres, quel sera le sort de ceux qui,loin de bénir le Seigneur, se laissent ronger par l'envie?
" Puisque votre foi s'augmente de plus en plus, et que la charité,que vous avez les uns pour les autres, s'accroît". Et comment, medira-t-on, la foi peut-elle s'augmenter? Comment? par les traitements rigoureuxque nous endurons pour elle. Il est beau d'être solide, fixe dansses pensées; mais lorsque les vents soufflent avec violence, lorsquela tempête se précipite, lorsque les flots s'amoncellent detoutes parts, si alors nous ne chancelons pas, c'est l'infaillible marquede l'abondance, de la surabondance, du sublime essort de notre foi. Demême qu'aux jours du déluge, de l'inondation, tout ce quiest pierre et tenant à la terre est submergé vite, tandisque ce qui s'élève vers le ciel, échappe au naufrage,de même la foi qui s'élève n'est pas engloutie. Voilàpourquoi l'apôtre ne dit pas simplement, " s'augmente", mais, "puisquevotre foi s'augmente de plus en plus, et que la charité que vousavez les uns pour les autres, s'accroît ". Voyez quelle ressource,dans les afflictions, de former une masse compacte; de se tenir serrésles uns contre les autres; de là, en outre, une grande consolation.La charité molle et la foi sans énergie se troublent devantles afflictions; au contraire, une foi et une charité énergiquesse fortifient encore dans les épreuves. L'âme tourmentéepar les douleurs n'en retire, si elle est faible, aucun profit; l'âmeforte y gagne un surcroît de force. Voyez la charité des (250)premiers chrétiens; ils n'avaient pas, pour un tel, un amour sansbornes; pour tel autre, aucune affection; leur affection était égalepour tous. C'est ce que l'apôtre fait entendre par ces paroles :"Et que la charité que vous avez les uns pour les autres". C'estl'équilibre; les chrétiens ne forment tous qu'un corps; aujourd'huimême, nous voyons bien que beaucoup de personnes éprouventla charité, ressentent l'affection, mais cette affection est unecause de dissentiment. Qu'arrive-t-il, dans le cas de deux ou trois amisensemble? Ces deux ou trois, ou quatre, étroitement unis, se séparentdes autres, les abandonnant pour ceux qui font leur force, en qui seulsils ont une confiance exclusive; c'est le déchirement de la charité,ce n'est plus de la charité. Supposez que l'oeil, qui doit veillerpour tout le corps, ne s'exerçât plus que dans l'intérêtde la main, se séparât de toutes les autres parties du corps,pour ne s'occuper que de la main, ne serait-ce pas la perte du corps entier?Assurément. Il en est de même pour nous; notre charitédoit s'étendre à toute l'Église de Dieu. Si nous laconcentrons sur un seul ou sur deux, nous nous perdons nous-mêmes,et nos amis, et tous les autres. Ce n'est pas là de la charité;il n'y a là que division , séparation, déchirement,tiraillement. Une partie arrachée au corps humain aura beau possédertoute l'unité, toute la cohésion possible, cependant il n'yen a pas moins fracture, déchirement, vu que cette partie n'estpas unie au reste du corps.
2. Qu'importe que celui-ci, que, celui-là soit l'objet de votreamour passionné. L'amour est un sentiment humain; si votre sentimentest plus qu'humain, si c'est en vue de Dieu que vous aimez, aimez tousles hommes, car Dieu nous commande d'aimer jusqu'à nos ennemis.S'il nous a commandé d'aimer jusqu'à nos ennemis, àcombien plus forte raison ceux qui ne nous ont fait aucun mal. Mais jesuis plein d'amour, me répond-on; non, vous ne ressentez pas l'amourdivin, ou plutôt vous ne ressentez aucun amour; vous accusez, vousenviez, vous dressez des piéges. Où est votre amour? Mais,je ne fais rien de pareil, me répond-on. Cependant, quand vous entendezmédire, vous ne fermez pas la bouche du médisant, vous nerefusez pas d'ajouter foi à ses paroles, vous ne l'arrêtezpas ; quelle marque d'amour ! " Puisque la charité ", dit l'apôtre," que vous avez les uns pour les autres, prend tous les jours un nouvelaccroissement, de sorte que nous nous glorifions en vous, dans les églisesde Dieu (3, 4) ".
Dans la première épître, il dit que toutes les églisesde la Macédoine et de l'Achaïe ont retenti du bruit de leurfoi : " De telle sorte ", dit-il, " qu'il n'est point nécessaireque nous en parlions, puisqu'ils racontent eux-mêmes de nous, quela été le succès de notre arrivée parmi vous". (I Thess. I, 8, 9.) Ici maintenant il dit : " De sorte que nous nousglorifions ". Qu'est-ce que cela veut dire? Dans la première épître,il dit : Ils n'ont pas besoin de nos leçons; dans celle-ci, il nedit pas Nous leur apportons l'enseignement, mais: " Nous nous glorifions". Cela veut dire : Si, à cause de vous, nous rendons grâcesà Dieu, si nous nous glorifions auprès des hommes, àbien plus forte raison vous convient-il de le faire pour les biens quinous arrivent. Si, en effet, vos bonnes oeuvres méritent que d'autresse glorifient, comment seront-elles, pour nous, un sujet de lamentations?On ne peut pas le dire : " De sorte que nous nous glorifions en vous dansles églises de Dieu, à cause de la patience et de la foique vous montrez". Il prouve ici que beaucoup de temps s'est passé,car la patience suppose beaucoup de temps, plus qu'une simple duréede deux ou trois jours. Et maintenant il ne dit pas seulement, la patience; il faut certes beaucoup de patience pour attendre, sans en jouir, desbiens qui sont promis. Mais l'apôtre indique ici une plus grandepatience. Quelle est-elle? La patience au sein des persécutions.Ce qui prouve que c'est là la patience qu'il indique, c'est ce quisuit : " Dans toutes les persécutions et les afflictions que voussupportez ". En effet, ils étaient entourés d'ennemis, qui,de tous côtés, cherchaient à leur nuire, et la patiencedes fidèles, leur solidité était inébranlable.
Honte à ceux qui, pour s'assurer des protecteurs parmi les hommes,changent de croyances ; aux premiers jours de la prédication, despauvres, obligés, de travailler tous les jours pour gagner leurvie, bravèrent les inimitiés de ceux qui gouvernaient l'État,des plus hauts dignitaires, des plus grands potentats; on ne rencontraitpas un chrétien parmi les princes et les magistrats, et cependantces premiers chrétiens supportaient une guerre implacable, et nerenonçaient pas à leur foi.
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" Qui sont les marques du juste jugement de Dieu (5) " . Voyez la consolationque l'apôtre leur ménage. Il a dit :Nous rendons grâcesà Dieu; il a dit : Nous nous glorifions auprès des hommes.Voilà de bonnes paroles; mais ce que recherche avant tout l'affligé,c'est d'être délivré de ses maux, c'est de voir punirceux qui l'affligent. Voilà ce que l'âme faibli; désireavant tout. Quant au sage, il n'en est pas de même. Que dit doncl'apôtre? " Qui sont les marques du juste jugement de Dieu ". Ily a là deux idées indiquées, à savoir : lapunition des méchants et la récompense des bons. C'est commes'il disait Afin qu'en vous couronnant, afin qu'en les punissant, la justicede Dieu se manifeste. C'est en même temps une consolation qu'il leuradresse; il leur montre que les sueurs et les fatigues qu'ils souffrent,demandent, et qu'il est conforme à la justice, qu'ils soient couronnés.L'apôtre leur parle d'abord de ce qui les concerne. En effet, quelquedésireux qu'on soit de vengeance, ce sont d'abord les récompensesqu'on désire, voilà pourquoi il ajoute : " Et qui serventà vous rendre dignes du royaume de Dieu, pour lequel aussi voussouffrez ". Ces persécutions ne sont donc pas un effet de la puissancesupérieure des persécuteurs, mais de la nécessitéd'entrer par cette voie dans le royaume de Dieu. " Car, c'est par beaucoupd'afflictions ", dit l'Ecriture, " que nous devons entrer dans le royaumede Dieu ". (Act. XIV, 22.)
" Si vraiment il est juste devant Dieu, qu'il afflige à leurtour ceux qui vous affligent maintenant, et qu'il vous console avec nous,vous qui êtes dans l'affliction. Lorsque le Seigneur Jésusdescendra du ciel avec les anges, qui sont les ministres de sa puissance(6, 7) ". Ce " si vraiment ", tient lieu ici, de parce que, expressionque nous employons quand il s'agit d'une vérité incontestablequ'il est impossible de contredire ; c'est donc pour, il est tout àfait juste. S'il est juste, dit-il, devant Dieu qu'il les punisse, n'endoutons pas, il les punira ; c'est comme s'il disait : Si Dieu prend soucide ces choses, si Dieu s'en préoccupe. Ce a si vraiment n a la mêmevaleur que si la chose était incontestable, comme s'il disait :Si Dieu déteste les méchants, pour forcer les auditeurs àdire que Dieu les déteste (ce sont là en effet des penséessur lesquelles il n'y a pas le moindre doute) ; et de même ici, toutle monde est d'accord qu'il. y a justice, car si cela est juste devantles hommes, à bien plus forte raison est-ce juste devant Dieu. "Qu'il afflige ", dit-il, " ceux qui vous affligent., et qu'il vous console,vous qui êtes dans l'affliction ".
3. Eh quoi donc? Est-ce que la rétribution est égale?Nullement. Mais voyez comme il montre, par les paroles qui suivent, combienla rétribution est plus forte, combien la consolation dépasseles épreuves. Voyez, de plus, cette autre consolation : Partagezla rétribution, dit-il, avec ceux qui ont partagé l'affliction.C'est là en effet ce que signifie cet " avec nous ". Il associe,au partage des couronnes, ceux qui ont fait peu de chose, et ceux dontles oeuvres sont innombrables, incomparables. Ce n'est pas tout, il marquele temps, et il le décrit de manière à exalter lesâmes; sa parole ouvre, pour ainsi dire, le ciel, et l'étalesous les yeux; montre l'armée des anges, et présente un admirabletableau plein de consolations pour les affligés. " Et qu'il vousconsole, avec nous, vous qui êtes dans l'affliction, lorsque le SeigneurJésus descendra du ciel et paraîtra avec les anges, qui sontles ministres de sa puissance. Lorsqu'il viendra a au milieu des flammesse venger de ceux qui ne connaissent point Dieu et qui n'obéissentpoint à l'Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ (8) ".Si l'on est puni pour ne pas obéir à l'Evangile, quel serale sort de ceux qui, non-seulement n'obéissent pas à l'Evangile,mais vous affligent ? A quels tourments ne sont-ils pas réservés? Mais maintenant, remarquez la prudence de l'apôtre ; il ne ditpas Ceux qui vous affligent, mais " ceux qui a n'obéissent pas "; d'où il suit que, si ce n'est pas pour vous, c'est pour l'Evangilequ'il est nécessaire de les punir. Cette parole, c'est pour prouver;avec plus de certitude, qu'il faut absolument les punir. Ce qui précède,c'est pour montrer qu'il faut que les fidèles soient honorés.La certitude du supplice qu'il annonce, les porte donc à la foi,et ce qui doit réjouir les fidèles, c'est que ces supplicessont la punition des maux qu'on leur a faits. Ces paroles s'adressaientà ceux de Thessalonique, mais elles nous conviennent à nousaussi. Donc, à l'heure des afflictions, méditons-les.
Ne nous réjouissons pas du supplice des autres parce qu'il nousvenge, réjouissons-nous d'être nous-mêmes affranchisde la (252) punition et du châtiment. Quel profit pour nous, lorsqueles autres sont châtiés? Ne souffrons pas, je vous en prie,dans nos âmes, de tels sentiments, mais que la royauté duciel nous excite à la vertu. Sans doute, l'homme vraiment vertueuxne se décide ni par crainte, ni par amour de la royauté,mais par le seul amour du Christ; ainsi faisait Paul. Mais nous, méditonssur les biens du royaume céleste, sur les douleurs de l'enfer, etsachons, par ce moyen-là au moins, nous former, nous instruire,nous porter à notre devoir. En présence de ce qui semblebon, de ce qui semble grand dans la vie présente, pensez àla royauté du ciel, et vous ne verrez plus qu'un néant ici-bas.En présence d'un objet terrible, pensez à l'enfer, et vousrirez; quand un désir charnel pénétrera en vous, pensezau feu éternel, méditez en même temps sur le plaisirmême du péché, plaisir qui n'a rien de réel,plaisir qui n'est pas même un plaisir. Si les lois de ce monde sontassez terribles pour nous détourner des actions coupables, àbien plus forte raison faut-il le dire de la pensée des choses àvenir, du châtiment immortel, de la peine éternelle. Si lacrainte qu'inspire un roi de la terre nous écarte de tant d'actionsmauvaises, à combien plus forte raison la crainte du Roi éternel.Eh bien ! comment pourrons-nous l'entretenir toujours en nous, cette crainte?Ecoutons souvent l'Ecriture. Si l'aspect seul d'un mort fait que notrecoeur se serre, à bien plus forte raison la géhenne et lefeu inextinguible, à bien plus forte raison le ver qui ne meurtpas. Pensons toujours à la géhenne, nous ne serons pas prèsd'y tomber. Voilà pourquoi Dieu nous menace de ce supplice. Si lapensée de ce supplice n'était pas pour nous d'une grandeutilité, Dieu ne nous en aurait pas menacés; mais cette penséefait faire de grandes choses, et, comme un remède salutaire, lamenace de Dieu l'applique à nos âmes. Ne méprisonspas l'utilité si grande qui en ressort pour nous; pensons-y sanscesse, dans les dîners, dans les soupers. La conversation sur dessujets agréables n'est d'aucun profit pour l'âme, et ne faitque la rendre plus lâche; mais la conversation sur des sujets sévèreset dont l'idée importune, retranche le luxe inutile des penséessuperflues, prévient le relâchement de l'âme et en ramasseles forces.
Les entretiens sur les théâtres et les acteurs ne serventde rien à l'âme, et ne font qu'ajouter à l'irréflexion,à la pétulance de la pensée. La curiosité quirecherche, qui fouille les actions d'autrui, jette souvent l'âmedans les périls; mais parler de la géhenne, c'est s'affranchirde tout péril, et rendre l'âme plus sage. Mais vomis redoutezles paroles de mauvais augure? Est-ce que votre silence éteindrala géhenne? Est-ce que votre parole l'allumera? Que vous parliezou non, le feu s'embrasera. Ne cessons donc pas d'en parler, afin que vous.n'y tombiez jamais. Il est impossible qu'une âme, inquiétéepar la pensée de la géhenne, soit prompte à pécher." Rappelez-vous votre dernière heure; et vous ne pécherezpas pour l'éternité ". (Eccl. XXVIII, 6.) Il est impossiblequ'une âme, qui redoute les comptes à rendre un jour, n'aitpas de répugnance pour les prévarications. La crainte, maîtrisantla pensée, n'y laisse rien entrer de mondain. Si les paroles quirappellent l'enfer, abattent et répriment 1a pensée mauvaise, la raison qui a fait sa résidence dans les âmes, ne lespurifie-t-elle pas plus encore que toutes les flammes? Ne pensons pas àla royauté du ciel autant qu'à la géhenne, car lacrainte a plus de force que la promesse; et j'en sais un trop grand nombrequi dédaigneraient les biens incomparables, s'ils pouvaient s'affranchirde la punition. N'est-il pas vrai qu'il me suffit à moi-mêmede n'être pas puni, de n'être pas châtié? Aucunde ceux qui ont la géhenne devant les yeux, ne tombera dans la géhenne; aucun de ceux qui méprisent la géhenne, n'échapperaà la géhenne. De même que chez nous ceux qui redoutentles tribunaux, ne sont pas conduits devant les tribunaux, tandis que ceuxqui les méprisent sont surtout ceux que l'on y traîne; demême pour la géhenne. Si les habitants de Ninive n'avaientpas redouté leur destruction, ils auraient été détruits;mais pour l'avoir redoutée, ils n'ont pas été détruits.Si les contemporains de Noé avaient redouté le déluge,ils n'auraient pas été engloutis. Si les Sodomites avaientredouté la flamme, ils n'auraient pas été dévorésparla flamme. C'est un grand malheur de mépriser les menaces; quiméprise les menaces, en éprouvera bien vite les effets. Rienn'est aussi utile que de s'entretenir de la géhenne; voilàqui purifie les âmes, qui les rend plus blanches que l'argent leplus pur. Ecoutez les paroles du Prophète : " Vos jugements sonttoujours devant moi " . (Psal. XVII , 23.) Le Christ aussi (253) en parlesans cesse; discours qui affligent lauditeur, mais qui l'affligent poursa plus grande utilité.
4. Car il en est ainsi dg tout ce qui noms est utile. Ne vous en étonnezpas, les médicaments , les aliments répugnent d'abord aumalade, et ils lui sont utiles. Si nous ne supportons pas la rigueur desparoles, il est évident que nous ne supporterons pas l'affliction.réelle; si l'on ne supporte pas les discours sur la géhenne,évidemment quand la persécution viendra, l'on ne saura pasrésister au feu et au glaive. Sachons donc habituer notre oreilleà ces discours, préservons- nous, de la mollesse. Après.les paroles, viendra pour nous la réalité. Habituons-nousà entendre des choses terribles pour nous habituer à supporterdes choses Terribles. Si notre relâchement va jusqu'à ne paspouvoir endurer des paroles, comment pourrons-nous tenir contre les rigueursde la réalité? Voyez quel mépris pour tous les mauvaistraitements , pour les dangers survenant coup sur coup, manifeste le bienheureuxPaul. C'est que ses méditations l'avaient porté jusqu'aumépris de l'enfer, pour se rendre agréable à Dieu.La réalité même de l'enfer lui paraissait peu de chose,pour l'amour du Christ; et nous, en considération de nos intérêts,nous ne supportons même pas les paroles qui le rappellent. A peineavez-vous entendu quelques mots sur ce sujet, vite vous vous retirez. Jevous en prie, s'il y a en vous. quelque charité, ne vous lassezpas, de semblables entretiens. Ces méditations ne sauraient en rienvous nuire, supposé qu'elles ne vous servent pas ; au contraire,je suis sûr qu'elles vous serviront, car l'âme se façonneselon les discours qu'elle entend. " Les mauvais entretiens gâtentles bonnes moeurs ", dit l'apôtre, (I Cor. XV, 33.) D'où ilsuit que les bons entretiens les. améliorent : Les entretiens surdes sujets terribles inspirent, la sagesse. L'âme est comme une cire: exposez-la au froid de certains discours , vous la pétrifiez ,vous l'endurcissez. Au contraire , les discours fervents l'amollissent; et quand elle est amollie, vous lui donnez la forme que vous voulez,et, vous y gravez la royale image.
Donc, bouchons nos oreilles aux discours inconsidérés,redoutons ce mal, d'où proviennent tous les maux. Si l'attentionde notre âge s'exerçait. uniquement à entendre lesdivines paroles, elle ne ferait pas attention aux autres discours, et n'yfaisant pas attention, elle ne se porterait pas aux actions mauvaises.Car la route qui conduit aux actions, c'est la parole; d'abord nous pensons,ensuite nous parlons , puis nous agissons. Grand nombre d'hommes, pleinsde sagesse et de modération, ont commencé par les paroleshonteuses pour arriver aux actions honteuses. Notre âme, en effet,n'est de sa nature ni bonne ni mauvaise; c'est le libre arbitre qui lamet tantôt dans tel état, tantôt dans tel autre. Demême que la voile porte le navire partout où souffle le vent,ou plutôt, de même que le gouvernail transporte le navire ,si le vent est favorable; de même la pensée, si les bonnesparoles sont portées par un vent favorable, naviguera sans péril.Dans le. sas contraire; la pensée fera souvent naufrage ; car, ceque sont les vents pour les navires, les paroles le sont pour les âmes;partout où vous voulez, vous transportez et tournez votre pensée;de là ce conseil de 1'Ecriture : " Que toutes vos paroles soientconformes à la loi du,Très-Haut ". (Eccl. IX, 20.) Aussi,je vous en, prie, quand les nourrices vous rendent vus enfants , ne leshabituez pas à des contes de vieille femme; mais, dès l'âgele plus tendre, qu'ils apprennent ce que c'est que le jugement; gravons-leurdans l'âme ce que c'est que le supplice. Cette crainte, enracinéedans les coeurs, produit de grands biens. L'âme qui, dès lespremières années de l'enfance, s'est pliée àcette attente, ne, secouera pas facilement ce guide dont. elle a peur;comme un cheval, docile au freins l'âme qui, sent peser sur ellela pensée de la géhenne, marche d'un pas bien réglé,et toutes ces paroles seront conformes à son utilité, etni jeunesse, ni richesse, ni perte ou abandon, ou quoi que ce soit, nepourra lui nuire, si elle a cette raison solide assez forte pour résisterà tout., Ces entretiens doivent être notre règle etnotre frein, pour nous , pour nos femmes,, nos esclaves, nos enfants, nosamis, et , s'il est possible, pour nos ennemis. Nous pouvons, avec cesentretiens, retrancher le grand nombre de nos péchés, etvivre, au milieu des afflictions, plus heureux qu'au sein de la prospérité,et je vais vous le prouver. Répondez-moi : Vous entrez dans unemaison où se célèbre un mariage, et, pendant une heure,ce spectacle vous amuse, mais bientôt vous vous retirez, et le chagrinvous dessèche parce que vous, n'êtes (254) pas aussi riche;vous entrez, au contraire, dans une maison en deuil, et quelque richesqu'en soient les habitants, en vous retirant, vous vous sentez le coeuren repos , parce que ce que vous avez vu , ne vous a pas inspirél'envie, mais vous a consolés de votre pauvreté.
Vous le voyez, la réalité vous montre que la richessen'est pas un bien, que la pauvreté n'est pas un mal; que ce sontchoses indifférentes. Maintenant, parlez, je suppose, des plaisirsrecherchés de la vie, vous heurtez l'homme qui n'a pas assez deressources pour se les procurer; parlez, au contraire, contre les délices,et, si vous le voulez, de la géhenne, la conversation est de natureà vous intéresser vivement , car cette pensée queles plaisirs délicats n'auront servi absolument à rien pourpréserver du feu à venir, vous empêchera de les rechercher.Ce n'est pas tout, la pensée que ces plaisirs ne servent d'ordinairequ'à irriter ce feu, non-seulement vous empêchera de les rechercher,mais vous portera encore à les haïr, à les repousserloin de vous. Donc n'évitons pas les discours sur la géhenne,si nous voulons éviter la géhenne ; n'évitons pasla pensée du châtiment, si nous voulons n'être pas châtiés.Si ce riche, bien connu, avait pensé au feu de l'enfer, il n'auraitpas péché. C'est pour n'y avoir jamais pensé, qu'ily est tombé d'une chute si terrible. Réponds-moi, ôhomme, il te faudra comparaître devant le tribunal du Christ. Quelsujet d'entretien peux-tu préférer à celui-là?Si tu as un procès auprès d'un juge, tu en parles, non-seulementpendant la nuit, non-seulement pendant le jour, non pas quelques instantsseulement, non pas une heure seulement, mais toujours, mais sans cesse;fui ne parles que de ce procès; et quand il te faudra rendre comptede ta vie tout entière, et subir un jugement; tu ne peux pas mêmesupporter ceux qui te rappellent ce jugement? Eh bien, voilà pourquoitout meurt, pourquoi tout est perdu, c'est que, pour avoir à nousprésenter devant un tribunal humain pour des affaires de la vieprésente, nous mettons tout en mouvement , nous adressons des prièresà tout le monde, nous ne cessons pas un instant de nous inquiéter,de tout faire, en vue de ce procès; et nous, les mêmes hommes,nous qu'attend le tribunal du Christ, au bout d'un temps bien court, nousne faisons rien, ni par nous, ni par les autres; nous n'adressons pas nosprières au juge, quoiqu'il nous donne assez de temps pour cela,quoiqu'il ne nous enlève pas du beau milieu de nos péchés,quoiqu'il nous permette, au contraire, de nous en dépouiller; quoiqu'ilfasse, par lui-même, tout ce que lui inspirent et sa bontéet sa clémence. Inutile sollicitude : et voilà pourquoi plusrigoureux est le châtiment. Mais loin de nous de le sentir par expérience.Aussi, je vous en conjure , revenons, maintenant du moins, à lasagesse; ayons toujours la géhenne devant les yeux; réfléchissonssur ces comptes à rendre de toute nécessité ; et puissentces pensées nous faire fuir le vice, nous porter à la vertu,nous mériter les biens promis à ceux qui l'aiment, par lagrâce et par la bonté, etc.
HOMÉLIE III
QUI SOUFFRIRONT LA PEINE D'UNE ÉTERNELLEDAMNATION, ÉTANT CONFONDUS PAR LA FACE DU SEIGNEUR ET PAR LA GLOIREDE SA PUISSANCE, LORSQU'IL VIENDRA POUR ÊTRE GLORIFIÉ DANSSES SAINTS, ET POUR SE FAIRE ADMIRER DANS TOUS CEUX QUI AURONT CRU EN LUI.(I, 9, II, 5.)
1. Grand nombre d'hommes ont bon espoir; ce n'est pas qu'ils s'abstiennentdu péché, mais c'est qu'ils regardent la géhenne commemoins rigoureuse qu'on ne le dit. Ils la croient plus douce que les menacesne l'annoncent; temporaire, non éternelle, et ils font là-dessusbeaucoup de dissertations. Quant à moi, non-seulement je ne la croispas plus douce que les menaces ne nous l'annoncent, mais je la crois beaucoupplus terrible, et j'en puis donner un grand nombre de preuves, et conclurece qui en est, des paroles mêmes qui nous annoncent la géhenne.Toutefois, je n'en veux rien faire, quant à présent; il suffitde la crainte, inspirée par les seules paroles, quand mêmenous n'en expliquerions pas le sens. Non, l'enfer n'est pas temporaire: écoutez ce que dit Paul de ceux qui ne veulent pas connaîtreDieu , qui ne croient pas à l'Evangile. Ceux-là seront punisd'une mort éternelle. Ce qui est éternel peut-il êtretemporaire? " Confondus ", dit l'apôtre, ",par la face du Seigneur". Il indique par là la promptitude irrésistible du supplice.Ces riches si orgueilleux, il ne faut pas, dit l'apôtre, déployercontre eux un grand effort : il suffit que Dieu se présente et semontre, et les voilà tous eu proie aux châtiments, au supplice.La présence du Seigneur sera, pour les uns, la lumière; pourles autres, le supplice.
" Et par la gloire ", dit l'apôtre, " de sa puissance, lorsqu'ilviendra pour être glorifié dans ses saints, et pour se faireadmirer dans tous ceux qui auront cru en lui ". Que dites-vous ? Dieu seraglorifié ? Sans doute ; " dans tous ses saints ", dit l'apôtre.Comment cela? Quand ces orgueilleux, dit-il, verront ceux qu'ils frappaient,qu'ils méprisaient, qu'ils raillaient, se tenir auprès deDieu, c'est alors qu'apparaîtra la gloire de Dieu , ou plutôt,et la gloire des élus , et la gloire de Dieu ; du Dieu, qui ne lesa pas abandonnés, qui les a rendus glorieux et illustres; et lagloire des élus, qui auront été jugés dignesd'un si grand honneur. Comme ils composent sa richesse, parce qu'ils sontfidèles, de même ils sont sa gloire. parce qu'ils vont entrerdans la possession de ses biens. La gloire du bien suprême, c'estde pouvoir se répandre et se communiquer. " Et pour se faire admirerdans tous ceux qui auront cru en lui "; c'est-à-dire, par le moyende ceux qui auront cru en lui. Voici encore une fois le mot " dans ", signifiant" par le moyen de ". C'est par le moyen de ces fidèles que Dieuse rend admirable. En effet, quand ceux qui étaient dans la misère,dans l'abjection, éprouvés par des maux innombrables et quiont gardé la foi, sont élevés par lui à unegloire si éclatante , c'est alors que sa puissance se montre. Ilsparaissaient abandonnés, et les voilà dans la jouissance, dans la plénitude de la gloire. C'est alors surtout que se montretoute la gloire de Dieu et sa puissance. Comment cela maintenant? Ecoutezles paroles qui suivent : " Puisque le témoignage que nous avonsrendu à la parole a été reçu dans l'attentede ce jour-là. C'est pourquoi nous prions sans cesse pour vous ".Ce qui veut dire Quand on voit apparaître des fidèles quiont souffert des maux sans nombre pour ne pas abandonner leur foi ; quandils ont résisté ; quand ils ont cru, Dieu est glorifié,et c'est alors que se montre aussi la gloire des fidèles. Un grandnombre simulent la foi, aussi ne dites de personne qu'il est bienheureux;attendez la mort; car c'est en ce jour que se montrent ceux qui ont cru: " C'est pourquoi nous prions sans cesse pour vous, et nous demandonsà notre Dieu qu'il vous rende dignes de sa vocation, qu'il accomplisse,par sa puissance , tous les desseins favorables de sa bonté survous et l'oeuvre de votre foi (44) ".
" Qu'il vous rende dignes ", dit l'apôtre, " de sa vocation ",montrant par là qu'un grand nombre ont été rejetés.Voilà pourquoi il ajoute : " Qu'il accomplisse tous les desseinsfavorables de sa bonté ". Car celui qui était recouvert debaillons, a été, lui aussi, appelé, mais il n'estpas resté fidèle à sa vocation. D'où il résulteque ce malheureux ne s'est trouvé que plus écartéde la chambre de l'Epoux. Il y avait cinq vierges qui furent appelées." Levez-vous ", dit l'Ecriture, " voici l'Epoux " (Matth. XXV, 6) ; etelles s'apprêtèrent, mais elles ne sont pas entrées.Donc, pour bien faire entendre la vocation dont il parle, l'apôtreajoute : " Et qu'il accomplisse tous les desseins favorables de sa bontésur vous et l'uvre de votre foi par sa (256) puissance ". Voilà,dit-il, la vocation que nous cherchons. Voyez comme il leur insinue doucementla modestie. Il ne veut pas que l'excès des éloges les transporte,comme s'ils avaient fait de grandes choses, qu'ils tombent dans la négligence,et il leur montre ce qui leur manque encore dans ce genre de vie. C'estaussi ce qu'il écrivait aux Hébreux : " Vous n'avez pas encorerésisté jusqu'à répandre votre sang , en combattantcontre le péché ". (Hébr. XII, 4.) " Tous les desseinsfavorables de sa bonté ", dit-il; c'est-à-dire, son bon plaisir,ce qu'il est résolu à faire, ce qui est décidé;c'est comme s'il disait : De telle sorte qu'il arrive ce que Dieu veutrésolument, ce qui lui plaît, à savoir que rien nesoit défectueux en vous, que vous soyez comme il veut vous voir." Et l'oeuvre de votre foi ". Qu'est-ce à dire? La force qui supportéles persécutions; pas de relâchement, dit-il, pas de défaillance." Afin que le nom de Notre" Seigneur Jésus-Christ soit glorifiéen vous, et que vous soyez glorifiés en lui, par la grâcede notre Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ (12) ".
2. Voyez : il a plus haut parlé de la gloire, il en parle encoreici. Il a dit qu'eux-mêmes sont glorifiés de telle sorte qu'ilspuissent savourer cette gloire; il dit maintenant, ce qui est beaucoupplus considérable, qu'ils glorifient Dieu même; il dit qu'ilsrecevront cette gloire. Et maintenant, ce qu'il ajoute, c'est que, lorsquele maître est glorifié, les esclaves aussi sont glorifiés;car ceux qui glorifient le maître, sont bien plus glorifiéseux-mêmes, et, par ce seul fait et indépendamment de ce fait.Qu'est-ce en effet que la gloire ? L'affliction reçue à causedu Christ, et partout il l'appelle la gloire; et plus nous aurons supportéde honte et d'ignominie, plus nous mériterons l'illustration. Ensuite,montrant que cette illustration même est le don de Dieu, il dit :" Par la, grâce de notre Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ".C'est à lui-même que nous devons la grâce de le glorifieren nous, de le voir nous glorifier en lui. Comment est-il glorifiéen nous? Par ce fait que nous ne lui préférons rien. Commentsommes-nous glorifiés en lui ? Par ce fait que c'est de lui quenous est venue notre force, le courage de résister à nosmaux; car, quand la tentation arrive, Dieu est glorifié, et noussommes glorifiés en même temps. Les hommes le glorifient dece qu'il nous a ainsi fortifiés; les hommes nous admirent de ceque nous nous sommes montrés dignes du don de Dieu. Or, tout celase fait par la grâce de Dieu.
"Or, nous vous conjurons, mes frères, par l'avènementde Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par notre réunion aveclui, que vous ne vous laissiez pas légèrement ébranlerdans votre sentiment ". (II Thess. II, 1, 2.) Quand sera la résurrection?Il n'en dit rien; mais qu'elle ne viendra pas tout de suite, il l'affirme." Et par notre réunion avec lui ", dit-il, voilà une parolequi est aussi digne d'attention. Voyez comme elle prouve encore, en nousglorifiant, en nous exhortant à la vertu, que le Seigneur nous apparaîtrapour nous sanctifier tous. II parle ici de l'avènement du Christ,et de notre réunion avec lui, car ces choses auront lieu ensemble.Il redresse les pensées, il leur dit de ne pas chanceler, de nefias tomber trop vite dans l'incertitude. " Et que vous ne vous troubliezpas, en croyant, sur la foi de quelques prophéties, sur quelquesdiscours, ou sur quelques lettres qu'on supposerait venir de nous, quele jour du Seigneur soit près d'arriver ". Il semble marquer iciqu'on portait une lettre supposée de Paul, qu'on se la montrait,en disant que le jour du Seigneur était proche; qu'il en étaitrésulté qu'un grand nombre de personnes étaient tombéesdans l'erreur. L'apôtre veut donc prévenir ces égarements;il écrit aux fidèles pour les raffermir, il leur dit . "Et que vous ne vous troubliez pas, en croyant sur la foi de quelques prophéties,sur quelques discours ". Ce qui revient. à ceci: Quand mêmeun prophète vous dirait cela, ne le croyez pas ; quand j'étaisauprès de vous, je vous ai avertis, vous ne devez pas abandonnerla foi qui vous a été enseignée. " De quelques prophéties";il désigne par là les faux prophètes, parlant sousl'inspiration d'un esprit impur. Ces imposteurs, pour opérer lapersuasion, n'avaient pas seulement recours à des raisonnementsperfides, ce que l'apôtre indique en disant : " Sur quelques discours"; mais, de plus, ils montraient une lettre supposée de Paul, quiappuyait leur dire; voilà pourquoi l'apôtre ajoute : " Ousur quelque lettre qu'on supposerait venir de nous ".
Donc, les voulant raffermir par tous les moyens, il leur dit : " Quepersonne ne vous séduise en quelque manière que ce soit,car (257) ce jour ne viendra point que l'apostasie ne soit arrivéeauparavant, et qu'on n'ait vu paraître l'homme de péché,cet enfant de perdition, cet ennemi de Dieu qui s'élèveraau-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré,jusqu'à s'asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-mêmepasser pour Dieu (3, 4) ". Il parle ici de l'antéchrist, et il découvrede grands mystères. Qu'est-ce que " l'apostasie? " C'est l'antéchristqu'il entend par l'apostasie, parce que l'antéchrist doit en perdreun grand nombre qui feront défection. " Jusqu'à séduire,s'il était possible ", dit l'Évangile, " les élusmêmes ". (Matth. XXIV, 24.) Il l'appelle de plus " l'homme de péché", car il en fera d'innombrables, et en fera faire aux autres de terribles; il l'appelle de plus " cet enfant de perdition ", parce qu'il faut quelui-même périsse. Maintenant, quel est-il? Serait-ce Satan?Nullement, mais un homme entreprenant loeuvre entière de Satan." Et qu'on n'ait vu paraître cet homme ", dit le texte, " qui s'élèveraau-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré". C'est qu'en effet il ne conduira pas les hommes au culte des idoles;mais ce sera un adversaire de Dieu; il détruira tous les dieux,et il ordonnera qu'on l'adore lui-même, en place de Dieu; et il siégeradans le temple de Dieu, non pas dans le temple de Jérusalem, maisdans le temple de l'Église, " voulant lui-même passer pourDieu". L'apôtre ne dit pas : Se disant Dieu, mais : Essayant de passerpour Dieu. Car il fera de grandes oeuvres et montrera des signes admirables." Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses lorsque j'étaisencore avec vous (5) ? "
3. Comprenez-vous la nécessité de répéterces choses, et de les reproduire dans les mêmes termes? En effet,ces fidèles à qui il avait donné de vive voix cesconseils, se trouvèrent avoir encore besoin d'avertissements. C'estainsi qu'après l'avoir entendu parler sur les afflictions : " Car", dit-il, " lorsque nous étions parmi vous, nous vous prédisionsque nous aurions des afflictions à souffrir " (I Thess. V, 4), ilsoublièrent de même ces paroles, et on le voit forcéde leur écrire pour leur rendre la fermeté. De même,après l'avoir entendu parler sur l'avènement du Christ, ilseurent encore besoin de ses lettres pour se maintenir dans les voies dela sagesse. L'apôtre s'adresse donc à leur mémoire;il leur montre qu'il ne dit rien de nouveau, qu'il ne fait que reproduirece qu'il a toujours dit. Voyez les laboureurs, ils ne jettent qu'une foisla semence, mais elle ne réussit pas toujours, il faut beaucoupde culture et de soins, il faut creuser la terre et recouvrir les grainesque les oiseaux mangeraient. C'est notre histoire ; si le souvenir continuéne préserve pas ce que l'on a jeté dans nos âmes, toutse dissipe dans l'air. Le démon nous ravit la semence; notre négligencela perd, le soleil la dessèche, la pluie la supprime; les épinesl'étouffent. C'est pourquoi il ne suffit pas de la jeter et de seretirer; pour assurer le fruit, grand besoin est d'assiduité; ilfaut chasser les oiseaux; il faut retrancher les épines ; il fautamasser de la terre sur le sol pierreux; il faut écarter, enlevertout ce qui est nuisible.
Mais, en ce qui concerne la terre, toute la tâche appartient àl'agriculteur, parce que la terre est inanimée, elle n'est que passive;en ce qui concerne notre terre spirituelle, il en est tout autrement, toutne dépend pas uniquement des docteurs et des maîtres. Si cen'est pas la plus grande partie de la tâche qui appartient aux disciples,c'en est au moins la moitié. A nous à jeter la semence; maisà vous à faire ce qui vous est dit; à montrer, parvos actions, les fruits de votre mémoire ; à arracher lesépines jusqu'à la racine. Les épines, c'est l'amourde l'argent, passion stérile,.hideuse, qui ne produit que d'inutilesdouleurs, importune à ceux qui l'éprouvent, et non-seulementstérile, mais, de plus, contraire à toute fructification.Voilà ce que sont les richesses; non-seulement incapables de porterdes fruits pour. l'éternité, mais gênantes , embarrassantespour quiconque voudrait porter de tels fruits. Ce sont des êtressans raison qui se nourrissent d'épines , des chameaux ; alimentpour le feu, somptuosité inutile, voilà ce que sont les richesses;absolument inutiles, ne servant qu'à -embraser la fournaise, qu'àfaire brûler ce feu du dernier jour, qu'à alimenter la déraisonet toutes les passions qui troublent l'âme, la haine, la rancuneet la colère. Tel est aussi le chameau qui mange les épines.Les personnes expérimentées dans ces sortes de choses, disentque parmi les animaux, nul n'est plus irritable, d'une colère plusméchante, nul n'est plus vindicatif que le chameau . tel est l'effetdes richesses; elles nourrissent le délire des passions. Quant (258)à ceux qui ont la raison en partage, elles les piquent, elles lesblessent; c'est ce que font les épines. Cette plante est dure etâpre, elle naît d'elle-même. Voyons comment elle naît,afin que nous l'extirpions. Elle naît dans les lieux abrupts, pierreux,secs, où il n'y a aucune source. Quand il se trouve un homme âpre,d'un caractère raboteux, escarpé, cest-à-dire inaccessibleà la pitié, là on voit naître l'épine.Maintenant, les laboureurs qui veulent, extirper ce fléau n'emploientpas le fer, que font-ils? Ils mettent le feu, c'est ainsi qu'ils purgenttout à fait la terre. En effet, il ne suffit pas de couper àla surface, en laissant la racine à l'intérieur; il ne suffitpas d'arracher la racine, parce qu'il resterait dans la terre un élémentqui suffirait pour la vicier, de même qu'un mal qui s'est attachéau corps, y imprègne ses restes. Il faut que le feu, attirant àla surface le poison des épines, l'aspire hors des entrailles dela terre délivrée. Comme une ventouse appliquée surla chair, fait sortir tout ce qui viciait le corps, de même le feufait sortir tout ce qu'il y a de vicieux dans les épines, et purgela terre.
A quel propos cette réflexion ? C'est qu'il faut, par tous lesmoyens; extirper l'amour des richesses et purger notre âme. Nousavons à notre disposition un feu qui fait sortir ce poison de l'âme,c'est le feu de l'Esprit, allumons-le en nous, il ne détruira passeulement les épines, mais il en desséchera le poison. Sinous les laissons en nous; tous nos efforts d'ailleurs sont inutiles. Tenez,regardez, voici un riche qui entre ici, un homme ou une femme, peu importe;son soin n'est pas d'entendre la parole de Dieu; ce qui l'occupe, c'estla manière de se montrer, de s'asseoir avec fracas, avec une prétentionglorieuse. Cette femme se demande comment elle surpassera les autres parla magnificence de sa toilette; comment, par son extérieur, parson aspect, par sa démarche, elle excitera l'admiration, l'adorationde sa beauté. Et toutes ses pensées, et toutes ses inquiétudesne vont que là ; une telle ou une telle m'a-t-elle vue ? Suis-jebien admirée? Suis-je bien parée? Et ce n'est pas làseulement ce qui la travaille, mais si ses vêtements allaient recevoirdes taches, si sa robe allait être déchirée; et voilàtoute son inquiétude. Et maintenant l'homme riche fait son entréepour s'étaler devant le pauvre, et le frapper par la pompe de soncostume et le grand nombre de ses serviteurs; ceux-là se tiennentauprès de lui, écartant le peuple, chose que cet orgueilleuxne daigne pas faire lui-même, chose tellement indigne d'un hommelibre, que, malgré la vanité qui le gonfle, il n'ose pasfaire cela lui-même, il s'en rapporte aux esclaves, qui lui fontcortège. Car cette tâche exige qu'il y ait des esclaves, desesclaves impudents; et quand ce riche est assis, le voilà aussitôtassailli par les inquiétudes domestiqués tiraillant son espriten tout sens; l'orgueil qui le possède, déborde tout autourde lui. Et il croit faire grand honneur, et à nous et au peuple,qui sait? et à Dieu peut-être, de ce qu'il est entrédans la maison de Dieu. Une pareille enflure n'est-elle pas incurable ?
4. Dites-moi, un homme va trouver un médecin et ne demande aucunservice à ce médecin ; mais il estime que c'est lui qui faithonneur a la médecine, et il oublie de demander un remèdeà son mal, pour ne s'occuper que de sa toilette. Quel bien lui enreviendra-t-il ? Aucun, ce me semble; or, maintenant je vous dirai la causede tout cela, si bon vous semble; on s'imagine que c'est auprèsde nous qu'on vient, lorsque l'on vient ici; on s'imagine que c'est nousqu'on entend, lorsque l'on entend notre parole; on ne remarque pas, onne réfléchit pas que c'est auprès de Dieu que l'onest venu, que c'est Dieu lui-même qui parle. En effet, quand le lecteurse lève et dit : " Voici ce que dit le Seigneur " ; quand le diacre.,imposant silence, ferme toutes les bouches, ce qu'il en fait, ce n'estpas par égard pour le lecteur, mais par respect pour Celui qui,par l'organe du lecteur, parle seul au peuple. Si ces vaniteux savaientque c'est Dieu qui parle par le Prophète, ils rabaisseraient toutleur faste. Quand les magistrats leur adressent la parole, ces riches segardent bien d'avoir des distractions; à plus forte raison faut-illes. éviter quand Dieu parle. Nous sommes ses ministres, ômes bien-aimés; nous ne vous disons pas nos pensées, maisles pensées de Dieu; le ciel vous envoie chaque jour les lettresqu'on vous lit. Voyons, répondez-moi, je vous en prie; nous sommestous ici rassemblés. Je suppose que tout à coup arrive iciun homme avec une ceinture d'or, la tête haute, la démarchefière; il se dit envoyé par un des rois de la terre; il apporteune lettre pour entretenir la cité tout entière de (259)choses de la plus grande importance. Est-ce qu'aussitôt vous ne voustourneriez pas tous de son côté? N'est-il pas vrai que, mêmesans la recommandation du diacre, vous feriez tous un grand silence? Pourmoi, je n'en doute pas : j'ai entendu lire, ici même, des lettresde l'empereur. Eh bien ! pour l'envoyé d'un souverain de la terrevous êtes tous attentifs, et, pour un envoyé de Dieu, lorsquedu haut du ciel retentissent les accents du Prophète, aucun de vousne veut être attentif? Est-ce que vous ne croyez pas que c'est aunom de Dieu qu'on vous parle? Nos épîtres viennent de Dieu.Sachons donc entrer dans les églises avec le respect convenable,écouter la parole avec un saint respect. A quoi bon y entrer, medit celui-ci, si je n'entends pas une voix (lui me parle? Voilàqui perd tout; quel besoin avez-vous d'un prédicateur qui vous parle?Ce besoin trahit notre lâcheté. Quel besoin avez-vous qu'onvous parle? Tout est simple et facile dans les divines Écritures.Tout ce qui est de nécessité, y est visible. Mais vous cherchezdes plaisirs pour vos oreilles. Voilà pourquoi vous voulez des discours.Car enfin, répondez-moi, quelle était la pompe des discoursde Paul, et cependant il a converti la terre. Quel était l'ornementde la parole de Pierre, un homme sans lettres?
Mais je ne sais pas, me répond-on, ce. qu'il y a dans la divineÉcriture; pourquoi ne le savez-vous pas ? Est-ce de l'hébreux,est-ce du latin, est-ce une langue étrangère, est-ce quel'Écriture ne vous parle pas grec ? mais c'est obscur, me répond-on.Où est l'obscurité? parlez; ne sont-ce pas des histoires?Vous comprenez celles qui sont claires; interrogez-moi sur celles qui nele sont pas. Il y a des milliers d'histoires dans l'Écriture ; dites-m'enune de celles qui sont obscures. Mais vous n'en ferez rien. Vains prétextes,excuses mauvaises. Mais entendre chaque jour, me réplique-t-on,les mêmes choses ! Qu'est-ce à dire, répondez-moi?Et dans vos théâtres n'entendez-vous pas les mêmes choses?Et dans vos courses de chevaux? Et toutes les choses ne sont-elles pasles mêmes choses, et n'est-ce pas toujours le même soleil quise lève ? Ne sont-ce pas toujours les mêmes aliments? Je veuxvous faire une question, puisque vous dites que vous entendez toujoursles mêmes choses, répondez-moi : De quel prophète estle passage qu'on vient de lire? De quel apôtre ou de quelle épître?Vous ne sauriez le dire ; vous me faites l'effet, bien au contraire, d'entendredes nouveautés. Mais, voilà, quand vous voulez céderà l'indolence, vous dites: Ce sont toujours les mêmes choses; et quand on vous interroge, vous montrez que vous n'avez rien écouté.Puisque ce sont les mêmes choses, vous devriez les savoir, mais vousn'en savez rien. Etat lamentable et digne de toutes nos larmes : celuiqui forge l'argent, prend une peine inutile. Ce que vous auriez dûremarquer précisément, c'est que, parce que ce sont les mêmeschoses, nous ne vous imposons aucun travail, nous ne vous disons rien d'étrange,nous ne varions pas. Mais soit, l'Écriture vous fait toujours entendreles mêmes choses; mais nous, nous vous disons toujours des parolesnouvelles et qui doivent vous surprendre. En êtes-vous plus attentifs? Nullement. Si nous disons : Pourquoi ne retenez-vous pas nos paroles?vous nous répondez Nous n'avons entendu,qu'une fois, et commentest-il possible; de tout retenir? Si nous disons : Pourquoi n'êtes-vouspas attentifs quand on lit la sainte Ecriture? vous répondez :C'esttoujours là même chose, et je n'entends que des excuses àla négligence et des prétextes. Mais ces excuses ne serontpas toujours de mise, le temps viendra où les lamentations serontsuperflues et inutiles. Loin de nous ce malheur; mais, bien plutôt,faisons pénitence ; écoutons avec sagesse, avec piété,la parole; appliquons-nous aux bonnes oeuvres ; sanctifions tout àfait notre vie, afin d'obtenir les biens promis par Dieu à ceuxqui l'aiment, par la grâce et par la bonté, etc.
HOMÉLIE IV
ET VOUS SAVEZ BIEN CE QUI EMPÊCHE QU'IL NEVIENNE, AFIN QU'IL PARAISSE EN SON TEMPS; CAR LE MYSTÈRE D'INIQUITÉSE FORME DÈS A PRÉSENT: IL FAUT SEULEMENT QUE CELUI QUI LERETIENT MAINTENANT, LE RETIENNE ENCORE, JUSQU'À CE QU'IL SOIT OTÉDU MONDE, ET ALORS SE DÉCOUVRIRA L'IMPIE QUE LE SEIGNEUR JÉSUSDÉTRUIRA PAR LE SOUFFLE DE SA BOUCHE, ET QU'IL PERDRA PAR L'ÉCLATDE SA PRÉSENCE. CET IMPIE QUI DOIT VENIR ACCOMPAGNÉ DE LAPUISSANCE DE SATAN. (II. 6, JUSQU'À III, 2.)
1. La première question à s'adresser, c'est d'abord quesignifie " Ce qui empêche? " On peut aussi se demander pourquoi Pauls'exprime d'une manière si obscure? Que signifie donc cette expression: " Ce qui empêche qu'il ne vienne, afin qu'il paraisse ", c'est-à-dire,où est l'obstacle? Les uns disent que c'est la grâce de l'Esprit,les autres que c'est la puissance Romaine; pour moi, je suis fort portéà prendre ce dernier sens, pourquoi? C'est que s'il eût vouludire l'Esprit, il ne l'aurait pas dit d'une manière obscure; ilaurait dit ouvertement que ce qui l'empêche devenir, c'est la grâcede l'Esprit, c'est-à-dire les dons de l'Esprit. Il serait d'ailleursdéjà arrivé, s'il devait arriver lorsque les donsde l'Esprit cesseraient, car il y a longtemps qu'ils ont cessé dese manifester aux yeux. Mais comme il veut parler de la puissance Romaine,il s'enveloppe d'énigmes et il s'exprime d'une manière obscure;il ne voulait pas susciter des haines superflues, ni provoquer des dangersinutiles. S'il avait dit qu'on verrait bientôt la puissance Romainedétruite, on l'aurait sur-le-champ exterminé comme un hommepernicieux, et, avec lui, tous les fidèles vivant et combattantsous ses ordres.
Voilà pourquoi il s'exprime d'une manière obscure, pourquoiil ne dit pas nettement que cet antéchrist viendra prochainement,quoique d'ailleurs il dise l'équivalent. Que dit-il? "Afin qu'ilparaisse en son temps, carde mystère d'iniquité se formedès à présent " . C'est Néron qu'il désigne,car c'est le type de l'antéchrist. Cet homme en effet voulait êtreregardé comme un Dieu, et l'apôtre a raison de dire " le mystère" ; car Néron ne rejetait pas tous les voiles comme doit le fairel'antéchrist; il gardait encore quelque pudeur. Or, si, avant letemps de l'antéchrist, un homme s'est rencontré qui ne lecédait pas beaucoup à l'antéchrist pour la perversité,qu'y a-t-il d'étonnant que l'antéchrist doive bientôtparaître? Voilà, donc pourquoi l'apôtre parle ainsid'une, manière obscure. S'il ne s'est pas exprimé clairement,ce n'est pas qu'il eût peur, mais il voulait nous apprendre àne pas exciter contre nous des haines superflues, quand rien ne presse.Ainsi, voici ce qu'il dit : " Il faut seulement que celui qui le retientmaintenant, le retienne encore jusqu'à ce qu'il soit ôtédu monde". Cela veut dire : L'antéchrist viendra quand la puissanceRomaine aura disparu, et l'apôtre a raison. En effet, tant que cettepuissance inspirera la terreur, nul ne viendra s'y heurter; mais une foiscette puissance détruite, ce sera l'anarchie, et l'antéchristessaiera de prévaloir contre les hommes et contre Dieu. De même'que, dans les âges passés, les empires ont étérenversés, les Mèdes par les Babyloniens, les Babylonienspar les Perses, les Perses par les Macédoniens, les Macédonienspar les Romains; de même Rome sera renversée par lantéchrist,et l'antéchrist par le Christ, et il n'y aura plus d'empêchement;c'est ce que Daniel nous enseigne avec une grande évidence.
" Et alors " , dit l'apôtre, " se découvrira (261) l'impie", et après? Tout aussitôt, la consolation; car l'apôtreajoute: "Que le Seigneur Jésus détruira par le souffle desa bouche, et qu'il perdra par l'éclat de sa présence, cetimpie qui doit venir accompagné de la puissance de Satan". Le feus'attaquant de loin à de petits animalcules, même sans lesapprocher, de loin les saisit, les consume; de même le Christ, rienque l'ordre, la présence du Christ, exterminera l'antéchrist;il suffit que le Christ se montre, et tout cela périra; pour arrêterle cours de la perfidie, il lui suffira d'apparaître. Maintenantce n'est pas tout l'apôtre fait voir ce que c'est que l'antéchrist" Qui doit venir accompagné de la puissance " de Satan avec toutesa force " , dit-il, " avec des signes et des prodiges trompeurs ", cest-à-direqu'il fera voir sa force, sa puissance, mais rien de vrai, tout pour tromper.Ces prédictions de l'apôtre ont pour but de prévenirles erreurs de ceux qui existeront alors. " Avec des prodiges trompeurs",dit l'apôtre, cest-à-dire, soit l'effet d'un pouvoir menteur,soit préparant le mensonge. " Et avec toutes les illusions qui peuventporter à l'iniquité ceux qui périssent (10) ".
Mais pourquoi , me dira-t-on, Dieu a-t-il permis l'antéchrist?Et quel est le dessein de Dieu? Et quelle est l'utilité de la venuede l'antéchrist, puisqu'il se propose de, nous perdre? Ne craignezrien, mon bien-aimé, écoutez la parole de Dieu même; la force de l'antéchrist est dans ceux qui périssent, dansceux qui, même s'il n'était pas venu, n'auraient pas acceptéla foi. Quelle est donc l'utilité de son apparition? C'est qu'ellefermera la bouche à ceux qui doivent périr. Comment cela?Soit que l'antéchrist fût venu, soit qu'il ne fût pasvenu, ces hommes n'auraient pas cru au Christ. L'antéchrist vientdonc pour les confondre. Les incrédules auraient pu dire: C'estparce que le Christ se donnait pour Dieu, quoiqu'il ne l'ait dit nullepart ouvertement; c'est parce que ceux qui l'ont suivi ont prêchésa divinité, c'est pour cela que nous n'avons pas cru; parce quenous avons entendu dire qu'il n'y a qu'un Dieu d'où sortent touteschoses, voilà pourquoi nous n'avons pas cru. Eh bien, c'est ce prétexteque l'antéchrist leur enlèvera; car, quand il viendra, necommandant rien de salutaire, ne commandant rien que d'injuste et de contraireà toutes les lois, ils croiront en lui, rien que sur la foi de cessignes, de ces signes mensongers, et voilà ce qui leur fermera labouche. Car, si vous ne croyiez pas au Christ; à bien plus forteraison deviez-vous ne pas croire à l'antéchrist. Le Christse disait envoyé par son Père, lantéchrist vous ditle contraire; de là ces paroles que le Christ prononçaitautrefois : "Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne m'avezpas reçu. Si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez".(Jean, V, 43.) Mais, diront-ils, nous avons vu des signes, des miracles.Mais le Christ en a fait de nombreux et de grands ; donc, à bienplus forte raison fallait-il croire en lui. Du reste, les prédictionsn'ont pas manqué, annonçant cet impie; cet enfant de perdition,annonçant qu'il doit venir, accompagné de la puissance deSatan; pour le Christ, prédictions toutes contraires, c'est le Sauveurqui apporte des biens en foule. " Comme ils n'ont pas reçu la charitéde la vérité; pour être sauvés, bien leur enverrades illusions si efficaces qu'ils croiront au mensonge, afin que tous ceux-làsoient jugés, qui n'ont point cru à la vérité,mais qui ont consenti à l'iniquité (11)".
2. "Soient jugés " ; il ne dit pas, soient punis. Il y a d'autresraisons encore pour lesquelles ils méritent d'être punis,mais l'apôtre dit " Soient jugés",c'est-à-dire, soientcondamnés dans le jugement terrible, soient trouvés sansexcuse. Quels sont-ils? L'apôtre l'explique assez par ces paroles: " Qui n'ont point cru à la vé" rite, mais qui ont consentià l'iniquité". Par " la charité de la vérité", c'est le Christ qu'il désigne; "parce que", dit l'apôtre,"ils n'ont " pas reçu la charité de la vérité".Ces deux motifs expliquent la venue du Christ; il est venu parce qu'ilaime les hommes, et il est venu pour la vérité. " Mais quiont consenti", dit l'apôtre, "à l'iniquité". En effet,l'antéchrist est venu pour la perte des hommes, pour leur fairedu mal; car que ne fera-t-il pas? Il jettera toutes choses dans la confusionet dans le trouble, pour accomplir les ordres d'en-haut , et pour inspirerl'épouvante; il sera terrible de toutes les manières, parson pouvoir, par sa cruauté, par l'injustice de ses exigences; maisne craignez rien, " sa force sera ", dit l'apôtre, " dans ceux quidoivent périr ". " Car Elie, à son tour, viendra aussià cette heure, affermissant les fidèles ". (Malach. IV, 5.)Et c'est ce que dit le Christ : " Elie viendra, et rétablira touteschoses ". (Marc, IX,11.) (262) Voilà pourquoi il a étédit, à propos de Jean : " Dans l'esprit, et dans la vertu d'Elie".(Luc, I,17.) Sans doute il n'a pas fait de signes et de miracles commeElie : " Car Jean " , dit l'évangéliste, " n'a fait aucunmiracle; mais tout ce que Jean a dit de celui-ci, était vrai". (Jean,X, 41, 42.) Comment donc a-t-on pu dire " Dans l'esprit et la vertu d'Elie?" Cela veut dire, qu'il se chargera du même ministère, etde même que Jean a été le précurseur du premieravènement, de même Elie sera aussi le précurseur dusecond avènement, avènement glorieux, et il est réservépour cette heure. Donc, ne craignons point : Paul a frappé l'espritde ses auditeurs; cependant il n'a pas tant voulu inspirer la terreur etl'épouvante, que provoquer nos actions de grâces. Voilàpourquoi il ajoute : " Mais quant à nous , mes frères, chérisdu Seigneur, nous nous sentons obligés de rendre pour vous àDieu de continuelles actions de grâces, de ce qu'il vous a choisiscomme des prémices pour vous sauver dans la sanctification de l'Espritet dans la force de la vérité (12)".
Comment Dieu a-t-il choisi pour le salut? L'apôtre le montre endisant: " Dans la sanctification de l'Esprit", c'est-à-dire pournous sanctifier, par l'Esprit et par la vraie foi; car voilà cequi renferme notre salut. Ce ne sont nullement les couvres, nullement lesvertus parfaites; c'est la foi en la vérité. Nouvel exemplede "dans" au lieu de "par ". "Dans la sanctification de l'Esprit ", dit-il," vous appelant à cet état, par notre Evangile, pour vousfaire acquérir la gloire de Notre-Seigneur Jésus-Christ (13)". Faveur insigne, le Christ regardant notre salut comme sa gloire; lagloire de celui qui aime les hommes, c'est qu'il yen ait un grand, nombrede sauvés. Certes, il est grand Notre-Seigneur, de désirerà ce point notre salut; il est grand aussi l'Esprit-Saint, qui opèreen nous la sanctification. Pourquoi n'a-t-il pas mis d'abord la foi, maisla sanctification? C'est- que là sanctification même nouslaisse dans un grand besoin de la foi, afin que nous ne soyons pas ébranlés;voyez comme l'apôtre nous montre que rien ne vient de nous, que toutest l'oeuvre de Dieu.
" C'est pourquoi , mes frères , demeurez fermes et conservezles traditions que vous avez apprises, soit par nos paroles, soit par notrelettre (14) ". Passage qui prouve que tout l'enseignement n'étaitpas dans la correspondance par lettres, que beaucoup de points étaientcommuniqués de vive voix et cet enseignement oral aussi est dignede foi. Par conséquent regardons la tradition de l'Eglise commedigne de foi. C'est la tradition, ne cherchez rien de plus. L'apôtremontre ici qu'il y en a un grand nombre qui chancellent. " Que Notre-SeigneurJésus-Christ; et Dieu notre Père, qui nous a aimés,et qui nous a donné par sa grâce une consolation éternelle,et une si heureuse espérance, console lui-même vos coeurs,et vous affermisse dans toutes sortes de bonnes oeuvres et dans la bonnedoctrine (15; 16) ". Encore la prière après l'exhortation;voilà ce qui s'appelle vraiment porter secours et consolation :" Qui nous a aimés " , dit-il, " et qui nous a donné parsa grâce une consolation éternelle, et une si heureuse espérance". Où sont-ils maintenant ceux qui prétendent que le Filsest moindre que le Père, parce qu'on ne le nomme qu'aprèsle Père, dans la cérémonie du baptême? Voicien effet que nous Noyons ici le contraire; l'apôtre dit d'abord "Que Notre-Seigneur Jésus-Christ "; ensuite il ajoute : " Et queDieu, et le Père de Notre-Seigneur, qui nous a aimés et quinous a donné une consolation éternelle". Quelle est-elle,cette consolation? L'espérance des biens à venir. Voyez comme,par manière de prière, il excite leur pensée, en leurmontrant les gages et les signes du soin ineffable de Dieu. " Console ",dit-il, " vos coeurs, et vous affermisse dans toutes sortes de bonnes oeuvres,et dans la bonne doctrine ";c'est-à-dire, par toutes sortes de bonnescouvres et de bonnes doctrines. Car ce qu'il faut dire aux chrétiens,c'est de faire non-seulement le bien, mais ce qui plaît àDieu. Voyez comme il rabaisse leur orgueil. " Qui nous a donné",dit-il, "par sa grâce, une consolation éternelle et une siheureuse espérance ". Et en même temps il leur inspire unebonne espérance pour l'avenir. En effet, si la grâce de Dieunous a procuré des biens si considérables, à plusforte raison nous en ménage-t-elle d'autres pour l'avenir. Oui certes,dit l'apôtre, je vous ai annoncé tout cela, et maintenanttout cela est l'oeuvre de Dieu. C'est lui qui nous rassure, qui nous rendfermes, afin que nous ne devenions pas vacillants, chancelants; ànous la faiblesse; à lui la forcé. L'apôtre comprenddonc ce qui concerne et les actions et les (263) doctrines; et il exhorteafin de raffermir; car tant qu'on échappe aux agitations qui ébranlent,quoi qu'il arrive, on supporte tout avec une grande patience; si, au contraire,l'âme est agitée, il n'en faut plus attendre d'actions bonnesou généreuses. Comme la paralysie qui empêche l'actiondes mains, ainsi fait l'agitation dont est saisie l'âme qui manquede foi, et que ne soutient pas l'espérance d'un bien à venir." Au reste, mes frères, priez pour nous, afin que la parole de Dieuse propage rapidement, et soit glorifiée partout, comme elle l'estparmi vous". (II Thess. III, 1.)
3. Il a prié pour eux, pour les voir se raffermir, et maintenantil leur demande à eux-mêmes de prier pour lui, non pour lemettre hors des dangers, car sa mission était de courir les dangers,mais: "Afin que la parole de Dieu se propage rapidement et soit glorifiéepartout, comme elle l'est parmi vous ". A sa demande, il joint un éloge: " Comme elle l'est parmi vous", dit-il. " Et afin que nous soyons délivrésdes hommes intraitables et méchants, car la foi n'est pas communeà tous (2"). Paroles qui expriment les dangers du moment, et, enmême temps, paroles d'exhortation. " Des hommes intraitables et méchants", dit-il, " car la foi n'est pas commune à tous". Peut-êtreparle-t-il de ceux qui contredisaient la prédication, qui résistaientà la parole de Dieu, qui luttaient contre les dogmes; c'est àeux, sans doute, qu'il fait allusion par ces paroles : " Car la foi n'estpas commune à tous". Je ne crois pas qu'il fasse ici allusion àses dangers; il veut parler des contradicteurs qui lui suscitaient desembarras, comme Hyménée, comme Alexandre, l'ouvrier en cuivre" Car il a fortement combattu la doctrine que nous enseignons ". (II Tim.IV, 15.) Comme si quelqu'un faisant allusion à une noblesse héréditaire,disait qu'il n'est pas donné à tous de servir dans les palaisdes rois; c'est ainsi; qu'il parle des méchants dont il veut être.délivré : Tels sont ceux, dit-il, auxquels la foi a étérefusée , et en même temps qu'il parle ainsi, il réveillel'ardeur des fidèles. Ils étaient donc de grands personnagesaux yeux de Dieu, s'ils avaient la confiance de délivrer leur docteurde ses dangers, et de lui rendre la prédication facile.
Eh bien, nous vous adressons la même prière, et que personnene nous accuse d'un excès d'arrogance; que personne de vous, parun excès d'humilité, ne nous prive d'un si précieuxsecours. Nous ne vous parlons pas en nous mettant à la place dePaul; car ce que voulait Paul, c'était consoler ses disciples; maisnous, ce que nous voulons, c'est obtenir un bien précieux et considérable,et nous croyons ardemment que, si vous voulez tous, d'un seul et mêmecoeur, tendre vers Dieu vos mains en faveur de notre infirmité,tout nous réussira. Faisons ainsi la guerre à nos ennemis,par nos prières, par nos supplications; si en effet autrefois oncombattait ainsi contre des ennemis en armes, à bien plus forteraison devons-nous combattre de la même manière ceux qui n'ontpas les armes à la main. C'est ainsi qu'Ezéchias a mis enfuite le roi d'Assyrie; c'est ainsi que Moïse a triomphé d'Amalech; Samuel, des Ascalonites ; Israël, des trente-deux rois. Si, quandil fallait des armes, des combats, des batailles, répudiant leursarmes, ils avaient recours aux prières, combien n'est pas impérieuse,lorsque tout dépend des prières, la nécessitéde prier! Mais autrefois, me répondra-t-on, c'étaient leschefs du peuple qui priaient pour le peuple, tandis que vous, ce que vousvoulez, c'est que le peuple prie pour son chef. Je le sais bien, c'estqu'alors ceux qui obéissaient étaient des misérables,vils, abjects, et c'était la confiance en Dieu, fondée uniquementsur la vertu du chef de l'armée, qui procurait à ,tous lesalut; aujourd'hui, au contraire, la grâce de Dieu s'est augmentée;parmi ceux qui obéissent, il en est beaucoup, il en est, c'est lagrande majorité, dont la vertu dépasse la vertu de celuiqui commande. Ne nous privez donc pas de votre secours dans le combat quenous soutenons. Soulevez nos mains pour qu'elles ne retombent pas; ouvreznotre bouche, empêchez qu'elle ne se ferme; priez Dieu, priez-leà ces intentions. Cette prière que je vous demande pour nous,produit un effet général qui est à votre avantage;car c'est pour votre utilité que nous occupons notre place, et cesont vos intérêts qui nous sollicitent. Voyez Paul disantaux Corinthiens : " Afin que la grâce que nous avons reçue, soit reconnue par les actions de grâces qu'un grand nombre rendrontpour nous " (II Cor. I,11); c'est-à-dire, afin que le Seigneur accordesa grâce à un grand nombre. Si parmi les hommes il arriveque des condamnés soient conduits à la mort, que le peupledemande leur (264) grâce, que, par égard pour la multitude,l'empereur révoque la sentence, à bien plus forte raisonDieu se laissera-t-il fléchir, non par 1a multitude, mais par lavertu, car nous avons affaire à un ennemi violent.
Chacun de vous n'a de souci, n'a d'inquiétude que pour ses intérêtspropres, mais nous, ce qui nous inquiète, c'est l'intérêtcommun. Nous sommes debout, soutenant tout l'effort de la guerre, car c'estnous qu'attaque le démon avec le plus de violence. En effet, dansles combats, ce que l'on cherche avant tout à terrasser, c'est celuiqui conduit lés bataillons opposés. Voilà pourquoice concours de toutes les forces, sur un même point, les uns réunissantleurs boucliers, les autres faisant des ,efforts tumultueux pour s'emparerdu chef, et les boucliers qui l'entourent de toutes parts, s'unissent pourconserver sa tête. Ecoutez les paroles que le peuple tout entieradresse à David (ce n'est pas que je me compare à David,ma démence ne va pas jusque-là; mais je veux montrer l'affectiondu peuple pour son chef) : " Nous ne souffrirons plus que vous veniez àla guerre avec nous, de peur que la lampe d'Israël ne s'éteigne". (II Rois, XXI, 17.) Voyez comme ils tenaient à conserver le vieuxroi. J'ai grand besoin de vos prières; que, nul d'entre vous, jevous l'ai déjà dit, par excès d'humilité, neme prive de cette ressource et de ce secours. Si nous méritons l'estimeet la gloire, vos affaires aussi seront plus brillantes. Si l'enseignementdécoule de nous avec une salutaire abondance, c'est à vousqu'en ira la richesse. Ecoutez le Prophète : " Est-ce que les pasteursse paissent eux-mêmes? " (Ezéch. XXIV, 2.) N'entendez-vouspas la voix de Paul réclamant perpétuellement ces prières?Ne savez-vous pas que si Pierre à été arrachéde. sa prison, c'est parce que des prières assidues se faisaientpour lui ? (Act. XII, 5.) Oui, c'est ma conviction, vos prièresauront un grand pouvoir, étant faites avec une telle unanimité.Quel avantage précieux, et combien cela est au-dessus de notre infirmité, de nous approcher de Dieu, et de prier pour un si grand peuple ! Si jen'ai pas la confiance qu'il me faut, quand je prié pour moi-même,je l'ai encore bien moins, en priant pour les autres. Il n'appartient qu'àceux dont la vie est pure et la gloire sans tache, d'implorer pour lesautres la clémence et la bonté de Dieu. C'est le droit deceux qui ont mérité pour eux-mêmes la divine miséricorde;mais celui qui a personnellement offensé Dieu, comment peut-il leprier pour un autre? Toutefois, comme je ressens pour vous, dans mes entrailles,une affection paternelle, comme l'amour ose tout, ce n'est pas àl'église seulement, mais dans ma demeure aussi que je, prie avanttoutes choses pour le salut de vos âmes, pour la santé devos corps, car il n'est pas de prières qui conviennent tant au prêtreque celles qu'il adresse à Dieu quand il l'aborde, quand il s'entretientavec lui des biens qu'il lui demande pour le peuple tout entier. Si Job,des le matin, adressait tant de prières pour ses fils selon la chair,combien devons-nous davantage en faire entendre pour nos fils selon l'Esprit
4. Et maintenant, à quoi bon ce discours? C'est que, si nous,malgré notre indignité, nous élevons vers Dieu pourvous tous, nos supplications et nos prières, à bien plusforte raison devez-vous nous rendre la pareille. Qu'un seul prie pour legrand nombre, c'est une grande audace, et qui suppose beaucoup de confiance;au contraire, qu'un grand nombre se réunissent, afin de prier pourun seul, il n'y a rien là qui choque la pensée. Chacun, eneffet, se fie non en ses propres mérites, mais en la multitude,en l'unanimité, toujours si puissante aux yeux de Dieu; c'est làce qui le touche et ce qui l'apaise, " car en quelque lieu que se trouventdeux ou trois personnes assemblées en mon nom ", dit le Seigneur," je m'y trouve au milieu d'elles ". (Matth. XVIII, 20.) S'il se trouveavec deux ou trois personnes assemblées, à bien plus forteraison se trouve-t-il au milieu de vous. En effet, ce qu'un seul ne peutobtenir isolément, il l'obtiendra en priant avec la foule. Pourquoi?C'est parce que, même où la vertu propre fait défaut,l'accord a une grande force, " car en quelque lieu ", dit le Seigneur," que se trouvent. deux ou trois personnes assemblées ". Pourquoi" deux? " Comment, une personne priera en votre nom, et vous ne serez paslà? Je veux que tous soient réunis et non séparés.Donc fortifions-nous l'un l'autre, joignons notre charité, faisons-enun faisceau, que nul ne nous sépare. Si quelqu'un veut en accuserun autre, si quelqu'un a reçu un mauvais traitement, nous lui demandonsd'oublier ce qu'il peut avoir sur le coeur soit contre le prochain, soitcontre nous.
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Voici la grâce que je vous demande: Si vous avez quelque chosecontre nous, venez nous trouver, et recevez de nous notre excuse. " Reprenezvotre prochain ", dit l'Ecclésiaste, " sur ce qu'on l'accuse d'avoirdit, parce que peut-être il ne l'a point dit , reprenez-le sur cequ'on l'accuse d'avoir fait, parce que peut-être il ne l'a pointfait, et s'il l'a dit ou a fait, afin qu'il ne recommence pas ". (Ecclés.XIX, 14.) En effet, ou nous nous excusons, ou nous sommes convaincus, etnous demandons notre grâce, et plus tard nous faisons nos etfortspour ne pas retomber dans les mêmes fautes. Voilà ce qui estutile, et pour vous et pour nous. Il vous arrivera peut-être, aprèsavoir accusé sans raison, une fois que vous aurez compris la réalitédes faits, de corriger votre jugement; ou bien s'il arrive que nous ayonspéché sans nous en apercevoir, nous nous en corrigerons enl'apercevant; pour vous, il vous est funeste de juger témérairement,car un châtiment a été établi contre ceux quiprononcent une parole inutile. Pour nous, nous repoussons les accusations,aussi bien celles qui sont vraies, que celles qui sont mensongères;les mensongères, en montrant qu'elles sont mensongères, lesvraies, en ne nous y exposant pas davantage. Il est absolument nécessaireque celui qui a tant d'affaires à soigner, et ignore bien des choses,et pèche par ignorance. Si chacun de vous, ayant une maison àconduire, une femme, des enfants, des serviteurs, un peu plus ou un peumoins, dans tous les cas un bien petit peuple et facile à connaître,est exposé à une foule de fautes involontaires, soit qu'ilignore, soit qu'il veuille opérer quelque correction, à bienplus forte raison est-ce vrai de nous, qui sommes à la têted'un si grand peuple.
Et que le Seigneur vous agrandisse encore et vous envoie ses bénédictions,sur les petits comme sur les grands. Car quelque accablante que soit lasollicitude que suscite un grand peuple, nous ne cessons pas pourtant deprier pour que notre sollicitude grandisse comme ce peuple, pour qu'ilse multiplie, pour qu'il s'étende à l'infini. Les pèresqui ont de nombreux enfants, et que souvent ces enfants tourmentent, neconsentent pourtant jamais à en perdre un seul. Entre vous et nous,c'est l'égalité, c'est le partage dès mêmesbiens précieux.
Je n'ai pas une plus grande part, vous, une moindre part, à latable sainte ; vous et moi nous y participons également. Si je suisle premier, ce n'est pas une grande affaire; parmi les enfants, l'aînéest le premier qui porte la main vers les mets, sa part toutefois n'enest pas plus grosse ; entre nous, c'est l'égalité, le salut,la satisfaction de nos âmes; l'égalité d'honneur nousappartient à vous comme à moi. Je n'ai pas ma part d'un agneau;vous, votre part d'un autre agneau; c'est au même que nous participonstous ensemble; c'est le même baptême pour vous et pour moi; c'est d'un seul et même esprit que nous recevons tous lésdons ; c'est à la même royauté que nous prétendons,vous et moi ; frères du Christ au même titre , toutes chosesnous sont communes; en quoi donc ai-je plus que vous ? J'ai les soucis,les fatigues, les inquiétudes, les douleurs que je ressens pourvous; mais rien de plus doux que cette douleur. Une mère souffrantpour son enfant, trouve des charmes dans cette souffrance ; elle est inquiètepour ses enfants et elle se fait une joie de ses inquiétudes. C'estque, si l'inquiétude est par elle-même une chose amère,quand on l'éprouve pour ses enfants, on y trouve des délices.Il en est un grand nombre de vous que j'ai enfantés, et ensuitesont venues les douleurs de l'enfantement. Qu'est-ce à dire? Chezles mères selon le corps, les douleurs commencent et l'enfantementarrive; chez nous, au contraire, les douleurs durent jusqu'au dernier soupir,dans la crainte que l'enfant ne devienne un avorton, et voilà cequi cause nos alarmes; car, si la génération vient souventd'un autre, je n'en suis pas moins déchiré de soucis. Eneffet, nous n'engendrons pas de nous-mêmes, c'est l'oeuvre uniquementde la grâce de Dieu. Mais si nous sommes deux pour produire l'enfantementpar l'Esprit, vous aurez raison de dire que mes enfants sont les enfantsde celui qui coopère avec moi, et que les enfants de celui qui coopèreavec moi sont mes enfants. Méditez sur toutes ces choses, et donnez-nousvotre main pour être notre gloire, et pour que nous soyons la vôtre,au jour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Puissions-nous tous le voiravec confiance, en Jésus-Christ Notre-Seigneur.
HOMÉLIE V
MAIS DIEU EST FIDÈLE, ET IL VOUS AFFERMIRAET VOUS PRÉSERVERA DU MALIN ESPRIT. POUR CE QUI VOUS REGARDE, NOUSAVONS CETTE CONFIANCE, EN LA BONTÉ DU SEIGNEUR, QUE VOUS ACCOMPLISSEZET QUE VOUS ACCOMPLIREZ A L'AVENIR CE QUE NOUS VOUS ORDONNONS. QUE LE SEIGNEURVOUS, DONNE UN COEUR DROIT, DANS L'AMOUR DE DIEU ET DANS LA PATIENCE DEJÉSUS-CHRIST. (III, 3 JUSQU'A LA FIN.)
1. Nous ne devons ni nous reposer uniquement sur les prièresdes saints, en demeurant inactifs nous-mêmes, courant au vice etn'entreprenant aucune action vertueuse; ni, d'un autre côté, mépriser ce précieux secours tout en faisant le bien. Grandeest la puissance, grande est l'efficacité de la prière quel'on fait pour nous, mais à la condition que nous agissions nous-mêmes.Voilà pourquoi Paul, en priant pour ceux de Thessalonique, leurinspire de la confiance par une promesse et leur dit : " Mais Dieu estfidèle, et il vous affermira et vous préservera du malinesprit". Car s'il vous a choisis pour le salut, il ne mentira pas, il neconsentira pas à votre perte. Mais maintenant Paul veut prévenirla négligence qui s'endormirait, après avoir remis àDieu tout le soin de cette affaire; et voyez comme il exige leur coopération,il leur dit : " Pour ce qui vous regarde, nous avons cette confiance enla bonté du Seigneur, que vous accomplissez , et que vous accomplirezà l'avenir ce que nous vous ordonnons ". Dieu est fidèle,dit-il, et s'il promet de sauver, il sauvera, mais selon l'esprit de sapromesse. A quelles conditions, cette promesse ? Que nous ayons la bonnevolonté , que nous écoutions sa voix : il ne nous sauverapas d'une manière absolue , sans conditions pour nous, il ne sauverapas des morceaux de bois, des pierres, des oisifs ; c'est encore avec raisonque l'apôtre dit : " Nous avons cette confiance en la bontédu Seigneur ", c'est-à-dire, nous croyons à son amour pourles hommes. Dans un autre ordre d'idées maintenant, il les rabaisse:tout dépend de Dieu. Si l'apôtre eût dit : Nous croyonsen vous, t'eût été leur faire un grand éloge, mais il ne leur aurait pas enseigné qu'il faut tout rapporterà Dieu. Maintenant s'il leur avait dit : Nous avons confiance enla bonté du Seigneur qu'il vous gardera, sans ajouter : " Pour cequi vous regarde"; sans ajouter : " Que vous accomplissez, et que vousaccomplirez à l'avenir ce que notas vous ordonnons ", il leur auraitenseigné le relâchement, en renvoyant tout à Dieu età sa puissance. Car s'il faut tout renvoyer à Dieu, il faut,en même temps, agir nous-mêmes, accepter les fatigues et lescombats. Et l'apôtre montre ici qu'alors même que la vertuseule suffirait pour nous sauver , encore faut-il qu'elle ne soit jamaisinterrompue, qu'elle nous accompagne jusqu'à notre dernier soupir.
" Que le Seigneur vous donne un coeur "droit, dans l'amour de Dieu etdans la patience de Jésus-Christ ". Nouvel éloge qu'il leuradresse, avec une prière qui montre son intérêt poureux. Il va les réprimander, il commence par les flatter, par disposerdoucement leur coeur, en leur disant : J'ai confiance (267) que vous écouterez;en leur disant qu'il réclame d'eux des prières; en leur disantque, de son côté , il demande pour eux l'abondance de tousles biens. " Que le Seigneur vous donne un coeur droit, dans l'amour deDieu ". Il y a bien des causes qui détournent de l'amour, bien dessentiers qui vous entraînent au loin; et d'abord la cupiditéqui jette, pour ainsi dire, impudemment ses mains sur nos âmes; quiles saisit, en les déchirant, et violemment les entraîne endépit de tout; ensuite la vaine gloire; et souvent les afflictions,les tentations nous poussent hors du droit chemin. Aussi avons-nous besoin,comme d'un souffle favorable, du secours de Dieu ; il faut qu'il remplissenotre voile et nous reporte vers l'amour divin. Et ne me dites pas : Jel'aime plus que moi-même, ce sont des mots; ce sont ros actions quidoivent montrer si vous l'aimez plus que vous-mêmes. Aimez-le plusque l'argent, et alors je croirai sans peine que vous l'aimez plus quevous-mêmes. Si vous ne méprisez pas les richesses àcause de Dieu, comment vous mépriserez-vous vous-mêmes? Mais,que dis-je, les richesses? Si vous ne méprisez pas l'avarice, ceque vous devriez faire, même en l'absence de toute prescription,de Dieu, comment vous mépriserez-vous vous-mêmes? " Et dansla patience de Jésus-Christ ", dit l'apôtre. Qu'est-ce quecela veut dire : " Dans la patience ? " Que nous souffrions avec patiencece qu'il a souffert; que nous fassions ce qu'il a fait, ou bien encoreque nous l'attendions patiemment , cest-à-dire que nous soyonsprêts. Il a fait des promesses considérables; il vient lui-mêmejuger les vivants et les morts; attendons-le , ayons patience. En disant: " Patience " , l'apôtre donne à entendre l'affliction, carc'est aimer Dieu que de souffrir avec patience, et de ne pas se laissertroubler.
" Nous vous ordonnons, mes frères, au nom de Notre- SeigneurJésus-Christ , de vous retirer de tous ceux d'entre vos frèresqui se conduisent d'une manière déréglée, etnon selon la tradition qu'ils ont reçue de nous (6) ". Ce qui veutdire : Ce n'est pas nous qui vous disons ces choses , c'est le Christ.Voilà, en effet, ce que signifie : " Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ" , paroles qui montrent combien l'ordre est redoutable; c'est par le Christ,dit-il, que nous vous ordonnons; nulle part le Christ ne nous autoriseà l'inertie : " De vous retirer " , dit l'apôtre, " de tousceux d'entre vos frères ". Ne me parlez ni de riches, ni de pauvres,ni de saints; tout cela n'a rien à voir avec l'ordre. " Qui marchent", dit-il; cela veut dire qui se conduisent " d'une manière dérégléeet non selon la tradition qu'ils ont reçue de nous ". Il parle dela tradition par les oeuvres; c'est toujours là, au propre, la traditionqu'il entend. " Car vous savez vous-mêmes ce qu'il faut faire pournous imiter, puisqu'il n'y a rien eu de déréglé dansla manière dont nous avons vécu parmi vous, et nous n'avonsmangé gratuitement le pain de personne (7, 8) ". Quand mêmeje l'aurais mangé, je ne l'aurais pas mangé gratuitement." Car celui qui travaille, mérite sa récompense ". (Luc,X, 7.) " Mais nous avons travaillé jour et nuit, avec peinéet avec fatigues, pour n'être à charge à aucun de vous;ce n'est pas que nous n'en eussions le pouvoir, mais c'est que nous avonsvoulu nous donner nous-mêmes pour modèles, afin que vous nousimitiez. Aussi , lorsque nous étions avec vous, nous vous déclarionsque celui qui ne veut point travailler ne doit point manger (9,10) ".
2. Voyez, dans la première épître, comme il s'exprimeavec plus de douceur à ce sujet, par exemple, quand il dit: " Jevous exhorte, mes frères, à vous avancer de plus en plus,et à vous appliquer ". (I Thess. IV, 10, 12.) On n'y trouve nullepart : Nous vous ordonnons; ni : Au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ce qui est redoutable et rempli de dangers; mais : " De vous avancer" , dit-il, "et de vous appliquer,"; ce qui était une exhortationà la vertu, comme le : " Afin que vous vous conduisiez honnêtement". (I Thess. IV, 11.) Ici, au contraire, rien de pareil; mais : " Celuiqui ne veut point travailler, ne doit point manger". C'est qu'en effet,si Paul, qui n'avait pas besoin de travailler, qui' pouvait vivre en prenantdes loisirs , s'était assujetti à un si grand labeur, travaillait,et non-seulement travaillait, mais travaillait nuit et jour, afin de secourirles autres, à bien plus forte raison d'autres devaient-ils imiterson exemple.
" Nous avons appris qu'il y en a parmi vous qui marchent d'une manièredéréglée, ne travaillant point, se mêlant dece qui ne les regarde pas (11) ". Ceci, dans l'épître qui(268) nous occupe; dans la précédente, il y avait " Afinque vous vous conduisiez honnêtement envers ceux qui sont hors del'Eglise ". Pourquoi cette différence? Peut-être n'y avait-ilrien d'abord qui pût motiver une pareille observation; ailleurs aussi,il disait : " C'est un plus grand bonheur de donner que de recevoir ".(Act. XX, 35.) Quant à cette expression : " Que vous vous conduisiezhonnêtement " , elle ne se rapporte pas à l'immodestie , àla dissolution des moeurs; aussi ajoute-t-il : " Et que vous vous mettiezen état de n'avoir besoin de personne ". Mais, dans l'épîtrequi nous occupe, il parle d'une autre nécessité de fairece qui est honnête, de faire ce qui est bien auprès de tous;car en continuant, il leur dit : " Ne vous lassez point de faire ce quiest bien ". Il est de toute nécessité que celui qui ne faitrien, et qui peut travailler, s'occupe de ce qui ne le regarde pas. Or,l'aumône ne se donne qu'à ceux qui ne peuvent pas trouverleur subsistance dans le travail de leurs mains, ou à ceux qui enseignent,et dont tous les instants sont absorbés par l'enseignement: " Vousne lierez pas ", dit l'Ecriture, " la bouche du boeuf qui broie le graindans l'aire " (Deutéron. XV, 4) ; et: " Celui qui travaille; méritesa récompense ". (Matth. XI, 10.) Celui qui travaille, reçoitson salaire ; il est évident que ce lui-là n'est pas inactif, il travaille , et comme son travail est grand , il en reçoit lesalaire. Quant à celui qui ne fait rien, la prière et lejeûne ne lui tiennent pas lieu du travail des mains; car, par travail,l'apôtre entend le travail des mains. Et pour ôter toute incertitude,il ajoute : " Qui ne travaillent point, et qui se mêlent de ce quine les regarde pas".
" Or, nous ordonnons à ces personnes, et nous les conjurons ,par Notre-Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain, en travaillant,en silence (12) ". Après les avoir rudement frappés, il prendun ton plus doux : " Par Notre-Seigneur Jésus-Christ " ; c'est leton de la persuasion, mêlé d'idées terribles " De mangerleur pain, en travaillant, en silence ". Pourquoi ne dit-il pas : S'ilsn'ont pas de mauvaises moeurs, s'ils ne vivent pas dans la dissolution,nourrissez-les? Pourquoi cette double exigence, et du silence et du travail?C'est qu'il veut que ces personnes-là gagnent leur vie par leurpropre travail; c'est là le sens de cette expression : " De mangerleur pain " , c'est-à-dire ce qu'elles ont gagné par leurpropre travail; non pas le pain d'autrui, non pas le pain mendié.
" Et pour vous, mes frères, ne vous lassez point de faire cequi est bien (13) ". Voyez tout de suite les entrailles paternelles guis'émeuvent; il n'a pas pu pousser plus loin la réprimande; par un changement de sentiment, il cède à la pitié;mais voyez avec quelle prudence; il ne dit pas : Ayez pitié d'euxjusqu'à ce qu'ils se corrigent, mais que dit-il? " Pour vous, nevous lassez point de faire ce qui est bien ". Retirez-vous, dit-il, loindes paresseux, et faites-leur des reproches. Cependant ne détournezpas les yeux, s'ils meurent de faim. Mais si, recevant de nous l'abondance,le paresseux demeure dans l'oisiveté , l'apôtre indique, pourle guérir, un remède où il y a de la douceur. Quedit-il donc? Si, recevant de nous l'abondance, il demeure dans l'oisiveté,eh bien, dit-il, je vous ai indiqué un remède paisible :" Retirez-vous du paresseux "; c'est-à-dire, ne lui permettez pasla confiance, la liberté de la parole auprès de vous; montrezque vous êtes en colère. Ce moyen n'est pas à dédaigner.Voilà comment doit s'exercer, entre frères, la réprimande.Si nous avons vraiment le désir de corriger, nous ne pouvons pasdire que nous ignorons l'art de la réprimande. Répondez-moi,je vous en prie; je suppose que vous avez un frère selon la chair,le laisseriez-vous mourir de faim? Non assurément, j'imagine. Etde plus vous sauriez le redresser.
" Si quelqu'un n'obéit pas aux paroles de notre lettre (14,)".Voyez l'humilité de Paul; il ne dit pas : Celui qui désobéit,c'est à moi qu'il désobéit; mais il fait entendredoucement cette pensée : " Notez-le ", ce qu'il veut, c'est quela désobéissance ne soit pas cachée : " N'ayez pointde commerce avec lui"; ce qui n'est pas un châtiment léger.Il continue " Afin qu'il en ait de la confusion ". Et il ne veut pas quel'on aille plus loin. De même qu'après avoir dit : " Celuiqui ne veut point travailler, ne doit point manger " , de peur que lesparesseux ne mourussent de faim, il a ajouté : " Pour vous , nevous lassez point de faire ce qui est bien ". De même, aprèsavoir dit : " Retirez-vous " , et : " N'ayez point de commerce avec lui" ; de peur que ce malheureux ne fût retranché de la fraternitédes (269) enfants de Dieu (car celui qui est ainsi abattu, périrabientôt , ne sachant plus à qui parler avec confiance), ilajoute ce qui suit : " Ne le considérez pas néanmoins commeun ennemi, mais reprenez-le comme votre frère (15)"; paroles quimontrent que la rigueur du châtiment qu'il lui inflige, consisteà le priver de la liberté qui s'exprime avec confiance.
3. Car, si c'est une honte d'être au milieu d'un grand nombred'hommes, uniquement pour recevoir ce qu'ils vous donnent, lorsque lesdons sont accompagnés de réprimandes, lorsqu'on se retireloin de celui à qui l'on donne, quelle honte , quel aiguillon pourl'âme ! En effet, si le don tardif, ou accompagné de murmures,brûle ceux qui le reçois vent (ne m'objectez pas ici les mendiantssans pudeur , nous ne parlons que des pauvres fidèles); si la réprimandedoit encore s'ajouter à la honte, (lue ne ferait-on pas pour nepas mériter ce supplice? Ce n'est pas dans cet esprit de sage réprimande, c'est avec la colère d'un affront reçu, que nous outrageons,nous, les mendiants, et que nous les repoussons. Vous ne voulez pas donner: pourquoi tenez-vous à être blessant : " Avertissez " , ditl'apôtre, " comme on s'avertit entre frères " ; n'outragezpas les pauvres, comme si c'étaient des ennemis. Quand on avertitson frère, on ne le fait pas en public, on n'affiche pas l'outrage; on fait cela en particulier, avec beaucoup de circonspection, et l'onest affligé, tourmenté, on pleure, on gémit. Montrons-nousdonc animés d'un fraternel amour, que la tendresse fraternelle dictenos avertissements, ne soyons pas comme affligés de donner, maiscomme affligés devoir que le pauvre agit contrairement àla loi. Quel profit pour vous de donner pour outrager ensuite? Vous perdezle plaisir de donner. Et maintenant si vous refusez de donner, si vousinfligez un outrage, quel mal ne faites-vous pas au malheureux, àl'infortuné ? Il s'est approché de vous dans la penséede recevoir quelque don, et il vous quitte n'ayant reçu qu'une blessuremortelle, et ses larmes ont redoublé. Car si c'est la pauvretéqui le force à mendier, et si cette nécessité de mendierle couvre de honte, voyez combien rigoureux sera le supplice de ceux quiredoublent sa honte. " Celui qui outrage le pauvre, irrite celui qui l'afait ". (Prov. XIV, 21.) Car enfin que pouvez-vous répondre? C'està cause de vous que Dieu laisse le pauvre dans l'indigence, c'estafin que vous trouviez les moyens de vous guérir vous-mêmes,et vous outragez celui qui n'est pauvre qu'à cause de vous ? Quelledépravation, quelle ingratitude ! " Avertissez " ; dit l'apôtre, " comme on s'avertit entre frères ". Il veut que, même aprèsavoir donné, on ajoute l'avertissement ; eh bien ! nous qui, aucontraire, ne donnons pas, et outrageons ensuite, quelle excuse pourrons-nousalléguer ?
" Que le Seigneur de paix vous donne sa paix, en tout temps et en toutlieu (16) ". Voyez: après avoir dit ce qu'il faut faire , il signepour ainsi dire avec une prière; il appose son seing à cequ'il vient de dire, et ce seing est une prière, une supplication: " Vous donne " , dit-il, " sa paix en tout lieu ". En effet, considérantles combats qui allaient résulter de la présente lettre probablement,les uns devant se montrer intraitables et les autres moins accommodantsqu'on ne le voudrait, il a raison de faire cette: prière : " Vousdonne " , dit-il, " sa paix en tout temps " ; c'est là, en effet,ce qu'il cherche, à savoir qu'ils aient toujours la paix. Maintenantpourquoi : " En tout lieu? " Il veut voir la paix partout, de telle sortequ'il ne leur vienne d'aucun côté un sujet de dispute. Partout,en effet, c'est un grand bien que la paix, même auprès desgens du dehors. Ecoutez-le disant dans un autre endroit : " Vivez en paix,si cela se peut , et, autant qu'il est en vous, avec toutes sortes de personnes". (Rom. XII, 18.) Si nous voulons bien faire, rien n'est si utile qued'être pacifique, exempt de troubles, affranchi de toute haine, n'ayantaucun ennemi.
" Que le Seigneur soit avec vous tous; je vous salue ici de ma propremain, moi Paul; c'est là mon seing dans toutes mes lettres; j'écrisainsi; la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec voustous. Ainsi soit-il ". Il dit que c'est là ce qu'il écritde sa main dans toutes ses lettres, afin qu'on ne puisse pas les falsifier,grâce à ces paroles, qui sont comme une grande signature." Je vous salue ", désigne la prière qu'il fait entendre,montrant par là que tout alors était spirituel dans le commerce,et, quand il fallait saluer, on y regardait au profit des âmes, etle salut était une prière, et non simplement un symbole d'amitié.Et il terminait comme il avait (270) commencé, les affermissantentre cette double muraille aux fondements solides et inébranlables;il achevait son ouvrage en le consolidant. " La grâce ", dit-il," et la paix ", en commençant; et, pour finir : " La grâcede Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Ainsi soit-il". C'est ce que le Christ disait de son côté à sesdisciples : " Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'àla consommation des siècles ". (Matth. XXVIII, 20.) Mais cela n'arrivequ'autant que nous le voulons. Il ne sera pas du tout avec nous, si nousl'écartons au loin. Je serai, dit-il, avec vous toujours. Donc,n'éloignons pas la grâce. Il veut que nous nous retirionsde tous ceux d'entre les frères qui marchent d'une manièredéréglée. C'était alors un grand malheur d'êtreséparé de la société des frères. Voilàdonc le châtiment que l'apôtre inflige à tous. C'estdans le même esprit qu'il écrivait ailleurs aux Corinthiens:" Que vous ne mangiez pas même avec lui ". (I Cor. V, 11.) Mais aujourd'hui,ce n'est pas une grande punition pour bon nombre de personnes. Tout estconfondu et perverti. C'est avec des adultères, des libertins, desavares , que nous consentons , sans y regarder de si près, ànous rencontrer confusément. S'il fallait autrefois se retirer loindes paresseux, combien davantage fallait-il fuir les autres coupables !Et ce qui vous prouvera la terreur avec laquelle on se voyait séparéde l'assemblée des frères, le grand profit qu'on recueillaitdes réprimandes bien reçues, c'est l'histoire de ce pécheur,empoisonné dans l'âme, arrivé au terme de la plus détestablecorruption, coupable d'une fornication inconnue aux gentils, et ne sentantmême pas son mal (c'est là le dernier degré de la perversité).Eh bien ! cet homme ainsi affecté fut touché, ramené,au point de faire dire à Paul : " Il suffit pour cet homme qu'ilait subi la correction qui lui a été imposée par votreassemblée ". (II Cor. II, 6.) Par conséquent, raffermissez-vousdans la charité pour lui. En effet, à cette époque,un homme écarté de l'assemblée des frères étaitcomme un membre violemment séparé du corps.
4. Et maintenant, voici ce qui fait que ce châtiment étaitalors si terrible, c'est qu'on regardait comme un grand bien d'êtreréunis. Comme on voit unis ensemble les habitants d'une mêmemaison, les enfants d'un même père, ceux qui participent àune même table, telle était la vie commune aux saints de chaqueéglise. Etre déchus d'un telle communauté d'affections,c'était un malheur incomparable. Aujourd'hui au contraire on n'enfait aucun cas, parce qu'on ne fait aucun cas du bonheur d'être réunis.Autrefois, c'était un supplice, aujourd'hui la charité s'estrefroidie et ce n'est plus un châtiment, et nous nous séparonssans y prendre garde, et cela vient du refroidissement des âmes,car la cause de tous les maux, c'est l'extinction de la charité.Voilà ce qui a ruiné, effacé tout ce qu'il y avaitde vénérable, de gloire brillante dans l'Eglise, ce qui devraitfaire sa parure et sa joie.
Grande est la force du docteur, quand il peut fonder sur ses vertusà lui, les réprimandes qu'il adresse à ses disciples.Aussi Paul disait : " Vous savez vous-mêmes ce qu'il faut faire pournous imiter ". (Il Thess. III, 7.) L'enseignement doit résulterplutôt de la conduite que des paroles. Et maintenant qu'on n'accusepas l'apôtre de vanité et de jactance, il a étéforcé de tenir ce langage, utile dans l'intérêt detous. " Puisqu'il n'y a rien eu ", dit-il, " de déréglédans la manière dont nous avons vécu parmi vous ". Ne voyez-vouspas l'humilité dans ces paroles, quand il parle de gratuitéet de modestie ? " Et nous n'avons mangé gratuitement le pain depersonne ". Il montre aussi sans doute, par ces paroles, que ces gens étaientpauvres. Et ne m'objectez pas qu'ils n'étaient pas tous pauvres,car Paul ici parle des pauvres, de ceux qui sont réduits pour vivreà travailler de leurs mains; car plus haut il ne dit pas : Qu'ilsreçoivent de leurs parents, mais : " Qu'ils travaillent pour gagnerleur pain ". En effet, si moi, le héraut de la doctrine du Verbe,j'ai eu peur de vous être à charge, à bien plus forteraison celui-là doit-il avoir cette peur, qui ne vous . est utileà, rien. En effet, on est alors tout à fait à charge;on est à charge lorsque celui qui donne ne donne pas de grand coeur.Mais ce n'est pas là la pensée principale qu'il exprime,mais celle-ci, que ces personnes (celles qu'il accuse de vivre dans l'oisiveté)n'avaient pas la vie facile. Pourquoi ne travaillez-vous pas? Si Dieu vousa donné des mains, ce n'est pas pour recevoir des autres, mais pourdonner aux autres. " Le Seigneur ", dit-il, " soit avec vous ". Prièreque, nous aussi, nous pouvons faire, si nous accomplissons les actionsdu Seigneur. Ecoutez le Christ disant à (271) ses apôtres:" Allez et instruisez tous les peuples, les baptisant au nom du Pèreet du Fils et du Saint-Esprit, et leur apprenant à observer toutesles choses que je vous ai commandées, et assurez-vous que je seraia toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles". (Matth. XVIII, 19, 20.) Paroles qui ne sont pas seulement pour eux,mais aussi pour nous, car que cette promesse ne s'adresse pas àeux seulement, c'est ce qui ressort évidemment de ces expressions: "Jusqu'à la consommation des siècles ". Cette promesseest donc aussi pour tous ceux qui suivent les traces du Sauveur.
Que dit donc le Seigneur à ceux qui ne sont pas des docteurs?Chacun de vous peut être, s'il veut, sinon le docteur d'un autre,au moins son docteur à lui-même. Instruisez-vous vous-mêmele premier. Si vous vous instruisez de manière à observerses commandements, vous aurez, par ce moyen, un grand nombre d'imitateursjaloux. La lampe une fois allumée, peut en allumer d'autres sansnombre ; la lampe éteinte ne s'éclaire plus elle-même,et ne peut allumer d'autres lampes. Il en faut dire autant de la vie passéedans la pureté. Si notre lumière brille, nous ferons et desdisciples et des docteurs sans nombre à notre exemple. Mes parolesne seront pas aussi utiles à ceux qui m'écoutent, que lesera notre vie à tous. Soyez donc, vous n'avez qu'à le vouloir,un homme cher à Dieu, brillant de vertu, et prenez femme, car onpeut même en ayant une femme être agréable àDieu, même en ayant des enfants, et des serviteurs, et des amis.Un tel homme n'aura-t-il pas, je vous le demande, beaucoup plus de moyensd'être utile à tout le monde, que je n'en puis avoir ?
Pour ce qui est de moi, une fois ou deux fois dans le mois on m'écoutera, supposé même qu'on m'écoute une fois, et ce que l'onaura écouté peut-être le gardera-t-on jusqu'au seuilde l'église pour le perdre tout de suite après; au contraire,le spectacle continuel de la vie d'un tel homme est un grand profit : onlui fait un outrage et il ne rend pas l'outrage. N'y a-t-il pas, dans cetteclémence, dans cette douceur, quelque chose qui enfonce, qui gravela modestie et la pudeur dans l'âme de qui l'a outragé? Lecoupable n'avouera pas tout de suite l'utilité qu'il en aura recueillie; la colère offusque son jugement.; la honte le couvre; le sentimentde sa faute le retient; toutefois, au fond du coeur, il est touché,et je dis qu'il est impossible que l'homme qui outrage, cet homme fût-ilune bête brute, quand il, est en présence d'un homme pleinde patience et de douceur, n'en recueille pas une grande utilité.La femme aussi a beaucoup à gagner à voir un homme paisibleet modeste, à passer sa vie avec lui ; il en est de même del'enfant. Donc, chacun de nous peut être un docteur. " Edifiez-vous", dit en effet l'apôtre, " les uns les autres, ainsi que vous lefaites ". (I Thess, V, 11.) Pesez ces paroles, je vous en prie. Voilàquelque dommage qui est arrivé dans votre maison; votre femme esttoute bouleversée, attendu qu'elle n'a pas grande force et qu'elleest mondaine. Eh bien ! que le mari soit philosophe, se moque du dommage.éprouvé; il la console, il la persuade; elle opposera àcet accident la force d'une âme généreuse. Eh bien,je vous le demande, le mari ne lui sera-t-il pas beaucoup plus utile quetous nos discours ? Tout lé monde peut parler, c'est chose facile; mais agir dans l'occasion, voilà ce qui est difficile. Voilàpourquoi ce sont les actions surtout qui corrigent l'humaine nature, etla remettent dans l'ordre. Telle; est l'excellence de la vertu, qu'un esclavesouvent a été utile à une maison tout entière,sans en excepter le maître.
5. Ce n'est pas sans raison, sans une vue profonde des choses, que Pauls'applique à leur recommander la vertu, l'obéissance enversles maîtres ; ce n'est pas tant pour assurer le service de ces maîtres,que pour prévenir les blasphèmes contre la parole de Dieu,contre la doctrine du Seigneur; du moment qu'on cesse de la blasphémer,on l'admire. Et je sais nombre de maisons à qui a rendu de grandsservices la vertu des esclaves. Et maintenant si le serviteur, sous lapuissance d'un maître, peut le corriger, à bien plus forteraison le maître peut-il corriger les serviteurs. Partagez-vous avecmoi, je vous en prie, ce ministère. Je m'adresse à tous àla fois; vous, de votre côté, adressez-vous à chacunen particulier, et que chacun prenne en main le salut de ceux qui l'entourent.Que ce soit le devoir des pères de famille de se mettre àla tête de leur maison, en ce qui concerne ces choses, qui le prouve?Ecoutez, voyez à qui Paul renvoie les femmes : " Si elles veulents'instruire de quelque chose ", dit-il, " qu'elles interrogent leurs marisdans leur maison " (272) (I Cor. XIV, 35), et il ne les envoie pas consulterun docteur. Car, de même que dans les écoles il y a des élèvesqui servent de maîtres; ainsi, dans l'Eglise, l'apôtre ne veutpas que tous aillent déranger le docteur. Et pourquoi? C'est quede grands avantages résultent de cette recommandation; non-seulementle docteur se trouve soulagé, mais chaque disciple prenant une partde ses soins, peut bientôt devenir docteur à son tour.
Voyez combien est grand le ministère de la femme : elle gardela maison, prend soin de toutes les affaires domestiques, surveille lesservantes, les habille de ses mains ; elle vous rend père, ellevous arrache aux lieux de débauche, elle vo=us aide à observerla continence, elle émousse l'aiguillon de la nature. Eh bien, soyezà votre tour son bienfaiteur. Comment? Dans les choses spirituelles,tendez-lui la main; avez-vous entendu des paroles utiles, portez-les-lui,faites comme l'hirondelle, donnez la becquée à la mèreet aux enfants. Quelle démence ne serait-ce pas, à vous,de prétendre à certains égards, au premier rang, devouloir être le chef, et d'abdiquer en ce qui concerne la doctrine?Le chef doit l'emporter sur ceux qu'il commande, non parce qu'il est plushonoré, mais parce qu'il est plus vertueux ; les honneurs qu'onlui rend, sont le fait de ses subordonnés; ce qu'il faut attendrede celui qui commande, c'est l'éclat de la vertu. Vous jouissezdes plus grands honneurs, vous n'y êtes pour rien, vous les avezreçus des autres; si vous avez la splendeur de la vertu, c'est votreouvrage uniquement à vous. Vous êtes le chef de la femme,eh bien, le gouvernement de tout le corps appartient au chef. Ne voyez-vouspas que la hauteur de la position ne constitue pas la supérioritéde la tête sur le corps, autant que la prévoyance, autantque la mission qu'elle a de lui servir comme de pilote et de le gouverner?Dans la tête, les yeux du corps et les yeux de l'âme; c'estla tête qui possède la faculté de discerner et de juger,et le pouvoir de diriger. Et tout le corps est disposé pour luiobéir, elle est faite pour lui commander. C'est dans la têteque tous les sens ont leur principe et leur source; dans la tête,les organes de la voix, la vue, l'odorat, le tact qui, de là, serépand partout; dans la tête, la racine complexe des nerfset des os. Vous voyez que le gouvernement qu'elle exerce lui donne unesupériorité plus haute que l'honneur qu'on lui rend.
Et c'est ainsi que vous devez être les chefs de vos femmes. Ayonssur elles l'avantage, non des honneurs , mais des bienfaits. J'ai montrél'importance des bienfaits que nous recevons d'elles, mais il ne tientqu'à nous, dans l'ordre des choses spirituelles, de les payer deretour, et la victoire est à nous. Dans l'ordre des choses qui regardentle corps, impossible à nous de nous acquitter. Car que pourriez-vousdire? Vous apportez une grande fortune? Mais cette femme la conserve; etce soin qu'elle prend établit l'équilibre, et ce soin estune nécessité. Pourquoi? Parce que nombre de riches, maîtresd'une grande fortune, faute d'une femme pour la conserver, ont tout perdu.Mais, pour les enfants, c'est un bien commun à vous deux, et c'est,de part et d'autre, l'égalité des bienfaits. Je me trompe,c'est la femme qui a, dans ce ministère, la part la plus pénible,c'est elle qui porte le fruit dans ses entrailles, et l'enfantement ladéchire. Ce n'est donc que dans les choses spirituelles seulementque vous pouvez avoir sur elle la supériorité. Ne nous inquiétonspas d'acquérir des richesses, mais de conduire à Dieu lesâmes qui nous sont confiées, de pouvoir les lui présentersans crainte; en les corrigeant, nous travaillerons pour nous-mêmes,de la manière la plus profitable. Celui qui en instruit un autre,n'y gagnerait-il rien, en retirera au moins la componction du coeur, ense voyant lui-même coupable des fautes qu'il reproche à autrui.Eh bien donc, puisque, par cette conduite, nous nous servons nous-mêmesen même temps que nous procurons le bien de nos femmes, et, par leurentremise, le bien de nos familles, puisque, par cette conduite, nous sommesassurés de plaire à Dieu, n'hésitons pas, appliquons-nousà sauver notre âme, à sauver les âmes de ceuxqui nous servent; préparons-nous, pour toutes nos couvres, la granderémunération; amassons les trésors que nous transporteronsdans la sainte cité, notre mère, dans la céleste Jérusalem; puissions-nous n'en jamais déchoir; brillants de la splendeurque donne la sagesse d'une vie consacrée à la vertu, puissions-nousêtre jugés dignes de voir Notre-Seigneur Jésus-Christ,à qui appartient, comme au Père, comme au Saint-Esprit, lagloire, etc.
Traduit par M. C. PORTELETTE.